Ce chapitre est long, mais je crois qu'il en vaut la peine. Je l'ai réécris environ cinq fois avant d'être satisfaite, et encore là j'ai des doutes, mais je ne peux pas faire mieux, alors ne soyez pas trop sévère svp! Encore une fois merci pour vos reviews, c'est super encourageant de lire vos commentaires!

Disclaimer : L'univers et les personnages de House appartiennet à la Fox et à NBC Universal. Mais ils sont si fantastiques que je n'ai pas résisté à l'envie de jouer avec eux un peu…

Chapitre 10: De l'or véritable

À 7h30 jeudi matin, House donna un solide coup de poing sur son réveille-matin pour le faire taire. Il balança ses jambes en bas du lit, résolut à se lever, lorsqu'il remarqua l'odeur qui flottait dans son appartement : un mélange de café et de pain rôti. Pour lui qui mangeait rarement autre chose que des céréales pour déjeuner et qui prenait souvent son premier café en arrivant au travail, c'était assez inhabituel. Il se leva et se dirigea lentement vers la cuisine, encore un peu endormi. Cuddy se tenait dos à lui devant le comptoir de la cuisine, n'ayant pas remarqué sa présence. Il était toujours surpris de remarquer à quel point elle était petite lorsqu'elle n'avait pas ses talons hauts. Elle portait en guise de pyjama des pantalons rayés qui lui arrivaient un peu en bas du genou avec une camisole blanche à fines bretelles spaghetti. Ses cheveux étaient noués en une queue de cheval de laquelle s'échappaient des petites mèches frisés. En tartinant ses toasts, elle fredonnait faiblement une chanson en balançant un peu la tête. Bon, House devait admettre qu'il était moins désagréable qu'il avait cru de partager sa routine matinale avec Cuddy, qui semblait donner vie à la cuisine avec sa simple présence. La perspective de retrouver une scène semblable tous les matins dans sa cuisine lui semblait même plutôt favorable, pour être parfaitement honnête. Cuddy, qui avait fini de tartiner ses toasts, se tourna pour aller s'asseoir à la table de la cuisine et sursauta lorsqu'elle vit House debout dans le cadrage de la porte qui l'observait.

-Ah, vous êtes réveillé, je ne savais pas.

-Il y a du café de fait? demanda House pour toute réponse.

-Oui, dit-elle en s'asseyant à la table. Vous m'aviez dit de me servir, alors c'est ce que j'ai fait.

Il hocha simplement la tête en guise d'approbation, se versant un café. Il ramassa la boîte de céréales dans l'armoire et le contenant de lait dans le réfrigérateur avant d'aller s'asseoir lui aussi à table, en face de Cuddy.

-Vous voyez, dit-elle fièrement entre deux bouchés de toasts alors que House engloutissait ses céréales, ce matin, nous ne serons pas en retard au travail, ni vous, ni moi. Juste pour avoir la satisfaction de vous voir entrer au travail à l'heure, ça valait le coup de dormir sur votre canapé et d'avoir des maux de dos ce matin.

Effectivement, ils arrivèrent à l'heure au travail ce matin-là, peut-être même un peu en avance. House passa d'abord par le bureau de Cuddy comme son nouvel état matrimonial l'exigeait et fila ensuite vers le bureau de Wilson, priant qu'il n'ait pas de patients avec lui. Par chance, Wilson était seul. Il ne lui dit même pas bonjour en entrant, se contentant d'aller s'allonger sur le divan de Wilson, fermant aussitôt les yeux, faisant mine de dormir.

-Bonjour toi aussi, dit Wilson. Si je comprends bien, tu n'as pas eu beaucoup de sommeil cette nuit. Est-ce que Madame House serait trop exigeante au lit?

House saisit un coussin sur le divan et le lança de toutes ses forces à la tête de Wilson, qui l'évita de justesse.

-Ha ah, très drôle. Je ne sais pas si tu as remarqué l'heure qu'il est, mais pour ton information, il est beaucoup trop tôt pour que je sois déjà au travail.

Wilson jeta un coup d'œil à sa montre et du admettre que de la part de House, le seul fait d'être debout à cette heure-ci relevait de l'exploit.

-Wow, siffla-t-il, je suis vraiment étonné : Cuddy a réussit à dompter l'indomptable. Comment elle s'y ait pris, des récompenses, des menaces?

-Tu vas la fermer à la fin? !, s'impatienta House, n'étant pas d'humeur pour les plaisanteries de Wilson. Je suis venu ici pour dormir, pas pour me faire casser les pieds.

