Chapitre 9 bis : Incompréhensible

POV Edward

L'avantage de Dartmouth, c'est qu'il n'y avait pas à aller bien loin pour trouver de la nourriture. Ce n'est pas perdu au milieu de nulle part, mais la nature n'a pas encore perdu tous ses droits. Lorsque nous pouvons nous absenter quelques jours, nous allons à la White Mountain National Forest, ou aux Highs Peaks. Mais un soir comme aujourd'hui, où il fallait juste se nourrir pour résister à la tentation, les forêts environnantes suffiraient. Les humains seraient étonnés de savoir quels genres d'animaux vivent dans leurs forêts.

Emmett et Jasper étaient dans un rayon de quelques kilomètres, et ne pensaient qu'à leur proie. J'aurais dû être dans le même cas que mes frères. J'aurais dû renifler toutes les odeurs environnantes, et chasser. J'aurais dû être aux aguets du moindre mouvement autour de moi, du moindre frémissement animal.

Mais mon cerveau était resté à Dartmouth. Je pensais à Bella, et je me demandais si elle était en sécurité. Pourquoi est-ce que ça me concernait ? Je n'en savais rien. Mais il était hors de question qu'elle tombe dans les griffes d'Alec. Cependant, je me devais me rendre à l'évidence : ma protection n'était qu'une mascarade pour masquer mon véritable intérêt. Cette fille était la plus étonnante créature que je n'ai jamais rencontrée. D'abord, son sang avait une fragrance qui m'aurait poussé au crime si je l'avais rencontrée seule dans une ruelle sombre. Pauvre Bella. Dés le premier jour, avant qu'elle ne fasse tomber la pile de polycopiés, je l'avais sentie arriver. Avant de la voir, j'étais déjà attiré par son odeur. Elle sentait quelque chose qui mélangeait la fraise, le miel et un peu l'humidité. Les humains sont incapables d'imaginer que l'humidité à une odeur, et pourtant Bella me rappelait la fraicheur qu'on ressent après un orage. Entre autres… Elle me rappelait également que ça faisait 109 ans que je me retenais de ne pas mordre un humain, et que ce n'était pas le moment de recommencer. Pourtant, face à elle, je ne voyais pas comment je pourrais résister. Je devais me forcer pour ne pas craquer. Je devais m'empêcher de respirer. Je devais faire appel à toute ma volonté pour ne pas m'approcher de son cou.

La plupart du temps, le meilleur moyen de résister était de penser à mon père, Carlisle. A notre rencontre en 1900, et au bonheur que j'avais éprouvé lorsqu'il m'avait appris qu'une autre vie était possible. A la légèreté de mon cœur lorsque j'avais fui avec lui pour rejoindre les Etats-Unis. A la liberté que j'avais toujours eue depuis. A ma conscience qui vivait désormais en accord avec ce que j'étais. A mon âme qui supportait de mieux en mieux l'éternité.

Mais si je résistais, c'était aussi pour elle. Pour que Bella reste humaine, et pour qu'elle ne meure pas tout de suite. Etant humaine, j'avais plus de chance de la garder près de moi que si je la mordais. Si je commençais à planter mes dents dans sa chair, et je frissonnais d'envie rien qu'en y pensant, je ne pourrais pas m'arrêter, jamais. Jamais. Bella mourrait, et je ne pourrais pas y survivre. Je ne pouvais pas avoir une mort de plus sur ma conscience, surtout celle de cette innocente, ravissante et appétissante jeune fille.

Ensuite, je ne pouvais pas lire ses pensées. Elle faisait vraiment tout pour me contrarier… Parfois je me demande si on ne me l'a pas envoyée sur Terre pour me tester. Je dois résister à mon enfer personnel, quelque chose comme ça. Je m'attends à tout moment à voir surgir une caméra et une présentatrice télé qui me dira ''Bravo Edward, vous avez résisté ! Vous avez gagné !''.

