Le matin est particulièrement agréable pour les jeunes amoureux qui se réveillent avec baisers et caresses. Les deux rongeurs les poussent à sortir du lit, réclamant leur petit-déjeuner en piaillant. C'est en se rhabillant que Craig pense à jeter un œil à son téléphone : il a plusieurs messages, de sa sœur et de ses parents. Il a complètement oublié de prévenir qu'il ne rentrait pas hier soir. En temps normal, ils ne s'en seraient pas souciés, il faut croire que les vacances pour recréer des liens en famille ont fonctionné. Il dépose un baiser dans les cheveux ébouriffés de Stan avant d'enfiler son sweat.
Craig: Je vais devoir y aller, mes parents se demandent où je suis.
Son cœur fond en voyant la mine déçue de son petit-ami.
Craig: On se voit ce soir ? On pourrait... aller boire un verre.
Il est vraiment pas doué question drague et séduction, et pourtant, cela semble fonctionner sur Stan. Comme quoi l'amour rend aveugle, parfois un peu débile aussi. Ils se posent à nouveau front contre front, ce geste d'affection semble devenir leur signature. Ils s'échangent un dernier baiser avant que Craig et Stripe ne mettent les voiles. Lemmiwinks se pose sur l'épaule de Stan et demande de l'affection, il semble vouloir être dorloté.
Stan: Moi non plus je n'aime pas quand il s'en va.
Un grand sourire s'étire sur ses lèvres.
Stan: Mais je le revois ce soir !
Craig a à peine le temps de rentrer chez lui que Tricia bondit sur lui, surgie de nulle part. Il cache sa frayeur par son masque de visage blasé.
Tricia: Tu étais où ?! Tu as passé la nuit avec qui ?!
Elle ressemble à un enfant le matin de Noël. Il a bien envie de lui répondre que ça ne la regarde pas, mais il est partagé, il pourrait aussi lui balancer son bonheur en pleine face, ce qui est tout aussi grisant.
Craig: Chez mon mec.
Un cri aigu et strident raisonne dans la pièce, il aurait mieux fait de se taire !
Tricia: C'est qui ?! Dis-le-moi ! S'il te plait ! Grand-frère chéri, dis-moi qui est l'homme de ta vie !
Vile manipulatrice ! Elle sait comment attendrir les gens pour avoir ce qu'elle veut ! C'est respectable.
Craig: Stan Marsh.
Un nouveau cri agresse ses tympans. Sa sœur lui fait un immense câlin avant de partir en courant dans sa chambre. Craig en reste pantois. Il secoue la tête et ramène Stripe dans sa chambre. Une fois libéré de sa cage, le cochon d'Inde affiche un air grognon.
Craig: Quoi ?
Stripe fronce les sourcils, d'après Craig, on peut les voir si on regarde attentivement.
Craig: Tu voulais encore rester avec Lemmiwinks, c'est ça ?
Le petit animal couine avant de vaquer à d'autres occupations.
Craig: J'imagine que ça veut dire oui.
Il est une fois de plus dérangé par cette fois-ci sa chère maman. Elle ne semble pas en colère, il est assez grand pour faire ce qu'il veut, il est majeur tout de même. C'était plutôt de l'inquiétude qui se lisait sur son visage, mais elle s'efface aussitôt en le regardant.
Madame Tucker: Craig ?
Le fils hausse les sourcils. Elle le fixe comme si elle ne le reconnaissait pas. Oui, évidemment que c'est lui, qui d'autre ?!
Craig: Ouais ?
Madame Tucker: Heu non, rien. Je suis contente de te voir.
Sur ce, elle tourne les talons. Elle était toute souriante, mais cela reste plutôt énigmatique. Sa famille est désormais plus ou moins unie, mais elle reste tout aussi bizarre. Il espère que Tricia n'aie pas déjà cafté pour Stan et lui à ses parents, il préfère l'annoncer lui-même plus tard. C'est encore trop tôt. Il s'en va prendre une douche, mange un morceau et se livre à des activités liées à internet et aux consoles de jeux. Lors du dîner, il est sur le qui-vive: ses parents sont-ils au courant ? Heureusement, rien ne le laisse sous-entendre. Sa petite-sœur n'est peut-être pas si infernale que sa en fin de compte.
