Chap 10 : Take it easy

Quand Severus transplana dans son laboratoire, il lui sembla à nouveau que des années s'étaient écoulées depuis qu'il l'avait quitté. Et pourtant, à nouveau, cela ne faisait que quelques heures…

Il repéra le pull et tenta de se rappeler Shadow dormant dessus, à travers la nouvelle vision qu'il venait d'acquérir de Potter.

Un chat craintif, qui n'aimait pas les gestes brusques, qui ne se faisait pas remarquer et ne miaulait jamais… qui avait adopté la première personne qui lui avait manifesté un semblant de gentillesse, offrant en échange sa loyauté.

Un chat qui ne se plaignait pas de ses blessures et qui dévorait la nourriture comme s'il n'en avait jamais vu auparavant.

Potter. Son chat. Il ne pouvait s'empêcher de se sentir soudain très possessif envers l'animal… et l'adolescent. Il allait pourtant falloir qu'il reprenne rapidement ses esprits, il s'agissait de Potter, Harry Potter, et pas une âme qui vive ne souhaitait le voir roder plus que nécessaire autour du garçon. A l'exception peut-être de Dumbledore, mais le vieux fou avait l'agaçante manie de vouloir forcer la nature en créant des liens improbables.

Et une autre exception, plus ennuyeuse encore, celle de Voldemort. Si celui-ci venait à soupçonner ses intentions envers Potter, ce dernier serait le premier à en pâtir… le Seigneur des Ténèbres se servirait de lui pour l'atteindre et sa position serait compromise. Il allait devoir exercer tous ses talents d'occlumens…

Il était un espion, et ce depuis des années. S'il avait réussi à tromper le Seigneur des ténèbres sur sa loyauté jusqu'ici, il pouvait continuer. Il saurait rester discret et tenir ses distances, à tous points de vue.

Mais il allait cependant avoir une sérieuse discussion avec Dumbledore sur sa façon d'assurer la sécurité du garçon…

Il jeta un dernier regard à la pièce avant de lancer une poignée de poudre de cheminette dans l'âtre.

Oui, le monde avait bien tourné de 5 degrés… et il allait falloir apprendre à se réorienter.

Rapidement.

Quand il arriva à Grimmauld Place, l'endroit était vide. Il n'était pas loin de midi à présent, mais de toutes évidence les membres de l'Ordre ne mangeaient pas ici aujourd'hui. Sans doute Dumbledore était il resté seul avec Potter…

Il allait monter le rejoindre, mais il avait besoin d'un instant. Un moment pour mettre de l'ordre dans ses idées et réfléchir à ce qu'il allait dire au directeur… et comment il allait le lui dire.

A l'étage, une porte se referma doucement et il entendit le bruit de pas dans l'escalier. L'instant d'après Dumbledore entrait à son tour dans le salon des Blacks.

L'air inquisiteur, un petit sourire aux lèvres, il vint rejoindre le maître des potions près de la cheminée. Perdu dans ses pensées, celui-ci ne leva pas immédiatement les yeux.

« Severus ? »

Snape leva enfin la tête pour rencontrer le regard du directeur dont le sourire s'effaça aussitôt. Il sembla subitement vieillir de quelques années et ses épaules s'affaissèrent tandis qu'il dévisageait le professeur.

« Peut-être devrions nous nous asseoir » suggéra t il

Snape hocha la tête et s'installa dans l'un des confortables fauteuils, jambes croisées et pris une profonde inspiration tandis que Dumbledore prenait place face à lui.

« C'est à ce point, Severus ? » dit il d'une voix douce

Snape ne put retenir une moue de dégoût.

« Combien de fois avez vous vérifié les conditions de vie de votre petit protégé, Albus ? »

« Cet été, où avant son arrivée à Poudlard ? » répondit le directeur

Un reniflement de mépris lui répondit.

Dumbledore soupira.

« A voir votre réaction, pas suffisamment. Harry a écrit régulièrement cet été et n'a pas donné l'impression d'être mal reçu dans sa famille. » dit-il

« Mal reçu ? » répondit le professeur de potions, incrédule

« Mal reçu, Albus ? Avez vous la moindre idée de la façon dont le garçon est traité chez lui ? De ce que sa supposée famille pense de lui, et lui fait penser de lui ? »

« Severus, il s'agit bien de sa famille ! Leur mode de vie est sans doute très différent du notre, et il ne fait aucun doute que la présence d'Harry ne les perturbe, mais il s'agit tout de même de leur neveu et ils l'ont protégé jusqu'à présent ! » protesta Dumbledore

Snape se raidi, les mains crispées sur les bras du fauteuil

« Le protéger ? En le mettant à la porte au premier prétexte ? »

Le sorcier aux cheveux gris ouvrit la bouche pour répondre, mais il n'en eut pas le temps

« Je ne veux rien savoir de leurs raisons, Dumbledore ! La perte d'un être cher est toujours douloureux, mais faire endosser cette mort à un enfant déjà accablé par le deuil… oh oui ils se savaient, Albus ! Harry se réveille toutes les nuits en criant en rêvant de la mort de Black ! » rugit Snape en sautant sur ses pieds

Le directeur s'enfonça un peu plus dans son fauteuil, les yeux mi-clos, mais le professeur de potions ne lui laissa pas le temps de trouver une réponse

« Quant à ses blessures, j'en ai trouvé l'origine et je vais pouvoir les soigner » reprit il plus calmement.

