Notes de l'auteur : Voilà. Nous sommes arrivés au dixième chapitre. Nous sommes arrivés à la fin de la première partie. J'ai l'impression le premier chapitre n'a été publié qu'il y a seulement un mois, voire même moins. Et pourtant. Nous y voilà. Bon, il reste tout de même pas mal de chapitre après celui-là, mais ça reste une étape importante pour moi. Merci à celles qui m'ont encouragée tout du long de cette publication.

Remerciements : Merci à l'éternelle Dupond et Dupont pour les conseils et corrections.

Réponses aux reviews :

* Oswin Goldstein : Désolée pour ton petit coeur ! J'espère qu'il pourra me pardonner avant de subir ce nouveau chapitre. Merci pour la review !

Bonne lecture à tout le monde, on se retrouve en bas.


Dixième chapitre

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Bip.

Tout était noir, assourdissant et étouffant.

Un sifflement strident perçait son esprit tandis qu'une armée d'épingles lui lacérait les muscles, entraînant des pénibles picotements. Son palet était caressé par une sensation âpre et putride et la soif l'envahit brutalement. Ses poings se fermèrent dans un mouvement brusque, ses ongles s'enfonçant durement dans sa peau.

Bip.

Dans un battement de cils, Dean ouvrit les yeux.

Bip.

Autour de lui, des formes s'agitaient. Des nuances de gris et de vert défilaient devant ses yeux. Des bruits résonnèrent dans le creux de ses oreilles. Des murmures, des paroles. Tout était incompréhensible. Nébuleux.

Bip.

Dean ouvrit difficilement la bouche, tentant d'aspirer autant d'air qu'il le pouvait. L'oxygène s'infiltra à travers ses lèvres, glissant dans sa gorge, jusqu'à se faufiler dans le cœur de ses poumons dans un flux glacial et douloureux. La salive s'accumulait de plus en plus, reposant péniblement sous sa langue éreintée. La nausée s'emparait de lui, petit à petit.

Bip.

Une forme se dessina soudainement devant ses yeux, s'agrandissant de plus en plus jusqu'à former une silhouette qu'il connaissait bien. Sam.

Bip.

C'était Sam. Il était là. En vie. Les réminiscences de la mission, de l'échec, que Dean avait mené un peu plus tôt, se bousculèrent soudainement dans sa conscience, accaparant toute ses pensées. Pris par la panique, Dean tenta alors de se relever, posant tous son poids dans ses bras. Seulement, ses muscles étaient trop douloureux, tous tiraillés par des fourmillements désagréables. Il jeta un coup d'œil à ses poignets. Ils étaient nus. Pas la moindre trace de menotte. Comment était-ce possible ? Où était Zachariah ? Pourquoi avait-il le droit de voir son petit-frère ?

Bip.

Une femme âgée vêtue d'un uniforme gris et vert se glissa aux côtés de Sam avant de se rapprocher de Dean. Il était donc à l'hôpital, entre les mains de médecins. Le soignait-on avant de mieux le torturer à Topeka ? Pourquoi Sam souriait-il ? Comment pouvait-il être heureux après tout ce qu'il venait de se passer ? Crowley. La prison. L'évasion de tous les Déviants. Sa faute.

Bip.

La doctoresse posa sa paume froide sur le front de Dean, les sourcils froncés. L'agent retint son souffle, analysant chaque parcelle de cette femme qui le touchait. Sur son visage mat aux traits sévères, de nombreuses rides creusaient sa peau dans des tranchées inégales. Des boucles brunes enveloppaient lourdement son visage, tombant aux abords de sa mâchoire carrée. Et, dans ses yeux noirs aux éclats dorés, une étincelle brillait timidement.

Bip.

« Dean ? Comment vous sentez-vous ? demanda la femme.

– Je…, commença Dean avant de s'arrêter net, à bout de souffle.

Une pression serra soudainement sa gorge et le Winchester se mit à cracher dans des contractions violentes l'air de ses poumons. Sa poitrine était compressée, écrasée. La toux se calma rapidement et Dean prit de nouveau une longue inspiration, plus supportable cette fois. Du coin de l'œil, il vit toute l'inquiétude qui voilait le visage de son frère.

– Ne vous forcez pas, Dean. Tout va bien. Vous êtes à l'hôpital, votre frère est avec vous. On s'occupe de vous. Pouvez-vous m'assurez que vous allez bien ? Clignez des yeux une fois si vous allez bien, deux s'il y a un problème, d'accord ?

Péniblement, Dean cligna des yeux une fois avant de tourner son regard vers Sam. Sourcils froncés, l'aîné tenta de comprendre un minimum la situation, mais son frère ne laissait rien paraître. Pas le moindre indice. Alors, il scruta rapidement la pièce. Il n'y avait que deux infirmiers, pas la moindre ombre de métal et de silicone.

– Parfait. Je vais regarder vos statistiques avant de vous laisser quelques instants avec votre frère, si c'est bon pour vous ?

Dean hocha la tête et la laissa consulter avec attention l'écran qu'elle venait de sortir de sa veste grise. Trop de questions s'agitaient, se cognant sur tous les recoins de sa conscience, heurtant sa raison. Son sang commença à palpiter douloureusement contre sa tempe. Puis, après de trop longues minutes, le personnel médical sortit de la pièce, laissant les deux Winchester enfin seuls.

– Dean ? demanda Sam d'un ton soucieux, tu te sens comment ?

– On ne peut pas aller mieux, répondit Dean dans un souffle rauque.

Sa voix était peut-être plus grave qu'à l'habitude mais au moins, il arrivait finalement à parler. D'un pas hésitant, Sam se rapprocha doucement de lui. L'inquiétude était toujours là, ancrée sur le visage de son jeune frère. Dean analysa chaque parcelle de son visage, jusqu'au grain de sa peau. Mais Sam ne semblait pas décidé à lui expliquer ce qu'il se passait. Il restait muet. Comme s'il attendait quelque chose.

– Qu'est-ce qu'il se passe, Sam ? chuchota alors impatiemment Dean. Pourquoi est-ce que je suis ici ? Comment… Dans quelle situation on est ? Pourquoi… Pourquoi est-ce que je suis libre ?

