Titre : A Total eclipse of the heart
Auteur : Katoru
Rating : M
Disclaimers : Glee ne m'appartient pas, je ne fais qu'en emprunter les personnages pour jouer un peu avec. Promis, je les rendrai en bon état.
NOTE IMPORTANTE : Je n'étais pas satisfaite du précédent chapitre, j'en ai donc réécrit une partie. La partie consacré au passé de Rachel. Le fond ne change pas vraiment mais je n'aimais pas ma première version qui la faisait passer pour une victime. Plus de dépression pour la brune, simplement une réalité dont elle semble totalement inconsciente dans la série.
A TOTAL ECLIPSE OF THE HEART
Une main plongée dans un paquet de chips et l'autre occupée à glisser sur le pavé tactile de son ordinateur portable, Wesley se cherchait un nouvel appartement. Il avait contacté plusieurs agences immobilières, et certains de ses amis dont il espérait qu'ils pourraient l'aider à trouver son bonheur sans qu'il doive débourser une fortune en frais de dossier. Il ne supportait plus Boston depuis son divorce. Toute la ville lui rappelait son histoire avec Mélanie. Il vivait à deux pas du restaurant où il l'avait demandée en mariage, et il passait tous les jours devant le cabinet juridique où il avait signé les papiers de son divorce. Ils avaient leurs habitudes dans un petit café près du musée Isabella Stewart Gardner et il ne pouvait plus y mettre les pieds, à chaque fois le patron lui demandait des nouvelles de sa femme. Wesley aurait pu se tatouer sur le front qu'ils étaient séparés que ça n'aurait rien changé : le divorce n'existait pas dans le monde de ce républicain conservateur. Et comme il avait toujours eu un faible pour Mélanie, sa « cliente préférée », il n'était pas nécessaire de sortir d'Harvard pour comprendre qu'il le faisait exprès. Ce type était simple à éviter, il y avait des centaines de troquets en ville, s'il n'y avait eu que lui les choses auraient été plus simples, mais il n'y avait pas que lui, il y avait aussi les amies de Mélanie qu'il croisait presque tous les jours et qui se faisaient un plaisir de lui jeter des regards noirs ou de lui faire des reproches. Il voulait bien admettre qu'il avait des tords, il l'admettait même sans difficulté, mais s'entendre dire que c'était de sa faute si son épouse l'avait cocufié était plus qu'il n'en pouvait supporter. Chaque fois qu'il avait le malheur de croiser une de ces mégères, il se rappelait qu'il avait au moins eu le bon sens d'exiger la rédaction d'un contrat de mariage et ça lui rendait leurs piques un peu plus tolérables. L'infidélité de Mélanie avait été avérée, le juge avait déclaré le divorce à ses tords. Wesley s'était bien gardé de dire que le juge était un de ses amis. Il avait des tords mais n'était pas un saint, et elle l'avait quand même trompé. La pension alimentaire qu'il devait verser chaque mois était ridicule, à peu près l'équivalent d'un loyer dans un quartier résidentiel. Quoi qu'il en soit, il adorait l'idée qu'elle ait dû restreindre drastiquement son train de vie. Et dire que c'était elle qui avait demandé le divorce. Sans doute avait-elle oublié le fameux contrat, sans doute pensait-elle pouvoir récupérer la plus grosse part de leur patrimoine commun. Ou bien était-elle tellement malheureuse qu'elle préférait échanger son confort contre une chance de repartir de zéro. Wesley ignorait ses réelles motivations, et il s'en fichait pas mal, il savait en revanche qu'il voulait prendre un nouveau départ et quitter cette ville où il connaissait trop de monde pour qu'on le laisse en paix.
L'offre d'un prestigieux cabinet d'avocats new yorkais était tombée au bon moment.
« Tu trouves ton bonheur, dit une voix derrière lui.
- J'ai déjà envoyé quelques mails, répondit Wesley en essuyant rapidement ses doigts couverts de sel sur son pantalon en toile. Si tout va bien, je pourrai démissionner dans deux ou trois semaines et ne plus jamais foutre un pied dans cette ville. »
Son ami hocha la tête et le rejoignit sur le canapé.
« Comment il va ? souffla Wesley, ses yeux fixés sur la porte d'une des chambres d'ami.
- Je ne suis pas sûr. »
La veille au soir, Blaine avait sonné chez lui. L'une de ses mains agrippait son téléphone portable avec assez de force pour fendre le plastique de la coque et il avait l'air aussi désemparé qu'un enfant perdu au milieu d'un centre commercial. Il avait mis le texto de sa mère sous le nez de ses amis avant même que la porte se soit refermée derrière lui.
