Cette nuit là, Harry ne fût pas réveillé par ses cauchemars, ni par une attaque soudaine ou un appel de Dumbledore. Ce furent les gémissements sourds du garçon à ses côtés qui le tirèrent du sommeil, vaguement conscient des ondes de magie qui traversaient la pièce. La petite main était à présent crispée sur son pyjama et Severus marmonnait des bouts de phrases incompréhensibles, visiblement en proie à un cauchemar.
Harry le secoua doucement par l'épaule.
« Sev, réveille toi, tout va bien, » murmura-t-il d'une voix apaisante. Le garçon se réveilla aussitôt en sursaut, ses yeux grands ouverts cherchant le visage d'Harry. Le jeune homme lança un rapide 'lumos' et la chambre s'éclaira d'une lumière douce.
« Tu as fait un cauchemar, tu es en sécurité, » reprit-il. Mais Severus continuait de le fixer, son regard flou comme s'il ne le reconnaissait pas. La main sur son pyjama ne cessait de se serrer et de se desserrer, jusqu'à ce que finalement le garçon ne secoue la tête et paraisse se réveiller tout à fait.
« Oh. »
Harry sourit. Il connaissait bien cette impression…
« Tu es à Rainbow's Place et je suis avec toi, tu n'as rien à craindre. Personne ne te fera de mal et tu ne resteras pas tout seul. »
Le garçon hocha la tête d'un air ensommeillé et se laissa retomber sur l'oreiller. Une seconde après il dormait à nouveau, un main toujours prudemment posée sur l'épaule de son protecteur. Attendri, Harry chuchota 'Nox'. Si seulement il avait eu quelqu'un pour lui murmurer ces phrases quand il était petit et qu'il se réveillait dans le placard après un cauchemar…
Mais c'était le passé. Et le présent, lui, pouvait encore être changé… un peu. Et décidément, panser les blessures d'un autre enfant était un remède bien efficace contre ses propres fantômes, songea-t-il en s'endormant.
La nuit suivante, quand Severus décida de dormir dans sa propre chambre, Harry n'en fut pas vraiment étonné : cette journée avait eu un air étrange qui l'avait mis mal à l'aise. Le garçon était-il gêné de l'avoir réveillé ? Quoiqu'il en soit, il s'était montré distant et Harry l'avait surpris plusieurs fois à l'observer quand il pensait qu'il ne le regardait pas. Il avait eu cet air méditatif et lointain qu'il n'arrivait pas à situer… Mais chaque fois qu'il l'avait interrogé du regard, Severus avait détourné le sien et était retourné à ses taches.
Car décidément, le garçon ne semblait pas avoir la moindre idée de la façon de jouer. Il travaillait en silence dans le jardin, faisait tout ce qu'Harry lui demandait et le reste du temps observait tout ce qu'il pouvait trouver dans les environs. Les tentatives de son gardien pour l'amener à jouer au chat ou aux échecs s'étaient soldés par des regards angoissés du garçon chaque fois que celui-ci avait perdu. Malgré ses promesses de ne pas lui faire de mal, Severus ne semblait toujours pas convaincu que « manquer un exercice » était sans danger.
Aussi Harry ne fut il pas surpris que le garçon décide de prendre son indépendance ce soir là, et encore moins quand des cris le réveillèrent au milieu de la nuit. Il fut de l'autre côté du couloir en une seconde, baguette à la main, et s'empressa d'allumer la lumière avant de rejoindre l'enfant qui se débattait entre ses couvertures. Il tendait une main pour toucher son épaule quand il fut arrêté net par un mot…
« Dumbledore… » fit Severus d'une voix étranglée. « Il faut partir. Je ne veux pas… ne restez pas là… il… le… non ! »
Troublé, Harry prit le garçon endormi dans ses bras. Celui-ci se réveilla aussitôt, tout son corps crispé. Il entreprit aussitôt de repousser son gardien de toutes ses forces, qui s'avérèrent plus développées qu'Harry ne s'y était attendu… mais pas assez cependant.
« Shhh, Sev, c'est moi, tout va bien ! »
Le garçon cessa aussitôt de se débattre, sans pour autant se détendre.
« C'était un cauchemar, tout va bien, » répéta doucement Harry. Il pouvait entendre le garçon respirer vite et fort.
« De quoi as-tu rêvé ? » demanda-t-il en caressant le dos de l'enfant dans un geste apaisant.
« De rien, » répondit Severus d'une voix rauque.
« Sev, il vaut toujours mieux raconter les cauchemars, ça aide à les faire disparaître, » expliqua Harry. Le garçon hésita un instant.
« C'était Dumbledore… » il se tut.
« Oui ? » l'encouragea le jeune homme. Mais ce fût peine perdue. Deux petites mains vinrent agripper le haut de son pyjama et l'instant d'après le garçon avait enfouis son visage dans le tissu, luttant contre la panique.
« Ne partez pas… » bredouilla-t-il sans lever la tête. Et tout à coup, c'était à nouveau le petit garçon désirant désespérément un peu d'attention qu'Harry tenait dans les bras. Il en fut particulièrement reconnaissant après cette journée frustrante.
« Je n'irai nulle part sans toi, c'est promis, » fit-il en en serrant le garçon contre lui, ébouriffant ses cheveux d'une main. Merlin, les choses allaient être tellement compliquées quand Sev redeviendrait le Professeur Snape… mais au point où il en était, autant pousser sa chance.
« Tu es sûr que tu ne veux me raconter ton cauchemar ? »
Le garçon leva vers lui un regard hanté qui glaça Harry. Au bout de quelques secondes, ses yeux s'embrumèrent et Severus se pelotonna contre lui en secouant la tête, visiblement vaincu.
