De retour de vacances avec ce long chapitre qui, j'espère, vous plaira autant que les précédents. En particulier à toi, Dragonna, il m'a semblé comprendre que tu attendais ce moment avec impatience ;)


Chapitre 9


Le lendemain matin, Roy se réveilla plus mal en point que jamais (se réveiller était un bien grand mot, étant donné qu'il n'avait encore pas dormi de la nuit). Ses entrailles se nouaient à la simple idée qu'il devrait encore tenir toute une journée, depuis une semaine qu'il avait osé s'en prendre à Edward.

Il se leva avec appréhension, et rejoignit le salon.

Edward dormait encore, allongé sur le canapé. Sa tête reposait toutefois de l'autre côté, loin du ressort cassé. "Quel idiot... pourquoi je n'y ai pas pensé..."

La couverture avait glissé au sol ; comme il dormait devant le feu de cheminée, il avait dû avoir trop chaud. Il était simplement en caleçon, dormant paisiblement... Roy secoua la tête pour arrêter de le fixer, et s'éloigna rapidement vers la cuisine.

Quand il revint à table avec une tasse de café bien fort, Edward était assis, accoudé au dossier du canapé.

"... 'jour..."

Son expression encore endormie mit Roy mal à l'aise, sans qu'il comprenne pourquoi.

"Tu te sens bien ?"

Quel imbécile... c'était tout ce qu'il avait trouvé à lui dire ? Edward le regarda avec un air surpris.

"... bah... oui..."

Le silence retomba, gêné, et Roy finit par aller s'asseoir. Après un instant, il entendit le garçon se lever, et s'enfermer dans la salle de bain. Tiens, il faudrait qu'il y passe, lui aussi... la nuit avait été agitée...


Ce fut Edward qui prépara le déjeuner, cette fois-ci. Pourquoi ? Parce qu'il en avait envie. Et puis, le colonel étant presque léthargique, affalé sur son dossier, il fallait bien que quelqu'un s'en occupe...

Quand il eut terminé, il retira les feuilles de la table, et posa l'assiette fumante sous son nez. Roy se redressa, vaguement surpris, et fixa le contenu de l'assiette un moment. Un long moment, ce qui vexa Edward.

"Ça va ?"

L'homme sursauta et le regarda avec surprise. Le blond grimaça :

"Vous pensez que c'est mangeable ?"

Roy rentra la tête dans les épaules, et attrapa la fourchette pour commencer à manger. Edward s'étonna de cette réaction, si peu habituelle. Il s'assit à son tour, et entama son repas. Ouch...

"Hmm..."

Roy releva la tête et l'interrogea du regard.

"Euh... bon... c'est vrai que c'est meilleur quand c'est vous qui le faites..." marmonna-t-il, légèrement honteux, détournant les yeux. Roy sourit simplement, et continua à manger.

Le repas se termina dans le silence le plus total.


Au cours de la journée, ils repérèrent enfin quelque chose d'intéressant dans le dossier de leur fugitive. Outre ses crimes commis avec l'alchimie, ils apprirent qu'elle avait également tenté de s'en prendre au président. En fait, elle avait vraiment réussi à l'attaquer, mais n'avait pas pu finir : Bradley était connu pour ses capacités exceptionnelles en combat rapproché, et elle avait dû prendre la fuite, avant de se faire arrêter, car gravement blessée. Et c'était à cause de cela qu'elle avait été en prison pendant si longtemps. Cinq ans, maintenant, jusqu'à ce qu'elle s'échappe.

"Hum ! Son apprentissage en alchimie a dû lui prendre plusieurs années... Et si ça fait en plus cinq ans qu'elle était en prison, elle ne doit plus être toute jeune, aujourd'hui..." décréta Edward après qu'ils aient fait le point à ce sujet. Bizarrement, Roy en était beaucoup moins sûr que lui, mais il n'aurait su dire pourquoi...


Deux soirs plus tard, Roy allait vraiment trop mal. Il arrivait de moins en moins à contrôler ses tremblements nerveux, et cela lui causait une angoisse sans borne. Il était également moins vigilant vis-à-vis d'Edward – source supplémentaire d'angoisse...

Ce soir-là, il était assis sur le canapé, fixant les flammes à s'en faire mal aux yeux, juste pour penser à autre chose que son manque et son envie irrépressible de sang. C'était vain, bien entendu, mais il essayait tout de même...

Soudain, la vue lui fut cachée par l'ombre d'Edward, qui se planta devant lui. Il n'osa pas lever les yeux ; au lieu de cela, il les baissa au sol, trouvant tout-à-coup très intéressante une fente dans le plancher.

