Chapitre 09 : On n'échappe pas à son destin
- P0V Flavien -
''Si tu lis un jour ces lignes,
Toi, tu comprends la situation, moi aussi je devrais la comprendre. Cependant, je n'y arrive pas. En fait, ça ne se passe pas du tout comme je le voudrais. Je voudrais tant parvenir à rétablir dans l'ordre cette histoire, mais tout m'en empêche.
Je sais pourquoi tu me maudis autant et moi aussi, je m'haïs en ce moment. Je ne peux même pas accepter la vérité en face, je me cherche tellement, je suis incapable de perdre les choses en main. Je ne sais vraiment plus ce qui m'arrive, c'est comme si je me reconnaissais plus.
Donc, je veux changer les événements, je veux enfin accepter les faits tels qu'ils sont. C'est pour cela qu'il faut qu'on se reparle. C'est peut-être peine perdue de mon côté, j'ai conscience que tu éprouves de la haine à mon égard, mais moi, je me lance, j'essayai jusqu'au bout, je….''
D'un geste enragé, je froissai en boule la lettre et la déposai dans ma poche, poussant un profond soupir d'abattement. Je lançai le crayon à l'autre bout de la pièce.
C'était fichu, il avait plus d'autres options, d'issues possible….
Je laissai tomber ma tête sur le matelas, l'enfonçant profondément, humant l'odeur de l'étoffe. Celui-ci devint promptement imbibé d'eau salée, toutefois je m'en préoccupai pas une seule seconde.
Je voulais voir la noirceur, la véritable souffrance de cet état douloureux duquel elle vivait. Je voulais seulement comprendre. Je ne savais pas ce qui était le mieux dans tout ça : ignorance ou compréhension?
Oh, mais quand même, je ne rêvais pas de l'impossible… je désirais simplement vivre comme avant.
Après tout, était-ce l'impossible? Car tout avait changé brusquement, plus rien ne saurais comme avant.
Et ça me ramenait encore à cette phrase, comme si c'était mon pire cauchemar.
''Bien sûr que je le suis! Bien sûr que j'attends un bébé.''
Je savais que c'était inutile de faire semblant de ne pas saisir plus longtemps, c'était vrai.
Mais mon problème à moi, c'était que j'étais incapable de l'accepter.
Pourquoi j'avais autant de mal à laisser tomber l'irréel pour admettre la réalité ? A savoir que ça l'était, vrai?...
Ces questions allaient-ils trouver réponses?
J'essayai d'être fort, mais entre nous deux, c'était elle qui l'était, forte. En fait, elle était beaucoup plus que moi. Elle commençait à remonter la pente quand moi, je n'y arrivais pas. Pourtant, je voulais resté debout, me tenir droit et invincible…. c'était à peine si j'y parvenais. Tout m'échappait, tout était trop compliqué pour moi, beaucoup trop compliqué.
J'enfonçai ma tête encore plus fortement en songeant sinistrement.
Il faut que je comprenne, il faut que je comprenne, il faut que je comprenne…
Mais j'arrivais à rien, c'était vain.
-Aidez-moi, aidez-moi à comprendre, Murmurais-je à quiconque aurait ou m'entendre d'une voix étranglée.
Pourtant, personne ne vint à mon secours….
Je restais donc comme cela, sanglotant, lové en position fœtale, les bras repliés autour de moi, tandis que le temps défilait à une vitesse de torture. Comme s'il s'était écoulé des heures avant qu'il se passe quoique ce soit.
Je redressai vivement la tête, manquant d'air frais, essayant de respirer normalement sans succès apparent. J'étouffai, je me sentais mal moralement et physiquement.
Cette voix… elle revenait…
Je me suis attrapé la tête comme pour que la douleur passe. Tout tournait autour de moi, j'avais le tournis, ma respiration devenant de plus en plus difficile.
Tue-le!... tue-le!... la fille ne peut rien... ne peut rien…. elle ne peut pas!... tue-le !… TUE-LE!...
Insoutenable.