Pour cette nuit.
Quand le garçon se fut enfin rendormi, calme à présent, Harry du décrocher un par un les petits doigts qui étaient restés agrippés à sa chemise. Oui, il avait réellement peur… et il faudrait plus que des paroles pour convaincre Severus qu'il n'allait pas l'abandonner. Pour l'heure, il ne pouvait guère faire plus que de le border dans son lit, une veilleuse allumée au dessus de sa tête. Murmurant quelques derniers mots rassurants, il regagna sa chambre, laissant leurs deux portes ouvertes.
Ce furent ses propres rêves qui furent troublés cette fois ; non pas par des visions de Mangemorts ou des souvenirs sortis tout droit du placard de son enfance, mais par le visage et le regard hantés du petit garçon dont il avait la charge. Que se passait-il dans cette petite tête ? Dans son rêve, Severus le fuyait, effrayé, et aucune parole ne pouvait le convaincre de revenir vers lui, même quand l'enfant se retrouva face à une falaise. Ralentissant à peine, il continua à courir, n'écoutant pas les cris d'Harry qui le suppliait de s'arrêter, et c'est le visage tourné vers son gardien qu'il chuta, disparaissant de sa vue.
Harry se réveilla en sursaut, le corps trempé de sueur. Un rêve, ce n'était qu'un rêve… il ne put toutefois s'empêcher de traverser le couloir pour vérifier que Severus dormait bien, au chaud dans son lit. Il commençait à faire froid, réalisa-t-il, il devrait dire au garçon de se couvrir plus chaudement le lendemain… il soupira. Bon sang, être parent était vraiment une responsabilité plus terrifiante qu'il ne l'aurait pensé… mais pour l'heure, tout allait bien et il pouvait se rendormir. En espérant que ce rêve n'avait rien de prémonitoire…
Le lendemain matin, à la table du petit déjeuner, ce fût un Severus silencieux qui avala son bol de chocolat, les yeux dans le vague. Harry hésita un moment avant d'attaquer à nouveau le sujet.
« Sev, ça va ? »
« Hum ? Oui, merci, » répondit le garçon.
« Tu n'as pas l'air de très bien dormir ces temps-ci, » commença Harry. Severus se crispa aussitôt.
« Désolé, » fit-il.
« Non, ce n'est pas la question… je voulais savoir si quelque chose te préoccupait en particulier ? Quelque chose qui reviendrait dans tes rêves ? »
Le garçon détourna le regard et Harry su qu'il avait visé juste. Restait à savoir quoi…
« Juste des cauchemars, » murmura Severus.
« Et de quoi parlent-ils, ces cauchemars ? Je t'ai entendu prononcer le nom de Dumbledore, cette nuit. Il ne te fera pas de mal, tu le sais n'est-ce pas ? »
Cette fois, le garçon le fixa d'un air angoissé, mordillant sa lèvre inférieure comme s'il pesait le pour et le contre.
« Oui. Mais il est… » le mot sembla peser un long moment au bout des lèvres de Severus, avant que celui-ci ne décide de le garder pour lui dans un claquement sec de la mâchoire.
« Je peux utiliser la salle de bain ? » demanda-t-il.
Harry secoua la tête, vaguement frustré.
« Puis-je, » corrigea-t-il machinalement. Severus se raidit aussitôt.
« Puis-je utiliser la salle de bain, s'il vous plait, monsieur ? »
« Sev, tu n'as pas à m'appeler Monsieur… oh, et puis oui, vas-y, j'irai après toi. Laisse ton bol, je m'en occupe. Et habille toi chaudement, il va faire froid aujourd'hui. »
Une seconde plus tard, le gamin avait filé comme s'il avait le diable à ses trousses. Grognant, Harry finit son propre déjeuner et débarrassa rapidement la table. Aujourd'hui, il allait s'occuper du garçon, et découvrir ce qui n'allait pas chez lui. Ce serait sa mission du jour ; cela et réparer la fuite dans le toit du côté ouest… en espérant que le toit, lui, se montrerait coopératif.
Quand il eu fini les taches les plus urgentes, Harry du se résoudre à entamer la deuxième partie du programme de la journée : passer du temps avec Severus. Non pas que cela le dérangea, non, au contraire… mais la nervosité du garçon en sa présence n'avait fait que grandir aujourd'hui et il l'avait surpris plusieurs fois à l'épier, s'enfuyant dès qu'il était remarqué. Le doute et l'ombre de tristesse qu'il pouvait voir dans ces yeux, ce regard calculateur… oui, Severus le rendait nerveux lui aussi. Et il devait en comprendre la raison au plus vite.
Restait à trouver une bonne excuse… et qu'était sensé faire un adulte quand il souhaitait passer un peu de temps pour se détendre avec un enfant sans que cela puisse être pris pour de la compétition ? Il réfléchit un instant. Camper ? Non, inutile. Pêcher ? Et pourquoi pas ! Ce serait d'autant plus utile s'ils arrivaient vraiment à attraper quelque chose ! Ravi de son idée, il se dirigea vers le jardin où Severus travaillait, comme à son habitude.
« Eh, Sev ! Ca te dirait d'aller pêcher ? » s'écria-t-il d'un air joyeux. Le garçon le regarda en plissant les yeux.
« Si tu veux. » Décidément, son enthousiasme ne semblait pas communicatif…
« Les canes à pêche sont dans l'appentis. En route ? »
Severus hocha la tête et le suivi, laissant son travail en plan. Tous deux se dirigèrent vers la plage dans un silence pesant. Bien décidé à briser la glace, Harry se pencha et prit la main libre du garçon dans la sienne. Pendant un instant, le petit sembla frappé de stupeur, les yeux fixé sur leurs mains… avant de finalement agripper celle d'Harry avec plus de force qu'il n'était nécessaire.
