Bonjour! Un nouveau chapitre, en un temps presque record! Plus d'anglais cette fois-ci, et ce n'est que le début. Merci de me dire:

1. S'il y a des fautes (pour ceux qui en voient)

2. Si vous souhaiteriez que je mette une traduction à côté

Merci aussi de pardonner à Bérénice pour ses sautes d'humeur. Parfois, elle m'agace même. Mais elle va se calmer, je pense. C'est fou ce que l'écriture, tout comme les mots en ce qui concerne Bérénice, peut avoir du pouvoir! Des fois je n'ai même pas l'impression de contrôler ce que j'écris. Vous devez me prendre pour une folle: j'arrête.

Voilà. Ah, en fait, BONNE ANNEE TOUT LE MONDE!

Le bruit d'un vieux klaxon se fit entendre à l'extérieur, et je regardai par la fenêtre. La camionnette rouge de Bella était garée sur le trottoir juste devant chez moi. Sa conductrice, m'ayant aperçue, me fit un petit signe de la main en souriant. Je me hâtai d'enfiler mon manteau, bataillant avec le vêtement pour faire passer dans la manche droite ma main qui était désormais recouverte d'une attelle attrapant ensuite mon sac de cours.

Lundi. Une nouvelle semaine commençait. J'espérais qu'elle se déroulerait mieux que la précédente, et j'avais bon espoir : je n'étais plus aussi seule qu'avant. Bella avait passé le week-end entier chez moi, et je m'étais mise à penser en anglais. Bien sûr, j'avais toujours un accent épouvantable, and I struggled to say whatever I had to say, mais je commençais enfin à voir le bout de mon cauchemar. Mon esprit était dorénavant an incredible mess, un mélange d'anglais et de français, des bribes de mots partaient dans tous les sens, sans vouloir rien dire. Je ne souhaite cela à personne, mais c'était my way to cope.

Il faisait froid, ce matin. Je regardai les nuages chargés avec quelque espoir : avec un peu de chance, nous aurions de la neige avant la fin de la journée. Génial ! Je rejoignis Bella dans son honorable voiture. Il y faisait chaud et sec, c'était agréable. Bella venait du désert. Elle n'était pas ce que l'on peut appeler un touareg, mais cela n'empêchait pas qu'elle devait tourner tous les boutons de sa voiture afin que l'habitacle soit le plus chaud possible. Après tout, Forks est l'une des villes les plus humides des Etats-Unis, c'était Bella elle-même qui me l'avait appris.

"Hey! How are you today?" demandai-je, tout excitée pour une raison mystérieuse.

"Fine, thanks. You seem to be doing good as well," fit-elle remarquer.

"I am!"

Le trajet fut agréable, bien qu'il ne durât pas longtemps. J'avais hâte de me rendre au cours de français pour revoir Alice. C'était la première fois que j'étais excitée à l'idée de me rendre au lycée de Forks. Le pire était derrière moi. Je savais que je pouvais le faire. Il n'y avait plus cette petite voix dans mon esprit qui me criait que j'étais bonne à rien. J'étais libre.

Ce fut dans cet état d'esprit que j'atteignis la salle de français avec dix minutes d'avance. Il n'y avait que deux personnes présentes dans le couloir à cette heure, ce qui m'étonna. Je m'approchai d'eux en souriant.

"Hi Alice, Jasper!" saluai-je.

Le couple me salua en retour, et Jasper ajouta quelque chose que je ne compris pas. Je restai songeuse un long moment, essayant d'analyser les onomatopées qu'il venait de prononcer, en vain. Soudain, je pris peur. Et si tout cela n'avait été que douce illusion ? Et si, en vérité, je n'étais pas capable de comprendre un mot d'anglais quand on me parlait normalement ? Bella avait peut-être parlé lentement tout le week-end, m'habituant à un rythme beaucoup plus doux… Et si tout était à refaire ? Je n'étais désormais plus aussi prompte à parler anglais.

"J'suis désolée, j'ai pas compris…" fis-je d'une petite voix.

Les deux éclatèrent de rire en chœur, et je sentis la honte faire violemment surface. Toute ma bonne humeur du matin s'envola soudain, laissant place à un désespoir croissant. Moi qui croyais m'être améliorée… Tout cela n'était que du vent. Et ils se moquaient ouvertement de moi, alors que je croyais qu'ils se préoccupaient de mon sort. Ils avaient peut-être finalement décidé que je n'étais pas intéressante, et ils me délaissaient tel un chaton qu'on abandonne sur le bord de la route. Les larmes me montèrent aux yeux. J'avais l'impression que j'allais exploser.

