Chapitre 10

Spock !

Spock...

Son esprit restait désespérément accroché aux derniers contacts qu'il avait ressenti. Les bras de Spock. Son odeur, les mots qu'il avait prononcé et qu'il n'avait pas eu le temps de comprendre. Il était frustré, nostalgique, seul. Il était mort. Il le savait. Rien d'autre ne pouvait leur arriver d'autre. Il avait cru que son esprit ou toute forme de pensées, et même de semi-conscience, aurait fait place au néant. Au rien absolu. Il ne croyait pas particulièrement à une vie après la mort. Il n'était pas persuadé de la fin de toute chose non plus. Ses expériences lui avaient seulement fait comprendre qu'une fois que l'on mourrait, on ne revenait jamais à la vie. Pas sous forme charnelle en tout cas. Peut-être dans un autre plan de conscience ? Une sorte d'ascension à un niveau de vie encore inconnu de l'espèce humaine. Quelque chose de spirituel dans tous les cas.

Et pourtant, il avait mal.

La douleur n'était pas une sensation qu'il s'était attendu à ressentir après la mort. Qu'il y ait une forme de vie ou non, c'était supposé être la fin de toutes sortes de souffrances. A moins qu'en réalité, ce qui attendait l'homme après sa mort était encore pire que ce qu'il avait pu vivre avant. Dans ce cas là, il était dans le pétrin. Encore une fois !

.Kirk...

Spock ? Ses pensées se figèrent instantanément sur cette voix qui n'était pas la sienne. Il pensa de suite à son ami vulcain.

...Kirk... m'entendez-vous ?

Ce n'était pas la voix de Spock. Il ne l'appelait jamais par son nom d'habitude. Si le Capitaine avait conscience d'autre chose que ses pensées, il se serait bien vu entrain de froncer les sourcils d'un air faussement étonné.

Dieu ? Ne put-il s'empêcher de demander d'un ton légèrement taquin.

Kirk se força à retrouver son sérieux quand il s'aperçut que la voix qu'il s'amusait à prendre pour un être supérieur possédait des intonations purement féminines. Il était maintenant sûr d'être mort. Ce n'était que la voix de son paradis qui l'encourageait à venir le rejoindre. Un vaste univers de jeunes femmes toutes plus splendides les unes que les autres. C'était la permission dont il avait toujours rêvé. Un paradis tout trouvé. Pourtant, la pensée de se retrouver dans un harem éternel peuplé de jeunes femmes blondes ne fut pas aussi attrayant qu'il aurait pu le croire. Les choses avaient changé.

Ses pensées se focalisèrent à nouveau sur son second. Et sur l'idée qu'il était mort lui aussi. La seule chose qui l'importa tout à coup fut de se retrouver dans la même parcelle de paradis que son second. Même s'il en doutait sérieusement.

_Capitaine, réveillez-vous !

Kirk ouvrit subitement les yeux. La voix, beaucoup plus claire maintenant, le tira de ses réflexions. Il inspira instinctivement et remplit ses poumons comme si c'était la première fois de sa vie qu'il respirait. Ses yeux le brûlèrent et il gémit de douleur tout en couvrant sa tête de ses bras.

_Capitaine Kirk, calmez-vous... Infirmière !

Il sentit deux mains se poser doucement mais fermement sur ses épaules, le forçant à rester allongé et à ouvrir les yeux. Il ne comprenait pas, la mort ne devait pas être aussi douloureuse ! Ce n'était pas vraiment ce qu'il avait envisagé même dans ses pires cauchemars.

_Capitaine, écoutez-moi. Tout va bien, vous êtes à bord de l'USS Kelvin, je suis le médecin de Bord.

_L'USS... Kelvin ? Ne put-il s'empêcher de répéter sans vraiment y croire.

Ses yeux s'habituèrent peu à peu à la violente lumière qui trônait dans la pièce. Il put alors prendre conscience de son environnement et des personnes autour de lui. La salle ressemblait fortement à l'infirmerie de l'Enterprise. Le personnel infirmier seulement était différent.