« et vous aviez raison, ce ne sont pas des blessures magiques. »

Dumbledore lui adressa un regard presqu'implorant, mais il continua, les dents serrées

« Elles ont été infligées une à une, à coups de ceinture, par son oncle. »

Le directeur ferma entièrement les yeux cette fois, posant son front dans sa main. Mais Snape n'avait pas envie d'en rester là. Dumbledore n'avait pas voulu lui même legilimenser la brute épaisse qui servait d'oncle au garçon, mais il n'échapperait pas pour autant à un récit détaillé de ses méfaits.

« Il semblerait que Vernon Dursley se soit vraiment convaincu de la culpabilité de votre petit protégé, Albus. Petunia n'a rien fait pour le contredire, mais nous reviendront plus tard à cette charmante femme. Quoiqu'il en soit, Vernon est allé tout droit dire à son neveu ce qu'il pensait de lui et de sa façon de porter malheur aux gens. De provoquer leur mort. Et afin de bien faire comprendre son point de vue, il a fait rentrer la leçon dans la tête du garçon à coups de ceinture avant de lui briser quelques os à coups de pied. Que pensez vous donc de leur façon de le protéger, Albus ? De l'aimer ? »

A bout de souffle, Snape s'arrêta pour regarder le vieil homme qui lui faisait face. Pour l'heure, la tête entre les mains, il n'avait rien du puissant sorcier que Voldemort lui-même redoutait, du directeur respecté de la fameuse école de sorcellerie. Il ne voyait qu'un vieillard, rompu par ses erreurs, et qui aurait eu bien besoin d'un verre d'alcool fort.

Grognant, Severus ouvrit un bahut et en sorti une bouteille de whiskey dont il rempli un verre. Il n'avait pas voulu crier ainsi sur le directeur de ce ton accusateur… la façon naïve et désinvolte dont il avait considéré la sécurité d'Harry chez les moldus lui avait fait voir rouge. Comment avait il pu être si négligent envers un enfant auquel il semblait tant tenir ? Sur lequel reposait l'avenir de la magie ?

Il tendit le verre au directeur qui le pris, d'une main qui tremblait légèrement.

Snape s'assit à nouveau à contrecœur dans son fauteuil, laissant un instant au vieil homme et à lui même pour retrouver leur calme.

« Jamais auparavant,» dit enfin Dumbledore d'une voix faible « je n'avais eu de raison de penser que Vernon pouvait être violent envers Harry. Avez vous fouillé sa mémoire, Severus ? Concernant Harry ? »

Snape hocha la tête mais ne répondit pas tout de suite. Devait-il tout lui dire ? L'homme semblait déjà accablé par les informations qu'il avait reçu. Il soupira… Il n'avait guère le choix, la sécurité d'Harry en dépendait.

« Oui. J'ai cherché dans ses souvenirs quelques scènes représentatives de ses relations avec le garçon. Depuis son arrivée chez eux jusqu'à cet été… »

Il fit une nouvelle pause, rassemblant à son tour ses souvenirs. Le célèbre Harry Potter, détesté et négligé durant toute son enfance… la Gazette des Sorciers en aurait fait des gorges chaudes. Dans tous les cas, Potter avait pris soin de ne pas en faire étalage et d'une certaine façon, il le comprenait parfaitement. Un certain sens du décorum que Snape ne reniait pas lui-même…

Il devait faire son rapport à Dumbledore, mais rien ne l'obligeait à rentrer dans les détails. Si l'homme tenait absolument à avoir son lot d'anecdotes sordides, qu'il aille lui même faire sa moisson chez les Dursleys, il était bien certain qu'il n'en avait vu qu'un échantillon !

Rencontrant à nouveau le regard du directeur, il y vit son attente et son appréhension. Non, décidément, il n'était pas utile d'être plus précis que nécessaire.

« De toute évidence, Vernon Dursley a monté d'un cran en violence cette année au retour d'Harry. Je ne crois pas qu'il l'aie battu aussi sévèrement jusque là, bien qu'il n'aie jamais semblé avoir de scrupule à appliquer une gifle bien ajustée. En revanche, le fait de priver le garçon de nourriture et de le surcharger de corvées… cela semble faire partie des habitudes bien ancrées de la maison. Mais il ne s'agit pas seulement de cela, Albus… ils détestent réellement cet enfant. Tous. Aucun d'entre eux n'a réellement songé à le protéger, ils l'ont tout juste toléré… son sort ne les préoccupe aucunement. Il ne peut pas retourner là-bas, en aucune façon. »

Dumbledore se redressa dans son fauteuil.

« Petunia est la tante d'Harry, ils partagent le même sang. Je n'ignore pas que Vernon Dursley aie une vision du monde de la magie très négative, mais Pétunia a grandit avec Lily, et vous savez bien à quel point elle lui était attachée. Elle parviendra à faire entendre raison à son mari une fois les esprits apaisés, j'en suis certain… toutefois, il semble évident qu'Harry ne pourra pas y retourner. La protection s'est avérée bien trop faible… et après ce que vous venez de me dire, Severus… »

Snape l'interrompit, la voix dangereusement calme.

