Et on est parti pour l'Hadès... Dean a vraiment droit à la totale : il visite tout !
Merci à Ahé pour ses corrections comme d'habitude...
The Sleepwalkers
Il sentit une explosion de chaleur, suivi d'une sensation d'aspiration. Il voulut ouvrir les yeux mais ne le put, tant la luminosité était intense. C'était donc ça la fameuse "lumière à la lisière de la Mort" dont il avait tant entendu parler ? Il était aveuglé, mais également sourd, muet et engourdi. Il ne ressentait plus rien. Comment allait-il faire ? Il devait. Il devait absolument.
« Que tes oreilles entendent ! … Que tes sens s'éveillent ! … Que tes yeux voient ! … Que ton corps bouge ! »
Péniblement, Dean parvint à ouvrir les yeux. Il porta les mains à son visage, puis à ses bras. Il se tata le corps, surpris de lui trouver une consistance familière. On possédait donc le même aspect sous forme d'âme...
« Votre âme a bien supporté la séparation d'avec la chair... » retentit la voix d'Uriel à ses côtés.
Dean tourna la tête et réussit à focaliser son regard sur l'Archange.
« Il y avait un risque ? » demanda-t-il d'un ton incertain.
« Qui sait ? Les âmes humaines sont une chose mystérieuse pour nous, les Anges, » sourit l'Archange brun. « Mais aucune n'a jamais échappé à mon jugement. Suivez-moi ! »
Dean regarda autour de lui, il se trouvait allongé sur un lit dans une pièce au plafond démesurément haut. Les murs étaient étranges et ne semblaient pas fait de pierre ou d'un matériau de construction traditionnelle. Sans perdre une seconde, il se mit sur ses pieds et rattrapa l'Ange qui passait déjà la porte de la pièce.
« Où sommes-nous, Uriel ? »
« Chez moi. L'une de mes anciennes demeures, le Manoir de l'Arbre de l'Univers. Je n'y viens plus guère ces derniers temps avec toutes les charges qui m'incombent au sein du Grand Conseil... »
« Maaaaaaître Urieeeeeeeeeel ! » jaillit une voix perçante et juvénile à l'autre bout du couloir.
« Nous sommes attendus avec impatience, on dirait... » poursuivit Uriel, alors que se jetait dans ses bras une jeune fille aux longs cheveux noirs et vêtue d'un uniforme de servante, telle qu'on en voyait dans les anime japonais.
« Allons, allons, Doll... Un peu de tenue... Nous avons un visiteur. »
« Je suis tellement heureuse, Maître Uriel. Il y a si longtemps que vous ne m'avez pas remonté ! »
A ces mots, Dean dévisagea la nouvelle-venue, puis interrogea Uriel d'un air sceptique :
« Dites-moi Uriel, c'est votre petite amie ? »
Uriel sursauta et la terre gronda brusquement sous leurs pieds.
« Non. Bien sûr que non. C'est ma poupée. »
« Votre poupée ? » répéta Dean d'un ton perplexe. Il ne savait pas trop comment interpréter les paroles de l'Ange.
« Je vais préparer le thé, Maître Uriel ! » interrompit la jeune fille, qui sautait d'un pied sur l'autre sans cacher son enthousiasme et son excitation.
« Non, Doll, je suis navré, » répondit Uriel. « Nous n'aurons pas le temps de prendre le thé ensemble aujourd'hui. »
La jeune fille eut un air triste, mais qui ne dura guère :
« Bien entendu, Maître Uriel ! Qui est cette personne ? Une âme élue pour les armées angéliques ? »
« Non. Tout du moins, pas encore... Voici Dean Winchester, ma petite Doll. Il part à la recherche de l'âme de son frère. »
« Dans le Creuset ? Mais Enn'Rao ne voudra jamais la laiss... » s'étonna-t-elle.
Uriel secoua la tête.
« Non, elle n'est pas encore dans le Creuset. C'est une âme décédée il y a deux jours terrestre à peine... As-tu remarqué quelque chose du côté des goules ? »
« Non, Maître Uriel. Elles sont agitées comme toujours, mais rien ne sortant de l'ordinaire... »
« Merci, ma petite Doll, » sourit l'Archange en lui caressant la tête.
Puis, Uriel se dirigea vers un mur dont les pans s'ouvrirent devant lui à la grande surprise de Dean. Une douce lumière verte et dorée pénétra dans le couloir.
« Ne touchez pas l'eau... » recommanda Uriel, alors que Dean découvrait le panorama.
Ils se trouvaient au cœur d'un arbre gigantesque au beau milieu d'un lac, entouré de forêts touffues. Sur un geste de l'Archange de la Terre, les racines s'étendirent jusqu'à la terre ferme à quelques mètres de là.