Le jeune homme sourit. Non, il n'avait pas tout à fait perdu Severus, à en croire la façon dont il se tenait à ses côtés, presque à le toucher. Un instant plus tard, le garçon se tourna pour le regarder d'un air hésitant avant de demander :
« Tu aimes bien le rouge… »
Harry sourit à nouveau.
« Oui. Et toi, tu es aimes bien le vert, pas vrai ? »
Le garçon en resta bouche bée.
« Comment tu sais ? »
« Je sais plein de choses. J'aime bien le rouge parce que c'est la couleur de Gryffondor… »
« Et le vert est pour Serpentard, » compléta le garçon.
« Exact. Ta maman t'en as parlé ? »
A ces mots, Severus sembla aussitôt se renfermer et hocha la tête d'un air absent. Manqué, songea Harry.
« Il fait un peu froid, non ? » reprit-il. « Dis moi si tu n'as pas assez chaud, je mettrais un sort de réchauffement sur ta veste. »
Severus se trémoussa, visiblement gêné. Après un instant, il releva le visage vers Harry pour demander :
« Est-ce que je pourrais ravoir ma baguette ? Celle que j'avais quand je suis arrivé. Celle de quand je serais grand. »
« Bien-sûr, si tu promets de ne pas faire de bêtise avec. Qu'est-ce que tu voudrais en faire ? » s'enquit Harry.
« Juste la voir. Mère m'a laissé essayé parfois. Je sais faire 'lumos', 'nox', et plusieurs autres sorts. Ceux pour les potions, surtout. »
« Hum. Ca me fait penser qu'il faudrait que j'en prépare quelques-unes… tu pourras m'aider, si tu veux, je suis sûr que tu en sais autant que moi, » proposa Harry. Il sentit aussitôt la petite main se crisper dans la sienne.
« Je… je… je ne sais pas, » bafouilla le garçon.
C'était bien la première fois que Severus n'acceptait pas obligeamment une tache et Harry le regarda, surpris.
« Tu n'aimes vraiment pas ça ? »
« Je… j'ai… je ne crois pas que j'aie le droit. Pas maintenant. Pas après le… » Il secoua la tête. « Mère ne voudrait pas. »
Oh, le chaudron explosif… il avait oublié cela.
« Les accidents arrivent, Sev, je suis sûr que tu as fait de ton mieux. Je serais là pour surveiller, il n'arrivera rien, promis. Je ferais attention, » tenta-t-il de le rassurer.
Mais le garçon gardait son regard résolument fixé sur ses chaussures, plus pâle qu'a l'habituelle.
« On verra, d'accord ? ce n'est pas pressé, » reprit Harry alors qu'ils arrivaient enfin sur la plage. Un changement de sujet s'imposait. « Pour l'instant, les poissons ! Ca serait bien d'en avoir un frais à manger ce soir, tu aimes ça ? »
« Hum-hum, » fit Severus en préparant sa ligne avec un geste expert.
Les lignes furent jetées à l'eau en silence, Harry plus frustré que jamais. Tout avait pourtant si bien commencé… mais dès qu'il parlait, il arrivait toujours sur un terrain miné à un moment ou un autre.
Ce qui lui laissait toutefois une option… soupirant, il tendit une main pour ébouriffer les cheveux du garçon. Celui-ci se retourna, et à sa grande surprise lui offrit un de ses rares sourires. Sans un mot, il se rapprocha de son gardien et se laissa reposer contre lui, tenant toujours solidement sa canne.
Harry sentit une étrange chaleur envahir sa poitrine… non, il n'était peut-être pas doué avec les enfants, et il ne savait peut-être pas trouver les mots, mais il restait un langage universel qui semblait bien fonctionner avec le petit Severus, et il en était fort heureux.
Ils n'échangèrent que peu de paroles cet après-midi là et quand ils rentrèrent enfin au cottage, trois poissons dans leur panier, Harry n'était toujours pas plus proche de découvrir ce qui tracassait l'enfant. Mais tout au moins Severus semblait-il apaisé… pour l'instant.
Ce soir là, le jeune homme prit le temps de border le garçon dans son lit et de lui raconter une histoire de sa fameuse et aventureuse existence ( Merlin, Snape allait s'étrangler de rire quand il reviendrait à lui ), une main caressant ses cheveux, jusqu'à ce que Severus ne cède au sommeil. Eteignant la lumière, il se leva en prenant soin de faire le moins de bruit possible, sans quitter des yeux le petit visage paisible du garçon. Il était tellement mignon ainsi… qui aurait pu imaginer que le professeur Snape avait un jour été un adorable petit garçon de sept ans ? Un sourire aux lèvre, il se pencha pour déposer un léger baiser sur le front de l'enfant.
Une mauvaise manœuvre, réalisa-t-il en le sentant s'agiter.
« Chut, sev, rendors toi, » murmura-t-il. « Je veillerai sur toi. Dors bien. »
« Vous n'êtes pas… » marmonna le garçon sans ouvrir les yeux.
« Je ne suis pas quoi ? » demanda doucement Harry.
«Comme lui, » répondit la petite voix, laissant le jeune homme perplexe. Comme qui ? Comme Tobias Snape ? Il l'espérait bien ! « Vous lui ressemblez, à elle, » compléta Severus.