"J'en ai marre..."

Il ne répondit pas, intrigué par le ton du garçon, oubliant momentanément sa peur.

"Quand je disais que je l'attraperai seul, c'était pour vous provoquer. Mais apparemment, vous avez décidé d'en faire une réalité..." (1)

Silence.

"Je ne sais pas ce que vous avez dans la tête, mais y a vraiment quelque chose qui cloche..."

Sa bouche tiqua. Ah, mais oui, il ne savait rien... Du calme Roy, reste calme...

"Quand est-ce que vous allez vous décider à me dire ce qui ne va pas ?"

"Je... ne veux pas en parler. Vas donc te coucher."

"Vous êtes sur le canapé..."

"Vas dans ta chambre. C'est pas le lit, le problème." Son ton était froid, posé, mais intérieurement, il se sentait sur le point de craquer.

"Alors c'est quoi ?!"

Roy sursauta violemment, quand Edward se pencha sur lui, pour le coincer contre le dossier, les mains de chaque côté de sa tête. L'impression de déjà-vu le fit trembler davantage.

Le visage d'Edward, en colère, était si proche, qu'il en distinguait les moindres détails ; son regard se posa malgré lui sur son cou, sa gorge, sur l'artère qui palpitait sous la peau tendre... Il grimaça de douleur, et détourna vivement la tête.

Edward se redressa soudain au même moment, les yeux écarquillés par la surprise.

"... c'est quoi ça ??"

Roy le fixa un instant, pétrifié. Puis il comprit à quoi il faisait allusion, en passant la langue sur ses dents. Il paniqua, et tenta de se maîtriser, mais c'était trop tard. Le mal était fait.

"Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est quoi ?!"

Edward le fixait à présent avec colère, mais aussi de la peur, que Roy décela au fond de ses yeux dorés. Il s'était éloigné d'un pas, et avait une attitude manifestement défensive... Le colonel soupira. Tant pis. Il n'avait plus le choix, maintenant... Autant tout lui dire...

"C'est une longue histoire..."

Edward fit hargneusement : "J'ai tout mon temps !" Et il s'assit à terre, devant la cheminée.

"Il existe à Amestris des créatures que l'on appelle des vampires. Il y en a quelques légendes, dans l'ouest du pays, mais elles sont toutes vraies. L'un d'eux est un jour tombé amoureux d'une femme humaine, et ils ont eu un enfant. Ce garçon possédait la moitié des caractéristiques des vampires, et la moitié de celles des humains. Ce garçon était mon père.

Il s'est lui-même marié à une humaine, et le résultat, tu l'as devant toi. Je suis en partie vampire, moi aussi. À la différence que je ne possède qu'un quart des caractéristiques de cette espèce, du fait de mon ascendance.

Voilà. C'est ça, mon problème. Je ne vole pas, je ne peux pas me rendre invisible, je ne tue personne. Mais j'ai besoin d'un peu de sang pour survivre, et ici, il n'y en a pas. Enfin... pas celui que je voudrais..."

Un long silence suivit cette révélation.


Quand Roy se risqua à jeta un coup d'oeil au blond, en face de lui, celui-ci le fixait, les yeux écarquillés comme si on venait de lui annoncer que le Père Noël n'existait pas. Ou plutôt, qu'il distribuait des coups plutôt que des cadeaux. Autrement dit, il y avait tout lieu de penser que la réaction qui allait suivre serait tout sauf ce qu'on pouvait appeler "bonne"...

Roy resta donc à fixer le sol, tendu à craquer, attendant anxieusement qu'Edward veuille bien réagir, dire quelque chose, lui crier dessus, le frapper même, mais bon dieu qu'il fasse quelque chose... !

À sa grande surprise, après le très long silence du blond, il n'y eut rien de tout cela. Edward reprit ses esprits, et se leva simplement. Lentement, il défit sa veste, la laissant tomber au sol, et ouvrit le col de sa chemise, sous les yeux stupéfaits et légèrement inquiets du brun.

Puis il alla s'asseoir sur les genoux de Roy, ce qui provoqua un grand sursaut chez celui-ci, ne comprenant absolument pas ce que faisait le garçon.

Edward planta alors son regard dans le sien et dit d'une voix basse :

"Si j'ai bien compris, tu es dans cet état parce que tu meurs de faim. Alors vas-y. Mange."

Roy frôla la syncope en entendant cela, et secoua vivement la tête en signe de dénégation, profondément enfoncé dans le dossier du canapé, comme pour lui échapper. Il ne pouvait pas recommencer, vu le manque, il risquait de le tuer pour assouvir sa faim...

