Salut à tous ! Je vous retrouve avec ce nouveau chapitre relativement long (sûrement l'un des plus longs que j'ai dû écrire sur cette fiction). Nous sommes déjà au dixième chapitre et il était temps que les choses bougent un peu, aussi j'ai préféré vous "livrer" un chapitre très consistant avec beaucoup de détails plutôt qu'un chapitre de taille habituelle qui n'apporterait rien de particulier à l'intrigue !
Certains d'entre vous m'ont fait part de leur volonté d'en savoir plus à propos de notre Harry et je pense qu'ils ne seront pas déçus ! Sur ce, bonne lecture !
Chapitre X : Mouvements
L'automne avait pris possession des terres britanniques depuis peu et, avec cela, apporté l'atmosphère pluvieuse. Un froid rongeant jusqu'à l'os accompagnait le chant ininterrompu de l'eau se déversant sur le bitume déjà saturé. Frissonnant, Drago s'engagea sous un tunnel piéton, non-loin d'une grande passante de véhicules, pour se protéger de l'air relativement rude. Le bruit des moteurs faisaient vibrer les parois grises par moments. Mal à l'aise, le blond vérifia ses arrières à plusieurs reprises et accéléra le pas. Son haleine formait de la vapeur qui venait lui lécher le visage. Tout à coup, un bourdonnement au-dessus de lui le fit s'immobiliser. Lentement, sa tête bascula vers le plafond. En voyant le néon clignoter, Drago comprit que ce n'était que le bruit de l'électricité dans le tube. Il se força à inspirer à fond bien que l'air glacé ne lui coupe douloureusement la gorge avant de reprendre sa marche. Un tapis de feuilles mortes, amassées là par le vent, craquait sous ses pieds. Après quelques mètres, la consistance du sol changea : du béton dur, il passa à un revêtement plus mou. Le blond baissa les yeux. Les feuilles brunes masquaient partiellement une espèce de vieux tapis élimé et aux motifs effacés. L'ensemble lui était bizarrement familier, mais Drago ne parvenait pas à se souvenir de l'endroit où il avait bien pu l'apercevoir. Bien que curieux, le Serpentard n'approfondit pas davantage son observation : son instinct lui disait de rejoindre l'autre bout du tunnel. À peine avait-il levé sa jambe qu'une douleur fulgurante glaça sa poitrine. Il trébucha et posa la main sur le tapis de feuilles pour se stabiliser. Sans réfléchir, le blond démarra une course effrénée vers son objectif. Tous les néons clignotaient en grésillant. Ses yeux voyaient clairement la lumière pâle de l'autre côté, mais plus Drago avançait vers elle, plus elle lui semblait éloignée. Ses pieds foulèrent le pavé avec plus de force. Brusquement, il freina des quatre fers pour faire demi-tour et glissa dans le processus. Il chuta durement sur le béton. Affolé, le blond comprit qu'il avait commis une grossière erreur. Il n'eut pas le temps de se relever. Les râles inhumains de détraqueurs remplacèrent le bourdonnement des néons dans ses oreilles. Un immense capuchon noir se dressa impitoyablement au-dessus de lui. D'une main, le Serpentard chercha sa baguette, sans succès. Son cri mourut dans l'emprise du monstre. Le détraqueur le recouvrait totalement, aspirant son énergie vitale. Les extrémités de ses doigts se recouvrirent de givre tout autant que les feuilles autour de lui. Ses yeux gris reconnurent le masque macabre fait des restes du visage de son père porté par le monstre. Prisonnier de la rigidité cadavérique de ses membres, il vit sans rien pouvoir faire la petite étincelle de vie tomber entre ces mains crochues pourries qui l'écrasèrent dans un horrible son de succion de chair en putréfaction. Et le détraqueur resta là, à le dévisager comme une bête curieuse tandis que ses organes se débattaient dans son corps paralysé sous le givre.
Drago ouvrit les yeux et les referma rapidement, ébloui par la lumière du jour filtrant entre l'interstice de ses rideaux. Dernièrement il ne sursautait même plus en se réveillant d'une terreur nocturne. Il était simplement allongé sur le ventre sous ses couvertures soigneusement bordées et non plus prisonnier du champ de bataille formé par ses draps. Une main tapa son omoplate.