Mon cerveau reçoit en permanence un brouhaha de pensées inintéressantes, un babillage intempestif et parfois gênant. A force d'essayer, j'avais réussi à filtrer les pensées que je voulais écouter, et je pouvais ainsi avoir la paix et laisser de l'intimité à ma famille... Mais dans le cas de Bella, je ne trouvais pas le filtre inverse, celui qui me permettrait de la connaître… J'étais complètement désespéré de ne pas savoir ce qu'elle pensait de moi, et du reste du monde par la même occasion. Je ne lui en voulais pas vraiment, mais je détestais me sentir impuissant. Et puis à cause de ça, elle avait beaucoup trop tendance à me désorienter.

Je ne pouvais pas prévoir ses phrases, comme son ''Tu veux boire quelque chose ?''. Un frisson de peur me traversa le corps. Si elle savait ce qui m'avait traversé l'esprit à cet instant. Si elle avait pu lire mes pensées, elle aurait sauté par la fenêtre plutôt que d'attendre sagement que ma crise passe. Heureusement que j'avais pu me maîtriser, devant faire appel à toute ma volonté pour ne pas céder à la tentation de boire son sang. Heureusement que j'avais pu penser à Carlisle. Au début, ça m'avait contenu. Mais même imaginer sa déception n'avait pas suffit. Alors, heureusement que j'avais eu assez de présence d'esprit pour me revoir aux côtés des Volturi. Non ! Je n'avais jamais été et je ne serai jamais comme eux. Et j'avais résisté. Et Bella n'avait pas été si effrayée que ça, elle se concentrait sur je ne sais quoi. C'était incompréhensible, elle n'avait aucun instinct de survie.

Je sentis un renard bouger sur ma gauche. Allez Edward, pense à ta nourriture. Si tu ne manges pas, tu seras incapable de rester près d'elle dimanche. Je commençais ma chasse, sans grande motivation.

Je ne sais pas pourquoi, au moment où j'attrapais le renard, je me mis à penser à Alec. Peut être l'analogie entre l'animal et le comportement de mon semblable. L'avantage avec Alec, c'est que je le connaissais depuis si longtemps qu'il ne me fallait pas beaucoup de concentration pour écouter ses pensées, même s'il était loin. Bien que je n'ai jamais essayé de l'écouter lorsqu'il était encore en Italie. Au moment où je mordis l'animal, j'entendis nettement ses pensées dans ma tête ''Ah ! Elle sort enfin de sa résidence. Si on s'approche tous les trois, elle ne pourra pas nous échapper. Ensuite, on lui …''

Je relâchais l'animal sans faire attention, et une goutte de sang tacha le haut de mon T-shirt. Alec comptait parler à Bella, et ce n'était pas bon signe. Je ne me souciais plus du renard qui, dans un dernier souffle, s'accrocha à mon T-shirt et le déchira. Je balançais sa carcasse plus loin et me relevais d'un coup.

Je criais le prénom de mes deux frères en leur demandant de me suivre pendant que je me mettais à courir. Je n'avais plus qu'une idée en tête, BELLA. J'aurais aimé pouvoir hurler son prénom si fort pour qu'elle s'inquiète et qu'elle rentre chez elle. Hélas, même si ma voix portait loin, elle ne m'aurait pas entendu. Et dans le cas où elle m'entende, elle aurait attendu sagement que je la rejoigne. Les humains sont stupides.

Je me concentrais à nouveau sur Alec, je n'étais plus qu'à 2 ou 3 km de Dartmouth. Il rigolait en se disant que Bella ne manquait pas de cran. Qu'elle leur parle de la pluie et du beau temps l'avait surpris. Elle avait gagné quelques secondes, et je la félicitais mentalement. J'entendis mes frères qui me suivaient avec prudence, ne sachant pas trop ce qui m'avait pris. Ils étaient encore plus hagards que moi et leurs pensées étaient fixées sur leur proie abandonnée au milieu de la forêt.

Plus qu'un kilomètre, je commençais à sentir des odeurs familières. Je ne connaissais Bella que depuis quelques jours, mais je captais sa fragrance avec autant d'intensité que celles d'Alec et Jane que je fréquentais depuis beaucoup trop longtemps. Bella avait eu la mauvaise idée de les irriter. Je commençais à capter les pensées de Jane sans me forcer. Elle voulait punir Bella. Je courrais encore plus vite pour empêcher ça. Pitié, que Jane ne fasse pas souffrir Bella.