Voyant cela, Edward se recula juste assez pour lui mettre son automail dans la figure.

Sonné, sa joue devenant rapidement rouge sous le coup, Roy put tout de même l'écouter dire :

"Est-ce que vous vous rendez compte de ce que ça me fait, d'apprendre ça ?! Que vous n'êtes pas humain ! Est-ce que vous comprenez ce que je ressens, en apprenant que l'homme en qui j'ai le plus confiance m'a menti et caché quelque chose d'aussi important ?! Mais on est en mission, et on a besoin de vous !"

Sa voix sembla tremblante, tandis qu'il achevait dans un murmure :

"Alors tu vas gentiment prendre ta dose et te remettre en forme, et sans discuter. De toute façon, si c'est juste un peu, j'en mourrai pas, alors je vois pas où est le problème."

Sur ce, il pencha la tête de côté, de façon à offrir son cou, tout en se rapprochant du visage du colonel complètement ahuri.

Finalement, l'instinct l'emporta, et il obéit. Il attrapa la nuque du blond d'une main, calant l'autre dans son dos pour le coller à lui, et s'enfonça dans sa chair avec délice.

Edward gémit. Il était déterminé, quand il avait parlé, mais à présent, il avait peur. Incroyablement peur... La douleur dans son cou n'était pas insupportable, cela ressemblait à une piqûre. Mais l'aspiration le fit trembler, et il chercha inconsciemment à se dégager dans un gémissement terrifié.

Mais Roy raffermit sa prise, et continua à boire. Il sentait la peur du garçon, dans l'adrénaline qui coulait sur sa langue, et il le sentait trembler contre lui, mais il ne pouvait plus s'arrêter...


Au bout d'un moment, le corps d'Edward devint lourd entre ses bras, et il comprit qu'il avait perdu connaissance. Il se força donc à le relâcher, recueillant les dernières gouttes de sang qui perlaient aux deux petits trous dans la gorge du blond. La tête de celui-ci s'affaissa contre son épaule, et Roy dût le rattraper pour éviter qu'il ne tombe.

Les larmes aux yeux, Roy poussa un long soupir, serrant un peu plus l'adolescent contre lui.

"Et merde..." souffla-t-il.

Il inspira profondément, pour se calmer, et souleva le blond pour aller le déposer sur son lit. Puis, sans rien faire de plus, il quitta la chambre.


"Ouch... ma tête..."

Edward leva une main hésitante pour la poser sur son front. Ça tournait beaucoup trop...

Il tourna la tête vers la fenêtre, et la lumière qui filtrait à travers les rideaux lui indiquait qu'il devait encore être très tard. Il s'assit dans le lit.

"Oh non... ne me dîtes pas que j'ai encore sauté deux repas..."

Après un instant d'indécision, il finit par se résigner à se lever ; un peu instable sur ses jambes, il contourna le lit pour aller ouvrir le placard mural, dans lequel il avait rangé ses vêtements. Pendant qu'il cherchait un débardeur propre, une rougeur dans le miroir de la porte, à sa gauche, attira son attention.

Il vit son reflet écarquiller les yeux en même temps que lui quand il remarqua les deux traces roses sur son cou. La morsure.

Il chancela, et dut s'accrocher à l'étagère pour ne pas tomber.

"Oh, merde... Comment j'ai pu oublier ça..."

Tout ce qui s'était passé la veille au soir lui revint en mémoire, ainsi que les surprenantes révélations du colonel. Edward porta une main à sa gorge, plissant les yeux face à son reflet.

"Je viens d'apprendre que les vampires des légendes existent réellement... Alors pourquoi ne suis-je pas plus étonné que ça ?"

Fixant les deux minuscules trous rouges, déjà pratiquement résorbés et invisibles, il réfléchit intensément. Pourquoi un tel manque de réaction ? Certes, il avait été surpris d'apprendre que le colonel cachait un si terrible secret, mais... l'existence des vampires ! Pourquoi ne s'en étonnait-il pas ?

Puis les souvenirs lui revinrent en mémoire.

"Parce que je le savais déjà... ! J'étais déjà au courant de leur existence."

"La Porte de la Vérité... mais bien sûr..."

Il se souvenait, à présent. Il avait vu cela derrière la Porte, mais comme il ne connaissait aucune légende à ce sujet à cette époque, il n'y avait tout simplement pas fait attention. Il n'avait pas compris. C'était resté dans un coin de sa mémoire, sans qu'il sache vraiment quoi faire de cette information. Bon, il ne savait pas tout sur les vampires, mais il savait qu'ils vivaient plutôt dans l'ouest du pays, et le reste, il le tenait des livres sur le sujet. Des contes pour enfants.