- Debout là-dedans ! claironna Théodore presque en même temps.
Le Serpentard laissa sa tête retomber au creux de l'oreiller avant de rouler sur le dos. Il s'éclaircit la gorge.
- Qu'est-ce-que tu fiches ici ?
- Ah ? Allez quoi, ne me dis pas que tu as oublié ? On fait la chasse à Potter à compter d'aujourd'hui ! À moins que tu n'aies renoncé à cette idée ?
- Non, non.
- Alors lève-toi !
Le sorcier sortit de la chambre pour laisser son ami se réveiller à son rythme. Drago posa son bras en travers de son front en soupirant. Il était trempé comme s'il avait réellement passé la nuit à déambuler sous la pluie. Son débardeur gris assombri par la transpiration le collait comme une seconde peau. Aucune trace de givre sur sa peau, pourtant le blond avait toujours aussi froid. Au moins ses membres répondaient de nouveau. Ses poils étaient hérissés d'effroi, mais ironiquement, Drago remarqua qu'il était légèrement moins fatigué qu'à l'accoutumée. Au moins, il était parvenu jusqu'au sommeil cette nuit.
Après avoir pris une douche rapide et changé de vêtements, le blond rejoignit Théodore. Ce dernier était confortablement avachi sur son canapé, jambe par-dessus l'accoudoir. Il était plongé dans la lecture d'un des livres issu de ses étagères personnelles. Lorsque Drago passa à côté de lui, il le referma et s'assit plus convenablement.
- Ça va ? lui demanda-t-il.
- Ça irait mieux s'il me restait encore de la potion de sommeil sans rêves.
- Tu cauchemardes encore ?
Le blond acquiesça.
- Tu sais, je peux te fournir si tu en as vraiment besoin.
- On verra. Pas la peine de se formaliser avec ça maintenant.
- C'est toi qui voit, conclut Théodore.
Après un moment, le visiteur prit à nouveau la parole.
- Qu'est-ce-qu'il s'y passe ? Dans tes cauchemars.
- Oh... C'est confus, tu sais... Je ne me souviens pas vraiment...
- J'imagine que c'est une bonne chose pour toi.
- Probablement.
L'ancien Serpentard observa son ami se détourner en se frottant les bras. Le prenant du dossier de sa chaise, il enfila un pull par-dessus ses habits. Drago ne parvenait clairement pas à se réchauffer, mais il n'y avait pas que ça. Une certaine anxiété se dégageait de lui.
- C'est en rapport avec le monde magique ?
- Je te dis que je ne m'en souviens pas ! s'exclama Drago sur un ton brusque.
- D'accord, d'accord. Mais, tu sais que si tu ne veux plus te mêler à tout ça... Je comprendrais.
- Il faut le faire.
- Je ne te demande pas ce qu'il faut faire. Je te demande ce que tu veux faire.
- Je veux en finir au plus vite avec tout ça.
Théodore hocha la tête. Depuis le temps qu'il connaissait Drago, il pouvait dire avec certitude que le blond lui mentait sur toute la ligne. Rien qu'à la lueur hantée régnant dans ses pupilles de mercure, son ami pouvait imaginer les horreurs qui avaient élu domicile dans son esprit. Seulement, il savait par expérience qu'il ne parviendrait pas à discuter avec le blond de quelque chose dont il n'avait pas envie de discuter.
- Bon. Par où on commence ? interrogea-t-il. On suit la piste du dossier ?
- Je ne pense pas que ce soit la bonne solution, répondit Drago. Potter l'a sûrement suivie pour faire croire à tout le monde qu'elle représentait effectivement un intérêt. Mais lui-même aura vite compris que ça ne le mènerait nulle-part.
- Qu'est-ce-que tu proposes alors ?
- Selon toute logique, l'équipe des Gryffondors a déjà commencé les recherches de son côté dans le monde magique. Il est trop tôt pour que leur espoir de retrouver le Potter qu'ils connaissaient soit anéanti. Ils ont encore à l'esprit le binoclard de Poudlard qui n'aurait échangé sa place dans le monde magique pour rien au monde.
