Comme me l'a gentiment fait remarquer Gwenetsi après une si longue absence j'aurai dû vous faire un petit récapitulatif des chapitres passés pour vous remettre à l'heure du jour. Elle avait bien sûre raison et je suis désolée de ne pas y avoir pensé moi-même. Mais comme il n'est jamais trop tard le voici :

Résumé :

Un homme solitaire et ermite sur les bords nommé Mark Wyatt trouve un agent fédéral blessé dans sa forêt isolée du Montana. Malgré ses réticences il décide de lui porter secours et mal lui en prend puisqu'il se retrouve soupçonné de l'avoir agressé ou tout du moins de dissimuler quelque chose. Cet homme c'est Tony, que tous croient mort après qu'il ait été enlevé par un criminel du nom de Magott voilà quatre ans. Un signalement et une recherche informatique sont lancés concernant Wyatt et pouf cela tombe bien évidemment entre les mains d'Abby qui avertit immédiatement Gibbs. Et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire Gibbs et son équipe se retrouve à leur tour dans le Montana. Wyatt cependant est parvenu à s'échapper de sa cellule et est retourné chez lui, endroit que trouve rapidement nos héros préférés, sont pas investigateurs pour rien ^^. Le hic c'est que Wyatt ne se souvient pas d'avoir été Tony. En fait il ne se souvient de rien de concret avant les trois dernières années et vit très mal l'interférence dans sa vie de Gibbs and Co., il résiste et McGee n'a pas d'autre choix que de tuer son chien pour défendre le big boss. Du coup Wyatt à quelques idées pas très sympa pour l'informaticien, entendez par là qu'il veut sa peau. Gibbs l'embarque direction l'hôpital car son année d'emprisonnement a laissé des traces (dont deux doigts salement amochés et probablement irréparables) où après avoir attaqué Tim, traumatisé Abby et passablement amoché le personnel soignant il est interné en psychiatrie car jugé instable et dangereux (euphémisme quand tu nous tiens). Gibbs n'a pas son mot à dire, Tony étant mort il ne peut pas faire jouer la carte « personne de confiance » auprès de l'autorité médicale. Cette situation permet à Wyatt de s'enfuir aisément une nouvelle fois. Après avoir tenté de franchir La Missouri (fleuve au Montana en dehors d'être un Etat) il est salement blessé par un tas de ferrailles qui dérive le long du fleuve et trouve refuge et soins dans un camp de sans-abris. Là en proie à la fièvre et au délire il a des flashbacks concernant son temps avec Magott, mais uniquement en tant que Wyatt. Il revoit son 'entrainement' pour devenir un 'bon garçon' par le 'maître' et est mis en garde contre Gibbs et les autres qu'il doit voir comme mauvais et perfides. Un bon lavage de cerveau en somme. Car il y croit mordicus. Dans le dernier chapitre il dévalise une maison afin de pouvoir réaliser sa mission : se débarrasser d'Eux. Et voilà où nous en somme.

Chronologie :

- 4 ans avant notre histoire : Magott enlève Tony et le garde pendant plus d'un an avec lui, prisonnier dans un premier temps puis comme « élève ». Apparition de Mark Wyatt. Durant ce temps Anthony DiNozzo est déclaré mort par les autorités et un cercueil vide est enterré, faute de corps.

- 3 ans : c'est le temps que « Tony » a erré après avoir été relâché par Magott, jusqu'à ce qu'il soit retrouvé par l'équipe en fait (fin novembre).

- Cinq semaines : durée de son hospitalisation en psychiatrie.

- Trois semaines : durée de son infection et de la convalescence qui s'en suit.

Nous sommes mi-février.


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Il pensait savoir ce que le terme hiver rigoureux désignait, il pensait avoir les capacités pour le subir sans même broncher. Il le pensait vraiment, et il s'était lourdement trompé. Rien ne l'avait préparé au vent glacial et aux températures abyssalement basses de ce coin retiré des États-Unis. Sans oublier cette neige tenace et pernicieuse qui s'infiltrait dans chaque recoin de vos vêtements. Comment donc pouvaient supporter ce froid épouvantable ces pauvres gus à peine couvert qui trainaient inlassablement autour du commissariat et du centre communautaire jour et nuit, à la recherche de quelques piécettes ou source de chaleur, assimilant chaque personne qui passait à portée comme un potentiel sauveur ? Et il ne faisait pas exception à la règle. Il avait été abordé un nombre incalculable de fois malgré son air revêche, avait cédé à certains moments, quand le pauvre hère était jeune pour ne pas dire mineur ou visiblement en proie aux affres de la faim. Quelques-uns l'avaient même suivi dans ses déambulations jusqu'à la pâtisserie où il allait régulièrement s'alimenter en caféine, espérant générosité et partage de sa part.

Ne jamais boire l'abjecte mixture d'une vieille cafetière de poste de police. Cette règle qui était d'usage à Washington s'appliquait finalement partout dans le reste du pays, même ici dans cet état perdu et reculé.