« Vous ne m'avez pas écouté, Albus. Ou plutôt, vous ne voulez pas l'entendre… Oui, Pétunia aimait Lily. Mais elle n'a jamais rien reporté de cet amour sur Harry. Pour la citer : « vous ne pouviez pas l'obliger à l'aimer » . Entendez moi bien cette fois : cette femme n'a jamais considéré son neveu comme autre chose qu'un fardeau et une nuisance. Elle s'est appliqué, comme son mari, à rendre son existence misérable de toutes les façon possibles. D'un commun accord ils l'ont maltraité, privé de nourriture, traité comme un monstre, et je n'en sais probablement que la moitié. Pétunia n'a aucune intention de faire entendre raison à qui que ce soit : elle veut être débarrassée de Potter, d'une façon ou d'une autre, et encourage son mari en ce sens.

Elle était présente quand Vernon a littéralement massacré le garçon, et elle n'est pas intervenue. Après quoi, elle a jeté les lunettes du garçon pour ne pas que vous les trouviez, et en déduisiez que le garçon n'était pas parti de son plein gré. Cette femme est un monstre… cette famille entière est monstrueuse. Je ne permettrais en aucune façon que le garçon remette un pied dans cette maison, quand bien même les barrières seraient rétablies dans leur meilleure forme ! » conclut il, sifflant presque la dernière phrase entre ses dents.

Il pouvait lire une petite lueur d'amusement dans le regard du directeur, noyée dans le choc que ses paroles avaient provoqué.

« Eh bien, Severus, voilà un plaidoyer passionné… et ce n'est pas moi qui vous en blâmerait » ajouta t il en voyant le regard du professeur de potions se durcir.

« Mes erreurs envers ce garçon sont si nombreuses que sa simple vue suffira bientôt à me faire rougir de honte. Je vous ai envoyé chez les Dursleys sans vous donner toutes les informations en ma possession et ne m'en excuse, professeur. Il m'a semblé que votre vision des choses serait plus complète et plus objective si vous les découvriez sans a priori. J'ignorais cependant à quel point ces révélations seraient brutales et… je le regrette. »

Il soupira. Snape se renfrogna, se préparant à écouter l'histoire du directeur.

« J'ai toujours su que la famille d'Harry n'était pas idéale de nombreux points de vue. Mme Figg, une voisine squib, était chargée de garder un œil sur lui. Ses rapports indiquaient que le garçon ne semblait pas être traité comme un égal avec son cousin, et que les soins qui lui étaient prodigués laissaient à désirer. Cependant, il n'a jamais été question de maltraitance à proprement parler… considérant le pouvoir des barrières qui le protégeaient, cela semblait un petit prix à payer. »

Snape serra les dents mais ne répliqua pas. A quoi pensait donc le vieux fou ?

« D'autre part je partageais vos craintes, bien que pour d'autres raisons, qu'Harry ne devienne arrogant et faible s'il était élevé par des gens de notre monde qui n'auraient que trop conscience de sa valeur. Une famille de sorciers l'aurait élevé comme Harry Potter, célèbre héros malgré lui… et digne successeur de ses parents. En restant dans sa famille moldue, Harry a eu une chance de grandir comme un enfant normal. »

Dumbledore vit le maître des potions se figer à nouveau dans son fauteuil, prêt à bondir

« Mais je me rend compte à présent qu'il n'a jamais eu cette chance, pas dans le sens ou je l'entendais » ajouta t il. « Dès la rentrée à Poudlard, quand Harry sera à nouveau en sécurité, je rendrais moi-même visite à la famille Dursley. Après quoi, les services sociaux sorciers auront la tache de leur retirer la garde d'Harry… de toute évidence, cela ne devrait poser de problème à aucune des parties » conclu t il dans un soupir.

Snape acquiesça, plus calme à présent.

« A qui pensez vous confier le garçon ? » demanda t il

« La question mérite réflexion, mais je crois que la famille Weasley s'impose comme un premier choix. Ils ont régulièrement soulevé la question avant ces derniers évènements et considèrent déjà Harry comme un fils. Je pense que celui-ci n'y verra aucun inconvénient… »

« Non » approuva le professeur de potions « il y verra même sans doute son véritable cadeau d'anniversaire »

Les deux hommes se sourirent légèrement. L'orage était passé… à présent, il allait falloir s'occuper d'Harry, et les problèmes ne faisaient que commencer.

« Comment Harry s'est il comporté en mon absence ? » demanda Snape, plus détendu à présent

Il cru voir un léger éclair de malice passer dans les yeux du directeur.

« De toute évidence, Harry-chat ne fait confiance qu'à vous, Severus. Je n'ai pas pu l'approcher… je n'ai pas non plus essayé trop longtemps. Ma présence a semblé le perturber, mais je n'ai pas voulu le laisser seul dans la chambre. J'ai suivi vos recommandations, mais il n'a pas voulu toucher au poisson que je lui ai proposé. Quand je l'ai quitté, il était caché sous une commode et me fixait eux yeux comme si j'étais le cousin de Crocdur. »

Snape soupira.

« Il doit pourtant avoir faim… Je vais monter le voir. Les blessures étant finalement bien ce qu'elles semblaient être, il ne sera pas difficile de les soigner mais il faudra toutefois régler ce problème de transformation. Si elles doivent se réouvrirent à chaque fois qu'Harry reprend forme humaine, elles pourraient rapidement empirer. »

Dumbledore acquiesça.