Et il referma les yeux, bien décidé à reprendre les heures de sommeil qui lui avait été enlevées.

-Avant ta sieste, reprit Wilson plus sérieusement, il faut que je te dise : samedi, il y aura une fête dans la plus grande salle de repos, celle du département de pédiatrie.

-En quel honneur? demanda House sans ouvrir les yeux. Si c'est une levée de fond pour permettre à Chase de s'acheter des nouvelles chemises et des cravates qui ne ressemblent pas aux horreurs qu'il porte habituellement, je suis partant.

-Malheureusement, tu devras supporter de voir ses fringues de mauvais goût encore longtemps, car ce n'est pas pour ça.

-Pourquoi est-ce que tu me parles de ça de toute façon? Tu sais bien que je ne vais pratiquement jamais aux fêtes données à l'hôpital, alors en quoi est-ce que ça me concerne?

-Je dirais que ça te concerne dans la mesure où après demain il y aura une fête donnée en l'honneur de Monsieur et Madame House et que ça serait bien que tu y sois.

-Quoi?! s'exclama House en se redressant brusquement sur le sofa. Ils donnent une fête pour célébrer notre mariage?

-Il me semble que oui, confirma Wilson en riant. Smith a fait circuler un mémo ce matin même pour inviter tout le personnel au cocktail qui sera donné pour souligner votre union, samedi soir à 6h00.

-Mais de quoi est-ce que tout le monde se mêle bordel?! s'insurgea House. Quand Jacobs du département d'oncologie s'est marié avec cette chirurgienne cardiaque l'année passée, personne ne leur a fait de cocktail à eux à ce que je sache. Pourquoi il faut que Smith veuille à tout prix en organiser un pour moi et Cuddy?

-C'est différent, expliqua patiemment Wilson comme s'il parlait à un enfant de quatre ans. Tu ne t'es pas marié avec une chirurgienne que personne ne connaît, tu t'es marié avec la doyenne de cet hôpital, une femme importante que tout le personnel respecte et admire. Je t'apprends peut-être quelque chose, mais ta femme mon vieux, ce n'est pas n'importe qui. Et même si tu es un sale fils de pute, ta renommée produit encore un effet impressionnant sur les gens. C'est donc normal que Smith et le reste de l'assemblée désirent organiser un petit quelque chose pour vous féliciter, tu ne penses pas?

-Nous féliciter de quoi? De s'être envoyé une quantité impressionnante d'alcool avant d'aligner les mots « oui, je le veux » l'un en arrière de l'autre sans même se rappeler les avoir prononcés? Je suis d'accord, c'est vraiment quelque chose qu'il faut souligner, ironisa House, toujours furieux à propos du cocktail.

-Ce n'est pas cette version là que Smith et le reste du personnel connaissent, dieu merci. Je crois qu'ils ont tous interprété votre union comme une histoire très romantique : le médecin brillant et la doyenne influente, entretenant une passion secrète depuis longtemps et décidant de partir seuls tous les deux pour aller officialiser leur amour à l'autre bout du pays. C'est digne d'un scénario de film. Ils ont fait de vous le couple de puissance de Princeton Plainsborough.

House avait peine à croire ce qu'il entendait. Il était difficile de croire que leur histoire ait pu être interprétée de la sorte alors que lui-même connaissait les détails les moins reluisants de l'affaire. Il n'avait aucune envie de passer une soirée à serrer la main d'une foule de personnes qui serait là pour lécher les bottes de la doyenne. Il se demanda si Cuddy avait pris connaissance du mémo et ce qu'elle en pensait. Il eut envie de descendre à son bureau pour aller vérifier par lui-même, mais se ravisa. Il aurait bien le temps de lui en parler ce soir lorsqu'ils rentreraient à son appartement. Quelques étages plus bas, Cuddy venait d'ouvrir ces e-mails et de voir le mémo que Smith avait fait circuler. Elle était flattée que tout le monde veuille les féliciter, mais étant donné les vrais circonstances de leur mariage, elle voyait plutôt ce rassemblement comme une célébration hypocrite. Honnêtement, elle s'en serait passée et elle pouvait certifier que House penserait la même chose. Pour cette occasion particulière, ils devraient avoir l'air vraiment amoureux l'un de l'autre car c'est cette attitude à laquelle s'attendrait tout le monde, et elle n'était pas sûre jusqu'à quel point ils pourraient jouer la comédie. Il était facile de venir travailler le matin ensemble et de repartir ensemble le soir, de se tutoyer en public (bien qu'étrangement, ils se vouvoyaient encore lorsqu'ils étaient seuls), de marcher ensemble jusqu'au bureau de Cuddy le matin, ce qu'ils faisaient déjà. Ces moments dans leur rôle de mari et femme n'étaient jamais très long, une soirée entière constituerait par contre un tout autre défi. Elle tenta de repousser ces pensées et ses inquiétudes pour le moment car elle avait beaucoup de travail qui devait être fait avant la fin de la journée.