Craig: Je sors ce soir.
Pas question de faire la même erreur que la veille et alarmer tout le monde. Tricia glousse bêtement et ses parents se contentent d'acquiescer. Ce n'est pas comme s'ils avaient leur mot à dire de toute façon.
De retour dans sa chambre, il se prépare pour son rencard sous le regard curieux de Stripe. Il n'a jamais vu son maître comme ça, à hésiter quels vêtements mettre et à se recoiffer plusieurs fois alors qu'il porte toujours son bonnet. Craig soupire, il se fatigue lui-même parfois.
Craig: Je suis trop con.
Le rongeur ne répond pas, comme si cette affirmation ne le concernait pas. Il se comporte comme s'il allait à son premier rendez-vous amoureux, c'est pitoyable. Même pour le choix du bar il a galéré : beaucoup sont des lieux de rassemblement des beaufs de South Park, ou alors ils risquent de tomber sur leurs parents ce qui est finalement pire. Le bar gay est plus un lieu pour se faire draguer par des hommes plus âgés que pour un moment romantique à deux. Il a fini par choisir le bar où il s'y rend d'habitude avec Token et Clyde, un établissement simple qui sert des bonnes bières. Il a tendance à passer inaperçu mais c'est tant mieux, ils y seront tranquilles. Encore faut-il ne pas tomber sur ses potes. Il se décide à se mettre en route, il ne va pas agir en fille à arriver en retard parce qu'il ne savait pas quoi se mettre. Craig et sa vision de la gent féminine...
Il fait plutôt froid ce soir, il ne neige pas mais l'air est humide et le ciel est gris. Ce n'est à première vue pas très engageant, et pourtant il préfère cela au climat de l'Espagne. Il voit au loin Stan qui est déjà là, appuyé contre un mur, son visage à moitié enfoui sous sa veste. Même à moitié frigorifié il est beau. Il adore la façon dont il a laissé pousser ses cheveux, des mèches viennent taquiner sa nuque et c'est sexy. Il le voit arriver et lui adresse un petit sourire timide. Ça devrait être illégal d'être aussi canon. Ils se rejoignent et se fixent, ne sachant pas s'ils pouvaient embrasser l'autre et finalement se retrouvent figés. Craig caresse subtilement sa main, ils se rapprochent et se donnent un rapide baiser. Ce n'est pas qu'ils craignent que quelqu'un les voies, il s'agit plutôt des débuts hésitants d'un jeune couple improbable. Ils entrent dans le bar où la température les réchauffe rapidement. Ils parviennent à se trouver une table isolée des regards, bien que le lieu ne soit pas spécialement bondé. Après un rapide coup d'œil, Craig constate avec soulagement que ses potes ne sont pas de la partie. Clyde serait capable de lui faire une crise de jalousie, lui demandant pourquoi il sort boire un verre avec Stan et pas lui, sans même comprendre qu'il est plus qu'un ami contrairement à lui. Il commande sa bière favorite, celle à la saveur d'agrumes, qui rajoutent une certaine amertume qu'il affectionne. Stan opte pour un soft, il croise le regard de Craig et se justifie, alors qu'en soit, il n'avait pas à le faire.
Stan: Je ne bois pas d'alcool. C'est que... je veux pas devenir comme mon père.
Craig: Je vois. Je me suis planté pour notre premier rencard !
L'ébène essaie de dédramatiser, ce que vient de lui confier son copain est plutôt trash. C'est important, mais il ne veut pas que l'ambiance soit trop lourde pour leur premier rendez-vous officiel, c'est débile à dire mais il a envie que tout soit parfait. Stan rigole un peu, sa mélancolie envolée.
Stan: Nan du tout ! C'est juste que les Marsh ont facilement des addictions !
Des addictions hein ? Il ne peut s'empêcher de se demander si Stan pourrait devenir accroc au sexe. Ou à lui. Ou même au sexe avec lui.