« Nous allons avoir beaucoup de travail avec ce jeune homme avant la rentrée. N'avez vous rien vu dans la mémoire des Dursleys qui pourrait expliquer ce nouveau pouvoir ? »

Snape réfléchi un instant, songeur.

« Pas dans ses souvenirs, non, mais il y a autre chose… Dans la chambre du garçon, j'ai senti les traces d'une magie qui ne pouvait pas être la sienne. Quelque chose de puissant, d'ancien, et de pourtant récent. Je n'ai pas réussi à l'identifier, mais je pense que les deux pourraient être liés. »

Les yeux de Dumbledore brillaient à présent.

« Votre extraordinaire sensibilité à la magie n'est pas la moindre de vos qualités, Severus… je ne l'avais moi même pas détectée lors de mon passage. Sans doute votre don s'est il largement développé dans le contexte moldu où vous avez grandi… »

Snape releva le sous entendu et fronça les sourcils.

« Je n'ai jamais prétendu que grandir parmi les moldus était une malédiction, Albus. Mais la façon dont Potter a été élevé, en revanche, en était certainement une. »

Dumbledore hocha la tête et leva une main en signe d'apaisement. Ce n'était sans doute pas le bon moment pour faire remarquer au professeur les nombreux points qui le rapprochaient du garçon.

Mais en avait il vraiment besoin ? A voir la façon dont il avait pris la défense d'Harry et la rage qui le tenait quand il avait raconté les mauvais traitements que celui-ci avait subit aux mains de sa famille, l'opinion du professeur venait de prendre un tour radicalement différent.

Et ce n'était pas pour lui déplaire.

S'il avait si longtemps failli à Harry, il n'avait guère mieux réussi à veiller sur Severus, depuis son arrivée à Poudlard en tant que simple élève. Il entendait bien à présent remédier à cela et il lui semblait de plus en plus évident que la solution se trouvait dans ce regard possessif qu'avait soudain le professeur quand il parlait du garçon, et dans la confiance aveugle du chat envers ce même professeur…

Il suivit le maître des potions dans la chambre où ils trouvèrent le chat tapi sous la commode, à l'endroit où le directeur l'avait laissé. Severus pris la coupelle de poisson et la senti.

« Il est frais... monsieur Potter joue les paranoïaques. »

Il s'accroupit.

« Allons, ne soyez pas stupide, ce poisson est très bon. » Il reposa la gamelle devant la commode cette fois.

Le chat gardait les yeux fixés sur le professeur d'un air hésitant.

Snape savait ce qui le contrariait, mais il n'était pas décidé à changer de ton en présence du directeur. Il lui semblait qu'il s'était suffisamment laissé aller pour aujourd'hui au cours de son rapport dans le salon.

Ce fut Dumbledore, cependant, qui souleva le problème:

« Je crois qu'Harry n'est plus habitué à votre façon de parler sous sa forme actuelle. Sans doute ne vous adressez vous pas au chat comme à l'élève... » suggéra t il d'une voix douce

Snape grogna mais fini par se résigner. Autant en finir vite, et que cela reste strictement entre le directeur et lui...

« Allez le chat. Par ici. C'est l'heure de manger » fit il de sa voix shadowienne. En voyant le chat faire un pas craintif vers lui, sensible à son changement de ton, il lui vint à l'esprit que c'était une façon de parler qu'il n'avait réellement utilisé que pour Shadow. Il n'avait jamais eu d'animal domestique auparavant, et encore moins de raison de s'adresser d'une voix apaisante à qui que ce fut.

Il regarda le chat s'avancer jusqu'à lui pour venir dévorer le poisson à ses pieds. Il du se retenir de caresser machinalement l'animal... Il n'avait déjà pas la moindre envie de se retourner pour voir le regard que Dumbledore lui adressait à cet instant, que Merlin lui épargne ce comble du ridicule.

Quand le chat eut fini sa gamelle, il se décida enfin à se relever. Contrairement à ce qu'il avait cru, c'était Shadow que le directeur fixait du regard d'un air... nostalgique ? Regrettait il que Potter aie attendu son autorisation pour manger, refusant la nourriture que lui offrait le vieil homme qui s'était voulu son protecteur?

Snape ne pu s'empêcher de ressentir un mélange de triomphe et de satisfaction qu'il tenta vite de dissiper.

Il allait bien falloir que Potter reprenne sa forme, et l'idée n'aurait plus rien d'amusante. Vraiment pas.

« Qu'en pensez vous, Albus ? Il semble calme, nous ne sommes pas nombreux et la chambre lui est familière... pouvons nous le retransformer ? »

Dumbledore hocha la tête.

« Avez vous vos potions ? Je crains que la même scène ne se reproduise, quelques soient nos précautions. »

Snape hocha la tête. Oui, tout était prêt, il n'avait aucune raison de reculer.

« Potter. Le chat. Ecoute moi bien... je sais que la dernière transformation ne t'a pas laissé un bon souvenir, mais nous allons faire en sorte que tout se passe bien cette fois-ci. Personne ici ne te fera de mal, tu es en sécurité. Fais nous confiance. »

Il pris un pas de recul et chercha du regard Dumbledore qui lui fit signe de commencer.

« Animagus revelio! »

L'instant d'après, un Potter chancelant et à l'air perdu se tenait devant eux dans ses vêtements déchirés, ses blessures toujours présentes mais ne saignant pas, remarqua Snape avec soulagement.