Et c'est vers cet endroit qu'il avait appris à aimer plus que tout et qui faisait un des meilleurs cafés qu'il ait jamais eu le plaisir de boire quand bien même il ne s'agissait pas de la spécialité première de la maison qu'il se dirigeait. Comme chaque jour. Comme plusieurs fois par jour.

Une fois n'est pas coutume il n'était pas suivi aujourd'hui. Enfin en personne. Son instinct lui criait pourtant le contraire, il lui sommait de se tenir sur ses gardes, de rester vigilant, quelque chose se cachait dans l'ombre, mauvais et dangereux. Mais malgré ses efforts de concentration et d'observation il n'avait rien constaté d'inhabituel. Et puis il arrivait à son instinct de se tromper. Gravement. Durement. Et les conséquences étaient alors terribles. Comme avec Tony. Tony qu'il avait réellement cru mort par faute d'alerte. Il avait laissé sa tête prendre le dessus sur son cœur et avait accepté les propos de Magott au sujet de Tony, il les avait pris comme vrai. Et jamais son instinct ne l'avait poussé à penser autrement. Et pendant des années Tony avait erré, sans support, sans personne vers qui se diriger, se tourner. Tony était devenu Wyatt faute de solution, et lui Gibbs avait permis que ça se réalise.

Et une fois de plus Tony, car malgré les beaux discours de Ducky et même ceux de Kate jamais il ne le considérerait autrement que comme Tony, une fois de plus donc Tony était là, quelque part, proche. Il le sentait, il pouvait presque le toucher. Et McGee, Kate et même Morrow pouvaient protester, pouvaient s'époumoner à tenter de le convaincre du contraire il savait que son agent égaré était là, en ville. C'est pourquoi il était hors de question qu'il bouge de là, qu'il aille pérégriner dans ces montagnes où il savait ne pas se trouver le jeune homme.

Après la fugue de Tony de l'institution psychiatrique il avait fait rappeler son équipe à ses côtés, et le directeur avait été étonnamment conciliant. Lui aussi était pris de remords, celui d'avoir laissé un de ses agents derrière sans même se retourner. Seule Abby n'avait pas été autorisée à faire le déplacement malgré ses larmes et ses protestations, les autres équipes avaient besoin d'une technicienne de labo pour leurs propres enquêtes, la vie, les meurtres et atrocités en tout genre n'avaient pas cessé sous prétexte que l'équipe phare de l'agence se trouvait à 3000 km de là.

Kate et McGee et même Stan étaient venus lui prêter assistance. Et depuis ils passaient leur temps à déambuler dans les rues de la ville, seuls ou parfois accompagnés de la police locale qui s'était montrée extrêmement compréhensive et coopérative pour le coup, ça ou à écumer les morgues et les centres de soins clandestins à la recherche d'un John Doe, à sillonner trois fois par jour la gare routière et ferroviaire, à interviewer d'éventuel témoin qui affirmait l'avoir vu dans un parc, au centre commercial ou même dans un parc d'attraction. Que la photo de Tony ait été diffusée dans les plus brefs délais par les journaux télévisés régionaux et la presse locale avait tout d'abord paru être la chose à faire mais avec le recul cela s'était avéré plus handicapant qu'autre chose. Les bons samaritains de la ville, et ils étaient nombreux les bougres, avaient absolument voulu prêter main forte aux forces de l'ordre et comme c'était bien trop souvent le cas s'étaient imaginé voir l'homme partout autour d'eux et il n'en avait pas fallu beaucoup plus pour que le standard téléphonique de la police soit submergé d'appels et de signalements en tout genre. Ce qui avait au final fait perdre un temps considérable à tout le monde car de Tony il n'y avait eu aucune trace. Comme s'il avait disparu de la surface de la terre, comme s'il s'était volatilisé des berges du Missouri où les chiens avaient perdu sa piste.

Trois semaines déjà et ils étaient au point mort, ils n'avaient pas avancé d'un pouce et cette situation le rendait littéralement fou, cette inaction forcée qu'il détestait devoir subir faute de mieux. Du coup il perdait régulièrement son calme, était beaucoup plus impatient voir intransigeant, se conduisait en véritable tyran avec ses subordonnés et les membres de l'unité de recherche qui les secondait. Combien de fois Ducky avait-il dû intervenir pour calmer les choses, pour le contenir et éteindre le bâton de dynamite qui couvait en lui et qui régulièrement s'enflammait.

Mais le sentiment qui surpassait de loin tous les autres en puissance était cette peur dévorante et horriblement douloureuse d'une nouvelle fois arriver trop tard, d'une ultime fois perdre son agent, et s'ils en arrivaient là il n'était pas sûr de pouvoir se relever une seconde fois.

Quand cette hantise se faisait trop poignante il savait qu'il était temps d'aller rendre visite à cette pâtisserie dont il connaissait maintenant le nom de chaque serveur et serveuse.

Et c'est ce qu'il fait en ce moment, zigzaguant entre les voitures, se rattrapant de justesse à un parcmètre ou à un rétroviseur lorsque son pied se pose sur une plaque de verglas, s'imprégnant littéralement du calme des rues et avenues, en opposition parfaites avec celles polluées et assourdissantes de la capitale fédérale.