Cette fois, Harry resta sans voix. Il n'était tout de même pas en train de le comparer à Eileen ? Ou pensait-il à cette dame du voisinage qui semblait avoir aidé plusieurs fois le garçon ? C'était plus probable…
Il se dirigea vers la porte sur la pointe des pieds, prenant soin de laisser la veilleuse allumée. Même s'il ne doutait pas que Severus le tirerait encore du lit cette nuit… Et sans surprise, ce furent à nouveau des cris qui le tirèrent du lit au milieu de la nuit.
Merlin, mais qu'était-il sensé faire pour rassurer le garçon une bonne fois pour toutes ? se demanda-t-il alors qu'il franchissait au pas de course le couloir séparant les deux chambres, au milieu de la nuit.
Cette fois, il trouva le garçon recroquevillé dans un coin de la chambre, la couverture entortillé autour de lui, haletant.
De plus en plus inquiet, Harry se précipita pour s'asseoir à ses côtés.
« Sev, tu vas bien ? » demanda-t-il en posant une main sur son front. Le garçon avait une légère fièvre…
« Je ne veux pas… je ne veux pas… »
« Tu ne veux pas quoi ? » fit doucement Harry en prenant le garçon dans ses bras.
« Noooooon ! » cria Severus en le repoussant de toutes ses forces. Cette fois, le jeune homme le laissa faire ; ce n'était pas le moment de le terroriser encore plus.
« C'est pas vrai ! C'est pas vrai ! » gémit le garçon, la tête entre les mains.
« Sev, dis-moi ce qui ne va pas, je suis là pour t'aider… » reprit Harry.
« Rien ! Rien ! C'est pas vrai ! » et sans préavis, il se jeta sur le jeune homme, le serrant frénétiquement dans ses bras, tremblant des pieds à la tête.
Harry lui rendit son étreinte, dérouté. Lentement, le garçon sembla se relaxer contre lui.
« Décidément, les nuits ne te réussissent pas, » constata-t-il. « Tu ne veux toujours pas me dire de quoi tu rêves ? »
Severus secoua la tête contre sa poitrine.
« Bon. Viens dormir avec moi, dans ce cas. Mais demain, il faudra bien qu'on parle, jeune homme… »
Le garçon ne répondit pas et se contenta de se laisser porter, la tête posée sur l'épaule d'Harry, tremblant encore légèrement. Tous deux s'installèrent confortablement dans le grand lit de l'autre chambre, et Severus s'endormit une main agrippant le pyjama du jeune homme, avec un léger soupir de contentement.
Harry, lui, peina à trouver le sommeil. Il pouvait sentir le garçon tressaillir dans ses rêves, cherchant et repoussant à la fois sa présence. Si seulement il avait pu légilimanser l'enfant.. mais il était trop jeune, bien sûr. Il devrait trouver la solution tout seul, quelle qu'elle soit. Mais même dans ses propres rêves, Severus continuait d'avoir ce regard douloureux qu'il aurait tant voulu effacer…
Le déjeuner du lendemain fut moins embarrassé que le précédent. C'était étrange, songea Harry, que Severus Snape finisse par trouver normal de dormir dans son lit… mais le reste de la journée lui prouva qu'ils n'étaient pas tout à fait sortis de la crise de confiance. Les regards en coin n'avaient pas cessé, et le garçon semblait à la fois chercher à l'éviter et le suivre comme une ombre selon les moments de la journée.
En réalité, réalisa Harry alors qu'il rentrait une fournée de bois pour la cheminée, le garçon disparaissait purement et simplement par moments. Il n'avait toutefois pas le cœur de le rappeler… si Severus désirait être un peu seul, il pouvait bien le comprendre. Lui-même appréciait ces instants de solitude ; même s'il ne pouvait s'empêcher de remarquer la façon dont son cœur bondissait stupidement quand il voyait apparaître la petite silhouette de l'enfant.
Qui aurait cru qu'il s'attacherait si vite à un petit garçon ? Certainement pas lui… et pas Severus non plus, certainement. Et pourtant…
« Tu viens faire un tour dans la lande, bonhomme ? »
Le garçon lui offrit son large sourire, un peu moins timide chaque jour, et il ne put que le lui rendre.
« Prêt à faire un tour à cheval ? J'ai envie d'un bon galop, cow-boy ! »
Et les éclats de rire du gamin juché sur ses épaules… oui, cela valait toutes les courbatures du monde. Même si une fois de plus il ne put trouver l'occasion d'interroger Severus sur ses rêves, et même si cela n'empêcha pas le garçon de sombrer dans un sommeil agité cette nuit là.
Ils avaient traîné près du feu, repus, un livre sur les genoux, jusqu'à ce que Severus ne s'endorme le nez sur son manuel de potions. Souriant, Harry avait fait apparaître une couverture sur lui et l'avait étendu sur le canapé, à ses côtés, pour qu'il profite encore un peu du feu. Mais la main qu'il promenait négligemment dans ses cheveux ne sembla pas suffire à éloigner les mauvais rêves… il hésitait encore à le réveiller quand Severus se mit à marmonner dans son sommeil. Et cette fois, les mots laissaient peu de place à l'interprétation.
« Seigneur… Ténèbres… Maître… pas… non… »
Il ne l'avait pas dit, Harry en était sûr : il n'avait jamais appelé Tom de cette façon… il avait parlé de Voldemort, et jamais du Seigneur des Ténèbres. Le garçon n'avait pas pu piocher ce nom dans ses récits… à moins que ? mais l'instant suivant, tous ses doutes s'évanouirent quand Severus agrippa son avant bras gauche dans son sommeil, une expression de douleur sur le visage.