Il s'adossa maladroitement à la commode, cherchant son équilibre et ses esprits. Les yeux froncés, il semblait lutter pour retrouver sa conscience.

De toute évidence, le monde venait aussi de tourner pour lui, et de plus de 5 degrés, songea Severus.

Dumbledore ouvrit la bouche pour s'adresser à Harry, mais Snape le retint d'un geste de la main. Mieux valait laisser le temps au garçon de résoudre lui-même son dilemme avant d'interférer.

Il fut récompensé quelques instants plus tard en entendant une voix faible marmonner :

« Où... » le garçon se tenait le front d'une main, les yeux mi clos, comme si un début de migraine l'assaillait.

Snape ouvrit une potion qu'il pressa dans les mains du garçon.

« Buvez ça Potter »

En entendant son nom, le garçon repoussa la fiole et en tenta de reculer.

Snape grogna.

« Harry. Prend la, elle devrait te soulager »

Profitant de l'hésitation du garçon, il lui fourra la potion dans les mains et les leva doucement vers sa bouche.

Sans plus chercher à se débattre, le garçon l'avala. Il avait mal, il n'était plus sûr de savoir qui il était, mais la voix était rassurante...

L'instant d'après, il senti son mal de crane se dissiper et se détendit légèrement.

« Et pour répondre à votre question, nous nous trouvons au 12, Grimmauld Place, au quartier général de l'Ordre du Phénix. » poursuivi la voix du même ton égal et apaisant

« Sirius... » murmura t il

« Oui » répondit une autre voix qui le fit sursauter « La maison de Sirius... la tienne à présent, Harry. »

La silhouette floue qui avait parlé se tenait de l'autre côté de la pièce. La voix... il la connaissait, elle était synonyme de sécurité, d'autorité aussi... de Poudlard. La voix représentait Poudlard. Un vieil homme. Dumbledore, oui, c'était Dumbledore, le directeur... celui qui avait veillé sur lui depuis son arrivée.

Mais alors, l'autre voix ? Il l'aimait bien et la redoutait en même temps. Il n'arrivait pas à savoir si elle lui était antipathique ou réconfortante...

Plus réconfortante dans un sens que celle du directeur, car... car ? Des images se précipitaient dans sa tête, trop vite, trop nombreuses...

Il entendit la voix de Dumbledore appeler son nom.

« Harry, veux tu t'asseoir sur le lit quelques instants ? »

Effectivement, la suggestion était bonne. Il se laissa tomber sur le lit, à bonne distance des deux silhouettes. Il avait mal partout malgré la potion... rien d'insupportable, mais il avait l'impression d'avoir été piétiné par un hippogriffe.

Il sursauta quand la voix du vieil homme l'appela à nouveau.

« Harry, comment te sens tu ? »

Il ne savait pas vraiment quoi répondre à cette question. Ou plutôt, comment

« Je... bien. Plutôt. » s'entendit il répondre. Etait-ce vraiment lui qui avait parlé ? Oui, sûrement...

« Pourriez vous nous rappeler votre nom? » demanda l'autre voix, celle de l'homme en noir près de la commode. L'homme en noir... les donjons... Snape ! Il s'appelait Snape et il était... oh Merlin. Snape... comment pouvait il... comment se faisait il...

Ses souvenirs se mélangèrent à nouveau.

« Harry James Potter » répondit il machinalement

Il senti plus qu'il ne vit les deux hommes échanger un regard satisfait.

« Chat... » rajouta t il, sans savoir pourquoi. Il avait voulu dire un autre nom mais c'était retenu au dernier moment. Ce nom là, il ne voulait pas le dire. C'était le sien, et c'était celui de ... Snape?

Il fixa son regard sur le professeur, tentant de se faire une image moins floue de la silhouette. Etait ce bien la même personne dont il avait souvenir ?

Il vit l'homme tressaillir quand il donna son autre nom. Il avait senti confusément que lui non plus ne voulait pas qu'il dévoile le nom qu'il lui avait donné... Avait il craint d'être ridicule ? Certainement... les souvenirs commençaient à prendre place dans sa tête. Il avait passé beaucoup de temps avec Snape ces dernières semaines, et celui-ci ne s'était pas comporté de sa manière habituelle...

« Harry, te rappelles tu qui nous sommes ? » demanda le voix de l'homme à la longue barbe. Celui qui lui avait proposé du poisson tout à l'heure... Oh, bon sang. Que s'était il passé ?

« Vous... vous êtes le professeur Dumbledore et... » il hésita. Comment devait il dire cela ?

« le professeur Snape. Je crois » conclu t il misérablement.

« C'est très bien, Harry » le rassura Dumbledore. « Tu nous as fait très peur. Nous avions perdu ta trace pendant un long moment et nous craignions qu'il te soit arrivé malheur. »

Peur ? Oui, sans doute... les deux hommes semblaient tendus. Il y avait eu cette scène dans le salon... dans le donjon... et avant ?

« Te souviens-tu de quelque chose, mon garçon? » demanda la voix

« Oui... » répondit Harry sans s'avancer. « Mais c'est flou... comme si je voyais à travers d'autres yeux. »

« Des yeux de chat, peut-être ? » suggéra Dumbledore.