Et les mots sortirent de ma bouche sans intention aucune de ma part :

"Parce que vous êtes des vampires, vous vous croyez au-dessus de tout le monde ! Vous êtes inhumains dans tous les sens du terme. Laissez-moi tranquille !"

Le sens de mes paroles ne me parvint qu'après coup, comme souvent. Des vampires ? Des êtres pâles qui plantent leurs crocs dans leurs victimes pour les drainer de leur sang ? L'idée me vint que courir était à ce moment précis la meilleure solution. Je fis volte-face mais, avant même que je n'aie pu faire un seul pas, je fus empoignée par l'avant-bras par une main forte. Forte et glacée. Comme s'il n'y avait aucune circulation sanguine. Encore une fois, l'image du cadavre de ma sœur me revint en mémoire. Esther. Je pouvais me remémorer dans les moindres détails la sensation de ma peau contre la sienne quand je l'avais vue pour la dernière fois dans la chambre mortuaire. J'avais tout d'abord eu peur de la toucher, car sa main blafarde avait semblé prête à m'agripper pour m'attirer à elle. Puis j'avais pris mon courage à deux mains : je m'étais emparée de sa main inerte et l'avait serrée dans la mienne, avant de lui enfiler l'anneau d'or que je lui avais offert trois semaines plus tôt. Je ne me souvenais pas vraiment de ce qu'il s'était passé ensuite. Je me souvenais être resté amorphe pendant des semaines entières, ce qui m'avait valu de nombreuses gifles de la part de mon père, et plus tard de ma mère. C'était ainsi que tout avait commencé.

Je clignai des yeux. J'étais assise par terre, dehors, le dos appuyé contre un tronc d'arbre rugueux. Le lycée n'était pas en vue, il me semblait que nous étions dans une forêt. Il pleuvait, comme souvent à Forks, mais les arbres me procuraient un abri sûr contre les gouttes infernales. Je me hâtai de me mettre debout lorsque je vis deux paires de jambes littéralement apparaître devant moi.

"Bérénice," commença Jasper. "Te souviens-tu de ce que je t'ai dit lors de notre premier cours d'histoire en commun ?"

Pour qui me prenait-il, vraiment ? J'étais plus énervée qu'apeurée, étrangement. De quel droit m'avaient-ils tous les deux traînée ici contre mon gré ? L'adrénaline me monta au cerveau, et j'oubliai momentanément les images déplaisantes que je venais de redécouvrir dans mon esprit.

"Voyons voir," répondis-je en faisant semblant de réfléchir. "Je crois que les premières paroles que tu as prononcées étaient 'are you all right ?'"

"Bérénice, l'heure n'est pas à la plaisanterie."

"L'heure n'est pas à la plaisanterie ? Vous aviez pourtant l'air de bien rigoler, tout à l'heure, devant mon incapacité à comprendre quoi que ce soit en anglais ! Je sais exactement ce que tu m'as dit lors de notre premier cours d'histoire, crois-le ou pas : j'ai une mémoire. Saches que je n'ai enfreint aucune de tes règles. Maintenant, laissez-moi repartir, j'ai cours."

"Madame Arquet n'est pas là aujourd'hui. Nous t'attendions justement dans le couloir pour t'en avertir," intervint Alice. "Nous ne nous moquions pas de toi, tout à l'heure, mais de l'accent de Jasper. Il faut du temps pour s'y habituer, et tu ne déroges pas à la règle… Je suis sincèrement désolée que tu l'ais mal pris, Bérénice, j'aurai dû anticiper."

D'un seul coup, je me sentis plus légère. Cette sensation était tellement inattendue que des larmes s'échappèrent de mes yeux.

"Vous… Vous ne vous moquiez pas de moi ?" balbutiai-je, abasourdie.

"Non… ?" répondit un Jasper incertain, les sourcils arqués. "Cependant, ne le prends pas mal, mais tes sautes d'humeur m'effraient particulièrement."

J'eus un petit rire faible. L'adrénaline retombait déjà, et je dus m'appuyer à l'arbre pour supporter la transition.