Hélas, Bella s'était mise elle aussi à courir, et pas dans ma direction. J'allais devoir faire un détour pour arriver face à eux. Alec s'amusait de la voir résister ainsi. Je ne l'ai jamais tant haï qu'en cet instant où je l'entendais jouir de la faiblesse de Bella.

Enfin, je les voyais courir sur moi. Je m'assurais en reniflant que mes frères étaient perceptibles par mes ennemis. Puis je m'avançais vers Bella, qui regardait par terre.

Je vis la catastrophe avant qu'elle n'arrive. J'avais cru comprendre que Bella était maladroite, ou en tout cas inattentive. Et là, elle fonçait droit sur un caillou. Je courrais un peu plus vite, et elle trébucha sur la pierre au moment où j'arrivais près d'elle.

Je la retins par le bras, en essayant de ne pas lui faire mal. Puis je fixais Alec, Jane et Démétri, espérant qu'ils comprennent qu'ils ne devaient pas s'approcher d'elle. Pourquoi étais-je si protecteur ? Peu m'importait, je devais juste éloigner Bella de ces vampires là. La haine qui m'afflua à ce moment contre mes semblables et la passion que j'avais pour protéger Bella me submergèrent simultanément et mes sentiments sortirent de mon corps en un grognement rauque.

Bella tremblait énormément, je devais enfin lui avoir fait peur. Alec tenta de me raisonner :

-Du calme, Edward.

Quelle blague. A l'intérieur de lui, il bouillait de colère. J'essayais de redevenir plus humain en les prévenant avec ma voix cette fois ci :

-Ne vous approchez plus d'elle.

Je ne pensais pas qu'Alec pouvait me détester à ce point. Pour lui, je n'avais toujours été qu'un minable sans ambition. Mais là je l'avais interrompu, et il n'aimait pas qu'on bouleverse ses plans. Devinant que son prochain plan était Bella, je leur criais :

-Ne vous avisez même pas de penser à elle pour vos projets ! … Je le saurais.

Bien sûr que je le saurais, et ils le savaient déjà. Mais une piqure de rappel ne leur ferait pas de mal. Ils s'éloignèrent doucement, abandonnant toute belligérance. De toute façon, avec Jasper et Emmett dans les parages, nous étions à égalité numérique, ils n'avaient plus rien à faire ici. Je me rendis compte que je tenais toujours le bras de Bella comme on serrerait une balle anti-stress. Je me dépêchais de la lâcher, en espérant ne pas lui avoir fait trop mal. Hélas, je la vis se masser pour rétablir sa circulation sanguine. Edward, tu ne pourras jamais approcher cette fille, tu es trop dangereux pour elle. Débrouille-toi pour qu'elle ne veuille pas te fréquenter. Éloigne-la de toi. Hélas, j'étais aussi trop gentleman, et je ne pouvais pas lui broyer le bras sans m'en excuser après. Elle me remercia, sans une once de frayeur dans la voix.

J'eus enfin la force de la regarder. Elle se tenait calmement près de moi, l'air perdu mais détendu. Et elle sentait si bon que je dû plisser le nez pour m'empêcher de craquer. J'avais été interrompu en pleine chasse pour venir sauver la plus appétissante des proies. Bella pardonne moi de parler de toi comme ça. Si tu savais comme j'ai envie de toi à ce moment. Si tu savais comment j'ai envie de te prendre dans mes bras et de te déposer un baiser qui te serait si fatal. J'aimerais tant pouvoir être humain et délicat. Cependant, la réalité me rattrapa, et j'entendis les cris silencieux d'Alec qui me maudissait. J'appris qu'il attendrait la fin de la nuit avant de quitter le campus. Au cas où je retourne chasser. Les vampires sont aussi stupides que les humains. Je proposais alors à Bella de la raccompagner. Evidemment, ça allait à l'encontre des règles que je venais de me donner, mais je ne pouvais pas la protéger puis la laisser tomber.

-Tu n'es pas obligé, je pourrais me débrouiller seule.