_Vous avez souffert d'asphyxie et de violentes contractions musculaires. Vous allez ressentir des douleurs dans tout le corps, un peu comme des courbatures. Mais vous allez vous en sortir, Capitaine. Du moins... pour le moment, termina le médecin en chef qui arborait une longue chevelure rousse.

Kirk mit quelques secondes à reprendre ses esprits. Comment l'USS Kelvin avait-il réussi à le retrouver ? Pourquoi le médecin n'était-il pas sûr qu'il s'en sortirait jusqu'à...

_Spock ! S'écria-t-il. Où est Spock ?

La jeune femme rousse posa à nouveau ses mains sur ses épaules pour calmer le patient bien agité qui effrayait ses infirmières.

_Calmez-vous, Capitaine. Il est là, avec nous. Nous dérivions près de la singularité depuis pratiquement 12h quand votre navette est apparue sur nos écrans. Nous vous avons remorqués à bord juste à temps. A vrai dire, vous étiez mort Mr Kirk. Depuis suffisamment peu de temps pour que l'on vous ramène. Votre ami, lui, est plongé dans une sorte de coma. Nous n'arrivons pas à l'y extraire pour le moment mais sa vie n'est pas menacée.

Kirk avait écouté aussi calmement qu'il avait pu les explications du médecin en chef. Alors, ils n'étaient pas morts... aucun des deux. Ils avaient encore une fois réussi à s'en sortir. Si Kirk avait dû devenir croyant un jour, la situation l'aurait fait embrasser n'importe quelle religion. Mais la seule chose en laquelle il croyait réellement, était l'aide que lui avait fourni son ami vulcain et qui lui avait permis de survivre suffisamment longtemps pour en réchapper.

_Où est-il ?

Le médecin lui désigna une couchette tout au fond de la pièce. L'infirmerie était tellement bondée qu'il ne l'avait pas remarqué. Il se leva malgré les protestations du médecin, qui lui rappelait décidément beaucoup Bones, et avança à son chevet. Il se retint de courir même si la douleur ne lui faisait plus vraiment peur maintenant et prit le temps de jeter quelques coups d'oeil autour de lui. Les officiers semblaient souffrir des mêmes symptômes que sur l'Enterprise mais à un stade avancé.

_Depuis combien de temps votre équipage souffre-t-il ?

Kirk poussa un soupir de soulagement lorsqu'il vit le corps de son second allongé face à lui. Son visage était fermé mais serein. Il avait dû se plonger dans une méditation assez profonde pour que seule la mort puisse l'en extirper. Peut-être arriverait-il à le faire sortir de son coma sans aller jusqu'à devoir le tuer littéralement. Un profond sourire illumina le visage du Capitaine. Spock était en vie.

_Quelques heures à peine après que nous nous soyons retrouvés piégés par le nuage cosmique. Ce qui fait environ 8h.

Kirk écarquilla les yeux. Quelque chose clochait.

_Mais ça fait plus de 2 jours que vous avez disparu. Vous n'auriez jamais pu tenir autant de temps sans que le vaisseau ne soit broyé par la singularité...

Cette fois-ci, ce fut au tour du médecin en chef de le regarder avec un air dubitatif.

_Nous avons perdu contact avec Starfleet il y a moins de 13h. Nous voyagions vers la colonie située sur Neto II lorsque nous avons été arrachés de notre distorsion. Depuis, nous sommes coincés au centre de la singularité sans aucun moyen d'en réchapper.

Le Capitaine fronça les sourcils. Il ne put s'empêcher de fixer à nouveau son ami. Il imaginait déjà Spock trouver une explication tout à fait logique à cette distorsion temporelle. Tout ce qu'il pouvait faire en attendant son réveil, était de prendre exemple sur le raisonnement sans faille du vulcain.