Craig: Dommage, je ne pourrai pas te saouler pour ensuite abuser de toi !
Merde, son humour est trop... il est juste trop. Pourtant le corbeau éclate de rire, ouf, sauvé ! Soudain, son expression change du tout au tout. Stan fixe quelque chose derrière et lui et dévie le regard, très mal à l'aise. Craig se retourne et voit un visage familier, son ex vient de débarquer dans le bar. Bordel ! Il est visiblement en bonne compagnie, alors ça, il n'y aurait jamais cru : son nouveau mec, c'est Token ! Traître ! Enfin... non, en fait. Ils ont l'air heureux et ne font de mal à personne. Tweek a le droit de refaire sa vie avec quelqu'un, ça fait déjà un bon moment qu'ils ne sont plus ensemble. Et puis maintenant, il a Stan. Le pauvre est prêt à défaillir. La main de Craig se pose sur la sienne.
Craig: Hey, fais-pas cette tête. Ça fait longtemps que c'est fini, je m'en fous de le voir avec quelqu'un d'autre.
Il rajoute en murmurant :
Craig: Y'a que toi qui compte pour moi.
Il ne s'en est pas trop mal sorti, enfin il espère. Quoi que, Stan a les larmes aux yeux, il s'est foiré !
Stan: Je suis soulagé, je me sens mieux.
Craig: Ça n'a pas l'air.
Il sourit et secoue la tête.
Stan: Putain, je suis trop sensible c'est lourd.
Stan considère son hypersensibilité comme un défaut, pourtant cette façon de voir les choses, d'ouvrir son cœur et laisser libre cours à ses émotions, c'est justement ce qui fait son charme selon Craig. C'est probablement ce qu'il l'a le plus séduit. Lui qui ne sait rien exprimer, ou alors avec grande difficulté.
Craig: Nan, ton côté émotif je l'aime bien, moi.
Stan devient rouge, il vient de toucher une corde sensible.
Stan: Tu ne trouves pas ça chiant ?
Craig: Pas du tout.
Stan murmure un « wow » étonné mais aussi séduit. Craig est la première personne à ne pas lui reprocher d'être « sensible et pire qu'une meuf » ou lui demander d'arrêter de pleurnicher ou d'aller rejoindre les gothiques. Bon ok, il les avait rejoints et il les apprécie. Mais ce n'est pas la question. Craig l'accepte comme il est vraiment !
Stan: Je préférerais savoir me foutre de tout, comme toi.
Craig affiche un sourire en coin, qui se veut fier mais bouleversé en réalité. Il s'agit là d'admiration ? Il n'y a pourtant pas de quoi, vraiment.
Craig: C'est parfois lourd aussi d'être éternellement blasé. Mais je ne me fous pas de tout même si j'en ai l'air, enfin presque.
Ils rigolent et terminent leur verre.
Craig: Tout ce qui m'importe : c'est mon copain et Stripe.
Stan s'écrie soudain et prend un air vainqueur.
Stan: Tu m'as carrément placé avant ton cochon d'Inde, incroyable !
Ils partagent l'addition et sortent du bar, le bras autour de la taille de l'autre. Ils sont restés longtemps pour un seul verre et pourtant le temps a filé à une vitesse folle. Ils ont oublié le reste du monde durant quelques instants. Ils marchent jusque chez Stan et s'enlacent sur le pas de la porte. Craig embrasse doucement son copain.
Craig: Je vais rentrer.
Stan: Euh o-ouais, bonne nuit.
Le visage de Stan est rouge. Il avait le trac depuis qu'ils sont sortis du bar. Il pensait que Craig envisageait de passer la nuit avec lui et qu'ils allaient le faire. Apparemment, il prend vraiment en compte le fait qu'il ne soit pas encore prêt pour ça. Son cœur bat encore plus fort. Ils ont dur à se séparer, si le froid n'était pas mordant, ils auraient pu rester ainsi toute la nuit, dehors à s'embrasser.
A suivre...