C'était le moment où jamais. Je pouvais la laisser seule, maintenant, là sur le campus, et ne plus jamais intervenir dans sa vie. J'avais le choix : la laisser à Alec, ou la garder pour moi. Mon choix fut vite fait, et pour une fois, ce n'était pas la sécurité de Bella qui m'avait décidé. C'était mon égoïsme. Je la voulais.

-Oui bien sûr. Je me demande bien ce que tu aurais fait contre eux il y a deux minutes.

Je l'avais peut être offensée en lui disant ça, mais c'était la stricte vérité. Bella ne pouvait rien contre eux. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle me réponde, et encore moins qu'elle me crie à la figure :

-Je leur aurais brandit une croix !

Je dus faire une grimace car elle eut un sourire victorieux. Comment pouvait-elle penser qu'une croix me ferait quelque chose ? Elle avait trop lu de littérature, et ses renseignements sur les vampires étaient erronés. Cependant, qu'elle me dise ça prouvait qu'elle pensait déjà aux vampires, et ça ne me plaisait pas du tout. Elle interrompit mes pensées :

-Désolée, ça te fait peut être quelque chose à toi aussi ?

-Rien du tout. Je ne vois pas pourquoi ça m'affecterait. Et eux non plus d'ailleurs.

Il était hors de question que Bella pense à moi en tant que vampire. Il était de toute façon inimaginable qu'elle considère notre existence comme possible. Sa petite main était crispée sur sa croix comme si c'était la chose la plus importante qu'elle possédait. Ou comme si elle avait mis tous ses espoirs dans ce petit pendentif pour me faire révéler ma vraie nature. Bien pensé Bella, mais ça ne suffirait pas. Je tendis ma main vers la sienne pour lui montrer son erreur et au moment où je commençais mon geste je sus que je le regretterais autant que je l'apprécierais.

Je ne sais pas pour qui elle allait me prendre, mais ça ne me ressemblait pas de toucher quelqu'un comme ça. Je décrispais lentement ses doigts, et toucher sa peau me fis frissonner. Elle était si chaude comparé à la mienne, si vivante. Ce fut du plaisir qui se propagea le long de mon corps. Je pris entre mes doigts son pendentif en forme de croix, et, tout en continuant de la regarder dans les yeux pour lui prouver que j'étais insensible à son bijou, je le glissais sous son débardeur, à sa place initiale. Ce faisant, j'effleurais le creux de sa gorge, et une montée de désir arriva dans ma bouche en même tant que dans mon cœur. J'avais senti son cou palpiter, sa chaleur avait tenté de se répandre sur mes doigts. D'un point de vue vampirique, le cou était la partie la plus excitante du corps humain. D'un point de vue humain, caresser la peau de Bella m'avait mit dans un état… d'adolescent pré-pubère qui découvre les plaisirs de la vie. Je pensais avec ironie que c'était ça de se priver depuis 109 ans de sexe aussi…

Ce n'était pas ma faute si Bella englobait tous les critères de la tentation. Par le sang, le corps et l'esprit. Je ne pouvais pas lui résister. Qui avait créé une telle fille ?

J'avais goûté à un semblant de proximité avec Bella, et je ne pourrais plus jamais m'en passer. Si je n'avais pas fait ce geste, j'aurais peut être pu résister à Bella. Mais il était trop tard, j'aurais aimé recommencer encore et encore. Sauf que je m'en empêcherais, et qu'elle ne devrait jamais être au courant de ça. Elle ne devait pas me fréquenter.

Ayant démontré que je ne craignais pas sa croix, je retirais vite ma main pour ne pas gêner Bella plus que nécessaire. J'avais entendu son cœur avoir des ratés, et elle avait dû respirer un grand coup après que ma main ait touché le creux de sa gorge. J'avais l'impression que mon contact l'avait rendue mal à l'aise. Elle n'aimait sûrement pas qu'on s'approche d'elle comme ça. Évidemment, je n'en étais pas sûr puisque je ne la comprenais pas. Je commençais à marcher vers sa résidence. Profitant des quelques minutes qui me restait avec elle, et pour l'empêcher de relancer la discussion sur les croix, je tentais de la comprendre :

-Comment fais tu pour rester indifférente à ce qui vient de se passer ?