« D'ici, vous pouvez rejoindre les Limbes, Dean Winchester. Je ne peux pas vous accompagner plus loin. Soyez vigilant car vous êtes réduit à vos propres moyens, à présent. Dirigez-vous dans cette direction, la demeure d'Enn'Rao s'y trouve. »
« Merci, Uriel. »
« Rappelez-vous, mon ami... Sept jours. Pas une heure de plus... Et le temps ici ne s'écoule pas de manière identique à celui d'Assiah. Vous aurez des moments de fatigue qui dureront bien plus longtemps qu'une simple nuit de sommeil... »
« Je serai vigilant. »
« Bonne chance, Dean Winchester. Je souhaite que nous nous rencontrions à nouveau... » fit Uriel avec son sourire mélancolique. « …avant l'heure de votre jugement. »
Dean s'éloigna de la demeure arboriforme d'Uriel et pénétra sans une hésitation dans la forêt qui s'ouvrait devant lui. Cela lui faisait étrange d'être seul à nouveau, sans un ange braillard et bouillonnant à ses côtés. Pas que Mikaël lui manqua réellement, mais en à peine deux jours, il s'était habitué à l'avoir à proximité. Malgré son caractère explosif et sa nature instable, l'Archange du feu était remarquablement loyal et puissant et Dean comprenait pourquoi la hiérarchie angélique tenait à lui et lui passait la plupart de ses caprices.
Il était le général en chef des armés, mais plus que tout, le symbole rayonnant de la lutte contre les Enfers. Il se remémora ce que Babiel lui avait dit à ce propos :
J'ai entendu dire que les humains croient que le feu est l'apanage des Enfers, qu'ils ont des expressions comme "brûler ou rôtir en Enfer". Mais le feu, c'est le soleil, la chaleur et la purification. Une force qui peut être incontrôlable et dangereuse, mais qui est aussi nécessaire à la vie que les trois autres éléments. Les Enfers sont l'antithèse même de la vie, c'est un monde glacé où même la fournaise de Mikaël ne peut rien. Là où Mikaël apporte la chaleur d'un monde habitable, Lucifer déploie ses doigts froids et glaciales.
Dean secoua la tête. Ce n'était pas le moment de se lamenter sur sa solitude. Il avait du pain sur la planche.
Uriel n'avait pas été très disert sur les épreuves qui l'attendaient dans l'Hadès, parlant uniquement des goules qui s'attaquaient à toute âme vagabonde, à plus forte raison si cette dernière n'avait pas d'ange-gardien, autant dire : lui. Il savait que l'imperméable en cuir camouflait quelque peu sa présence, tout en le protégeant des ondes spectrales des goules, mais cela ne suffirait certainement pas à lui éviter toute rencontre inopportune. Difficulté supplémentaire, il n'avait pas d'armes, pas même le Colt. Dean s'était donc rabattu sur une branche d'arbre morte bien dure.
La première goule qui s'attaqua à lui était lente et massive, elle sortit de terre à quelque mètres de lui et avança dans sa direction d'un pas lourd, les bras levés. Dean la contourna d'un geste vif et la fit tomber d'un tacle, puis il abattit la branche sur la tête de la goule. Elle se redressa au moment où Dean glissait la branche sous son cou afin de l'étrangler. Il y eut un gargouillis atroce et la goule retomba à terre. Il n'était pas complètement sûr de lui avoir réglé son compte. Ce n'était pas une créature vivante, elle ne pouvait certainement pas être neutralisée aussi facilement. Il s'éloigna donc à petites foulées de la créature, en espérant qu'elle serait hors-service assez longtemps pour qu'il quitte les environs.
Dean se sentait nerveux, comme c'était souvent le cas quand il se sentait observé. Il devait y avoir des goules en grand nombre dans les environs. Il en neutralisa une demi-douzaine au cours de la "journée". Mais pouvait-on vraiment parler de journée ? Il n'y avait ni ciel, ni soleil, et pourtant il y avait de la lumière. Bien qu'il n'y ait pas de nuit non plus, il commençait à ressentir la fatigue. Mais où dormir ? Et surtout comment garder conscience de l'écoulement temporel dans les Limbes ? Uriel l'avait mis en garde à ce propos. Mais il devait pourtant dormir un peu s'il ne voulait pas s'effondrer. Après de longues recherches, il finit par trouver un arbre dont les vastes branches formaient une sorte de plateforme à quelques mètres du sol. Sans attendre, il se coucha, son imperméable drapé autour de lui comme une couverture. La sensation d'être observé était plus forte que jamais, mais Dean n'avait pas d'autre choix que de faire avec. De fait, il dormit mal, et sans doute peu, mais aucune créature ne l'attaqua pendant son repos. Il ne s'attarda pas et repartit dans la direction de la demeure d'Enn'Rao. Selon Uriel, l'âme de Sam devait traîner aux environs, attirée par la concentration d'anima. Dean n'arrivait toujours pas bien à saisir le concept d'anima, hormis qu'il s'agissait du seul pouvoir que posséderait les âmes.
Il marchait toujours quand il aperçut une silhouette humaine au loin. La première figure humaine qu'il rencontrait dans ces lieux inhospitaliers. Elle était distinctement féminine et n'avait pas l'air d'errer au hasard comme le faisaient les goules. Dean pressa le pas. Peut-être pourrait-elle le renseigner ?