Sam sembla soudainement se réveiller et fronça de nouveau les sourcils.

– De quoi est-ce que tu te rappelles précisément, Dean ?

– De ce sale fils de Bots de Crowley, de cette mission, cette connerie, et Cas, et toi qui m'appelles, et cette neige, de la neige partout, putain de neige, et Zachariah puis… Puis plus rien. Je me suis réveillé ici.

Il prit de nouveau une longue inspiration. Respirer était toujours difficile mais l'air était de moins en moins douloureux. Sam cligna des yeux puis tira un tabouret près du lit, le rapprochant de Dean, avant de s'asseoir dessus. Il laissa échapper un soupir puis récita ses explications.

– Dean… Tout ça, tout ça s'est arrivé il y a cinq mois maintenant. Tout est parti dans un désordre sans nom, avec les Déviants qui apparaissaient de toute part, qui s'enfuyaient. On t'a retrouvé seul près du Capitole. Tu as dû rester de bonnes heures là-bas, allongé dans la neige. D'après ce que les médecins ont dit, tu as glissé sur une plaque de verglas. Et, suite à cette chute, tu es entré dans une sorte de coma. Cela fait cinq mois qu'ils essaient de te réveiller. La médecine est capable de presque tout faire à présent mais ils sont tout de même eu beaucoup de mal pour te réveiller. Le coup a dû être très brutal. Mais, hier soir, tes signes vitaux ont montré une amélioration. Ils m'ont appelé et je suis directement venu. Je voulais être là pour ton réveil.

Dean ouvrit la bouche, sans réussir à trouver les mots. Cinq mois ? Cela faisait cinq mois qu'il était coincé dans ce foutu lit ? Cinq mois que son cerveau s'était mis en veille, laissant le reste du monde se démerder avec toute la merde qu'il avait causée ? Cinq mois que son frère se débrouillait sans lui ?

– Tout va bien maintenant, précisa Sam avant de laisser un sourire courber ses lèvres.

– Mais maintenant, quoi, Sam ? Je rentre chez moi ? Je suis libre ? Pourquoi est-ce que Zachariah ne m'a pas envoyé à Topeka dès qu'il a su que je me réveillais ?

Sam fronça les sourcils mais ne répondit pas. Il ne semblait pas comprendre où voulait en venir Dean.

– Il m'a trouvé, précisa alors l'aîné malgré l'évidence de la situation, il a tout compris, il a demandé au Bots de m'embarquer et–

– Zachariah a été tué par un Déviant, rétorqua rapidement son frère. Ce n'est pas possible. Ne t'inquiète pas pour ça.

– Mais–

– Tu as dû t'imaginer des choses à cause du choc. Personne, commença Sam avant de se mettre à chuchoter lui aussi, personne n'a rien deviné, d'accord ? Tout le monde nous croit innocents. Ne t'en fais pas.

– Et Cas ?

A cette pensée, un frisson acide parcouru tout son corps avant de s'enrouler autour de sa colonne vertébrale. Cas. Il l'avait laissé seul, dans la neige, alors que tous les Déviants s'enfuyaient de leur bastille.

– Est-ce qu'il va bien ? demanda aussitôt Dean.

– Oui, Castiel va bien, il travaille toujours à Topeka, répondit simplement Sam. Dean, je voulais te montrer quelque chose. Regarde.

Illustrant ses propos, le cadet se leva du tabouret et ouvrit sa veste. A mesure où la fermeture éclair descendait, un rouge carmin se dessina devant les yeux de Dean.

– Je suis devenu un agent, comme toi, expliqua le cadet avec fierté. Après l'évasion des Déviants, le gouvernement a eu un grand besoin de main d'œuvre et je me suis porté volontaire. Après tout, c'est… C'est ce qui me semble le plus juste, au final. Et je devais faire quelque chose, je devais les aider à mettre les Déviants à nouveau derrière les barreaux. Et on a presque réussi Dean ! Les trois quarts ont été retrouvés et le reste se cache dans la Division. Tout rentre dans l'ordre. Et maintenant, tu es enfin réveillé. Tout ne peut que bien se passer. »

Un sourire sincère illuminait le visage de Sam. Ce dernier passa une main dans ses cheveux, avant de continuer à s'extasier sur tout le travail qu'avaient accompli les agents au cours de ces derniers mois. Crowley avait été arrêté, mis derrière des barreaux infranchissables. Il n'avait aucun moyen de s'enfuir. Le même sort avait été réservé à Alastair et à tous les Déviants qui avaient osés se croire au-dessus du gouvernement. Seulement, l'annonce venait que lui faire son frère ne quittait pas les pensées de Dean. Sam était un agent, désormais. Comme lui. Comme leur père. Et il en était heureux. Quand l'ainé serait à nouveau d'attaque, ils allaient enfin sillonner les rues de la ville, ensemble à traquer, à chasser, les terroristes.

Dean ne put refreiner le sourire qui se dessinait sur ses lèvres à cette pensée.

Puis, Sam quitta la pièce afin d'aller s'entretenir avec le personnel médical. Il voulait ramener Dean chez leur nouveaux chez eux, lui faire découvrir leur nouvel appartement. Puisque la couleur du nouveau sous-pull de Sam n'était pas la seule nouvelle qu'il avait à lui annoncer après ces cinq mois de coma. Leur maison avait été attaquée par les Déviants, quelques semaines après leur évasion. Depuis, Sam vivait dans un des appartements des Nouveaux Quartiers, où une chambre vide attendait impatiemment le retour de l'ainé Winchester.

Plusieurs jours après son réveil, Dean eut enfin l'autorisation de quitter l'hôpital, à condition qu'il ne quitte pas Lawrence, ni même son centre-ville avait précisé la doctoresse en signant sa feuille de décharge. Et, tandis qu'il montait dans la voiture de son frère – Sam avait bien profité, semblait-il avec bonheur, des avantages du statut d'agent – Dean laissa un soupir de soulagement s'échapper.

Dean accepta alors sans protester ce que cette petite voix lui chuchotait. Tout allait bien se passer, maintenant.