"Ce pays me rend lunatique," commentai-je très objectivement. "Moi-même, je n'arrive pas à me suivre…"

"C'est ce qu'il se passe quand tu parles, n'est-ce pas ?" suggéra Alice.

"Quand je suis sous le coup d'une émotion forte, ou bien quand je ne fais tout simplement pas attention, je ne maîtrise plus les mots que je prononce", expliquai-je. "La plupart du temps, ils me révèlent des choses que je n'aurais jamais soupçonnées… Comme tout à l'heure."

"Supposons que tu dises la vérité," dit Jasper, défiant, "te rends-tu compte à quel point il est dangereux pour toi de savoir ?"

Je haussai les épaules. Étrangement, je n'avais toujours pas peur, comme si je ne parvenais pas à réaliser vraiment ce que j'avais découvert. C'était un peu comme dans un rêve. Ou peut-être Jasper était-il en train de contrôler mes émotions…

"Peut-être," répondis-je, "mais toujours est-il que ce n'est pas de ma faute, et que maintenant le fait est que je sais. La question est : qu'allez-vous faire de moi ?"

Jasper regarda Alice d'un air inquisiteur, et elle secoua la tête.

"Il nous faudra attendre demain pour en décider," déclara-t-elle. "En attendant, tu ne dois rien dire à personne, sous aucun prétexte, c'est compris ?"

"Sinon quoi ?" demandai-je, poussée par une curiosité quelque peu malsaine.

"Sinon, ma menace sera mise à exécution sur le champ…" répliqua Jasper.

Je n'eus pas le courage de pousser ma curiosité plus loin… En vérité, je me croyais condamnée d'office. Jasper avait été très explicite lors de ce fameux cours d'histoire : je ne devais pas savoir, sous peine de mort. Or, je savais, pourtant ils ne semblaient pas très enclins à me tuer… Peut-être m'avaient-ils prise en affection lors de la semaine que j'avais passée chez eux ? Je n'osais pas demander d'explication, de peur qu'ils ne changent d'avis. Je me demandai également pourquoi il me fallait attendre le lendemain pour le verdict, alors que j'aurais cru l'affaire urgente. Je haussai intérieurement les épaules : ils avaient leurs raisons.

"Je ne dirai rien, promis," marmonnai-je.

Les vampires hochèrent la tête, l'air satisfait.

"Il nous reste une demi-heure avant le début de la seconde période," m'annonça Alice out of the blue. "Que dirais-tu de commencer une séance de tutorat en attendant ?"

Bon, visiblement, ils ne veulent pas me tuer du tout… pensai-je, surprise. La proposition était assez inattendue, mais j'acquiesçai malgré tout. Nous nous rendîmes de nouveau au lycée, où nous nous installâmes dans la bibliothèque vide. Alice et Jasper tentèrent de me faire comprendre les formules mathématiques que j'allais devoir utiliser au cours suivant et j'y parvins jusqu'à un certain point, mais dès que la cloche annonçant la fin de la première période retentit, toute ma concentration retomba d'un seul coup, et j'oubliai presque tout ce que j'avais pu apprendre. Je lançai un coup d'œil à Jasper.

"C'est à cause de toi que j'étais si concentrée ?" demandai-je, éberluée.

"Il fallait que tu penses à autre chose que les créatures mythiques, alors je t'ai laissée te focaliser sur les mathématiques…"

"J'aime ton choix de mots…" grommelai-je. Comme s'il m'avait laissé le choix !

Le cours suivant passa comme un rêve. J'échangeai quelques mots avec Bella en cours de maths : elle avait remarqué que mon humeur s'était drastiquement altérée depuis la dernière fois qu'elle m'avait vue, soit une heure auparavant. Ce n'était pas que j'étais morose : en réalité, j'avais l'impression d'être complètement défoncée. J'avais la sensation de voler… A la fin du cours, Bella me quitta pour se rendre à son prochain cours, non pas sans un regard inquiet vers ma personne.