Elle haussa les épaules, totalement détendue. Un mot me sauta à l'esprit : INCOMPREHENSIBLE.

-Tu ne sais pas ce qu'ils te comptaient te faire hein ?

-Tu le sais toi ?

-En effet.

Pas de réaction. INCOMPREHENSIBLE.

-Tu devrais avoir peur d'eux. Et de moi aussi.

Enfin, elle prit pendant quelques secondes un air concentré. Hélas, sa réponse me dérouta :

-Tu… Ne… Me… Fais... Pas... Peur.

INCOMPREHENSIBLE. Comment ne pouvait-elle pas avoir peur de quelqu'un qui faisait fuir trois personnes en les menaçant ? Comment ne pouvait-elle pas avoir peur de quelqu'un qu'elle supposait être un vampire ? De quelqu'un qui lui avait fait mal à plusieurs reprises ? Cette fois ce fut elle qui changea de sujet de conversation.

-Tu faisais quoi encore sur le campus ? Je croyais que tu avais des choses à faire ce soir…

-Oui, mais j'ai cru comprendre que tu aurais besoin de moi. Je suis revenu le plus vite que j'ai pu.

-Comment tu savais que j'aurais besoin de toi ?

Je n'avais pas prévu que la discussion prendrait cette direction. Pas plus que je ne pouvais deviner l'ignoble chose qu'elle me demanda après :

-Tu es avec eux hein ? Tu fais partie de leur groupe c'est ça ?

Moi ? Faire partie de la Strength&Blood ? Elle avait enfin le contrecoup du choc, ce qu'elle disait était tout simplement inimaginable. Bella devait sûrement être intelligente et avoir deviné tout un tas de chose sur moi, mais elle ne pouvait pas savoir à quel point ça m'insultait qu'elle me considère comme ''eux''. J'étais réellement offensé.

-Hors de question que je les fréquente. Et tu devrais les éviter aussi Bella. Ca ne leur a pas trop plu d'être dérangés ce soir, ils essaieront de te coincer une autre fois.

Une fois de plus, je ne suivis pas le raisonnement de Bella qui l'amena à me déclarer :

-Mais tu es comme eux.

Je ne répondis pas à sa question rhétorique. Oui j'étais comme eux…jusqu'à un certain point. Nous étions la même espèce, mais nous n'avions pas le même comportement, pas les mêmes idéaux. Je me demandais à quel point Bella était sûre de ses théories :

-A quoi tu penses ?

-A ce que tu es.

Enfin une réponse simple, mais qui m'inquiéta grandement. Elle avait dit ''à CE que tu es''. Pour elle, je n'étais pas un humain mais une chose. Ça m'inquiétait qu'elle le sache, mais ça me rendait aussi triste. Je l'arrêtai dans sa marche en lui prenant le bras :

-Et qu'est ce que tu crois que je suis ?

-Je ne sais pas encore.

-Tu devrais arrêter d'y penser.

Je ne pouvais pas lui donner de meilleur conseil. Elle pouvait être tellement déçue si elle savait vraiment ce que j'étais. Et puis, même si je refusais de me l'avouer, j'aurais aimé qu'elle me considère comme quelqu'un de normal. Une partie de mon cerveau se moqua de l'autre partie, celle qui essayait de croire en une relation ''normale''. Notre petite marche nous avait amenés au pied de sa résidence. N'ayant plus rien à lui dire, j'allais partir lorsqu'elle me demanda d'attendre.

J'attendis patiemment en la dévisageant. Elle semblait perdue dans ses pensées –inaccessibles-, et me regardait également. Elle sentait très bon, et il m'était difficile de penser à autre chose que son sang. Je me détestais, et je devais partir très vite pour ne pas craquer. C'est pourquoi lorsqu'elle me demanda si elle pouvait me poser une question, je lui répondis un peu trop brusquement ''non !''. Mon côté vampire s'estompa face à mon côté humain lorsque je vis la peine que je lui avais infligée. Evidemment, après l'expérience de l'effleurement, je vis mon corps bouger tout seul. J'avais tellement envie de la toucher à nouveau. Je pris délicatement la main de Bella, si chaude et palpitante, et je me suis mis à caresser sa paume avec mon pouce. Je me retrouvais un siècle et demi en arrière… C'était un geste affectif que je faisais souvent à ma petite sœur…avant. Je me concentrais à nouveau sur Bella, et j'essayais de lui faire comprendre implicitement que les vampires n'existaient pas :