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La vie reprit facilement son cours, les journées s'entrelaçant les unes après les autres. De nombreux jours s'étaient écoulés depuis son réveil dans cette chambre d'hôpital, et Dean avait déjà retrouvé ses habitudes, malgré les petites différences qui alimentaient désormais son quotidien. Le tapage des travaux n'inondait plus sa chambre, laissant place au bruit de cours d'eau produit par sa fenêtre numérique. Il ne lui suffisait que de quelques minutes pour se rendre au travail, ce qui se révélait être plutôt pratique, en fin de compte. Il croisait bien plus souvent Sam dans cet appartement plus petit mais ce n'était pas vraiment un problème. Ils étaient ensembles, c'était tout ce qui comptait. Chaque journée était bien rangée, ordonnée, sans souci. Tout se déroulait comme prévu, à chaque fois. Il n'y avait pas d'imprévu, pas de plus de perturbation.

Et tout allait bien.

L'aîné avait rapidement retrouvé sa forme et avait repris le travail quelques semaines seulement après son réveil. Il restait de nombreux Déviants à mettre derrière les barreaux, Dean ne tenait pas à perdre encore plus de temps. Jody, après l'avoir serré dans ses bras, lui avait fait promettre de ne plus jamais lui faire une frayeur pareille. C'était avec plus d'appréhension qu'il avait retrouvé Bobby – qui avait lui aussi repris du service en tant qu'agent – et Garth mais les deux hommes ne firent strictement aucun commentaire sur l'opération de Janvier, comme si rien ne s'était jamais passé. Tout cela était sans doute loin derrière eux, à présent. Ils voulaient peut-être tout simplement oublier, eux aussi. Alors, Dean n'en parla pas non plus, enfermant ce secret en lui.

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Dean sortit de sa chambre, en prenant un soin particulier pour claquer bruyamment la porte, signalant sa présence. Sarah était à l'appartement et il ne voulait pas – pas encore une fois – la retrouver dans une position embarrassante dans les bras de son jeune frère. Depuis qu'ils s'étaient mis ensembles, ces deux là ne se lâchaient plus. C'en était presque dégoûtant. Sammy était son petit-frère, bon sang. Dean était très heureux pour lui, et fier qu'il ait réussi à trouver une partenaire et à bien négocier auprès du gouvernement pour que cela devienne officiel entre eux, là n'était pas la question, mais il ne tenait pas spécialement à assister à tous les détails de sa vie intime.

Dean allait peut-être devenir un oncle un de ces jours mais ce n'était pas pour autant qu'il devait assister à toutes ces étapes préliminaires. Certainement pas.

Une fois dans le salon, Dean retrouva Sam et Sarah assis gauchement sur le canapé. Tandis que son frère semblait passionné par l'état de ses ongles, la jeune femme lisait un magazine. A l'envers, bien évidemment. L'aîné retint un soupir. Sam avait une chambre, bordel. Pourquoi avaient-ils ce besoin constant d'étaler leur amour devant lui, de montrer à quel point ils étaient heureux ensembles ?

« Je sors, annonça Dean avant d'enfiler ses chaussures.

– Tu vas retrouver Castiel, c'est ça ?

Une pointe d'anxiété se glissa dans la gorge de Dean. Il n'avait pas revu son ami depuis leur dispute dans cette impasse de Topeka et il n'arrivait pas à comprendre pourquoi le pupille ne les avait toujours pas dénoncés. Dean avait mis du temps à en parler à Sam. Depuis son réveil, ce dernier était étrange lorsqu'ils évoquaient la mission de janvier. Son frère lui posait des questions stupides et avait même été jusqu'à lui demander de les ramener au siège de la résistance. Mais il ne parlait jamais du Bunker, de Bobby, de Pamela, de Garth, ni même d'Anna et de tous les autres. Comme s'ils étaient surveillés, dans ce nouvel appartement. Dean n'avait jamais prononcé ces mots, lui non plus. Il avait tout gardé pour lui. C'était plus simple ainsi.

Mais il s'était tout de même décidé à lui parler de Cas. Ce dernier l'inquiétait. Il savait qu'il était en vie et qu'il travaillait toujours au gouvernement, sans rien changer à ses habitudes. Mais Dean ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi. Pourquoi est-ce qu'il n'avait rien dit ? Pourquoi est-ce qu'il n'avait pas cherché à avoir plus d'explications ? Pensant que Sam aurait peut-être une bonne explication, il lui avait raconté leur altercation, juste avant la mission. Mais son petit-frère n'eut même pas besoin de réfléchir trop longtemps à la situation puisque, quelques jours après, Cas lui avait proposé de venir jusqu'à Lawrence pour le revoir. Sans réfléchir, Dean avait accepté. Mais était-ce vraiment une bonne idée ? Cas attendait-il peut-être de le voir une dernière fois, avant de le dénoncer ? Toute cette vie que Sam avait construite pendant son absence allait-elle s'écrouler par sa faute ?

– Ouais, répondit finalement Dean.

– Tu es sûr que tu veux y aller seul ?

– Ouais, ça ira Sam. Ca va bien se passer.

– Profite bien de ton rendez-vous galant ! se moqua alors le cadet.

– Notre rendez-vous n'est pas galant du tout, Sammy.

– Ne m'appelle pas comme ça, pesta son frère entre ses dents.

Sarah laissa échapper un petit rire, le visage caché par la couverture de son magazine. Elle le posa ensuite sur la table basse avant de déposer un baiser sur la joue de Sam et de lui chuchoter au creux de son oreille. Dean esquissa un sourire puis, quand il ferma la porte de leur appartement, il espéra qu'il n'était pas encore en train de faire une énorme connerie. Encore une fois.

Le cœur serré, Dean sortit de l'immeuble et se rendit dans le bar où lui et Cas avait fixé leur rendez-vous. Il s'agissait d'un petit bar de quartier, situé près de la cellule anti-terrorisme de Lawrence. D'après ses collègues, l'endroit valait le détour et Cas ne voulait pas sortir du centre-ville, pas avec les nombreux Déviants qui étaient encore en liberté.