House ne put quitter son bureau avant 5h45, le cas difficile d'un patient l'ayant retenu un bon moment, ce qui permit à Cuddy de prendre de l'avance sur sa charge de travail pour le lendemain. Elle ne fut cependant pas mécontente de le voir arriver à la fin de la journée, pouvant enfin laisser le boulot de côté pour aller remplir son estomac qui criait famine depuis des heures déjà. Lui aussi était affamé, ils arrêtèrent donc sur le chemin pour acheter des mets chinois qu'ils dévorèrent une fois rentré chez lui. Après avoir fini leur repas, Cuddy se leva pour débarrasser la table tandis que House alla se laisser tomber sur le sofa, repus. Lorsqu'elle tendit la main pour ramasser les cartons vides, la bague de mariage de Cuddy glissa hors de son doigt et roula par terre jusqu'à la table basse du salon avant de s'immobiliser. House, qui avait entendu le bruit métallique, se pencha pour voir ce qui avait roulé jusqu'à lui et ramassa la bague de Cuddy.

-C'est votre jonc de mariage? demanda-t-il alors que Cuddy s'approchait de lui pour la récupérer.

Il ne l'avait jamais observé de près, la seule fois qu'il l'avait tenu dans ses mains étant pendant la cérémonie de mariage de laquelle il n'avait pratiquement aucun souvenir. C'était un simple anneau très semblable au sien, avec le même motif en son centre, sauf qu'elle était moins large que la sienne. En somme, c'était plutôt simple pour une bague de mariage.

-Oui, répondit Cuddy en tendant la main gauche pour la reprendre. Elle est trop grande pour moi, parfois elle glisse et tombe de mon doigt.

House déposa la bague dans la main gauche de Cuddy mais remarqua que son annulaire, à l'endroit où s'était trouvée la bague quelques secondes plus tôt, était d'une couleur verdâtre.

-Qu'est-ce que c'est que ça? demanda-t-il en pointant l'endroit où sa peau avait pris une drôle de couleur.

-Oh ça. Les alliages qui ne sont pas composés d'or ou d'argent ternissent au contact de l'acidité de ma peau, ce qui lui donne une coloration verte. Ça me fait ça depuis que je suis toute petite.

-Décidément, je me suis fait arnaquer quand j'ai payé cette bague. Je croyais que c'était de l'or blanc.

-Apparemment que non. Je doute que la vôtre soit en or blanc si celle-ci ne l'est pas.

House retira sa propre bague, qu'il n'avait pas enlevée depuis le jour où il l'avait mis. Il s'aperçut que lui aussi arborait une marque verdâtre.

-Sales voleurs, siffla-t-il entre ses dents.

Cuddy retourna vers la cuisine pour continuer de nettoyer les vestiges du souper.

-Ne vous en faites pas, avec un peu de savon, ça s'en va, dit-elle depuis la cuisine. D'ailleurs, il va falloir que je tache de faire disparaître ce foutu cerne avant samedi soir, ajouta-t-elle plus bas, plus pour elle-même que pour House.

-Et pourquoi ça? demanda-t-il depuis le cadrage de la cuisine.

Elle sursauta, ne sachant pas qu'il l'avait suivie jusqu'à la cuisine.

-Parce que, répondit-elle lentement, sachant qu'elle allait aborder un sujet qui ne plairait pas à House, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais samedi soir, Smith s'est mis en tête de célébrer notre mariage.

-Oui, Wilson, que ce genre de potin excite au plus au point, m'en a parlé ce matin Mais qu'est-ce que le cerne vert sur votre doigt vient faire là-dedans?