Harry réfléchit. Le mot résonnait familièrement dans sa tête. oui, cela avait du sens... il avait pensé que les chats étaient doués en saut, mais qu'il était dur de se lécher pour se laver...

Oh, Merlin.

L'adolescent vira soudain au rouge tandis que les souvenirs revenaient en masse dans sa mémoire. Des souvenirs qui cette fois avaient un sens bien précis.

« Tout va bien, Harry, tu n'as pas à t'inquiéter. Nous ignorons encore ce qu'il t'es arrivé, mais tu es sauf à présent et nous allons nous occuper de cela. » tenta de l'apaiser Dumbledore.

Il sembla subitement à Harry qu'il n'oserait plus jamais regarder le professeur de potions en face. Il avait... oh bon sang, il avait élu domicile dans le laboratoire du professeur pendant... combien de temps ? Deux bonnes semaines, si l'on en croyait les cris de l'homme quand il avait découvert son identité...

Il n'avait jamais eu autant envie de s'enfoncer sous terre. De toutes les situations gênantes qu'il avait pu vivre, celle la remportait de loin le trophée, même l'apparition de Mimi Geignarde dans la salle de bain des préfets n'avait pas réussi à le mettre aussi mal à l'aise.

Et le pire, c'est qu'il ne parvenait pas à regretter tout à fait ces deux semaines d'amnésie. Pour la première fois peut être de sa vie, il s'était senti en sécurité. Protégé. Il l'était à Hogwart, bien sur, mais c'était différent... il pouvait toujours arriver quelque chose dans les couloirs, un basilic ou un prisonnier échappé... et dans le donjon, il s'était senti... oh, très bien, il s'était senti chez lui.

Près du feu, dans son fauteuil, sur son pull, avec son homme en noir pour le protéger. C'était totalement pathétique... et pourtant, il le regrettait déjà.

Comment il avait pu en venir à considérer Snape comme un symbole de sécurité, il l'ignorait. L'amnésie avait sûrement du bon...

A y bien réfléchir, le professeur avait bien contribué à cette situation. Il l'avait recueilli, soigné... il avait eu cette façon de parler, de faire attention à lui, de chercher sa présence, même.

Il ne voulait plus y penser. Non seulement la situation le rendait malade de honte, mais de plus... c'était fini, n'est ce pas ? Snape allait être furieux contre lui. Vraiment furieux... l'affaire de la pensine n'avait été qu'un pale avant goût de ce qui l'attendait à présent.

Du moins était il a peu près sur que le professeur n'avait pas l'intention de le frapper. Il avait largement eu l'occasion de le faire, et même de lui tordre le cou... mais il l'avait ramené ici, et l'avait soigné.

« Harry ? » l'interpella Dumbledore

Le garçon sursauta.

« Harry, nous aurions besoin de ton aide pour reconstituer ces dernières semaines. Nous savons à présent où tu te trouvais pendant que nous te cherchions et les raisons de ton départ, mais il nous manque beaucoup d'éléments. Pourrais-tu, s'il te plait, chercher dans ta mémoire tous les souvenirs depuis disons... le moment où tu es arrivé à Privet Drive ? »

un claquement de langue agacé répondit au directeur, et la voix, plus froide cette fois de Snape l'interrompit :

« Potter, comment vous sentez vous ? Avez vous besoin d'une potion ? »

Snape s'inquiétait de sa santé ? Première nouvelle... non, pas première rectifia t il, l'homme s'était plus préoccupé de son bien être ces deux dernières semaines que tout le reste du monde durant, quoi ? toute sa vie?

« Je crois que ça ira, merci. C'est juste que tout est un peu... flou. »

« Essayez de vous concentrer sur des souvenirs qui ne posent pas de problème. Votre arrivée dans votre famille par exemple. » recommanda Snape

Harry hocha la tête.

« En fait, tout est assez clair jusqu'à, je crois... mon anniversaire. Jusque là, tout s'était passé normalement. »

Snape grogna à ces paroles. Normalement ? Qu'est ce que le garçon entendait par ' normalement', au juste?

« Potter, avant que vous n'alliez plus loin, je me dois de vous informer que j'ai rendu une petite visite à votre famille. Plus précisément, j'ai soumis votre oncle au legilimens. Comprenez par là que le professeur Dumbledore et moi même n'ignorons rien de la façon dont votre famille se conduit... ' normalement' avec vous » fit il d'un ton sec

Harry se senti rougir violemment. Très bien, après tout, il s'était trompé, les choses pouvaient encore être plus gênantes.

« Ils ne sont pas... enfin... les choses étaient compliquées cet été avec l'accident de Marge, les ennuis de Dudley. Et oncle Vernon avait des problèmes de santé lui aussi... »

« Ce qui n'a pas semblé le gêner quand il a été question de vous infliger une correction digne d'un championnat de lutte, me semble t il » ironisa Snape.

Il regretta aussitôt ses sarcasmes en voyant le visage du garçon se décomposer. S'il devait veiller sur Harry, il allait devoir commencer par ne pas le blesser chaque fois qu'il s'adressait à lui.

« Potter » fit il plus doucement « nous reparlerons de cela plus tard. Pour l'instant, concentrez vous sur vos souvenirs. »

Harry haussa les épaules et continua, évitant le regard des deux hommes.