Lorsqu'il ouvrit les portes du bar, une odeur de menthe et de citron vert lui flatta les narines. Une douce musique s'échappait des enceintes fixées au mur, apaisant doucement le stress qui l'habitait. L'endroit n'était pas bondé, seuls quelques civils s'étaient rassemblés dans un coin, sirotant tranquillement des bières. En quelques instants, l'endroit avait su trouver une atmosphère qui le rassurait. Alors, un sourire aux lèvres, Dean se dirigea vers le comptoir.

Cas ne mit quelques minutes pour le rejoindre. D'un mouvement hésitant, il ouvrit les portes de l'établissement, son trench-coat glissant discrètement à travers ses portes. Le pupille était exactement comme dans ses souvenirs, avec ses cheveux bruns mal coiffés tombant mollement autour de son visage et ses yeux bleus étudiant avec attention chaque parcelle du bar.

« Bonjour, le salua Cas une fois arrivé à sa hauteur.

Dean se redressa aussitôt. Il ouvrit bêtement ses bras, s'apprêtant à enlacer Cas, mais se dernier s'assit sur un des tabourets qui longeaient le comptoir. Après s'être raclé la gorge, Dean fit de même.

La soirée commençait bien.

– Comment vas-tu, Cas ? demanda finalement Dean. Tu ne m'as pas donné beaucoup donné de nouvelles ces derniers temps… Pourtant, il faut que l'on ait une discussion. Je ferai tout pour qu'on n'ait pas à le faire, mais je pense qu'elle est inévitable.

Cas fronça les sourcils avant de plisser ses yeux .

– Je vais bien, merci. Et toi, comment te sens tu ? J'ai appris pour ton coma. Tu as pu t'en remettre ?

– A ce niveau là, tout va bien oui. J'ai pu reprendre le boulot. Sam travaille avec moi, maintenant.

– Je suis ravi d'apprendre ça.

Dean se pinça les lèvres, attendant une quelconque réaction de la part de Cas. Mais ce dernier n'insista pas. Il s'arrêta là et n'ajouta rien de plus. Cas n'était pas connu pour être le plus grand des bavards mais l'agent ne s'était tout de même pas attendu à un tel silence de sa part. C'était donc à lui de faire de nouveau tout le boulot pour les mises au point. D'accord. Parfait. Juste parfait. Alors, une fois leur boissons commandées, Dean prit une longue inspiration et commença à parler.

– Je voulais que l'on parle de ce qu'il s'est passé en janvier dernier.

– Je t'écoute.

– Tu vas vraiment me faire tout dire ? soupira Dean. Bon. D'accord. Je ne suis pas en position de m'y opposer, n'est-ce pas ? Comme tu le sais, je faisais parti de la résistance et en janvier je n'ai pas vraiment eu le temps de tout t'expliquer. Je ne sais pas pourquoi tu ne m'as pas encore dénoncé mais dans un premier temps, je voudrais te remercier. Donc, ouais : merci. Maintenant, je vais tenter de te donner des éclaircissements sur tout ça.

Appuyant ses propos, Dean lui expliqua les raisons qui l'avaient mené à faire parti de cette opération, à embrasser les idées de la résistance. Il veilla à ne pas lui donner de noms, ne pouvant pas se permettre de prendre le risque de causer plus de mal aux autres résistants qui étaient encore en liberté, qui reconstruisaient petit à petit leur propre vie. Cas, lui, l'écouta sans un mot, le regardant avec ces yeux compréhensifs, avec ces yeux qui lui disaient qu'il le pardonnait, qu'il ne lui en voulait pas. Une douce chaleur rassurante se mit à couler dans ses veines de l'agent, pulsant jusque dans son cœur. Et un petit quelque chose poussait Dean à tout lui dire, lui chuchotant de se dévoiler entièrement, à tout lui confier mais tout au fond de lui, une sensation bien enfouie au fond de ses entrailles lui priait de faire attention, de ne pas accorder pleinement toute sa confiance ainsi. La trahison de Crowley l'avait sans doute rendu bien plus paranoïaque qu'il ne l'était avant. Quand Dean termina ses explications, Cas répondit dans un sourire :

– C'est moi qui te remercie. »

Dean changea ensuite de sujet, évoquant leurs souvenirs de l'Observation, remémorant à Cas ces moments où il lui faisait découvrir toute cette culture réservé aux pupilles. Le pupille souriait et acquiesçait. Et, quand le Winchester rentra chez lui quelques heures plus tard, c'était avec le cœur plus léger. Cas l'avait pardonné.

Plusieurs jours plus tard, Dean et Cas se retrouvèrent au même endroit, devant ce même comptoir, à boire les mêmes bières. Leurs rendez-vous se firent ensuite de plus en plus réguliers, jusqu'à ce qu'ils se voient une fois par semaine. Visiblement, les autres pupilles étaient trop occupés avec les nouveaux Déviants à mettre derrière les barreaux pour se soucier des allers et venus de Cas.

Par moment, Dean n'arrivait pas à bien cerner l'humeur du pupille. Parfois, il passait la soirée à tenter de mieux comprendre les tenants de cette résistance et parfois, il redevenait juste le Cas que Dean avait appris à connaître durant les six mois de son Observation. Son ami devenait également de plus en plus curieux, posant toujours plus de questions sur la résistance. Où se tenait-elle ? Combien étaient-ils ? Qui en était à sa tête ? Dean répondait toujours vaguement aux questions du pupille, ne pouvant pas oublier cette fameuse sensation qui l'empêchait de trop se confier. Et à chaque fois, Dean tentait tant bien que mal d'ignorer la déception qui se dessinait sur le visage de Cas. Mais, au final, il en avait même sans doute trop dit. Il avait évoqué Lebanon et avait même glissé le nom de Garth au cours d'une conversation. Mais si tout cela était loin derrière aux à présent, c'était bien trop.

Puis, au bout de plusieurs semaines, les questions de cessèrent. Tout simplement, du jour au lendemain. Peut-être en savait-il assez. Peut-être avait-il compris que Dean ne lui dirait pas tout, que cela n'était juste pas possible. Il ne pouvait pas faire une telle chose envers Bobby, Sam, envers toute la résistance. Ou peut-être était-il tout simplement prêt à mettre tout cette histoire derrière eux et les laisser redevenir les amis qu'ils étaient avant.