Au déjeuner, je n'étais toujours pas redescendue sur terre. Je payai mon repas avec le peu de sous qui me restât et m'installai aux côtés de Bella à la même table que la semaine précédente. Personne ne fit attention à moi, excepté peut-être Bella mais je ne m'en rendis pas vraiment compte. D'ailleurs, elle aussi avait l'air un peu distraite, elle ne cessait de regarder autour d'elle, comme si elle était montée sur ressorts. Je ne m'en mêlai pas : si elle souhaitait m'en parler, elle le ferait. N'ayant pas vraiment faim, je jouais avec mes pâtes du bout de ma fourchettes et rêvant d'anges qui sautaient d'une montagne à l'autre [pour vous dire à quel point j'étais high]. Les minutes s'écoulèrent. J'entendais les autres parler autour de moi, je pense même qu'ils parlaient de moi quelques fois. Gossip Girl et blondasse me jetaient fréquemment des regards dégoûtés dont je ne saisissais pas le sens, mais je n'en avais rien à faire. J'étais sur mon petit nuage.

Je sortis donc de la cafétéria au bout d'un quart d'heure seulement, après avoir pris soin de jeter le contenu de mon plateau à peine entamé. Carlisle ne serait pas ravi… J'avais une excuse : ce n'est pas tous les jours qu'on découvre par inadvertance que les vampires existent.

Dehors, il s'était mis à neiger. Les flocons tombaient en tourbillons étourdissants et se posaient sur l'asphalte du parking presque sans laisser de trace : le sol était préalablement trop humide. Je m'adossai au mur de brique de la cantine, à l'abri des flocons et des regards indiscrets, et regardai la neige tomber, perdue encore une fois dans mes rêvasseries insolites. Je me mis néanmoins en route vers mon cours d'histoire sitôt que la sonnerie retentit. Quand j'arrivai dans la classe, la plupart des élèves étaient déjà installés, mais le prof n'était pas encore arrivé. J'allai m'asseoir à côté de Jasper en frissonnant à cause du choc des températures entre l'extérieur et l'intérieur, et me mis à fixer le tableau blanc sans ciller.

"Ça va ?" demanda Jasper.

Je ne tournai même pas la tête pour le regarder.

"Je n'arrive pas à redescendre sur terre," dis-je d'une voix blanche, certaine qu'il comprendrait ce que je voulais dire par là. "C'est à cause de toi ?"

"Non," répondit-il. "Tu es ainsi depuis ce matin ?"

J'acquiesçai vaguement. Comme s'il ne savait pas. Qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire, de toute façon ?

"Cela se rapproche de ce que l'on peut appeler l'état de choc," fit-il remarquer au bout d'un moment, probablement après avoir analysé mon état d'esprit. "Ton cerveau essaie peut-être de te protéger des découvertes que tu as faites ce matin."

Je ne répondis rien, car le professeur venait d'entrer dans la salle. L'hypothèse de Jasper était plausible, mais je ne savais pas si je voulais lui faire confiance ou non. En tout cas, tandis que l'heure passait, le vampire ne fit rien pour altérer mon humeur, ce dont je lui fus reconnaissante. Si mon cerveau essayait de me protéger ainsi, que se passerait-il si cette protection s'envolait d'un coup, en plein cours d'histoire ? Je prendrais alors véritablement conscience que j'étais à côté d'un vampire qui ne pouvait faire de moi qu'une bouchée. Pour l'instant, cette information n'avait pas vraiment été enregistré dans mon esprit, c'était une sensation étrange : je savais mais je ne voulais pas assumer ce savoir, en quelque sorte. Le fait que Jasper était un vampire ne me faisait donc ni chaud ni froid, et la pensée "Jasper est un vampire" n'avait aucune répercussion sur mon cerveau. L'esprit humain est plein de secrets…

A la fin du cours d'histoire, je n'avais aucune envie de me rendre au cours de sport, d'autant plus que j'étais dispensée à cause de ma main blessée (deux phalanges cassées). Cependant, Bella y serait, et elle pourrait s'inquiéter de mon absence. Après tout, je lui avais donné bien des raisons de s'inquiéter à mon sujet ces derniers jours. Mais il y aurait également Gossip Girl et Blondasse, sans parler de Mike, le blond qui regardait Bella avec envie. Ils me dégoûtaient tous, rien qu'à cause de leurs chuchotements qui me concernaient sûrement, à en juger par les regards frénétiques que me jetaient les deux premières. Il ne me fallut pas longtemps pour décider que je n'en avais rien à faire, et que j'allais finalement me rendre à mon dernier cours de la journée, ne serait-ce que pour Bella.