-Je pense que tu es fatiguée Bella, que tu as eu un choc ce soir et que tu ferais mieux de dormir. Tu penses des choses complètement folles. Repose-toi. Tu auras d'autres occasions pour me poser des questions. Mais cesse de divaguer, tu imagine des choses…

J'espérais qu'elle m'écoute, et j'espérais aussi avoir encore des choses à dire pour prolonger ce contact entre mes doigts et sa main. Hélas son cœur accéléra, et de peur de la gêner plus que de lui plaire, je lâchais sa main à regret. Elle semblait convaincue par mon petit discours. Je ne sais évidemment pas ce qu'elle avait en tête, mais son cou se tendit vers ma bouche. Enfin, je crois qu'elle tendait ses lèvres vers mon visage, mais je n'en sus rien car personnellement je ne vis que son offrande. J'eus quand même la présence d'esprit de remarquer qu'elle s'évanouit en même temps.

Ca avait stoppé net tous mes désirs vampiriques. Cette fille était absolument hors norme. Pourquoi s'était-elle évanouie en s'approchant de moi ? D'accord, je faisais un certain effet aux filles, mais quand même… A moins que ça ne soit le choc de la soirée qui ne l'ait affaiblie. Je l'avais rattrapée avant qu'elle ne s'étale par terre, et Bella était maintenant lovée dans mes bras. L'avantage de la voir si faible, c'est que j'avais instantanément oublié ma soif. Il n'y avait plus qu'une seule chose importante, c'était qu'elle se réveille. Je pris quelques secondes de répit avant de la monter dans sa chambre.

Ce répit était nécessaire car j'allais devoir affronter sa colocataire, et qu'il me faudrait beaucoup d'énergie pour faire face à un ouragan pareil. J'avais besoin de mettre de l'ordre dans mes idées avant de parler avec Stephenie. Il m'avait suffit de l'apercevoir deux fois et de suivre ses pensées pour savoir qu'elle serait insupportable. Mais elle aimait Bella, et elle prendrait soin de son amie. Je me rappelle qu'elle avait assisté à un de nos cours, et qu'en deux heures, grâce à elle, j'avais appris pas où logeait Bella. Je m'étais aussi rendu compte que Stephenie avait décelé mon intérêt pour Bella, et je ne savais pas comment elle s'y était pris. J'avais aussi noté qu'elle se méfiait de la S&B. J'avais été content que Bella fréquente une fille pareille. Mais maintenant j'étais désespéré de devoir lui rapporter son amie dans cet état. Elle allait me hurler dessus…

Ensuite, je profitais de cet instant. Je contemplais Bella en entier. Son petit débardeur bleu mettait agréablement en valeur sa peau claire. Sa peau touchait en beaucoup trop d'endroits la mienne, et sa chaleur me faisait comme des petits pansements sur des coupures. J'avais l'impression d'être brisé, brisé par ma condition, ma nature, mes sentiments, et que Bella était là pour recoller les morceaux. Edward, tu es stupide. Pourtant mon regard s'attarda plus que nécessaire sur ses jambes, son buste et son visage. Je mémorisais chaque facette de son anatomie. Si je ne l'avais pas vue tomber devant moi, j'aurais cru qu'elle dormait. Elle avait l'air si paisible. Hélas, elle était tombée dans les pommes, sûrement à cause des événements de la soirée et je devais l'amener à son amie.

En soupirant, j'ouvris les portes battantes de la résidence, me demandant comment j'allais pouvoir expliquer la présence d'une Bella évanouie dans mes bras.

***

Alors, est ce que vous comprenez mieux Edward ? Ca vous a plu de voir l'histoire vue par ses yeux ? J'attends vos reviews avec impatience pour savoir ce que vous en avez pensé… Vraiment vraiment je veux connaître votre avis…