.

Un matin, tandis que Sam se précipitait hors de la salle de bain, serviette fermement attachée autour de ses reins, Dean enfourna machinalement une bouchée de pain à travers ses lèvres.

« On va encore être en retard, Sammy ! accusa alors l'ainé, la bouche pleine.

Quelques minutes plus tard, son frère sortit de sa chambre, cheveux en pagaille et tenue d'agent visiblement enfilée en vitesse.

– Tu sais bien que c'est une grosse journée pour moi, Dean, se plaint Sam en passant ses mains dans ses cheveux.

– Oui oui, je n'ai pas oublié, c'est aujourd'hui que les autorisations du Commandant tombe. Ce n'est pas une raison pour passer autant de temps dans la salle de bain. Même Sarah met moins de temps que toi le matin. »

Sam lui répondit avec une bitchface dont il était le maître avant de réajuster sa tenue. Dean se redressa, saisit les clés de son véhicule puis passa à son tour ses mains dans les cheveux de son frère, le décoiffant encore un peu plus. Ce dernier protesta mais l'aîné se contenta de rire.

Quelques heures plus tard, la nouvelle tomba : Sam et Sarah avait obtenu une autorisation. Dean allait devenir oncle.

Tout était parfait.

.

Tout était noir et une voix rauque vibra dans ses oreilles.

Allongé, Dean tenta de bouger, de se dégager de cet endroit, de réagir face à ce son qu'il ne définissait pas, mais aucun muscle ne lui répondait malgré tous ses efforts. Ses bras, ses jambes, ses doigts, ses pieds, sa tête, sa bouche, ses yeux, rien ne fonctionnait. Strictement rien. Même sa respiration se faisait difficile. Il était emprisonné dans son propre corps et Dean ne pouvait plus bouger. Pourtant, la minute d'avant, il était avec son frère, ils… Que faisaient-ils déjà ?

Sam. Sammy. Où était Sam ? Est-ce qu'il allait bien ? Est-ce qu'il était dans cette situation, lui aussi ? Complètement piégé dans cette prison d'os et de chair ?

L'agent tenta d'ouvrir la bouche, mais seul son souffle s'y échappa difficilement. Il n'était même pas capable de parler. Il n'avait plus le contrôle sur rien. Bordel. Qu'est-ce qu'il se passait ? Pourquoi était-il plongé dans cette obscurité assourdissante ? Où était-il ? Où était Sam ? Peut-être était-il encore à l'hôpital ? Peut-être était-il encore tombé ?

Après plusieurs tentatives, il réussit enfin à ouvrir ses paupières. Celles-ci papillonnèrent difficilement, dévoilant une pièce sombre, remplie d'écrans où défilaient des données, des vidéos, dans des tintements aigus et perçants. Dean n'arrivait pas à bien percevoir tout ce qui l'entourait. Tout était flou. Douloureux. Quand, soudainement, il remarqua deux formes humaines. Il n'arrivait pas à reconnaître leur visage, voilés par la pénombre de la pièce. Elles chuchotaient entre elles, ne semblant pas remarquer sa présence. Savaient-elles qu'il était réveillé ? Qu'il était là, conscient ? Perdu ? Qu'il était incapable de bouger ?

Dans un râle, Dean tenta à nouveau de parler. Il devait leur dire. Les formes devaient savoir qu'il était réveillé. Elles se tournèrent brusquement, visiblement surprises. Une main se posa aussitôt sur sa jambe droite mais il n'arrivait pas à sentir la pression, il ne ressentait plus rien. Plus rien du tout. Que lui arrivait-il ? Pourquoi était-il piégé, ainsi ? Les deux formes lui parlaient, lui posaient des questions, mais Dean n'arrivait pas à comprendre un seul de leurs mots.

Quand soudain, les murs, les écrans, le sol, tout, absolument tout s'évanouit, tout autour de lui. Les deux formes se mirent à fondre, coagulant entre elles, se perdant dans l'espace. Un cri d'horreur se perdit dans la gorge de Dean. Il ne pouvait rien faire à part contempler cet épouvantable spectacle, où la chair des formes se mélangeait aux briques des murs.

Dean !

La seconde d'après, la lumière revint. Dean sursauta, manquant de trébucher. Devant-lui se tenait désormais des arbres au feuillage verdoyant et abondant. Des rires d'enfants résonnaient à sa droite, dans des éclats euphoriques. Des voitures défilaient à sa gauche. Bleue. Bleue. Grise. Bleue. Et le soleil, lumineux et rayonnant, le surplombait fièrement.

« Dean ? Dean, tu vas bien ?

L'appelé cligna des yeux. Il était dans un parc de Lawrence. Dans un foutu parc. A ses côtés, Sam le regardait avec un air inquiet. Il posa une main sur son épaule, penchant sa tête sur le côté.

– Dean ? Tu veux que l'on rentre ?

Quoi ? L'aîné ouvrit grand les yeux, complètement perdu, et Sam fronça un peu plus ses sourcils. Sa prise se renforça sur son épaule.

– Je… Qu'est-ce qu'il s'est passé ? haleta Dean.

– Tu t'es arrêté pendant quelques minutes, commença Sam. Tu étais juste immobile, impassible. Je te parlais mais tu me répondais pas, je crois même que tu ne m'entendais pas du tout… Dean, on devrait peut-être retourner à l'hôpital ? Le Docteur nous avait bien dit que l'on devait revenir s'il y avait le moindre souci et visiblement, il y en a…

Tout cela, ce n'était qu'un rêve ? Mais c'était si réel, si tangible. Dean pouvait encore entendre le tintement régulier des machines. Sam s'avança un peu plus vers lui, sa préoccupation se dépeignant de plus en plus dans ses prunelles. L'hôpital, vraiment ? Ne pouvaient-ils pas plutôt rentrer chez eux ?

– Mais ça va faire plus d'un an que je me suis réveillé maintenant, je ne vois pas pourquoi d'un coup, comme ça, il y aurait quelque chose… Peut-être que c'est la fatigue, je n'en sais rien. On a capturé pas mal de Déviants ces derniers temps, toi et moi. Je… Il me faudrait sans doute un peu de repos. On ne peut pas juste rentrer à l'appartement, s'il te plaît ?