Soudain, alors qu'il s'apprête à ouvrir la porte vitrée de la boutique une petite boule d'énergie à l'état pure vient se jeter contre ses jambes, le faisant trébucher. Une petite fille de cinq - six ans pas plus, emmitouflée dans un manteau et un bonnet rose pâle, aux court cheveux châtains nattés de chaque côté de la tête, et qui le regarde comme s'il était une créature magique qui venait de se téléporter sur son chemin. Un petit sourire espiègle et des yeux rieurs répondent enfin à son regard qui s'était instantanément adouci face à tant d'innocence et il ne peut s'empêcher de lui sourire en retour. Elle recule de quelques pas, secoue la tête plusieurs fois et repart en courant vers sa maman qui l'appelle plus loin en faisant de grand geste tout en poussant un landau.

Malgré les tracas des uns la vie poursuivait toujours son cours de la plus belle des façons. Et on avait tendance à malheureusement l'oublier trop souvent lorsqu'on se trouvait plongé dans la tourmente.

Soudain un coup de tonnerre retentit, que son cerveau retranscrit immédiatement comme étant une détonation. Autour de lui des cris s'élèvent et la petite fille se retourne et le regarde de ses grands yeux écarquillés par la peur et la surprise, toute trace de joie enfantine disparue.

Les piétons autour de lui se figent avant de se mettre à courir dans tous les sens, paniqués. On le bouscule. On manque le faire tomber. Et lui reste là, immobile, hypnotisé par ces deux grands yeux noisette qui semblent lui demander des explications.

Mais il n'en a pas. Aucune ne lui traverse la tête qui est étonnamment vide.

Il ne bouge pas.

Mais il s'écroule.

Il se rattrape à un panneau publicitaire mais cela ne sert qu'à ralentir sa chute.

Les gens passent à côté de lui sans le voir, sans ralentir. Il est assis contre la vitrine.

Il sent quelque chose d'humide qui coule entre ses doigts mais il ne regarde pas de quoi il s'agit. Car ses yeux noisette ne le lâchent toujours pas du regard, ces yeux desquels s'écoulent de fines gouttes cristallines. Jusqu'à ce que sa mère accourt vers elle et la prenne dans ses bras, dissimule son visage contre son épaule et la serre, la serre très fort contre elle. Et pudiquement il détourne les yeux de cette scène dont il n'a pas à prendre part.

Il est calme et incroyablement serein. Il se sent presque bien, envahit par une quiétude qu'il n'a pas ressentie depuis longtemps. Comme si ses problèmes et ses inquiétudes avaient disparu, comme si plus rien ne pouvait l'atteindre et le blesser dorénavant.

Il sait qu'il devrait s'inquiéter au contraire, et agir, enquêter sur la provenance du coup de feu, en chercher le responsable, c'est son métier après tout, ce pour quoi il est doué, mais il ne parvient pas à se dégager de cette douce léthargie qui l'envahit. Il n'a même pas la curiosité de regarder ce liquide qui coule à travers ses doigts et finit par tomber au sol, goutte par goutte, force de gravité oblige. Mais peut-être n'est-ce pas la peine, une part de lui sait de quoi il s'agit. Et il n'a pas peur. Juste un regret : celui de ne pas avoir revu Tony, de ne pas avoir dit au-revoir.

Il est allongé maintenant ou plutôt on l'a allongé à terre. Il entend des sirènes au loin, et toujours ces pas qui arpentent précipitamment le bitume. Quelqu'un est penché au-dessus de lui et lui parle. Il ne comprend pas et l'homme, qui semble en prendre conscience, se penche davantage et vient plaquer ses lèvres contre son oreille et répète d'une voix douce et posée les même mots, du moins le suppose-t-il.

Et il ouvre les paupières qu'il ne se savait pas avoir fermées et de nouveau il fait face à deux prunelles, mais la couleur noisette a laissé place au vert profond, une nuance incroyablement familière.

Et il sourit. Doucement.

Il respire enfin librement.

Ses regrets se sont envolés.

Il a retrouvé son agent ou plutôt celui-ci l'a retrouvé, et malgré la teneur de ces quelques mots qui résonnent encore à son oreille c'est avec apaisement qu'il laisse l'obscurité le gagner.

Il ne voit pas l'homme se relever et s'éloigner, il ne voit pas le rictus de satisfaction qui défigure ce visage marquée par la victoire, pas plus que cette main qui tâte la poche d'un manteau, là où est dissimulé un Beretta 9mm encore chaud et fumant.

Il ne voit plus.

Ne sent ni ne ressent rien.

Il n'est plus rien en cet instant.

La respiration qu'il vient de retrouver le déserte à nouveau.

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Et de cinq ils ne sont plus que quatre.

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Envies de meurtre ? C'est naturel, ne le gardez pas pour vous, il faut au contraire le verbaliser.

Prochain chapitre : je ne sais pas quand encore, il est à peine débuté et une semaine éreintante m'attend donc ce ne sera pas avant le we prochain voir le suivant.

A bientôt.