Harry se surprit à souhaiter de toutes ses forces avoir lui même rêvé de ce qu'il venait de voir. Ca ne pouvait pas être fini, pas déjà… à contrecœur, il secoua doucement le garçon par l'épaule.
« Sev ? »
L'enfant se réveilla en sursaut, sa main cherchant automatiquement un objet qu'elle ne trouva pas à sa ceinture… avant de retomber, inutile, sur le canapé. Severus leva un regard embrumé vers lui, et l'ombre d'un instant Harry crut y voir un éclat de colère qu'il ne lui connaissait pas. L'impression ne dura qu'une fraction de seconde avant qu'il ne redevienne celui d'un petit garçon fatigué.
« A quoi as-tu rêvé, Sev ? » insista-t-il, plus gravement cette fois.
« A rien, » répondit une fois de plus Severus. Mais Harry ne le laissa pas se défiler cette fois ; il prit son menton dans sa main et l'obligea à lever le visage vers lui.
« Sev, c'est important. Tu as rêvé de Voldemort, n'est-ce pas ? Tu as parlé de lui. De quoi te souviens-tu ? »
Le garçon fouilla son regard, les sourcils froncés.
« Je ne me souviens pas. C'est juste des rêves. Ce n'est pas vrai ! » fit-il en tentant faiblement de se dégager. Harry le laissa faire et saisit son bras gauche, retroussant la manche. Une petite main tenta frénétiquement de l'en empêcher, avant de battre en retraite.
« De quoi as-tu peur, Severus ? » demanda doucement Harry.
Le garçon fronçait les sourcils en fixant son bras, visiblement perplexe.
« Je ne sais pas. De rien. »
Décidément, 'rien' semblait être le nouveau mot préféré de l'enfant.
« Je suis fatigué. Je peux aller me coucher ? » demanda-t-il sans lever les yeux.
Harry soupira. Il n'avait pas le courage de pousser Severus plus loin ce soir.
« Viens, » fit-il en le prenant dans ses bras. Le premier réflexe du garçon fut de le repousser, mais à peine avait-il posé les mains sur son torse qu'il changea d'avis et laissa tomber sa tête sur l'épaule du jeune homme, qui le porta jusqu'à son lit.
« Dors bien, bonhomme. N'oublie pas que je suis juste à coté. »
Severus ne répondit que par un vague murmure ensommeillé, mais quand Harry se retourna pour pousser la porte derrière lui, il put voir le doute briller dans les yeux noirs qui le fixaient.
Un sombre pressentiment planant sur son esprit, le jeune homme regagna sa chambre… jusqu'au prochain cauchemar.
Les nuits et les journées s'enchaînèrent dans ce qui devint rapidement une routine. Tous les jours, les deux sorciers s'occupaient du jardin, se promenaient dans la lande et sur la plage, ramassant quelques fruits ou coquillages, et passaient la soirée devant le feu à lire et discuter. Certes, Harry surprenait parfois le regard perçant de Severus posé sur lui quand il pensait ne pas être observé, comme s'il cherchait des réponses. Certes, le garçon continuait de disparaître plusieurs heures par jour sans qu'Harry puisse parvenir à le localiser… mais Severus arrivait toujours rapidement quand il l'appelait, aussi le jeune homme décida-t-il de ne pas s'en inquiéter. La vie était agréable, et voir le garçon s'épanouir de jour en jour, souriant timidement, riant parfois, plus détendu en sa présence… c'était tout ce dont il avait besoin.
Avec chaque panier que Dumbledore leur envoyait par voie de cheminette, Harry craignait de trouver une lettre lui annonçant qu'il avait trouvé une solution pour les renvoyer à leur époque. Mais deux semaines passèrent, et rien ne semblait indiquer que le directeur était plus proche de trouver une solution, à sa secrète satisfaction.
Les cauchemars de Severus, en revanche, ne s'apaisèrent pas comme il l'avait espéré. Presque chaque nuit, il traversait le couloir pour trouver un garçon tremblant dans son lit, l'air égaré, et refusant parfois de se laisser approcher. De parler, toujours… Harry était perdu face à la situation. Il ne pouvait tout de même pas donner de potion de sommeil sans rêve à un enfant… mais rien de ce qu'il pouvait dire ou faire ne semblait apaiser Severus, et plus les cauchemars étaient violents, plus le garçon était nerveux en sa présence le matin suivant.
Et si Severus semblait malgré tout se rapprocher de lui à petits pas chaque jour, il semblait également chercher ses limites, testant son gardien par petites touches habiles.
La première fois, il se contenta de prendre place sur le fauteuil où Harry avait l'habitude de s'asseoir le soir, juste à côté du canapé qu'occupait l'enfant.
Le jeune homme était entré dans le salon pour trouver Severus fermement installé dans le fauteuil, un livre sur les genoux, une lueur de défi brillant au fond de son regard. Harry avait souri et s'était allongé de tout son long sur le canapé, confortablement étendu. Il avait pu sentir la confusion du garçon dans son dos, ni vraiment soulagé, ni vraiment satisfait. Mais peut-être, espérait Harry, rassuré…
Quelques jours plus tard, ce fût au petit déjeuner que l'incident se produisit. La nuit avait été agité, des cauchemars concernant des potions, avait compris Harry… ce qui ne l'aurait pas étonné outre mesure s'il n'avait pas cru entendre le garçon murmurer quelque chose à propos de points en moins pour la maison de Gryffondor.
Ce matin là, Severus laissa tomber son bol qui se brisa sur le carrelage de la cuisine avec fracas. Harry n'y aurait pas prêté attention s'il n'avait pas surpris le regard calculateur du garçon posé sur lui… et bien entendu, Severus était tout sauf maladroit. Il restèrent un instant à se dévisager, le visage de l'enfant se décomposant de seconde en seconde devant l'absence de réaction du jeune homme.