Sam acquiesça, le visage fermé. Bordel, mais que venait-il de se passer ? Etait-ce vraiment les retombées de sa chute ? A bien y réfléchir, il s'était senti plus faible, ces derniers mois. Comme si quelque chose puisait son énergie. Il avait tout le temps faim, tout le temps soif. Et ce n'était pas faute de se nourrir, pourtant. Et la fatigue l'accablait de plus en plus, ses muscles supportant de moins en moins l'effort physique. Mais Dean avait juste besoin de vacances. C'était juste ça. C'était tout. Cela faisait plus d'un an qu'il travaillait, sans prendre un jour de congé. Plus d'un an que les jours se répétaient, presque tous à l'identique. Plus d'un an que son frère et lui traquaient les Déviants, qu'ils rentraient chez eux, que Sam retrouvait Sarah qui l'attendait dans leur canapé, feuillant des magazines sur la maternité, que Dean sortait rendre visite à Bobby, que Cas venait régulièrement le voir à Lawrence. Plus d'un an qu'il n'avait pas quitté cette foutu ville.

Oui, il avait juste besoin de vacances, de prendre l'air. Pas la peine d'en faire tout une histoire. Il allait rentrer chez lui, se reposer et, dès demain, il allait demander à Jody de lui accorder quelques jours de congés. Et tout allait s'arranger.

Ils marchèrent en silence jusqu'à la voiture, la paume de Sam toujours lourdement posée sur l'épaule de Dean. Tout autour de lui semblait lent, trop lent, tandis que son cœur pulsait activement dans sa poitrine. Les enfants couraient au ralenti, les rires des parents traînaient en longueur, se déployant dans des bouffées enrouées. Sam, lui, ne semblait rien remarquer.

Mais, une fois arrivés au parking, tout sombra à nouveau, dégoulinant dans des traînées grises et noires.

– Sammy ! hurla alors Dean, brisant le silence assourdissant qui venait brusquement de les entourer.

L'asphalte s'effrita sous ses pieds et Dean tomba dans le vide. Il tenta de se retourner et cria de nouveau après son frère, le cherchant partout, n'importe où. Mais il n'y avait juste rien. Rien du tout. Le néant. Et Dean sombrait, encore et encore, le nom de son frère imprimé sur ses lèvres et l'oxygène quittant peu à peu son corps. Est-ce qu'il était en train de mourir ?

Non, pas comme ça, ça ne va pas ! Renvoie-le là-bas !

Cette voix… Il connaissait cette voix. Grave. Rauque. Avec un accent indéfinissable mais si particulier. Où l'avait-il entendu ? Qui était cet homme qui lui parlait, ainsi, au plus profond de sa conscience ?

– Dean ? Dean, tu vas bien ?

Dean hoqueta, aspira brutalement de l'air. Il était de nouveau là, le souffle court, perdu au milieu de ce parc. A ses côtés, Sam le regardait encore une fois avec ses yeux plissés, criant d'inquiétude. Il posa sa main sur l'épaule de son aîné, penchant sa tête sur le côté. Dean recula aussitôt. Mais qu'est-ce qu'il se passait, bordel ? Il venait tout juste de vivre cette scène, ce n'était pas normal. Rien de tout cela n'était normal.

Sam continuait à lui parler mais, dans sa voix, il y avait quelque chose de différent. Elle n'était pas humaine. Elle était brouillée. Artificielle. Est-ce qu'il rêvait encore ? Est-ce que tout cela n'était qu'un cauchemar ?

– D–Dean ? D-Dean, tu v–vas bien ?

L'aîné recula à nouveau, titubant avant de buter contre une branche qui reposait derrière-lui. En quelques secondes, il se retrouva à terre. Sam lui tendit sa main pour l'aider à se relever et, par réflexe, Dean s'apprêta à la saisir. Mais, bordel, son frère, sa main… Il y avait quelque chose de pas normal. Non. Dean avait beau essayer de la saisir, il n'y arrivait pas. Son putain de frère n'était pas palpable. Mais qu'est-ce que c'était que tout ce bordel ? Dean tenta plusieurs fois d'attraper le bras de son frère mais il n'y avait rien à faire : ses doigts passait à travers son frère, encore et toujours.

– Qu'est-ce que ? lâcha Dean. Qu'est-ce qu'il se passe, putain ? Qu'on m'explique ce qu'il se passe à la fin !

– Dean ? Dean, tu vas bien ? répéta le cadet, la tête penchée sur le côté.

– Tais-toi ! cracha Dean. Tais-toi, bordel, tais-toi ! Qu'est-ce qu'il se passe, là ?

– Dean ? Dean, tu v–vas b–bien ?

C'était trop. Sans plus attendre, Dean se redressa et se mit à courir. Sans un dernier regard à son frère, il s'élança. Il fallait qu'il parte de ce parc, qu'il fasse quelque chose, qu'il se réveille. Alors, Dean accéléra. Encore. Et encore. Et encore. Toujours plus vite. Toujours plus loin. Ses muscles le tiraillaient, mais il n'en avait rien à faire. Il courrait sans but, sans destination. Il ne savait plus où aller. Chez lui ? A l'hôpital ?

Il ne pouvait pas continuer ainsi. A bout de souffle, Dean finit par s'arrêter. Il scruta les alentours, tentant de savoir où sa course l'avait mené. Seulement, il était arrivé dans une rue de Lawrence qu'il ne connaissait pas. Et, encore une fois, ce n'était pas normal. Il les connaissait toutes, les rues de cette putain de ville. Cela faisait des années qu'il les parcourait. Ce n'était juste pas possible qu'il soit perdu dans cette ville où il avait grandi. Où est-ce qu'il venait d'atterrir, encore ? Tout cela ne devait être qu'un foutu rêve, un cauchemar. Il fallait qu'il se réveille.

Et il haletait. Il frissonnait. Il suffoquait. Il sombrait.

On l'arrachait de son propre corps.

Dean posa une main sur le mur d'un immeuble qui se dressait à ses côtés, tentant de reprendre son souffle. Seulement, chaque bouffée d'air se faisait de plus en plus cruelle, s'immisçant en lui dans une douleur empoisonnée. Il empoigna ses cheveux d'un mouvement brusque avant de laisser échapper un râle de frustration.