« Peu importe… il ne s'est rien passé de spécial avant la… mort de Marge. Oncle Vernon était furieux, il pensait que j'avais… oui, enfin… que c'était de ma faute. Et il… »

Le garçon dégluti difficilement. Snape fut tenté de lui dire qu'ils le savaient déjà, qu'il n'était pas utile qu'il le raconte, mais le garçon en avait besoin… même si c'était difficile.

« Il s'est énervé, il m'a frappé. Fort. Longtemps. Après, je ne me souviens plus très bien… je me rappelle qu'il m'a dit de partir, que je n'habitait plus ici. J'ai pensé aux barrières… mais, je ne sais pas, je ne réfléchissais pas vraiment. C'était… flou. »

Il jeta un regard d'excuse aux deux hommes avant de fixer à nouveau le plancher.

« Ce n'est rien Harry. Tu as de bonnes excuses pour ne pas te souvenir précisément de cette soirée… mais continue, je t'en prie. C'est très important. »

L'adolescent pris une grande inspiration.

« Après, je me souviens juste d'avoir regardé la fenêtre, d'avoir souhaité pouvoir m'échapper par là. Il y a des barreaux, vous voyez, alors… oh. Oui, vous savez déjà. Quoiqu'il en soit… je crois que je suis vraiment sorti par là… je sais que c'est incroyable, mais je crois vraiment que je me suis transformé en, hum, chat. »

Il se sentait encore plus stupide de le dire que de s'en souvenir, mais le regard de Dumbledore le rassura.

« Nous te croyons, Harry. Ce que nous cherchons à savoir, c'est comment cela a pu arriver. En as tu la moindre idée ? »

Harry secoua la tête.

« Non… je n'ai pas cherché à le faire, pas vraiment, c'était juste… ce qu'il fallait faire, et je pouvais le faire. Ensuite, je ne me rappelle pas… Juste que quelque chose voulait vraiment m'emmener quelque part, c'était comme si je flottais. Pour finir, j'ai vu une sorte de grande maison au loin, et je me suis rendu compte que je marchais. A quatre pattes, je veux dire, enfin comme un chat. J'avais vraiment mal à une des… pattes avant, j'avais du mal à marcher, mais je me sentais léger et j'ai fini par y arriver. Après ça, j'ai vu le professeur Snape sortir de la maison, mais je ne le reconnaissais pas vraiment. Et heu… »

Harry se senti rougir à nouveau. Et quoi ? Snape l'avait pris dans ses bras ?

Dumbledore le sauva en déviant le sujet avec tact.

« Est-ce toi qui a cherché à rejoindre le professeur Snape, Harry ? »

« Non ! » s'écria celui ci, avant de se reprendre avec un regard d'excuse pour le professeur « C'est à dire, je ne savais même pas où vous habitiez, professeur. Je n'ai pas réfléchi, vraiment. Je crois que je ne pensais plus vraiment à rien à ce moment là, juste à me sauver… »

Il fut étonné quand le maître des potions ne lui rétorqua pas qu'il ne pensait jamais à rien de toute façon, mais celui-ci se contenta de hocher de la tête d'un air songeur

Evidement, il avait cru entendre une voix dans sa tête, lui demander de rejoindre cet endroit. Mais cela ressemblait plus à une voix intérieure, rien comme les visions que Voldemort lui communiquaient ou un imperio. Pourtant… ses yeux cherchèrent son poignet. Oui, il était bien là, si étrange et déjà si familier.

« Mais il y avait quelque chose de particulier, ce soir là ! J'avais mis le bracelet qu'Hermione m'avait envoyé ! » dit il en brandissant l'objet. « D'après sa lettre, il était censé me conduire vers quelqu'un qui pourrait me porter secours ! »

« Ce qu'il a fait, mon enfant, avec plus d'efficacité que quiconque l'aurait cru ! Il ne faudra pas oublier de remercier cette remarquable jeune fille, Harry. Elle t'a probablement sauvé la vie. »

Abasourdi, Harry regarda le bracelet. Il était donc vraiment en réel danger ce soir là. Son oncle, bien sur, mais il avait aussi eu conscience de cette autre présence, sombre et menaçante…

Il se senti soudain très fatigué.

« Harry ? » appela une voix grave. Inquiète, lui sembla t il. Lointaine. « Est ce que tout va bien ? »

Il senti que la silhouette de l'homme en noir s'était rapprochée rapidement, mais sa vue était soudain devenue plus floue. Ses idées aussi…

Brutalement, la douleur revint, bien plus intense. Dans un cri il porta les mains à sa cicatrice, rejetant sa tête en arrière.

Une voix… des yeux rouges… Voldemort était content. Non, excité.

« Potter ! » les yeux le fixaient intensément, perçant son crâne, exultant « Oh, Potter, comme tu m'as manqué ! » il pouvait sentir le rire dément et la haine le traverser en ondes de souffrance pure, tandis qu'il tentait d'arracher la cicatrice d'où elles émergeaient.

Pendant un temps qui paru infini, il n'y eu que les yeux et le rire, la cicatrice… il avait conscience de voix au loin, mais elle ne faisaient pas partie de ce monde.

Puis soudain, un mot, une voix ressorti et il l'entendit.