Mais plus il s'approchait, plus la personne lui disait quelque chose. Était-ce quelqu'un qu'il avait déjà rencontré ? Ce fut elle qui se tourna vers lui et lui adressa la première la parole :
« Dean Winchester. Je ne peux pas dire que c'est une surprise de te voir ici. Notre Seigneur a fini par te châtier comme l'impie que tu es ! Et a enfin mis un terme à ta misérable et indigne existence ! » retentit sa voix froide et méprisante.
« Sue-Ann... Sue-Ann Le Grange ! » balbutia Dean, en reconnaissant la femme du prêcheur qui lui avait sauvé la vie.
« Quand je pense à la bonté que nous avons eu pour toi... Cela valait-il tant la peine de rester en vie au profit de notre petite Layla ? Tu te croyais plus méritant qu'elle, toi qui n'es qu'un suppôt de Satan !? »
« Qu'est-ce que vous faites... »
« Tu sais ce qu'elle est devenue notre petite Layla ? Tu veux que je te raconte comment la tumeur a peu à peu grignoté son cerveau ? Tu crois peut-être qu'elle t'a pardonné ? »
« Fermez-la, vieille folle ! » s'écria Dean, furieux. Les paroles de Sue-Ann touchaient un de ses points sensibles.
« Je suis plus puissante que toi, ici... » fit la femme, en saisissant une hache qui semblait ne sortir de nulle part. « Et je ne suis pas toute seule... Venez par ici vous autres ! »
A son appel, deux figures sortirent des fourrés. Dean reconnut immédiatement l'oncle et la tante d'Emily qui avait cherché à les sacrifier, lui et leur propre nièce, à un dieu païen venu de Scandinavie. L'homme tenait une faux et la femme une sorte de serpe coupante, la réplique exacte de la serpe qui tenait lieu de bras à l'épouvantail.
« Woh, woh, woh ! » fit Dean en reculant de trois pas. « Qu'est-ce que c'est que ce carnaval ? »
Il fit demi-tour et commença à s'enfuir. Il pouvait sans doute s'occuper d'un adversaire, mais trois en même temps, surtout armés d'objets tranchants, c'était au-dessus de ses capacités. Il allait devoir s'arranger pour les séparer.
Il s'enfonça dans la forêt et tenta de mettre le maximum de distance entre lui et ses poursuivants, le temps de mettre un plan au point. La chance lui sourit car seuls la tante et l'oncle d'Emily pénétrèrent à sa suite dans le bois. Sue-Ann avait dû rester en arrière pour lui couper toute chance de les contourner. Il revint silencieusement à l'orée de la forêt et saisit une grosse pierre aux bords tranchants. Il n'avait pas particulièrement envie d'affronter qui que ce soit, mais il n'allait pas non plus se laisser retarder. La survie de Sam en dépendait.
Sue-Ann était attentive, mais ne semblait pas l'avoir repéré. Elle tenait toujours une hache à couper le bois dans la main. Normalement, une femme aussi fragile d'aspect n'aurait pas pu porter un outil aussi lourd, mais le poids n'avait pas l'air de la gêner. Dean s'appuya contre l'arbre derrière lequel il était camouflé. Fallait-il en conclure que les âmes étaient bien plus fortes que les corps physiques dans les Limbes ? Cette règle s'appliquait-elle également à lui ? La pierre pesait lourdement dans sa main, mais ce n'était peut-être qu'une illusion de poids...
Il devait juste imaginer que la pierre ne pesait pas plus lourd qu'une balle de base-ball. Il se concentra sur cette pensée et fit sauter la pierre à plusieurs reprises dans sa main. Oui, le poids s'était ajusté... Et maintenant, il fallait la rendre aussi tranchante qu'un couteau. Il rouvrit les yeux et les fixa sur Sue-Ann, attendant le moment où elle serait à sa portée. La pierre siffla dans l'air quand il la lança de toutes ses forces. La femme n'eut que le temps de se retourner avant que le projectile ne la décapite d'un coup. Son corps se décomposa comme un sac de ciment. Dean s'approcha, mais avant même qu'il n'ait pu atteindre son cadavre, il avait totalement disparu, absorbé par la terre en même temps que son arme.
Dean hésita à régler le compte des deux autres, puis y renonça. Certes, il courait le risque qu'ils l'attaquent en traître plus tard, mais il préférait aller de l'avant et chercher l'âme de Sam. Il s'éloigna du bois et arpenta bientôt une zone encore plus inhospitalière, assez désertique, où il était plus difficile de se cacher. De temps à autres, il se penchait pour ramasser une pierre d'une taille adaptée au lancé, et la stockait dans les poches de son imperméable en prévision de combats à venir. Mais rien ne venait. A chaque fois qu'il se retournait, il ne voyait aucune trace des oncle et tante d'Emily. Il ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou s'en inquiéter. Il n'imaginait pas qu'ils aient pu abandonné la poursuite, ni qu'ils aient définitivement perdu sa trace. Étrange...
Il marchait depuis approximativement une quarantaine de minutes, quand il aperçut deux silhouettes venir sur sa gauche. Dean sortit une pierre de sa poche.
Alors là, c'est carrément du Van der Graaf Generator ! Impossible que Dean écoute du Prog ! (oui, j'y vais fort, là...)