- Donc tu suggères qu'on arpente le côté moldu ? demanda Théodore.
- Oui.
- Drago, tu te rends compte de la surface que ça va nous obliger à couvrir ? Tu as une idée de la superficie de la Grande-Bretagne ? Potter n'aura pas choisi son point de chute au hasard, certes. Mais je n'ai aucune envie de me taper la visite des îles de je ne sais trop où. Surtout pour tomber sur des vestiges de cachette à la Tu-Sais-Qui !
- Ne t'en fais pas. Moi non plus je n'en ai pas l'intention. Et puis de toute façon, ce serait inutile de le faire.
- Pourquoi ça ?
- Où qu'il soit, je suis persuadé que Potter n'est pas très loin.
Théodore médita un instant ces paroles.
- Quel est le plan, alors ?
- J'ai ma petite idée, déclara Drago.
À cet instant, Théodore ne put empêcher un léger sourire d'envahir ses traits en écho à celui de son ami. Il avait l'impression de retrouver quelques éléments de la personnalité de l'ancien préfet des Serpentards. Généralement, lorsqu'il entendait cette phrase à l'époque, Théodore tremblait de la tête aux pieds, à la fois d'excitation mais aussi d'appréhension. Les plans de son ami étaient toujours farfelus et conçus pour enfreindre le règlement en bonne et due forme, sans se faire prendre bien évidemment. Enfin, pour le blond, parce qu'en ce qui les concernait Blaise et lui, ils servaient bien souvent de boucliers. Mais qu'importe, ils auraient tout donné pour protéger leur leader. « Une âme de Gryffondor en soi », songeait bien souvent Zabini à haute voix. Plusieurs années plus tard, Théodore était toujours de cet avis. Il espérait juste que les plans du blond craignaient moins qu'à l'époque...
- Tu te fous de moi, c'est ça ? Dis-moi que tu te fous de moi, pria Théodore.
D'accord, il retirait ce qu'il avait dit : les plans du blonds craignaient encore plus qu'à l'époque. L'ancien Serpentard ne voulut pas croire que Drago ne reculait pas devant la protection magique établie autour du Square Grimmault.
- Tu es complètement fou ! s'exclama Théodore.
- Tu vas arrêter de te plaindre et venir m'aider ?
- Non ! Reviens ici immédiatement ! À partir de maintenant on fait à ma manière !
- Parce que tu serais capable de prendre des décisions dans le monde moldu ? Je te signale que je vis ici pendant que toi tu ne fais que passer.
- Eh ! Si un abruti comme toi a bien réussi à se débrouiller, je pourrais parfaitement le faire !
- Vraiment ? ria Drago.
- Non, avoua Théodore.
- Alors arrête de nous faire perdre du temps et aide moi à passer les sécurités sans me faire repérer, lança le blond.
- Non. Je...
- Ok.
Drago haussa les épaules et s'approcha des limites.
- Attends ! Bon d'accord, je vais t'aider, céda Théodore.
Théodore dégaina sa baguette en murmurant quelques incantations et quelques crépitements lumineux plus tard, la protection ouvrait un passage. Ils s'y engouffrèrent et se retrouvèrent plus avancés sur le perron de la maison. Théodore retint son souffle : de l'extérieur, le Square Grimmault apparaissait comme une bâtisse tout à fait normale, mais depuis l'intérieur du dôme, c'était un véritable chantier. La faille se referma derrière eux : à présent ils étaient invisibles pour les autres. Drago progressa jusqu'au trou où avait du se trouver une porte autrefois et posa sa main sur la pierre. Il se retourna vers Théodore, le jaugeant. L'ancien Serpentard fronça les sourcils. Il pencha légèrement la tête sur le côté et scruta l'ouverture béante sur les ténèbres. Puis, il reporta son attention sur le blond.
- Jamais de la vie. Tu m'entends Drago ? Jamais. De. La. Vie.
- Oh ! Allez quoi ! Viens visiter la maison de la magie noire avec moi ! Je te paie même l'entrée !