Quand j'entrai dans la salle de sport, Bella avait déjà revêtu sa tenue, et était assise dans les petits gradins en bois sur le côté du terrain. Quand je la rejoignis, je remarquai qu'elle avait l'air presque aussi à l'ouest que moi.

"Hey," saluai-je. "What's up?"

"Nothing," répondit-elle d'une voix blanche sans me regarder.

"You sure ?" insistai-je.

Elle eut l'air d'hésiter. Puis, comme si elle ne pouvait pas retenir l'information plus longtemps, elle lâcha très solennellement :

"He's come back."

Je ne compris pas tout de suite de qui elle voulait parler.

"Who? Don't tell me Jesus is really alive!" Elle éclata de rire, comme c'était mon intention.

"I meant Edward Cullen," expliqua-t-elle en recouvrant son sérieux.

"Oh, God, you're okay?" demandai-je en l'examinant de la tête aux pieds pour vérifier qu'elle était bien entière. Maintenant que je savais qu'Edward était un vampire, et que je combinais cette information avec le regard meurtrier qu'il avait lancé à Bella, j'étais presque surprise que mon amie soit toujours en vie après une heure passée près de lui en biologie. Cette information eut pour effet de me ramener quelque peu sur terre, et je me mis à frissonner en pensant à ce qu'étaient capables de faire des êtres tels que les Cullen. Je me rendis compte que je ne m'étais même pas posée la principale question : se nourrissaient-ils véritablement de sang, tuant des humains tels que Bella et moi-même pour se sustenter ? Et puis, pourquoi Edward avait-il eu l'air de littéralement haïr Bella alors qu'ils n'avaient pas échangé un seul mot de toute leurs vies ? Avait-il… soif d'elle ? Mais pourquoi la détester dans ce cas ? Ce n'était pas de sa faute. J'étais bien entendu heureuse que Bella soit toujours en vie, certes, mais le plus simple pour Edward aurait été de planter ses crocs dans sa carotide pour se soulager. Je veux dire : c'était dans sa nature, après tout. Bon, cela aurait tout de même attiré l'attention sur lui et sur sa famille… Même si une absence d'une semaine pouvait également avoir le même effet, bien que moindre. D'où la question : pourquoi la famille Cullen vivait-elle parmi les humains, leur pain quotidien ? Etaient-ils masochistes ? Damn, Carlisle était même médecin ! J'essayai de comparer cela à des cas plus humains : par exemple, je savais que moi, je ne me forcerais jamais à vivre parmi les beignets au chocolat et aller au lycée avec eux, car je savais que je ne pourrais jamais résister. Peut-être que les Cullen aimaient les beignets… Pardon, les humains. Au sens moral du terme. Je suis une assez mauvaise blagueuse – donc je ne dis jamais mes blagues à personne – mais je me suis toujours dit : « Les végétariens aiment trop la viande pour la manger ». Et si les Cullen étaient végétariens ? Et que Bella représentait pour Edward le plus beau morceau de tournedos au monde que la loi de sa famille ne lui permettait pas de manger ? Dans ce cas, je comprendrais pourquoi il la détestait : les Etats-Unis sont l'un des plus grands pays au monde. Bella vivait en Arizona, et elle avait choisi d'atterrir à Forks, une petite ville pluvieuse de 3120 habitants que personne ne connaît, bref, le trou du cul de l'Amérique. Pile où était déjà installé Edward. S'il était effectivement « végétarien » au sens vampirique du terme, alors Bella constituait pour lui le serpent de la Genèse, Satan, le diable tentateur, la raison de la Chute…

"He was nice, actually."

Les mots de Bella anéantirent d'un coup toutes mes suppositions. Alors, Edward ne la détestait pas ? Je ne comprenais pas. Ce jeune homme avait l'air encore plus lunatique que moi. Nous formerions un joli couple – si j'avais voulu un jour être en couple avec un vampire.

"He was nice?" répétai-je, incrédule. Je n'arrivais même pas à me représenter un nice Edward. Rien que le souvenir de ses yeux suffisait pour que je veuille m'enterrer trente pieds sous terre et ne plus jamais ressortir.

Ce fut le moment que choisit le prof de sport pour crier que l'échauffement commençait. Bella me laissa seule sur les gradins, en pleine réflexion sur la terreur qu'avait été capable de m'inspirer Edward par un seul regard.