Atroce.
Intolérable.
Je ne tenais plus le coup, je pouvais plus.
Je me sentis alors faire une chute et je sombrais dans le néant, douloureusement.
- Fin du P0V -
oOoOoOoOo
- Et alors? Demanda Valence, penchée au-dessus d'un bloc-notes dans lequel elle y griffonnait fébrilement.
- Alors quoi? S'hébétait Pétrolia
- Qu'est qui est arrivé à Brad après? Précisa-t-elle, en relevant la tête vers elle, la regardant fixement.
- Ben euh… il s'est réveillé quelques heures ap… après toi et pour tout te dire, il avait l'air aussi sonné que moi après une attaque.
Valence s'était soudainement remis à écrire, tournant une page de temps à l'autre, en marmonnant quelques paroles complètement Incompréhensives.
- Vraiment? Questionna Valence, ébahie.
- Ouais, mais je sais pas ce que ça veut dire.
- C'est bizarre… très bizarre…
Celle-ci poussa alors une petite exclamation de joie, qui fit tressaillir Pétrolia, en déchirant deux pages de son carnet en gribouillant quelque chose dessus.
- Je crois que j'ai trouvé une partie de l'énigme, Annonça-t-elle, rayonnante.
Valence poussa la première feuille vers Pétrolia en demanda clairement :
- Ça te dit quelque chose?
Empoignant le morceau de papier, elle se canalisa toutes ses pensées pour interpréter ce qui y était inscrit.
V. L. F. B. B. S. C. P. B. D. M.
- Euh… c'est… c'est les initiales des membres d'équipage? Proposa Pétrolia, incertaine.
- Exactement. Assura Valence avec un large sourire. Et ça maintenant? Renchérit-elle en glissant alors le deuxième papier vers l'avant.
B. D. M. C. P. B. S. F. B. V. L.
Elle observa la feuille de papier, essayant de trouver dans sa mémoire quelque chose qui pourrait l'aider.
Qu'est que c'est lettres signifiait? Qu'est qu'elle voulait dire?...
oOoOoOoOo
Une petite fille rousse à l'air innocent, un sourire radieux éclairant sa frimousse, observait son père à la carrure bâtie faire les cents pas devant elle, disant en alternance une série de lettres.
- Pourquoi il faut que je saches ça, papa ?
- Écoute-moi bien, Pétrolia, Disait-il, la mine sinistre. Il faut que tu les apprennes simplement, c'est très important.
- Pourquoi? Répéta la fillette, intriguée.
L'homme s'arrêta net et vint se pencher à la hauteur de celle-ci,
- Je ne peux pas te le dire pour l'instant, mais il faut que tu t'en
rappelles, tu comprends?
- Oui, Répondit la petite. Je vais les apprendre.
- C'est bien ça, Sourit Sergai.
oOoOoOoOo
- C'est… c'est les mêmes lettres que l'autre. Par contre, elles sont inversées. Répondit Pétrolia, toujours concentré sur le papier dans ses mains. Et… c'est ce que j'ai dû apprendre par cœur plus jeune.
- Oui. Tu m'avais déjà dit ça, mais…
- J'ai jamais pu savoir pourquoi ni comment, mes parents ne voulaient jamais me répondre. Compléta-elle en laissant tomber la feuille sur la table.
- Ben, maintenant, on a une réponse plus ou moins lucide. Mais on
peut toujours essayer.
- Je ne comprends pas pourquoi ça nous aiderait à avoir la vérité.
Valence eut beau vouloir cacher ce sourire satisfait en voyant l'air niais de Pétrolia, elle n'y arrivait pas.
- Ce que tu peux être naïve, Pétrolia. Bon, regarde bien. (Elle montra le premier papier de son index) Ça démontre l'ordre croissant des agressions fait par toi et celui-ci (Puis le deuxième) l'ordre décroissant. Ce qui veut dire que tes parents t'ont faire apprendre, en occurrence, ces lettres, c'était un espèce d'avertissement. Ils savaient que les attaques allaient avoir lieu, sûrement qu'ils voulaient te faire part de ce danger que tu courrais.