« Shadow ! Redeviens Shadow ! Maintenant ! »

Il senti une main ferme sur sa nuque et il su qu'il devait l'écouter. Même si les mots ne voulaient rien dire, elle signifiait la sécurité, la fin de la douleur…

L'instant d'après, les yeux disparurent et le monde réapparu. Pas tout à fait le même monde cependant, c'était bien la chambre, et il savait que deux autres personnes s'y trouvaient, mais rien n'était pareil.

Il tenta de bouger et senti la chaleur d'un corps contre lui. Une odeur familière… du tissus noir, une étreinte qui le protégeait du monde.

Shadow… il était à nouveau un chat et il était dans les bras de Snape qui le serrait fermement contre lui tandis qu'il luttait pour reprendre son souffle.

S'il avait eu sa forme humaine, il aurait sans aucun doute rougi jusqu'aux orteils. Mais il était Shadow…

Sans plus réfléchir, il plongea son museau dans le creux du bras de l'homme et, enfin en sécurité, succomba au sommeil.

Lentement, tachant de faire le moins de bruit possible, les deux hommes quittèrent la chambre et regagnèrent le salon.

Le chat fermement calé dans ses bras, Snape s'installa près de la cheminée. Shadow aimait la chaleur…

Il savait qu'il n'aurait pas supporté de voir le chat souffrir, mais Potter… non, Harry. Il ne s'était pas attendu au pincement dans sa poitrine quand le garçon avait crié en portant les mains à son front, avant de s'écrouler sur le lit.

Il avait cru un moment que rien ne marcherait, qu'il n'allait pas réussir à entendre leurs appels, et puis le nom lui avait échappé… et Potter, car il s'agissait bien d'Harry cette fois, conscient de l'être, avait répondu. Il s'était transformé, rompant ainsi la connexion avec le Seigneur des Ténèbres.

Il ne s'était pas rendu compte qu'il avait saisi le chat, au risque de se faire griffer, mais il était quasiment certain de ce qu'il avait vu quand celui-ci avait enfin repris conscience… C'était bien Harry qui avait eu cet éclair dans les yeux avant de finalement perdre connaissance.

Il soupira. Au moins il dormait calmement à présent. La journée avait été suffisamment riche en émotions, et dieu merci il avait pu faire manger le chat avant que Voldemort ne décide de rendre une visite de courtoisie.

« Nous sommes au moins fixés sur un point, » dit il d'une voix calme « .le Seigneur des Ténèbres est au courant qu'Harry est vivant »

Dumbledore acquiesça.

« Ce qui est une bonne chose dans la mesure où il ne cherchera pas à répandre la rumeur de sa mort parmi la population… mais voilà qui rend la situation d'Harry très périlleuse. »

Snape réfléchit. Oui, elle l'était… les barrières étaient définitivement abolies et Voldemort le savait. Il allait falloir redoubler de prudence… Il ne doutait pas que la marque des mangemort se rappellerait à lui avant la fin de la journée, et il faudrait alors trouver un bon scénario à offrir au seigneur des Ténèbres. Rien qui le satisfasse réellement, bien sur... S'il apprenait qu'il savait où se trouvait Potter, les choses se compliqueraient sérieusement.

Dumbledore ne pu s'empêcher d'être ému en observant le professeur et le chat. Severus avait saisi Harry dès qu'il s'était transformé et l'avait maintenu dans une étreinte ferme, comme pour le protéger de toute atteinte extérieure… ce qui était probablement le cas.

A présent, le chat dormait contre sa poitrine, le nez enfoui dans ses robes, tous ses muscles au repos, et le professeur caressait machinalement sa fourrure, son regard soucieux perdu dans les flammes. Il avait oublié la présence du directeur, toutes ses pensées occupées par le chat qu'il avait nommé Shadow.

Le chat qu'il avait sauvé et auquel il s'était attaché, le garçon dont il avait subitement appris la vie familiale désastreuse ce jour-même…

« M'en voulez vous, Severus ? » demanda subitement Dumbledore

Le professeur releva la tête, surpris.

« Vous en vouloir ? Pour Potter ? »

Dumbledore hocha la tête.

Snape n'était pas certain de comprendre la question, mais il fut soudain sur de la réponse.

Oui, il lui en voulait. Beaucoup.

Mais à cet instant son avant bras se mit à brûler, et sa réponse se perdit dans un grognement.


Et voila, enfin le chapitre suivant ! Il a pris un peu de temps aussi, mais en contrepartie il fait son poids ;-)

Et pour ceux qui l'auraient raté, j'ai publié un petit chapitre alternatif slash ce week end, sous le nom de " Shadow In the Dark", ca vaut ce que ca vaut mais une promesse tenue ;-)

Un gros bisou à tous les reviewers qui m'ont rassurée sur le dernier chapitre, j'espère que la suite restera à la hauteur de vos attentes ! Moi qui me disais toujours quand je lisais des fanfics : bon sang, ces auteurs qui courent après les reviews, c'est pathétique ! Eh ben non, en fait, quand on se retrouve de l'autre côté de la barrière on trouve subitement ça très très sympathique et très motivant !

Alors un gros gros merci à tous !

Les choses semblent bien avancer, mais comme nous le savons tous, nous ne sommes pas dans un monde idéal et ça serait trop simple de laisser Severus et Harry vivre heureux pour toujours si facilement, non ?

gnak gnak gnak

Je file prendreune petite douche pour fêter ça et j'y retourne ! Depuis que j'ai décidé de couper la télé, c'est fou comme j'ai du temps moi ;-)