Pour cette dixième vignette je vais mettre un texte moins récent. Ce texte est normalement en deux ou trois partie. Dite moi si vous voulez avoir la suite. Ils sont à mon sens moins travaillé et un peu brouillon mais bon.
P.S: Autre détail, pour moi, quand je dis Evans je désigne le gothique à la mèche rouge.
Steam
L'internat était calme ce dimanche. C'était un de ces week-ends glacés, où tous les jeunes adolescents allaient s'amasser dans le foyer du lycée ou se réunir en groupe dans une chambre. Exception fait du comportement général : Kenny était tout seul, allongé sur son lit, un bras derrière la tête, les yeux lancés vers le plafond.
Pensif.
L'alarme anti-incendie à l'angle d'un mur était désactivée. On pouvait voir son câble pendouiller dans le vide en un arc de cercle flageolant. Une fumée blanche dansait de sa petite cheminée de nicotine, rejoignant la voûte enfumée du plafond. La cendre rongeait petit à petit le tabac. Lentement Kenny amena sa cigarette à la bouche et en tira une longue taf. Il écrasa enfin sa clope sans l'avoir complètement fini. Ses poumons se délectèrent de ce monde de fumée qui l'avait empli. Kenny savourait lentement, dénotant les arômes discrets de cette arbre calciné à la sève volatil. Il dégagea un panache blanc, dessinant un paysage vaporeux au dessus de son visage. Le calumet ouvrait les visions oniriques comme un rêveur devant la métamorphose des nuages.
Un silence déprimant régnait dans la chambre, les ampoules diffusaient leurs lumières d'hôpital, sans chaleur dans l'espace. Elles n'étaient que pour contraster avec le noir des nuits d'hiver. On ne leur voyait aucun réconfort, tout au plus un peu de langueur ennuyé Mur blanc, drap blanc, profondément impersonnel. La chambre avait l'humeur d'uniformité institutionnelle. Neutre, n'ayant jamais été approprié, du moins en ce qui concerne la partie de Kenny si ce n'est peut être son bureau; décharge singulière de savoir et de souvenir entreposer comme chez un antiquaire.
On toqua à la porte. Le silence était trop lourd pour que Kenny ai la force de répondre. Sans invitation pourtant la porte s'ouvrit cédant le passage à un jeune homme aux mèches corbeaux et carmins. Aucun mot, Red s'installa sur la chaise de bureau du blond de manière à s'adosser au vide. Il posa son menton sur ses bras portés en accoudoir sur le dossier de chaise, les yeux braqués vers son vis-à-vis.
Le silence toujours.
Kenny n'avait pas lâché le plafond des yeux. Le gothique soupira longuement, il tendit sa main vers la table de nuit où il saisit le paquet de cigarette, en prit une qu'il alluma. Quand il souffla sa première latte de fumée se fut dans un soupir délicat et retentissant. Le bras retomba inerte le long de son corps le bâtonnet se laissait consumer lentement entre ses doigts. Red lança le paquet qui atterrît sur le torse de Kenny, ce dernier regarda alors l'emballage puis son compagnon nocturne. Finalement il se saisi d'une nouvelle cigarette qu'il embrasa sans se presser. Deux chaudières évacuaient leurs nappages dans un même ensemble. Red, après que le baiser du feu ait mangé la moitié de la longueur, se décida à ouvrir le silence aux mots :
-Si tu m'as demandé de venir, je suppose que ce n'est pas pour empester ta chambre à l'unisson.
Kenny cracha un nouveau jet brumeux.
-Et pourquoi ne serait-se pas pour que l'on puisse fumée tranquillement tous les deux ?
-C'est d'un autre genre de clope que t'as envi de toucher.
- A oui ? Peux-tu être plus précis Evans ?
-M'appel pas comme ça. Et tu sais très bien ce que j'entends par là… C'est de sueur libidinal que tu veux embaumer la pièce.
-Red ?
Le changement d'appellation surpris le jeune gothique, Kenny avait toujours cette fâcheuse tendance à l'appeler "Evans" juste pour l'énerver, ce prénom qu'il détestait tant. Il ne répondit pas, attendant la suite avec un certain sérieux.
-Pourquoi on se chamaille à chaque fois qu'on se voit ?
Kenny McCormick, ou comment démunir les gens par un changement d'attitude. Le voilà profondément sérieux, semblant vouloir plus qu'un langage de corps. Juste un dialogue courtois fait de mot… Juste.
-Tu m'emmerde Kenn'. Je ne sais jamais quelle attitude adopter avec toi. Tu m'appel un premier dimanche pour pouvoir me saouler et me baiser, ensuite tous les dimanches on se retrouve dans ta chambre pour calmer des pulsions ! On a à chaque fois le même genre de dialogue suggestif nous amenant à se jeter l'un sur l'autre pour se déshabiller et s'abreuver des saveurs de l'autre ! Et voilà qu'aujourd'hui, un dimanche de décembre, tu me demande pourquoi on agit comme ça ? Franchement, t'attend quoi comme réponse ? C'est juste comme un rituel de langage avant de passer à des prières plus actives.
-Ouais t'as raison... Et si ce dimanche je voulais juste que tu sois prés de moi tranquillement, sans mot, sans acte, juste là, c'est possible ?
-Tu te fais sentimental envers moi Kenny ? Ça ne te ressemble pas…
-S'il te plait Evans… Éteint la lumière et rejoint moi sur le lit, juste l'un contre l'autre à regarder le temps passer.
-T'es étrange ce soir… mais si t'y tiens, ça me changera de nos habitudes sulfureuses.
Red se leva de la chaise, allant éteindre les ampoules aux lumières d'hôpital, sans chaleur, puis rejoignit Kenny sur la couverture, retirant ses chaussures avant de s'installer. Il écrasa sa clope, il n'en avait plus envi. Calant sa tête dans le creux de la nuque du blond, entortillant une jambe à la sienne. Il resta là, à côté de Kenny, à écouter sa respiration, ses souffles de nicotine, ses doigts tapotant la cigarette pour faire tomber la cendre, son cœur battre à rythme lent. Red avait été surpris du comportement de son vis-à-vis, mais finalement cela lui convenait tout aussi bien; se fixer sur la mélodie d'un corps autre que le sien. Il papillotait de plus en plus avant de s'endormir contre son ami. Kenny céda lui même aux joutes de Morphée peu après avoir laissé tomber sa clope dans le cendrier. Il avait ses bras entourés autour de Red, se lovant avec lui. L'un contre l'autre. Il se sentait bien. Sans arrière pensées, juste ce besoin de présence.
Ni plus, ni moins.