- Ah ! Ah ! Très drôle, rétorqua Théodore. N'empêche que je ne foutrais pas un pied là-dedans !
- D'accord.
Drago enjamba le seuil détruit du Square Grimmault.
- Eh ! Eh ! Attends ! Qu'est-ce-que tu fais ?!
- J'y vais tout seul, lança Drago.
- Mais... Non, attends... Tu n'as pas le droit ! Déjà qu'on a franchit une sécurité des Gryffondors !
- Potter ne s'est pas gêné pour se payer la visite de mon manoir. Je ne vois pas pourquoi je me priverai de faire le tour du propriétaire.
Cela dit, le blond disparut dans la bâtisse. Théodore regarda autour de lui, nerveux. Sa loyauté lui intimait de suivre Drago. Mais d'un autre côté, sa nature de Serpentard lui criait de prendre ses jambes à son coup. De son pied, il tapa dans un cailloux.
- Fais chier ! chuchota-t-il en suivant le blond.
À son tour, l'ancien Serpentard enjamba le seuil et fit quelques pas près du mur. Drago n'était pas en vue.
- Fais gaffe, il y a peut-être des pièges ! s'exclama-t-il à son intention.
- Les Gryffondors n'en ont trouvé aucun, lui répondit la voix du blond.
- Ouais, et les Gryffondors n'ont pas trouvé de piste non plus ici !
- On possède des informations que les Gryffondors n'ont pas ! lui rappela encore la voix.
- Même, c'est pas une raison, se murmura Théodore à lui-même.
L'air semblait raréfié entre ces murs. Des lourdes effluves de magie noire lui parvenaient par à-coups. Son corps se crispait à chaque nouvelle vague. S'adossant au mur, Théodore dirigea son regard vers l'extérieur et sa lumière rassurante. Bordel que ces mecs étaient givrés ! Utiliser de la magie noire d'un tel niveau pour l'un, et plonger la tête la première dedans pour l'autre. Il n'arrivait tout simplement pas à comprendre. Soudain, un fracas retentit dans la maison.
- Drago ?
- Je me suis buté dans un truc. C'est le bordel, ici !
- Tu t'attendais à quoi ?!
Théodore roula des yeux. La magie noire affaiblissait ses soutiens et des petits spasmes commençaient à traverser ses muscles. Il faillit crier victoire lorsque le blond réapparu quelques minutes plus tard, bras ballants.
- J'en étais sûr, tu n'as rien trouvé ! Ça ne servait strictement à rien de venir ici.
- Détrompe-toi.
Drago ressortit de la maison comme s'il s'était agi d'une simple promenade de santé. Rien qu'à s'être tenu une dizaine de minutes à peine dans le couloir d'entrée, et son ami en avait des suées.
- Pourquoi j'ai l'impression que tu ne ressens pas les effets de la magie noire ? demanda-t-il à Drago.
- Parce que c'est le cas.
Théodore soupira. Désireux de quitter au plus vite cet endroit de malheur, il s'appliqua de nouveau à leur aménager un passage indétectable dans la protection. Une fois en dehors de celle-ci, les deux hommes descendirent du perron. Drago sourit à son ami.
- En quoi ça te surprend ? J'ai vu pire que ça avec mon père... Bien pire que ça.
- C'est juste que... C'est pas humain.
- Ouais. Maintenant, couvre-moi.
- Hein ? Quoi ? Pourquoi ?
Surprenant encore une fois son acolyte au plus haut point, Drago attrapa sa propre baguette cachée sous sa veste.
- Drago, qu'est-ce-que tu fais ?
- Couvre-moi, grogna le blond.
- Mais...
Drago tiqua et fusilla son ami du regard. Ce dernier abdiqua et se prépara à éloigner tout intrus potentiel. Le blond inspira à fond. Il prit quelques minutes pour se concentrer. Son sortilège silencieux se heurta à la protection que tous deux venaient de franchir avec grandes précautions. Théodore sursauta en criant.
- Arrête ! Tu es malade ! Ça va avertir les Gryffondors si tu brises les barrières !
- Tant mieux, grinça Drago entre ses dents.
