Les Temps Changent
Chapitre 10 : Retour à la réalité difficile
Deux semaines avaient passées depuis l'abdication de Sa Majesté Dornkirk II, empereur de Zaïbacher en la faveur du Roi Van Fanel de Fanélia – c'est-à-dire moi. Pff… Je me serais d'ailleurs bien passé de devenir souverain de Zaïbacher.
Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Laissez moi donc vous expliquer ce qui s'était passé.
Lorsque les fantômes de mon frère, Vargas et Dornkirk père avaient disparus, nous nous étions tous tournés vers la capsule. Et lorsque celle-ci s'était retrouvée vide, nous n'avions pas compris. Mais Dornkirk fils était soudain devenu complètement hystérique. Je n'avais jamais vu quelqu'un perdre ainsi les pédales. Il s'était mit à s'agiter, donnant des coups d'épée dans tous les sens, tuant par la même deux de ses soldats. Nous fûmes donc contraints de l'entraver tant bien que mal avec l'aide de ses propres hommes qui ne semblait plus vraiment savoir à quel saint se vouer. Et là, sans que personne ne comprenne pourquoi, l'empereur fou avait soudain reprit (plus ou moins) ses esprits pour abdiquer en ma faveur.
Les heures – voir les jours – qui suivirent ne me laissèrent pas vraiment le loisir de me pencher sur ce qui venait de se produire sous mes yeux. C'était comme si ça n'avait été qu'un rêve. Hitomi qui apparaissait brusquement pour disparaître aussi vite.
Et puis l'effervescence cessa, me laissant enfin soupirer. Et les souvenirs semblèrent me submerger avec une question oppressante : comment avais-je pu ne pas la reconnaître ?
Certes 11 ans avaient passés… Mais était-ce là une raison ? En tout cas ça permettait de sauver les apparences. Elle avait changé en 11 ans. La belle excuse !
En fait, même maintenant que le temps avait passé je ne parvenais toujours pas à réaliser. Tout était allé beaucoup trop vite. J'étais comme assommé. Le colonel Julian était brusquement et sans réelle explication devenu Hitomi pour disparaître immédiatement. Finalement, j'en venais parfois à me demander si je n'avais pas rêvé la transformation de la militaire en celle que j'aimais. Elles étaient si différentes. Et en même temps…
Mais ce qui me faisait presque peur c'était de m'imaginer ce qu'elle avait vécu. D'après ce que savait son équipe – c'est-à-dire bien peu – elle taisait tout ce qui pouvait avoir relation avec sa vie avant son arrivée aux Etats-Unis. Et je savais qu'elle avait du énormément souffrir. Même si l'Hitomi qui s'était sacrifiée pour nous au Zaïbacher Palace m'était inconnue, je connaissais celle qui avait vécu cette tragédie. Celle qui était à mes cotés lors de la guerre contre Zaïbacher. Et je me souvenais aussi d'une certaine promesse.
Dans ses moments là, quand je repensais à la tragédie qui avait touché Hitomi je me dégoûtais moi-même. Comment avais-je pu ne pas sentir qu'elle avait besoin de moi ? Elle qui avait toujours su me venir en aide au moment où j'en avais besoin…
Et puis il y avait les moments où c'était contre elle que j'étais en colère. Elle, Cid, Dryden… Ils savaient. Et ils m'avaient mentis. Ils ne m'avaient pas dit qui elle était. Et pour ça je leur en voulais. Je me sentais trahis.
Le Roi en moi me rappelait qu'en matière de stratégie c'était la meilleure solution... Que plus les personnes à connaître un secret sont peu nombreuses, moins il a de chance de s'ébruiter… L'homme, lui, ne voulait rien savoir. Au diable la guerre, les stratégies et tout le reste ! Seul restait que mes amis et celle que j'aimais m'avaient menti. Ils avaient poussé le vice jusqu'à m'annoncer sa mort !
Force était d'admettre que si j'avais su qui était la militaire je ne l'aurais certainement pas laissé s'élancer vers la Machine Interdite… Et par là même j'aurais sans doutes mit en danger tout Gaïa.
Pourtant quand je me mettais à penser à toute cette histoire, mon esprit logique semblait prendre subitement la clé des champs si bien que je n'arrivais plus à raisonner en terme de stratégie ou logique. Mes sentiments semblaient dès lors prendre les commendes de ma raison. Je savais que ce qu'ils avaient fait était le mieux pour Gaïa, mais mon cœur refusait de l'admettre.
Finalement, si j'avais réellement du mettre un mot sur mes sentiments du moment, je crois que je me serrais tout bonnement admit perdu.
Complètement perdu.
Tristesse. Sentiment de trahison. Colère. Peur. Amour. Soulagement. Effarement.
Tant de sentiments. Sans compter ceux que lesquels je ne parvenais pas à mettre un mot. Je n'avais jamais cessé d'aimer Hitomi. L'arrivée des terriens, bien avant que je ne connaisse l'identité de leur chef, me l'avait bien montré. Peut-être finalement avait choisi l'amour comme papa. J'avais cru que ce choix entre la logique et l'amour avait été fait pour moi lorsqu'on m'avait ou moins imposé mon mariage avec Linda. Mais en fait, j'avais déjà fait mon choix. Depuis longtemps. Qu'est-ce que l'amour entre un Roi gaïen et une lycéenne terrienne avait-t-il de logique ? Rien. Ce n'était pas logique. Presque impossible.