_Le fait que votre vaisseau se soit retrouvé piégé à proximité de l'horizon du trou noir y est peut-être pour quelque chose. Le temps s'écoule sûrement plus lentement pour vous que pour les personnes extérieures ou même à proximité du nuage cosmique. Enfin, le commandant Spock aurait pu vous éclairer plus que moi...

Kirk posa sa main sur celle de son ami. Elle était étrangement froide pour un vulcain. Il prit soudainement peur que son ami ne se réveille plus. Son inquiétude n'échappa pas au regard du médecin.

_Ne vous en faites pas pour lui. C'est peut-être mieux pour lui qu'il ne se réveille pas vous savez. Le vaisseau va bientôt être broyé par la singularité. Nous n'en avons plus pour très longtemps... Je vais quand même informer le Capitaine Thomas de votre réveil. Il espérait que vous pourriez nous dire comment vous êtes arrivés jusqu'à nous et où se trouve votre vaisseau.

Kirk acquiesça lentement. Avec de la chance, le Capitaine de l'USS Kelvin n'avait pas envisagé la possibilité d'utiliser le rayon de dekyons pour trouver une rupture dans la singularité. Il était possible que la déchirure qu'ils avaient fait en entrant dans le nuage cosmique ne se soit pas encore complètement résorbée. L'Enterprise était resté coincé un peu moins de 8h et la rupture faisait encore 15 mètres sur 10 lorsqu'ils l'avaient retrouvée. Si celle de l'USS Kelvin était encore ouverte de quelques centimètres, cela suffirait à les sauver...

Kirk soupira longuement. Il aurait voulu réveiller Spock. Là, tout de suite. L'entendre et pouvoir lui parler, le rassurer. Mais si jamais ils ne réussissaient pas à trouver une autre fissure, ils mourraient de toute manière. Il n'avait pas le droit de réveiller Spock pour lui annoncer qu'il allait mourir... encore une fois. Il ne savait pas du tout si le vulcain serait capable de se replonger dans une transe aussi profonde. Il ne pouvait pas prendre le risque tant que leur vie était encore en danger.

Il laissa le médecin de bord retourner à son poste de communication et jeta quelques regards autour de lui. Personne ne faisait vraiment attention à lui. Les patients étaient nombreux et requéraient toute l'attention du personnel médical. Il se pencha alors doucement vers Spock et passa une main dans ses cheveux, ébouriffant légèrement la franche trop stricte qui barrait son front. Ses quelques mèches rebelles lui donnèrent l'air plus humain... et plus vivant. Kirk ne put s'empêcher de sourire et son coeur se pinça à cette vision.

_Je vais nous sauver, Spock... murmura-t-il au creux de l'oreille de son second. A mon tour de vous rendre cette faveur.

Kirk s'attarda quelques secondes à proximité du visage du vulcain. Ses lèvres étaient beaucoup plus pâles que la dernière fois qu'il les avait vu. Même si ses souvenirs étaient un peu flous, il se rappela avoir eu envie de les embrasser.

Il se releva alors, troublé par ses souvenirs, avant de rejoindre la nacelle de commande. Le sort de tout l'équipage de l'USS Kelvin était entre ses mains. Mais la seule chose qui le préoccupait vraiment n'avait rien à voir avec la vie ou la mort.

Ces lèvres fines...

Il avait toujours envie de les embrasser.

A suivre...


Un autre petit chapitre, que je dirais probablement de transition. Après le chapitre précédent, j'ai eu quelques difficultés à l'écrire. J'avais envie de continuer sur ma lancée et faire plus long mais ça aurait fait trop je pense. J'espère qu'il vous plaira, je ne pouvais décemment pas laisser Kirk et Spock mourir ^^

Un grand merci à Chi pour ses reviews, sans elle je ne sais pas si je continuerais à écrire (du moins aussi vite). Merci de ta fidélité et d'être toujours aussi intéressée :)