Le blond rompit le lien qui unissait sa baguette et le dôme de protection. Théodore regarda les débris de celui-ci disparaître dans l'air, ahuri. Son ami rengaina sa baguette et fit volte-face.
- On y va, lâcha-t-il.
Il traversa la rue et s'arrêta sur le trottoir voisin.
- Théo ! Viens ! On ne doit pas rester là !
- Un peu qu'on ne doit pas rester là ! s'exclama Théodore en fondant sur lui, furieux. À l'heure qu'il est, Weasley et sa fiancée de mademoiselle Je-Sais-Tout sont sûrement en train de rappliquer !
- Justement. Si on pouvait plier bagage rapidement, ça serait une bonne idée !
-Je...
Exaspéré, Drago saisit son acolyte par l'épaule de sa veste et les fit tous deux transplaner au beau milieu de son appartement londonien. Théodore se défit de son emprise.
- C'est quoi ce bordel, Drago ?! Tu ne trouves pas de piste alors tu fous tout en l'air ? On avait réussi à passer sans se faire repérer ! Et toi tu descends la protection des Gryffondors, sans penser aux moldus autour en plus !
- Faux, je t'ai dit de me couvrir, objecta calmement Drago.
- Espèce de taré ! C'était quoi ce plan foireux ? De toutes les idées que tu as pu avoir dans ta vie de débile, celle-là est sans aucun doute dans le best-of des plus merdiques !
Le blond leva les yeux au ciel en se laissant tomber dans son canapé. Tandis que Théodore déversait sa rage sur lui, il s'inspecta les ongles. Son ami était en nage face à lui, poings serrés et souffle erratique. L'envie de le cogner lui déchirait clairement les entrailles.
- C'est bon ? Tu as fini ? interrogea Drago. Briser les protections du Square Grimmault faisait partie du plan. J'ai juste oublié de le mentionner.
- Pardon ?
- Qui a brisé les barrières avec un sortilège de magie noire impossible à tracer ?
- Tu déroges ou quoi ? Je t'ai vu le faire ! De la magie noire en plus, non, mais...
- Bien, le coupa Drago. Et pour les Gryffondors, qui aura brisé les barrières avec un sortilège de magie noire impossible à tracer ?
Théodore se figea. En un instant son calme lui était revenu. Il dévisagea son acolyte, incrédule.
- Potter, murmura-t-il.
- On y arrive.
Un rire nerveux secoua l'ancien Serpentard. Sa main frotta son cuir chevelu tandis qu'il amorçait quelques pas dans l'appartement.
- Je n'arrive pas à y croire, souffla-t-il. Comment j'ai pu me faire avoir comme un débutant ? Tu ne cherchais pas de pistes sur Potter... Tu savais pertinemment qu'il n'y avait rien à trouver là-bas. Tu as volontairement averti les Gryffondors pour les occuper.
- Et avec les petits souvenirs que j'ai laissés dans la maison, je te jure qu'ils vont avoir de quoi faire, compléta Drago. Les pauvres, ils ne vont pas comprendre où Saint Potter veut en venir.
- Tu te rends compte de la chance que tu as eu ?! Tu aurais pu tomber droit dans un piège ! Où est passé ton instinct de Serpentard ?
- J'en ai assez d'avoir peur en permanence, Théo. Tu ne comprends pas ? Avec les Gryffondors perdus sur une piste fantôme au Square Grimmault, on aura la paix !
- En faisant ça, on a aussi perdu toute chance d'obtenir des informations fiables de leur côté à eux !
- On n'en a pas besoin. On a nos propres pistes.
- Drago... Écoute, je suis d'accord pour régler cette histoire avec toi. Mais... pas comme ça. Prendre des risques inconsidérés comme ça...
- Dans ce cas, c'est mieux qu'on arrête là, asséna Drago.
- Pourquoi ?
- Parce que tu ne vas pas aimer la suite.
- Parce qu'il y a une suite à tout ça ?
- À ton avis ? asséna Drago. Je n'ai pas fait tout ça pour rien.
- Quoi que ce soit, tu oublies, Drago. Immédiatement. Et je suis sérieux.