– Dites moi ce qu'il se passe, bon sang ! hurla-t-il ensuite. Dites-moi !

Seul son écho lui répondit.

Dean chercha alors un civil, quelqu'un, n'importe qui, pour lui dire où il était. Il fallait qu'il trouve l'hôpital, il ne pouvait pas rester ainsi. Mais la rue était vide. Alors, il marcha. Combien de temps ? Cinq minutes ? Dix minutes ? Une heure ? Il avait perdu tous ses repères. Il tournait en rond et la rue était sans fin. Et il n'y avait plus personne.

Il était seul. Complètement seul.

– Dean ? Dean, tu vas bien ?

Dean se retourna brusquement. Devant lui, se tenait de nouveau Sam. Il était de retour dans ce putain de parc.

On le perd de nouveau, Meg. Fais quelque chose, bon sang !

Dressé comme un piquet, Dean n'osait plus bouger. Autour de lui, la vie avait repris, doucement. Les mêmes enfants jouaient entre eux dans les mêmes éclats de rires innocents, les mêmes voitures bleues et grises glissaient sur la même route qui longeait le parc, à sa gauche. Tout suivait un même schéma, une même dynamique. Bleue. Bleue. Grise. Bleue. Tout était pareil. Bleue. Bleue. Grise. Bleue. Dean fronça les sourcils et chercha son arme, tâtonnant son pantalon. Bordel, il n'avait rien sur lui.

– Dean ? Dean, tu vas bien ?

Pourquoi étaient-ils venus ici, déjà ? Dean se mordit la lèvre. Angoissé. Paniqué. A ses côtés, Sam le regardait avec un air inquiet. Il posa une main sur son épaule, penchant sa tête sur le côté. Encore une fois. Encore une putain de fois.

– Dean ? Dean, tu vas bien ?

Des rires d'enfants à sa droite. Des voitures à sa gauche. Bleue. Bleue. Grise. Bleue. Dean passa ses mains sur son crâne, laissant ses doigts glisser entre ses cheveux. Bleue. Bleue. Grise. Bleue. Et Sam qui continuait à lui demander s'il allait bien. Toujours cette même question. En boucle. Sans jamais s'arrêter. Dean était à la limite de foutre son poing dans le visage de son petit-frère – si cette personne devant lui était bien Sammy. Il n'en était même plus sûr, à présent.

Dean devenait fou, il n'y avait pas d'autre explications.

Ouvre les yeux, Dean !

Cette voix. Encore cette voix. Elle ne le quittait pas. C'était à cause d'elle que tout avait commencé. Dean ferma les yeux, se souciant peu des interrogations de son frère, et tenta de faire le vide dans sa tête. Il devait savoir d'où venait cette voix. Ce n'était certainement pas celle de Sam, ni celle de son père ou encore même celle de Bobby. Celle de Cas était différente, elle aussi. Garth ? Chuck ? Ash ? Non, non et non. Et ce n'était aucun des autres résistants. Cela ne collait juste pas. Ce n'était pas là qu'il l'avait entendu. Dans un lieu humide, mais aussi une pièce, éclairée par des néons. Une conversation téléphonique.

C'est ce qu'il se passe, quand on fait un contrat avec un Déviant.

Subitement, l'air lui manqua à nouveau et le sol se déroba sous les pieds de l'agent, pour une énième fois, le faisant sombrer dans une toile faite d'un noir obscur et impénétrable. Dean fut de nouveau emporter dans une chute sans fin, enveloppé par ces ténèbres qui ne le lâchaient plus. Mais, cette fois, Dean se laissa faire. Si la mort voulait s'emparer de lui, qu'elle le fasse. Tant pis.

Quand, soudain, son corps se retrouva plaqué sur un matelas humide. Il ne tombait plus mais il était de nouveau prisonnier de son corps.

– C'est bon, on le tient, il est stable, lâcha subitement une voix féminine.

– Parfait, répondit une voix rauque. J'ai bien cru qu'on allait complètement le perdre.

Cette voix. Désormais, Dean ne la reconnaissait que trop bien. Crowley. C'était cette même voix qu'il entendait depuis le début. C'était la même, mais elle était pourtant différente. Elle était réelle. Elle n'était plus dans sa tête.

Alors, non sans difficulté, Dean ouvrit les yeux.

Il n'eut besoin que d'un coup d'œil pour reconnaître la pièce dans laquelle il se trouvait désormais. Il était de retour dans cette salle sombre recouverte d'écrans et de tintement. Il était revenu dans ce rêve étrange. Les deux ombres, elles, étaient encore là, s'activant autour de Dean. Il tenta de bouger, de réagir, mais il était complètement impuissant. Est-ce que tout cela était vraiment un rêve ? Ou bien avait-il été capturé par les Déviants ? Pourtant Crowley était censé être en prison, ce n'était pas possible. Dean essaya de nouveaux de se dégager. Ses bras réagirent légèrement et une douleur transperça soudainement son muscle. Il tourna légèrement sa tête sur le côté et vit l'aiguille qui était planté dans son bras, reliée à tube translucide où s'écoulaient quelques gouttes d'un liquide bleuté.

– Dean, souffla Crowley, arrête d'essayer de bouger, d'essayer de parler, ça ne sert à rien.

La femme soupira et se dirigea vers l'un des écrans de la pièce. Crowley se rapprocha doucement de Dean. Que lui voulait ce fils de Bot ? Si seulement il pouvait bouger, se dégager de là, réagir, faire quelque chose, lui foutre son poing dans sa gueule. Mais Dean, aussi pathétique qu'il était à cet instant, se contenta juste de cligner des yeux. Pathétique, oui.

– Tu as été mis dans ce coma artificiel depuis trop longtemps maintenant, tous tes muscles ne sont que du coton, il faut qu'on les réveille Dean. Ca va être douloureux, très douloureux, c'est un processus qui est censé prendre plusieurs mois mais on ne peut pas se permettre d'attendre si longtemps. Je ne souhaiterai même pas ça à mon pire ennemi mais on est obligé de passer par là. Tu comprends ?