Blaine et son père avaient été très proches jusqu'à ce fameux jour où il avait fait son coming-out. Plus rien n'avait été pareil après ça. Son père avait cessé de le prendre dans ses bras, de lui demander comment s'était passée sa journée ou son dernier contrôle, toutes ces petites conversations qui font le quotidien avaient cessé du jour au lendemain, et chaque fois que Cooper rentrait à la maison avec une nouvelle petite-amie il lui jetait des regards déçus tout en faisant des blagues sur de potentiels futurs petits-enfants. Ses relations avec son père s'étaient réduites à ça : des plaisanteries lourdes de sous-entendus amers et des regards en coin. Un mail pour son anniversaire, un coup de fil à noël. Jamais de reproches directs, toujours une attitude passive agressive. Blaine n'étaient plus retournés chez ses parents depuis qu'il avait emménagé à New York. Maintenant que son père était malade, un cancer diagnostiqué trop tard, il ne savait pas quelle attitude adopter. Michaël Anderson avait cessé d'être un père pour lui à la seconde où il avait su qu'il était gay. Il l'avait été pendant les quinze années qui avaient précédé cette confession cependant, et quand son fils avait failli être tué par une bande de merdeux « casseurs de pédés » au sortir du bal de Sadie Hawkins, c'était lui qui avait recherché une école privée où le mettre en sécurité.
Depuis que sa mère lui avait demandé de venir les rejoindre à San Francisco, il ne cessait de comparer ses bons souvenirs aux mauvais en espérant que ça l'aiderait à prendre une décision. Il se sentait coupable de ne pas courir au chevet de son géniteur, de ne pas avoir déjà fait annuler les derniers concerts de sa tournée pour se consacrer à sa famille. Et en même temps, il lui en voulait tellement... Il lui en voulait de ne pas avoir été un père pour lui comme Burt Hummel avait su l'être pour Kurt. Il lui en voulait de n'avoir jamais fait d'effort avec le seul petit ami qui, à ce jour, avait réellement compté dans sa vie. Il lui en voulait de ce long supplice du silence qu'il lui imposait depuis son adolescence. Comme s'il suffisait de ne pas parler d'une chose pour qu'elle disparaisse. Si seulement c'était si simple.
Wesley l'avait installé dans la chambre d'ami qui n'était pas occupée et avait attendu qu'il se décide à leur en dire plus.
Ils attendaient toujours.
« Qu'est-ce que tu crois qu'il va faire ? demanda-t-il à son voisin.
- Tu veux pas plutôt me demander le temps qu'il fait ? Parce que là, je pourrais te répondre que tu n'as qu'à te connecter sur le site de la météo pour le savoir, ou regarder par la fenêtre.
- J'imagine que me dire qu'il fait beau ou moche serait exclu.
- Ce serait d'un commun. »
Wesley ricana, parce que c'était juste tellement Sebastian Smythe qu'une autre réponse aurait même parue suspecte. Il ne savait toujours pas ce qu'il devait faire avec Blaine mais au moins, son invité de longue durée avait-il un peu détendu l'atmosphère.
« On sait tous les deux ce qui se passe entre lui et son père, reprit Sebastian d'un ton sérieux qui ne lui était pas habituel, et on connait tous les deux ses sentiments sur le sujet. Tout ce que je sais, c'est qu'il doit être aussi paumé que nous sur ses propres intentions.
- En fait, intervint Blaine qui, appuyé contre la porte de sa chambre, les écoutait depuis quelques instants, j'ai décidé d'y aller. »
Ses amis ne sursautèrent pas en s'apercevant de sa présence. Ce fut sa décision qui les surprit, ou plutôt la rapidité avec laquelle il l'avait prise. Quand il s'agissait de sa famille, il était capable de tergiverser pendant des semaines. Sauf qu'il n'avait pas autant de temps cette fois. Un nouveau texto de sa mère lui avait apprit que l'état de son père s'était encore dégradé.
Il avait appelé l'aéroport pour réserver un billet sur le premier vol en partance. Une de ses conquêtes lui avait dit une fois que ce n'était pas toujours bon de trop réfléchir. A l'époque, il l'avait fait taire en lui enfonçant sa langue dans la bouche et en accélérant le rythme de ses coups de reins. Ce type sans nom avait finalement raison. Son père était comme il était, l'accueil ne serait peut-être pas ce qu'il espérait, mais au moins il ne passerait pas le reste de sa vie à regretter de ne pas avoir été là.
« J'ai juste le temps d'aller à l'aéroport, fit-il en soulevant légèrement le sac de voyage où il avait fourré quelques affaires propres. J'ai appelé un taxi.
- Je viens avec toi, déclara Wesley en se levant. »
Sebastian ne dit rien mais imita son ami. Ils attrapèrent leur veste respective et sortirent dans le couloir. Quelques volées de marches plus tard, ils attendaient l'arrivée du taxi debout sur un coin de trottoir.