"J'ai vu tout ça... derrière la Porte, et mélangé à des tas d'autres informations. Pas étonnant que je l'ai oublié, ça n'avait aucune importance pour moi, à l'époque.

Les vampires... hum. Ils volent, se nourrissent du sang des humains, hypnotisent leurs proies, sont immortels... Ouais... Mais si j'ai bien compris, le colonel n'est pas comme ça. Tout ce qu'il fait, c'est boire du sang en quantité suffisante pour survivre. Tiens, à ce propos..."

Il enfila rapidement son débardeur et sortit de la chambre.


Installé devant la cheminé, Roy fixait les flammes d'un regard vide. La nuit avait été très agitée, car il craignait la réaction d'Edward à son réveil. Son geste d'hier soir l'avait complètement stupéfait, puisqu'il ne s'y attendait pas du tout, mais à présent, il se demandait à quoi avait bien pu penser le garçon pour en venir à lui proposer une chose pareille...

Il sursauta légèrement quand celui-ci sortit soudainement de la chambre.

Edward le fixa un instant, puis s'approcha tout aussi soudainement. Roy resta pétrifié, ne sachant quoi faire, et Edward en profita pour s'asseoir à coté de lui, et tendre une main vers son visage. Empoignant le menton de l'homme, il fit d'un voix autoritaire :

"Montrez-les moi."

Roy mit un moment à comprendre de quoi il parlait.

"Montrez-moi... !"

Ses crocs sortirent, Roy restant parfaitement immobile et déconcerté. Edward se pencha un peu plus et examina attentivement les deux excroissances dentaires.

"C'est drôle... Ce ne sont pas les canines qui s'allongent, ce sont de vrais crocs qui sortent, par dessous... On dirait qu'ils sont rétractables... Je me demande comment est faite la mâchoire pour permettre une telle chose..." (2)

Il finit par le relâcher, puis se leva et croisa les bras, restant planté devant le canapé, plongé dans ses pensées.


Roy, lui, commençait à se sentir mal à l'aise d'être ainsi l'objet de son attention. Le prendrait-il pour un sujet d'étude ? songea-t-il avec un frisson. Il baissa les yeux ; il aurait dû s'y attendre.


De son côté, Edward le fixait en réfléchissant. "S'il est plus humain que vampire, d'où vient ce besoin de sang ? Ça ressemble à une défaillance de la moelle osseuse... Peut-être pas assez d'hémoglobine, donc difficulté respiratoire et nécessité d'un don. Non, ça ne colle pas avec son comportement...On dirait plutôt que c'est nerveux. Mais ça n'aurait aucun rapport avec le besoin en hémoglobine... à moins que ce ne soit autre chose dans le sang dont il ait besoin ? Défaillance du système immunitaire ? Hum, ça pourrait correspondre... Reste à savoir si c'est génétique, ou si c'est dû à autre chose... un virus, par exemple ? Pourquoi pas... Non, ça ne va pas. On dirait plutôt une sorte de dépendance... à quoi est-ce que ça peut être dû..."

Se rendant compte du regard inquiet du colonel, Edward interrompit ses réflexions et commença doucement :

"J'étais déjà au courant, en fait. J'ai vu beaucoup de choses quand j'ai été derrière la Porte de la Vérité. Quand j'ai tenté la transmutation humaine" ajouta-t-il en voyant son air perplexe.

"Le fait est que je ne suis pas surpris. Je vous en veux un peu pour m'avoir caché une chose pareille, mais je suppose que c'est une situation difficile pour vous. Personnellement, ça ne change rien entre nous : vous êtes toujours Roy Mustang, le colonel Flame, l'homme qui nous a aidé, moi et Alphonse, qui m'a permis de devenir alchimiste d'état, et qui nous protège depuis toutes ces années pour nous aider à atteindre notre but. Aujourd'hui, j'ai juste découvert une autre facette de votre personnalité..."

Il sourit.

Roy n'en revenait pas. Jamais il n'aurait pu croire que cela se passerait ainsi. Il en aurait presque les larmes aux yeux tant le soulagement qu'il éprouvait était intense.

Edward ne le rejetait pas. Edward l'acceptait. Mieux, son secret ne changeait rien entre eux. C'était merveilleux.

"... Merci, Edward..."


(1) Tu vois, Kiku ? Moi aussi je sais faire des poèmes XD

(2) Référence au film "Dracula", de F.F. Coppola, dans une scène concernant Lucy.