Dean essaya de protester, mais cligna à nouveau ses paupières. Il ne pouvait rien faire d'autre. Ses bras se contractèrent, bougeant l'aiguille qui y était fermement planté. Tout était si douloureux, si difficile.

La femme se tourna ensuite vers eux, une aiguille dans les mains. Qu'est-ce qu'elle allait lui donner ? Qu'est-ce qu'ils allaient lui faire ? Les yeux de Dean s'écarquillèrent un peu plus. Non.

– N–non, begaya péniblement Dean.

Sa gorge le brulait, l'irritait. Mais Dean continuait à dire non, non, non. Il ne voulait pas de cette aiguille. Il fallait qu'il se réveille. Malgré la douleur, Dean arrivait à reprendre légèrement possession de son corps. Ses mouvements étaient fébriles mais Dean ne se sentait plus prisonnier, inerte. Mort.

– Arrête d'essayer de bouger, tu es en train de virer l'aiguille. Il t'en reste peut-être plus beaucoup mais toute ton énergie vient de ce truc bleu, là. Bon, Meg, tiens-le. Je vais d'abord lui donner un tranquillisant sinon on va finir par lui faire mal plutôt qu'autre chose, à ce train-là.

La jeune femme, Meg, posa ses mains sur le torse de Dean, tentant de l'immobiliser. Une simple pression lui suffit pour contrôler tout son corps. Bordel, il était si faible. Crowley se dirigea vers une armoire et y sortit un flacon transparent. Il se rapprocha d'eux et la femme lui tendit une aiguille. Le terroriste la planta dans le flacon, récupérant son contenu, avant de la sortir et de l'insérer dans une poche suspendue au-dessus de Dean. Et, quelques minutes plus tard, le Winchester se sentit calme. Incroyablement calme.

– Voilà, l'écureuil, comme ça, c'est bien… Je vais te donner deux-trois informations avant de te donner l'autre médicament, car tu es bien trop paniqué à mon goût.

Meg laissa échapper un rictus avant de retourner sur son écran. Elle semblait si légère, si fluide. La voix de Crowley parvint à nouveau dans les oreilles de Dean. Ce dernier plongea à nouveau son regard dans les prunelles vertes du terroriste. Pourquoi étaient-elles vertes, d'ailleurs ? C'était lui qui avait des yeux verts, pas des Déviants qui ne pensaient qu'à leur propre personne.

– Dean. Dean, écoutes-moi. Tu as été capturé par Zachariah et ses Bots pendant la mission de janvier 2138. Il t'a amené ici et t'a plongé dans un coma, dans une autre réalité, depuis deux ans et quatre mois. Il se servait de toi pour avoir des informations. Dean, est-ce que tu comprends ce que je veux dire ?

Qu'est-ce que c'était que cette connerie ? Ce n'était pas vrai. Ce n'était pas cela, la réalité. Dean jeta un coup d'œil aux écrans qui les entouraient. Il y reconnaissait ce fameux parc, où les enfants riaient de bons cœurs, innocents et naïfs. D'autres écrans affichaient son appartement, sa chambre, son bureau et même ce bar où il s'était rendu de nombreuses fois avec Cas. C'était cela, sa vie. Elle était à Lawrence, dans cet appartement, avec Sam, avec Sarah dont le ventre s'arrondissait à vue d'œil. Avec Bobby qui avait repris le boulot et qui se rapprochait beaucoup d'Ellen. Avec Jo qui se plaisait finalement à Wabaunsee et qui y avait trouvé un partenaire – un certain Matt. Avec Cas qui venait les voir. Le voir. Il était bien là-bas. Crowley devait mentir. Il était obligé. De toute façon, il était un terroriste et avait déjà prouvé qu'il avait un talent pour tromper les autres. Tout cela n'était qu'une invention, qu'un discours inventé de toutes pièces. Cela ne pouvait en être autrement.

Et pourtant.

Et pourtant, Dean ne pouvait s'empêcher de penser que ce que lui disait Crowley semblait si logique, même si tout avait semblé si réel. Puisque tout se passait trop bien, là-bas. Puisque Sam et lui travaillaient enfin ensemble. Puisque Cas et lui… Cas et lui étaient proches. Cas l'avait pardonné. Cas l'avait compris. Puisque Dean ne se posait plus de questions, acceptait toute la connerie que voulait lui ingurgiter le gouvernement et n'était devenu qu'un énième pion sur cet immense échiquier qu'était la Division du Kansas. Puisqu'il avait même oublié l'Impala, sa musique, ses principes.

Puisque, dans ce monde, Dean était heureux.

D'un coup, tout devint clair, limpide. Dean comprit. Et, bordel, ce fils de Bot ne mentait pas.

Il plongea de nouveau son regard dans celui de Crowley, soudainement happé par la réalité qui le plaqua un peu plus contre ce foutu matelas moite. Ce dernier lui lança un regard qui se voulait compatissant, tandis que Meg se mit à taper sur l'écran de l'ordinateur, entrant des données que Dean n'arrivait pas à comprendre. Et, dans un souffle, le terroriste termina son explication :

– Dean, nous sommes en avril 2140. »


Fin de la première partie


Musique : Where is everybody? - Nine Inch Nails (quand il court partout~ J'ai écris cette scène avec cette musique en boucle tellement elle collait bien à l'univers que je voulais décrire)

Notes de l'auteur : Eeeeet voilà. J'espère que vous avez apprécié ce dernier chaptre de cette première partie. Je rédige toujours la seconde. Elle sera publiée dès qu'elle sera entièrement écrite et corrigée. Je vous tiendrai au courant de mon avancée dans mon profil, pour celles qui veulent savoir où en est la rédaction.

Aujourd'hui, je ne peux pas donner de date précise quant à la reprise de la publication. Une chose est sûre : dès que la seconde partie entrera en phase de correction, je publierai un petit interlude.

Et n'hésitez pas à laisser une review si vous avez apprécié cette histoire ! Je vais maintenant entrer dans une phase d'écriture et vos petits messages sont des véritables doses d'énergies quand j'ai des petits coup de mou.

Merci à tout le monde et à bientôt !