La ville s'agitait tout autour d'eux, comme à son habitude. Les gens qui avançaient à grandes enjambées, le plus souvent seuls, un téléphone à la main ou des écouteurs sur les oreilles, et les voitures qui passaient dans un bruit de moteur ou de klaxon. Le mouvement perpétuel de la vie moderne. Ils dénotaient presque au milieu de l'agitation de cette fin de matinée.
« Ça ira ? » s'enquit Sebastian. Il sortit un paquet de cigarettes de la poche arrière de son jean, ainsi qu'un vieux briquet Zippo qui avait appartenu à son grand-père. Il en alluma une, protégeant du vent la flamme vacillante qui embrasa le bout du tube de tabac. Après avoir pris une bouffée, il le tendit à Wesley, qui le passa ensuite à Blaine.
« Il le faudra bien, annonça simplement ce dernier. »
Sebastian passa un bras autour de ses épaules et le serra doucement contre lui. Elle était loin l'époque où il aurait profité de cette proximité pour lui caresser les fesses. Il savait mieux se tenir maintenant.
Après le lycée, le jeune homme s'était plié aux désirs de ses parents et avait intégré la faculté de droit de l'université Harvard. Devenir avocat, ou juge, ou notaire, n'était pas son rêve mais il avait toujours été pragmatique : un rêve, notamment le sien, ne suffit pas à payer les factures ni à remplir le frigo. Un diplôme lui assurait une solution de repli s'il n'arrivait pas à ses fins.
Une fois installé dans le Massachussetts, il avait très rapidement rencontré Wesley. Les anciens de la Dalton Academy pullulaient dans les couloirs de la fac.
Ils étaient très différents l'un de l'autre et pourtant ils étaient rapidement devenus amis, à la stupéfaction générale.
Son diplôme en poche, Sebastian avait fait savoir que son rêve était de devenir écrivain. Et de voyager. Il avait utilisé l'argent que lui avait laissé sa grand-mère pour se payer un tour du monde de plus de trois ans au cours duquel il avait écrit son premier roman. Il n'était rentré aux Etats-Unis que depuis un mois, sans un sou en poche, pour essayer de le faire publier. Wesley l'hébergeait depuis tout ce temps.
Le taxi arriva finalement. Ils y montèrent en silence.
Son sac sur ses genoux, Blaine pensait à ce qui l'attendait une fois rendu à San Francisco. La maison familiale au cœur de la ville, entre le Golden Gate park et le Castro, avec sa façade victorienne peinte en blanc. Le jardin où sa mère cultivait les roses qu'elle collectionnait. Sa chambre, intouchée depuis la fin de son adolescence. Seule la photo de Kurt avait changé de place depuis cette époque, reléguée sur la plus haute étagère de sa bibliothèque.
Il y avait le décor, et il y avait les personnes qui évolueraient à l'intérieur. Sa grand-mère paternelle, toute ratatinée dans son fauteuil roulant mais l'esprit toujours aussi vif. Sa mère qui garderait la tête haute en public et qui passerait ses nuits à pleurer en étouffant ses gémissements dans son oreiller. Cooper dont la carrière d'acteur n'avait jamais décollé et qui supportait mal le succès de son cadet. Marjorie, l'épouse de Cooper, qui sous un vernis démocrate de bon ton chez les Anderson était sans doute la personne la plus conservatrice et homophobe que Blaine avait jamais rencontrée. Plus, sans doute, quelques oncles et tantes, cousins et cousines. Tout ce petit monde pressé autour du lit de son père dans une chambre blanche sentant les médicaments.
La seule perspective de revoir sa belle-sœur aurait suffit au chanteur pour faire demi-tour si la situation avait été différente. Il avait horreur des réunions de famille et celle-ci serait probablement rapidement classée dans son trio de tête des pires rassemblements du genre dans toute l'histoire de la famille Anderson.
Arrivé à destination, il sortit de la voiture comme au ralenti et laissa ses amis le traîner jusqu'à la zone d'embarquement. C'était sa décision mais ça ne voulait pas dire qu'elle devait l'enthousiasmer. C'était bien pour ses parents qu'il faisait ça !
« Tu veux qu'on t'accompagne ? proposa subitement Wesley. On a encore le temps de s'acheter des billets. »
Au même instant, les haut-parleurs grésillèrent et une voix raisonna dans la gigantesque carcasse de l'aéroport John F. Kennedy.
Dernier appel pour les passagers du vol 614 à destination de San Francisco. Dernier appel.
Wesley étouffa un juron. Sebastian garda ses sarcasmes pour lui. Faute de temps, les trois amis se séparèrent à toute vitesse, se promettant toutefois de s'appeler (Et fait gaffe au décalage horaire, avait dit Sebastian). Blaine passa les contrôles et fila en courant vers sa porte d'embarquement.
Ce n'est qu'une fois les manœuvres de décollage entamées qu'il se dit qu'il aurait peut-être mieux fait de rester chez lui. Blaine avait horreur de prendre l'avion.
A suivre…