Quand enfin Harry secoua la tête, Severus semblait avoir rétréci de dix bons centimètres. Ce dont il n'avait vraiment pas besoin, songea-t-il…
« Ramasse, veux-tu. Fais attention de ne pas te blesser. »
Le calme de sa voix ne sembla pas rassurer le garçon qui bondit pour rassembler les débris du bol avant de s'enfuir sans un mot de la cuisine. Le reste de la journée passa dans le silence… jusqu'au dîner, où Harry sentit soudain le poids d'un petit corps pressé contre lui alors qu'il préparait le repas. Le garçon s'était agrippé à lui, la tête enfouie dans ses robes, muet et irradiant d'angoisse. Emu, Harry passa une main dans les cheveux noirs qui n'étaient pas encore gras, songeant que le petit aurait besoin d'une bonne coupe. Et d'un bon père. Et d'un autre avenir. Merlin, de tant de choses qu'il ne pouvait lui offrir… Ce soir là, tous deux s'allongèrent cote à cote sur le canapé, délaissant leurs livres tandis qu'Harry racontait au jeune Severus son combat contre un basilic dans les fondations de Poudlard…
Une crise de passée, combien encore à venir ? se demanda-t-il ce soir là, alors que le garçon se glissait dans son lit, sa petite main agrippée au pyjama d'Harry comme il en avait pris l'habitude.
Pendant deux jours, Severus se montra particulièrement présent, suivant son gardien comme son ombre, cherchant à lui complaire par tous les moyens. Puis ses absences se firent à nouveau plus fréquentes, son tempérament plus volatile.
Aucun enfant ne pouvait être parfait, et en réalité il était plutôt soulagé de voir Severus se comporter comme n'importe quel gamin normal en testant ses limites… ou du moins il l'aurait été s'il n'y avait pas eu ces regards en coin, ces cauchemars incessants, et ce refus catégorique d'en parler. Non, décidément, Severus n'était pas un enfant normal… et ses sautes d'humeur étaient éprouvant pour l'un comme pour l'autre.
C'est pourquoi quand l'orage éclata finalement, Harry fut-il presque soulagé. Un soulagement qui ne dura guère…
Il avait plu toute la matinée et les deux sorciers tournaient en rond, désorienté par ce premier jour de grisaille depuis leur arrivée. Tous deux rendus grincheux par une nuit entrecoupée de violents cauchemars, en manque de sommeil, ils arpentaient nerveusement la maison, cherchant à s'occuper.
Le repas de midi avalé, Severus s'empressa de débarrasser la table avant de venir trouver Harry.
« Puis-je sortir dehors, s'il te plait ? Je pourrais m'occuper du jardin. La pluie ne me dérange pas. »
Harry fit la grimace.
« Il fait froid… mais après tout, tu as raison, c'est stupide. Couvre-toi bien et je poserai un sort de réchauffement à ta cape. Amuse-toi, mais ne sors pas du jardin, d'accord ? Les falaises doivent être glissantes. »
« Promis ! » fit le garçon avec un sourire ravi qu'Harry ne put s'empêcher de lui rendre. « Tu veux que je fasse quelque chose ? » ajouta-t-il avant de partir chercher sa cape.
« Ne t'inquiète pas. Ramène moi de la sauge, si tu en trouves. »
« Je sais où, » acquiesça Severus. « A tout à l'heure ! »
Et la maison tomba à nouveau dans le calme et le silence. Beaucoup trop, au goût d'Harry. Ce livre était ennuyeux, et où était donc passé Severus ? Il ne le voyait nulle part par la fenêtre… sans doute était-il de l'autre côté de la maison. Il devait vraiment cesser de s'inquiéter, le garçon était débrouillard…
Et puisqu'il n'arrivait pas à se concentrer de toute façon, autant faire un peu de ménage. On pouvait dire ce qu'on voulait des sorts de nettoyage, mais rien ne valait une bonne serpillière pour laver le sol !
Deux heures plus tard, la maison étincelait et le petit salon avait une allure pimpante qui rendit un peu plus à la maison son air habité. Harry reposa la serpillière avec satisfaction. Du bon travail, oui…
A cet instant, la porte s'ouvrit à toute volée et Severus pénétra dans la pièce en courant, ses bottes pleines de boue maculant le sol encore humide. Harry fit un bond, en même temps que sa mémoire… combien de fois Dudley avait-il fait cela ? Entrer dans la cuisine avec ses chaussures boueuses pour ruiner le travail d'Harry, et aller se plaindre ensuite à sa mère que son cousin l'avait ennuyé ! Ca n'allait pas recommencer, il n'en était pas question !
« Tes bottes ! » glapit-il, « non mais tu as vu ce carnage ? Ne bouge plus ! » Puis, pointant sa baguette sur l'enfant : « Levicorpus. »
Ce fut au tour de Severus de glapir, tout en se jetant derrière un meuble pour éviter le sort. La manœuvre lui fit salir un peu plus le salon, enrageant Harry.
« Ca suffit, encore un pas et je te jure que tu le regretteras ! » gronda le jeune homme, plus furieux qu'il ne l'aurait voulu. L'éclat mauvais qu'il lu dans les yeux noirs du garçon ne fit rien pour faire retomber sa colère. Il connaissait ce regard noir, teinté de mépris et de quelque chose de plus profond encore ; oh oui il le connaissait bien, il l'avait vu pendant des années dans les yeux du professeur Snape, chaque fois qu'il était en sa présence, en réalité. Serrant les dents, il leva sa baguette.