Le ton de l'ancien Serpentard était devenu menaçant. Son doigt se pointait vers le blond qui l'écoutait sans broncher. Il n'était même plus sûr de savoir qui se tenait devant lui. À quel point son ami d'enfance avait-il changé ? Un jour il souhaitait agir en toute discrétion et toutes les couvertures du monde ne suffisaient pas à le rassurer pour se lancer dans les recherches, et le lendemain il explosait littéralement une barrière aux yeux de tous dans le simple but d'ameuter toute la troupe. C'était incompréhensible. Il ignorait totalement ce que son ami avait derrière la tête, mais Théodore était bien déterminé à le lui faire oublier.
- Avec toutes tes conneries, je vais être obligé d'aller estimer les dégâts du côté des Gryffondors ! Limiter leur agitation ! M'assurer qu'il n'y aura pas de retombées néfastes pour tes fesses d'abruti profond !
L'ancien Serpentard tourna le dos à Drago et se dirigea vers la sortie. Sa main se glaça sur la poignée lorsque la voix de celui-ci résonna dans son dos.
- Il va y avoir beaucoup de mouvement visible, je te l'accorde. Mais moi ce qui m'intéresse c'est le mouvement discret que cela va provoquer. Tu crois que Potter est négligeant au point de laisser sa maison à l'abandon ? Moi pas. Ça risque d'être comique à ses yeux : une personne qu'on prendra pour lui met à bas l'intégralité des barrières magiques de la maison, et se permet en plus de laisser des petits présents de magie noire derrière elle.
- Tout ce cirque... c'était pour laisser un message à Potter ? Tu veux le faire venir à toi. C'est ça ton idée, murmura Théodore.
- Je n'ai jamais aimé faire le sale boulot, répondit Drago.
Le blond se leva.
- Maintenant, si tu n'es pas d'accord avec mes méthodes, tu n'es pas obligé d'y contribuer, Théo.
L'ancien Serpentard était désarmé. Se sentant congédié avec une politesse plus que mesurée, il hocha la tête et quitta finalement l'appartement du blond. Celui-ci regarda à travers la fenêtre pour s'assurer que son ami le laissait bien en paix. D'un coup de baguette, il verrouilla toutes les ouvertures de son refuge et dressa ses propres protections habituelles. Regardant le soleil couchant raser le dessus des immeubles, Drago eut une certitude. Une certitude qu'il possédait déjà dès le début de cette histoire : il devait retrouver Potter avec ses propres moyens. Et surtout, il devait le retrouver seul. Il espérait simplement que son action porterait rapidement ses fruits.
Ron pénétra en trombe dans le bureau de Blaise Zabini. Hermione, penchée sur quelques papiers avec le noir, releva la tête au même titre que l'autre sorcier. L'urgence se lisait clairement sur les traits du Weasley.
- Quelqu'un a descendu les barrières du Square Grimmault ! s'exclama-t-il.
Aussitôt, Hermione bondit sur ses pieds.
- Tu es sûr ?
- Certain !
- C'est forcément quelqu'un de puissant pour réussir à passer sans désintégrer complètement la maison, affirma Blaise.
- Justement, reprit Ron. La maison...
- Quoi ? Qu'est-ce-qu'il y a d'autre, Ron ? s'inquiéta Hermione.
- Il y a de nouveaux sortilèges dedans. Encore de la magie noire.
- Tu as pu déterminer qui les as placés là ?
- Non. C'est impossible à tracer.
- Encore une preuve qu'il s'agit de quelqu'un de puissant, répéta Blaise.
- Je dois me rendre compte par moi-même, déclara Hermione.
Attrapant ses affaires, elle suivit Ron.
- Tu nous suis, Blaise ?
Le noir acquiesça. Il était curieux de voir de quoi il s'agissait lui aussi.