- Comment pouvaient-ils savoir? Murmura-t-elle, le souffle court.
- Aucune idée, mais de toute évidence, c'est un peu comme si tu aurais pu éviter des attaques si tu avais compris avant. Mais bon, tu peux toujours empêcher celle-là (Elle montra les initiales de Bob).
- Mais de quelle manière je m'y prends pour faire ça?
- Je crois que… Commença Valence.
Un bruit de cognement contre un mur se fit entendre à leur gauche, puis quelqu'un s'éclaircit la gorge. D'un même geste, les deux filles tournèrent la tête, abasourdies de cette interruption si matinale, en la direction de la source du bruit. Bob, qui se tenait dans le cadre de porte, l'air troublé, marmonnant à voix basse :
- Euh… désolé de vous déranger, mais… le capitaine a besoin de toi, Valence.
- D'accord. Tu peux rester avec Pétrolia pendant ce temps-là?
L'étonnement et l'indignation passaient sur son visage en entendant ces paroles. Pourquoi aurait-elle besoin de surveillance? Elle n'était pas folle à lier, tout de même, seulement dépressive et mélancolique.
Elle semblait avoir son plan, devina Pétrolia en la voyant lui adresser un petit sourire en coin. Malgré tout, elle ne se douta pas que ce plan allait tourner à la catastrophe.
- Bien sûr, Répondit Bob, imperturbable.
Valence hocha la tête et quitta alors la pièce et le centre de santé, Bob, lui, s'assit à côté d'elle.
- Qu'est qui ce passe? Demanda Pétrolia en se tournant vers lui.
- Ben en me réveillant, j'ai remarqué que Flavien était évanoui, et quand je suis revenu avec le capitaine pour avoir de l'aide, il avait disparu. Mais c'est bizarre, car il n'aurait pas pu se réveiller comme ça en si peu de temps.
Elle plaqua sa main contre sa bouche pendant un instant un frisson lui traversant l'échine.
- Bob… Dit-elle, difficilement. Je peux te dire quelque chose… que je n'ai jamais dit à quelqu'un avant?
- Ouais, vas-y…
- Depuis quelques temps, je fais des drôles de rêves… et un de ceci… c'était comme… une espèce de vision… et dans ce rêve, bien, je vois… Flavien mourir… tué… tué par moi…
- Comment?
- Je sais pas, mais tu sais que je…
- Oui. Quand même, tu penses que ça peut arriver?
- 'Sais pas. J'veux pas… j'veux pas…
Elle ne savait pas comment finir cette phrase, elle ne voulait plus l'achever, peur de fondre en larmes.
- Écoute, tu m'a dit que tu savais la fin de cette histoire et…
- Une partie seulement, Rectifia Pétrolia, tracassée.
- O.K, debord, alors il faut simplement te dire que tu des morceaux de puzzle et tu peux en découvrir beaucoup plus…
- Oui, oui… tu as raison.
- Moi, par contre, en ce moment je sens vraiment que c'est fini pour moi.
Consternée, elle poussait une petite exclamation de terreur.
- Pourquoi tu dis ça?
- Je… je me sens mal… je pense que…
- Tu… je ne…
- Pétrolia, rends ta grossesse à terme, même s'il n'est pas à moi ce petit, et sois heureuse avec Brad, s'il te plait.
- Oui, mais comment sait-tu que je…
- Pourquoi tu seras autant avec lui sinon?
- Bob, je te jures que je voulais pas te…
- Je le sais très bien.
Il lui adressa un sourire radieux, qu'elle lui rendit sans hésiter.
Toutefois brusquement, il la plaqua violemment contre lui, de toutes ses forces, avec une poigne crispée, il la retenait.
- Qu'est qui a? Exacerba Pétrolia.
- Fermes les yeux, Dit Bob en guise de réponse, ayant un air vigilant sur le visage.
- Mais pourquoi? S'étonna-t-elle.