L'éclair de peur qui traversa alors le regard du garçon suffit à lui faire suspendre son geste. Severus, ce n'était que Severus, un petit garçon, il ne devait pas… mais déjà le garçon plongeait derrière un autre fauteuil pour se protéger, salissant au passage le tissus. L'irritation repris le dessus.
« Assez de dégâts ; au coin, va au coin tout de suite ! » fit-il en repoussant le fauteuil d'un mouvement de baguette. Mais à sa grande surprise, le garçon se redressa, les poings serrés, l'air paniqué cette fois.
« Non ! »
« Sev, arrête de discuter et fais ce que je te dis ! Maintenant ! »
Le garçon jeta un coup d'œil désespéré autour de lui : il savait qu'il n'aurait pas le temps d'atteindre la porte, mais… poussé par l'instinct de survie, il fila vers les escaliers en se faisant aussi petit que possible pour bondir hors de portée d'Harry. Derrière lui, il entendit un juron et des bruits de course tandis que le jeune homme le prenait en chasse.
Le cœur battant, il se précipita à l'étage. Le refuge, il devait aller au refuge, c'était le seul endroit où personne ne pouvait l'ennuyer, un endroit sûr, à l'abris des grandes personnes… avec l'énergie du désespoir, il grimpa le long des poutres et tira la trappe dans le plafond pour se glisser dans le petit espace qu'il avait découvert deux semaines auparavant.
Il compris trop tard son erreur… alors qu'il refermait la planche de bois qui faisait office de porte dans le plancher, il croisa le regard d'Harry, à la fois surpris et furieux.
Sa cachette était découverte… et il n'avait aucun moyen de s'enfuir. Et il y avait bien pire… oh oui, bien pire…
Ebahis, Harry regarda la trappe se refermer sur Severus. Un grenier, il y avait un grenier, et il n'avait rien vu ! Quel Auror il faisait… mais le trou était si étroit et la porte discrète qu'il était presque impossible de la voir si on n'en connaissait pas l'existence. Comment diable Severus l'avait-il découverte ?
Quoiqu'il en soit, il était caché là haut à présent… ouvrir la trappe ne poserait guère de problème, mais quant à se faufiler par le trou… mais il était un sorcier, après tout. D'une rapide incantation, il agrandit la porte, qui s'ouvrit d'un simple alohomora. satisfait, il se dirigea vers le grenier. Le garçon avait cru lui échapper, il s'était cru plus malin que lui, comme Snape… mais plus pour longtemps. Non, plus pour longtemps.
Avec un grognement triomphant, il se hissa à travers la trappe. Merlin, le grenier était vaste, il y avait même une fenêtre ronde et de petites lucarnes… comment avait-il pu ne pas les remarquer de l'extérieur ? Et des malles, des tas de malles, et… ah ! Severus. Un Severus qui n'avait plus rien du professeur Snape à présent. En réalité, il ne se souvenait pas d'avoir vu le garçon aussi terrorisé avant cela… Debout devant la fenêtre, les bras écartés comme pour protéger quelque chose derrière lui, il fixait Harry comme s'il avait été un de ces monstres de cauchemars.
Et ce n'était pas juste, songea Harry. Il ne voulait pas que Sev le voie de cette façon. Bon sang, cette histoire avait pris bien trop d'ampleur, comment les choses avaient elles pu dégénérer à ce point en si peu de temps ? Ce fut la voix tremblante du garçon qui interrompit le cours de ses pensées.
« S'il vous plait, » fit-il d'un ton suppliant, « je suis désolé, je vous en prie… »
« Sev, ça va, » répondit Harry en tentant de rendre sa voix aussi calme et rassurante que possible. « Je ne vais pas te faire de mal. »
« Ca m'est égal, faites ce que vous voulez avec moi, mais s'il vous plait laissez-le, il ne peut pas voler, il va bientôt repartir mais pour l'instant il ne peut pas, je vous en prie, il n'a rien fait de mal et ce n'est pas… ce n'est pas… »
La panique menaçait de suffoquer le garçon, et il trébucha presque quand Harry s'avança pour voir ce qu'il cachait.
« Non, non, s'il vous plait, c'est ma faute, il n'a rien fait, je ferais ce que vous voudrez, je ne dirais rien, je dormirais dehors, mais s'il vous plait… »
« Sev, calme toi, » l'interrompit le jeune homme. « Je t'ai déjà dit que je n'avais pas l'intention de te faire de mal… ni à toi ni à ton ami, » ajouta-t-il en apercevant une masse frémissante dans un panier, dans le dos de Severus. « Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il, intrigué.
« C'est… ce… rien, juste un hibou sauvage, il était blessé et je l'ai soigné et il va mieux et il va repartir et ce n'est rien, je vous jure, c'était juste pour… je… je voulais voir si… »
A bout d'argument, le garçon se laissa tomber à genoux devant le panier, jetant un regard suppliant à Harry, stupéfait.
« Sev, respire, tout va bien… tu as très bien fait, tu aurais du m'en parler, je t'aurais aidé ! »
Il tendit une main vers l'oiseau et vit aussitôt le garçon se raidir. Doucement, il présenta ses doigts au hibou qui les sentit suspicieusement avant de les mordiller légèrement. Souriant, Harry caressa doucement ses plumes. Quand il releva la tête, Severus le fixait du regard, bouche bée.
« Je t'ai dis que j'avais une chouette, non ? Je les aime beaucoup. Celle-ci a l'air amicale… d'ailleurs, il ressemble beaucoup… ce ne serait pas le hibou qui m'a conduit à toi quand tu es tombé dans le trou ? »
Incapable de prononcer un mot, Severus hocha la tête.