Face au spectacle lugubre du Square Grimmault, Blaise ne put retenir un soupir. Les lieux avaient effectivement subis quelques changements depuis le temps de l'Ordre... « Quelles méthodes de buffles », pensa-t-il en lorgnant sur Ron. Le groupe de trois sorciers s'engagea sans hésiter dans les couloirs de la bâtisse, mais à peine entré, Blaise fronça les sourcils. Les Gryffondors lui avaient décrit une atmosphère irrespirable et aveuglante de ténèbres. Il était vrai qu'on n'y voyait pas très clair, mais on mettait facilement ça sur le compte de la construction de la maison en elle-même. Pas sur un attirail de magie noire. Quelque chose ne tournait pas rond. Granger semblait réagir de la même manière que lui. Weasley, quant à lui, semblait totalement perdu. Dans le séjour, hormis les débris de cheminée toujours présents sur le sol, tout semblait être rentré dans l'ordre.
- Ron ? commença Hermione. Qu'est-ce-qui se passe ?
- Je... Je ne comprends pas. J'étais là i peine dix minutes ! C'était... Enfin, je veux dire... Comme la dernière fois, mais avec des trucs en plus à différents endroits...
- Pourquoi il n'y a rien alors ? interrogea Blaise.
- Je jure que je l'ai vu ! s'exclama Ron. Hermione, tu me crois, non ?
- Oui. J'étais avec toi la dernière fois. Mais sortilèges de magie noire en plus ou pas, il n'y a plus rien ici maintenant. Mais... ça n'est pas possible de faire disparaître autant de ténèbres comme si de rien n'était !
- Quelqu'un est définitivement venu ici, affirma Blaise. Mais pourquoi ajouter des sortilèges pour ensuite tout faire disparaître ?
- Oui, et surtout comment tout faire disparaître en un laps de temps aussi court ? Dix minutes tu dis ? demanda encore Hermione.
- Oui.
Blaise s'avança un peu dans la pièce. Il se pencha et fouilla quelques peu les débris du bout des doigts. Mettant la main sur quelque chose, il se redressa, une liasse de papiers entre les doigts. Pendant que le couple de Gryffondors argumentait sur le pourquoi du comment, il feuilleta l'ensemble. Ses sourcils se haussèrent et le sérieux gagna plus amplement ses traits.
- Vous ne m'aviez pas dit que le dossier de Drago s'était volatilisé dans la nature avec Potter ?
- Si, confirma Hermione.
Sans se retourner, Blaise releva la pille de feuilles par-dessus son épaule.
- Parce qu'il est là, dit-il. Et ça n'est pas un leurre, je peux encore sentir quelques résidus de magie noire.
Hermione le lui prit des mains et le parcourut à son tour. Choquée, elle fixa les pages sans même bouger un cil. Il n'était pas possible qu'ils soient passés à côté de cela la dernière fois. Pas comme ça, juste sous leur nez, dans les débris de la cheminée. Ron formula à haute voix ce qu'elle pensait tout bas :
- Qu'est-ce-que ça veut dire ? Hermione ? Qu'est-ce-que ça veut dire ?!
- Ça veut dire que Potter est la personne qui a mis les pieds ici, répondit Blaise.
Le roux regarda Zabini dans le blanc de l'oeil, lui aussi en proie au doute. S'il était resté quelques minutes de plus, il aurait peut-être eu une chance... Mais maintenant Harry devait déjà être loin. En proie à un mal de crâne monstre, Hermione ferma les yeux. Elle-même ne comprenait pas où Harry voulait en venir avec ça. Il devait pertinemment savoir que la protection brisée signifierait leur avertissement à eux. Alors pourquoi ? Tandis qu'elle tentait tant bien que mal de méditer sur la question, les deux hommes se séparèrent d'un commun accord pour fouiller à nouveau le reste de la demeure. Et ce, sans savoir que depuis l'extérieur, caché derrière les arbustes du parc d'en face, des yeux verts comme leur feuillage les observaient faire leur découverte.
Et voici la fin ! Comme vous devez sûrement l'avoir compris, nos deux héros se rapprochent de plus en plus, et qui sait, ne sont peut-être pas très loin de se retrouver l'un l'autre (en même temps il n'y aurait pas d'histoire si ça n'était pas le cas) ! Alors, que pensez-vous qu'il va arriver ? Le dénouement des recherches est proche.
J'espère que ce chapitre vous a plu ! Et je vous dis à très bientôt pour la suite ;)