- Fais qu'est que je te dis. Et tu ne les ouvres que quand ça sera fini pour moi. Tu as compris?
Elle ne saisissait pas entièrement ce que Bob voulait dire, mais elle murmura tout de même cela :
- Oui, d'accord.
Obéissant dans la confusion la plus intolérable qu'elle n'ait jamais connu, un silence s'en suivi. Rien de plus compliqué pour la désarçonner une fois encore.
- Promets-moi que tu vivras jusqu'au bout, Pet, Dit enfin Bob, au bout d'un moment.
- Je survivrai, promis.
Elle se força à se concentrer sur cette pensée tandis que le seul bruit de la scène devint sitôt au ralenti pour elle. Sachant très bien que l'acte le plus terrorisant, qu'elle avait toujours pensé exécuter elle-même avec tout cela, inévitablement était en train de se produire.
Vivre, vivre, je dois vivre… A tout prix…
Le bruit d'une gâchette relâchée prestement…
Rester en vie, quoi qu'il advienne…
Un hurlement de supplice résonnant d'une manière brutale à ses oreilles, comprenant instantanément la situation…
Il le faut, il le faut…
Bob tomba à la reverse, lorsqu'elle essaya de bouger pour se retenir à lui, s'écroulant sur le sol….
Ne pas mourir, ne pas mourir…
Un rire cruel qui s'élevait…
Je dois le faire, il ne faut pas que j'abandonne…
Elle ouvrit alors les paupières, et à ce moment-là, Pétrolia crut que sa raison avait basculée. Et elle, qu'elle s'était jetée de haut, qu'elle tombait et elle avait l'impression qu'elle n'atteindrait jamais le sol, ne voyant pas qu'il s'approchait. Tandis qu'elle tombait une dernière fois. La fin approchait. Rien pouvant empêcher cette conclusion.
Elle s'effondra par terre, en larmes, sur le corps trépassé et couvert de rouge rubis de Bob, ne voulant pas accepter ce qu'elle voyait. S'en était trop pour elle. Trop d'émotions, trop de faits, trop peu de compréhension dans cette histoire…
Ce n'était pas vrai, ça ne se pouvait pas… Si c'est une blague, elle n'est pas drôle du tout… non, c'est insensé…
Elle ne savait pas pourquoi elle pensait que c'était un canular, quand elle savait très bien que c'était invraisemblable. Elle sentait vraiment qu'elle allait devenir folle si ça continuait.
Et à cet instant, elle poussa une vocifération comme si elle espérait vainement qu'il allait se relever, toujours vivant et souriant, et qu'elle verrait que c'était qu'une simple illusion. Car elle ne savait pas ce qu'elle vivait.
- NOOOOOOON, BOOOOOB!
Son propre cri l'avait ramené à la sinistre réalité, devant l'évidence. Elle jeta alors au regard apeuré autour d'elle, sentant le sang chaud de Bob couler sur elle, les sanglots incessants s'intensifiant.
Elle se redressa, à quatre pattes, du corps de Bob, et découvrit avec répulsion et effroi son bourreau qui sévissait en ce cas.
Livide, son visage était fermé, ne reflétant aucune émotion visible, comme s'il était insensible à ce qui venait de se produire, il venait de commettre un meurtre et il ne semblait éprouver rien, pas de remords, pas de regrets. L'arme toujours pointé vers elle, il la fixait sans ciller, impassible.
- T… toi? Parvint à articuler Pétrolia.
Un sourire machiavélique passa sur sa figure, tandis qu'elle savait que cette antipathie n'était pas ce qu'il était dans sa relation avec elle normalement. C'était elle qui devait le haïr, pas le contraire.
- Moi, Rétorqua Flavien, d'un ton doucereux.
Une sensation de léthargie profonde, une sensation de froid fulgurant donnant place à l'engourdissement total, l'agrippa. La dernière chose qu'elle vit avant de tomber dans le néant, c'est le visage celui-ci, devant soudainement triomphant.