En fait, était-ce ça, le mot qui devait définir mon amour pour Hitomi ? Impossible.
Je soupirai en secouant la tête. Mais pensées étaient en train de dériver dangereusement vers la déprime. Mieux valait se concentrer sur autre chose.
Je réalisai alors que j'avais du rester assis dans les jardins de mon palais de Fanélia bien plus longtemps que je ne l'avais imaginé car il faisait déjà bien nuit. Je me levai donc promptement avec l'idée de rejoindre mes appartements et de profiter de mon sommeil pour mettre en pratique le proverbe du sergent Ninesis selon lequel la nuit porterait conseil.
–Van !
La voix fluette de Cid me tira de mes songes.
Le jeune Duc s'approchait de moi avec une démarche rigide, louchant par-dessus son épaule comme s'il était sur un champ de bataille et qu'il s'apprêtait à voir l'ennemi surgir derrière lui à tout instant.
–Cid ? Que se passe-t-il ? Il y a un problème ?
Certainement. J'avais rarement vu le jeune souverain aussi tendu. Nous nous assîmes et j'attendis que mon ami se décide à ouvrir la boucle. Il était dans un était de tension impressionnant si bien qu'il ne tint pas assis longtemps. Il fut forcé de se lever et se mit à marcher devant moi.
–Tu sais, depuis la disparition d'Hitomi j'ai réfléchis. Je veux dire… je pense que ça nous a tous fait réfléchir… Qu'elle se sacrifie comme ça…
–Cid, tu es sûr que tout va bien ?
–Oui… oui… Je… je pense seulement que j'aurais du venir te voir plus tôt. C'est certainement ce qu'Hitomi aurait fait, elle. Mais je… j'avais peur. Enfin, je crois. Je pense que nous avions tous peur dans une certaine mesure. Et puis, de toute façon ce devait somme toute être plus facile de ne rien dire…
Je commençais franchement à m'inquiéter. De quoi, diable, voulait-il parler ?
–C'est à propos de Linda, lâcha finalement le jeune homme.
Je fronçai les sourcils, attendant avec une certaine appréhention ce qui aller suivre. Comme si je savais ce qu'il allait me dire mais que ces informations restaient calfeutrées dans mon inconscient.
–Je sais que tu l'as épousé par devoir, parce que cela scellait l'alliance avec les Îles Amarilaires, mais voila… Il se trouve que c'est toi le véritable héritier du trône des Îles, et non Linda.
–Quoi ? Mais enfin, commençai-je.
Mais je m'interrompu en voyant le visage de mon interlocuteur. Me dire ça semblait lui avoir coûté et en même temps il semblait soulagé.
–Tu sais, après la guerre contre Zaïbacher, j'ai appris que je n'étais pas le fils biologique de celui que j'avais toujours appelé Père. Ça était très dur pour moi. Je me suis senti indigne de ce trône sur lequel j'étais assis. Je sais que Père était au courant. Qu'il avait pardonné à Mère. Mais je n'étais pas sûr qu'il… enfin, qu'il… je ne sais pas… Mais lorsque j'ai vu son fantôme, il m'a dit qu'il était fier de moi, que j'étais son enfant. Et ça m'a donné une force incroyable. Je crois que c'est en partie pour ça que je suis là. J'aurais sans doute du venir il y a des années. Mais Linda était, je ne sais comment, au courant que je n'étais qu'un… bâtard. Et elle avait menacé de tout révéler si je venais te parler. J'avais tellement honte que je ne suis pas venu. Tu sais, elle a des espions partout.
J'approuvais de la tête, prenant conscience des raisons de la tension de mon ami.
–La mère de Linda, Samira, était une amie proche de ton père, il semblerait qu'elle est abolis le droit d'héritage matriarcal tel qu'il avait lieu dans les Îles depuis des générations pour faire de toi son héritier. J'ai tous les documents qui le prouvent. Linda s'est toujours arrangée pour faire en sorte que tu n'entres pas en possession de ces documents…
Je ne sais pas pourquoi, je n'avais aucun mal à croire les paroles de Cid. Tout semblait au contraire couler de source. Comme si je m'y étais toujours attendu. Je n'avais jamais aimé Linda, je n'avais même pas eu pour elle de l'affection. Mais j'avais toujours cru avoir une certaine confiance en elle. Ne lui avais-je pas confié l'administration intérieure de Fanélia ? Certes c'était le rôle qui avait toujours incombé aux Reines de Fanélia, mais j'y avais tout de même vu une preuve de confiance. Mais en fait, il me semblait, alors que Cid parlait, qu'au fond de moi je m'étais toujours défié de mon épouse.
–Donc, conclus-je, pour parler cru, je me suis marié avec Linda pour rien, c'est bien ça ?
–Oui, admit timidement et dans un soupir Cid.
Je me sentais fatigué, lessivé. J'avais besoin de dormir. Pour ne plus penser à rien. Pour ne plus penser au regard vert d'Hitomi avant qu'elle ne rentre dans cette fichu machine. Pour ne plus penser aux complots que ma femme avait pu faire derrière mon dos. Pour ne plus penser à ma vie qui n'était qu'une succession d'échecs mis bout à bout et entourés en dehors de jolies illusions d'un grand Roi à qui tout réussi…
J'avais besoin de dormir.