« Et maintenant il a besoin d'aide à son tour… laisse moi voir, mon grand… hum, une aile cassée, mais elle est presque remise à présent, tu t'en es bien occupé. Je pourrais peut-être accélérer un peu les choses, cela dit. »
Il murmura un incantation en direction de l'aile blessé, et l'animal secoua ses plumes, visiblement satisfait. Un petit 'crook' le remercia.
A ses côtés, Severus semblait peiner à réaliser ce qui lui arrivait. Harry pouvait presque voir les rouages de son cerveau tenter d'élucider la situation…
« Vous… vous… »
« Tout va bien, Sev. Je suis désolé d'avoir crié en bas. J'ai eu… une mauvaise réaction. Ce n'était pas si grave. »
« Je voulais juste… juste… chercher un bol … pour la sauge… » fit le garçon, ses yeux soudain dangereusement brillants.
« Oh, Sev… je suis désolé, j'étais fâché à cause du sol… mais ce n'était pas une raison pour lever la voix. Ni pour te jeter un sort. Je regrette, peut-on faire la paix ? En échange des soins pour ton hibou, » fit-il en souriant.
Mais la remarque ne fit pas sourire Severus qui se mit à renifler.
« Ce n'est pas… pas… mon hibou… »
« Et pourquoi pas ? » demanda Harry. « Il semble t'avoir adopté, lui, en tout cas. Tu lui as trouvé un nom ? »
Le garçon le fixa, les yeux écarquillés. Il secoua la tête lentement.
« Je pense qu'il apprécierait que tu lui en donnes un. Pas vrai ? » fit-il à l'intention du hibou, qui hulula en réponse.
« Je… vous… vous n'allez pas… lui faire de mal ? » demanda Severus comme s'il ne pouvait pas y croire.
« Bien sûr que non, qu'est-ce qui t'as donné cette idée ? »
« Père… je … j'avais… un chaton… il était blessé… soigner… je l'avais trouvé dehors, » tenta d'expliquer le garçon, son regard mouillé fixé sur le hibou.
« Oui ? » l'encouragea Harry.
« Mais Père l'a trouvé. Et il l'a écrasé. Avec sa botte. Par terre. Et Mère a dit… pas d'animaux… parce que les animaux… rendent faibles… si on s'attache… il faut les tuer… et… et… »
« Oh, Merlin, » grogna Harry qui visualisait un peu trop bien la scène. Combien de fois Vernon avait-il menacé de faire subir le même sort à Hedwige ? « Sev, je suis désolé, c'est horrible, vraiment horrible… il n'aurait jamais du faire cela, et ta mère avait tort, les animaux sont bons pour toi, ce sont des compagnons terriblement loyaux… comme ce hibou ; il t'a sauvé la vie, pas vrai ? »
Severus leva vers lui ses yeux pleins de larmes et d'espoir. Il tenta de répondre, mais en fut incapable.
« Tout ira bien, » murmura Harry en tendant une main vers lui. « Le hibou. Toi. Nous. Je te promets. Tout ira bien. »
Bien sûr, c'était une promesse bien trop grosse pour lui… mais il pouvait au moins promettre d'essayer, n'est-ce pas ? Et ce sembla suffisant pour le garçon qui se précipita comme un boulet de canon contre lui, manquant de le renverser. Les petits poings s'aggripèrent à sa robe, comme ils l'avaient si souvent faits ces derniers jours, mais un petit bruit mouillé alerta Harry. Il s'accroupit pour prendre l'enfant dans ses bras… et avec raison, réalisa-t-il, car de toute évidence aujourd'hui était Le Jour.
Le visage enfouis contre sa poitrine, Severus Snape sanglotait à fendre l'âme, de chagrin et de soulagement mêlé, et sans doute aussi pour toutes ces fois où il n'avait pas pu pleurer alors que son chat venait d'être tué, que sa mère venait de lui jeter un sort, que son père venait de l'insulter… et quoi encore ?
Harry l'ignorait, mais ce qu'il savait suffisait à lui fendre le cœur tandis qu'il berçait doucement le garçon, assis sur le sol poussiéreux du grenier. Il fallut longtemps, très longtemps avant que les sanglots ne s'apaisent, ne laissant que les larmes qui semblaient refuser d'arrêter de couler.
Quand il eu enfin regagné assez de contenance pour pouvoir parler, le garçon leva son petit visage trempé vers l'homme en rouge qui n'avait pas cessé un instant de frotter son dos en cercle réconfortants.
Réunissant tout son courage, il posa enfin la question qui lui brûlait les lèvres et le taraudait depuis plusieurs semaines :
« Vous ne voudriez pas être mon papa ? »
et voila, pour ceux qui ne suivent pas mon Live JOurnal ( c'est pas bien !), j'ai finalement scripté la fin de Strange Journey, qui devrait prendre quelque chose comme 3 ou 4 chapitres si tout va bien. Autrement dit, j'ai décidé du sort de tout le monde.
Ce qui rend la fin de l'écriture particulierement pénible, je suis en effet sensible à une seule forme de blocage à ma connaissance : celui du ' je connais déja la fin de cette histoire alors quel intéret ?'. Sauf que comme c'est moi qui l'écrit et que le but est de la faire lire... hé !
Bref, je suis désolée si ce chapitre et les suivants sont fastidieux, je ferais de mon mieux bien sur quand meme ! Et des que celle ci sera finie, je commence une autre fic dont j'ai eu l'idée récèmment. Mais bien sur priorité à Shadow !
Voilou, en tout cas pour le prochain chapitre: les choses sérieuses commencent ! ( en principe)
stay tuned!