-Rien, dit Cuddy plus bas en se retournant vers l'évier pour laver les assiettes mais beaucoup plus pour éviter le regard de House. C'est juste que je sais très bien que, comme à toutes les fois qu'une femme se marie, toutes les autres femmes se ruent pour voir la « fameuse » bague de mariage. Elles viendront me féliciter et la première chose qu'elles feront, c'est prendre ma main pour voir à quoi ressemble ma bague. Alors, je me disais que je ferais bien de nettoyer ce cerne pour au moins leur faire croire que c'est réellement de l'or blanc.

-J'ai de la chance, je ne crois pas que les hommes présents samedi soir se mettront en ligue pour regarder mon jonc, dit House.

-C'est un des avantages d'être un homme j'imagine, dit Cuddy d'une voix sans joie.

House retourna s'asseoir au salon, repensant à ce que Cuddy venait de lui dire à propos de la « fameuse » bague. Elle avait parlé d'une voix éteinte, et House pensait savoir pourquoi : elle n'avait certainement pas imaginé, quand elle rêvait au jour où elle était pour être mariée, qu'elle serait gênée de montrer sa bague à tout le monde à cause qu'elle serait quelconque et de basse qualité, en plus d'être trop grande pour elle. Probablement que dans ses rêves, Cuddy s'étaient imaginé marier un grand type séduisant et romantique qui lui achèterait LA bague la plus splendide qui soit et que toutes les autres femmes regarderaient son mari et son jonc de mariage avec convoitise. House était d'avis que Cuddy était une personne qui méritait tout ça, mais il était aussi conscient qu'en épousant Cuddy, il ne lui avait offert ni l'un ni l'autre.

Il soupira, songeant que les femmes accordaient beaucoup trop d'importance à de tels détails. Sa propre grand-mère House, un peu avant de mourir, lui avait remis sa bague de mariage, en lui faisant promettre de l'offrir à la femme qui le comblerait. À l'époque, il n'était encore qu'un adolescent, mais il était le seul descendant de la famille House. Il avait donc pris la bague et ne s'en était jamais défait, beaucoup plus par amour pour sa grand-mère que dans l'espoir de la donner à la femme qu'il épouserait, car déjà à ce moment là il voyait le mariage d'un mauvais œil. Il n'avait pas parlé de la bague à Stacy, de peur que celle-ci ne l'interprète comme une demande en mariage. À par ses propres parents, seul Wilson était au courant de l'existence de cette bague.

Il se leva et se dirigea vers sa chambre. Une fois entré, il ouvrit le dernier tiroir de sa commode et du enlever une pile de chandails rangés là à la hâte avant de parvenir à atteindre ce qu'il cherchait, complètement au fond. Il mit finalement la main sur un petit coffret noir abîmé qui contenait la bague de sa grand-mère. Quand il l'ouvrit, il fut surpris de constater que la bague était plus belle encore que dans son souvenir (il faut dire qu'il n'y avait pas jeté un coup d'œil depuis des années). C'était une bague à la fois simple mais aussi très élégante. La bande d'or jaune, de l'or véritable, se séparait en deux brins au centre, créant ainsi une cavité ayant la forme d'une larme. Dans la cavité étaient incrustés trois petits diamants un à l'arrière de l'autre. Mais ce qui faisait que cette bague attirait vraiment le regard, c'était le petit saphir d'un bleu éclatant qu'on avait déposé dans la partie ronde de la larme.

House imagina pendant une fraction de seconde cette bague au doigt de Cuddy avant qu'il ne se force à chasser une telle image de sa tête. «Je ne vais quand même pas lui offrir la bague de ma grand-mère! Nous ne sommes pas réellement mari et femme. Qu'est-ce que ça peut bien me faire qu'elle se balade avec un truc moche au doigt? C'est une situation temporaire, de toute façon! » raisonna-t-il avant de refermer le coffret qui contenait la bague. Il la remit sur sa commode, sans toutefois le ranger dans le tiroir du bas, et quitta sa chambre en direction du salon.

Au salon, il se laissa tomber à l'extrémité libre de la causeuse, Cuddy occupant déjà l'autre bout. Elle regardait des reprises de Friends à la télé et ne détourna pas son attention du téléviseur avant que l'épisode ait pris fin.

-À propos de samedi soir, dit Cuddy en se retournant finalement vers lui après avoir baisser le volume du téléviseur. On ne s'en n'ai pas encore parlé, mais je crois qu'il va falloir faire notre possible pour-

-Paraître comme le couple le plus heureux du monde? coupa-t-il d'un ton grognon.

-Oui, finit-elle. Vous savez, il y aura beaucoup de membres du personnel et ils s'attendront tous à ce que nous soyons très attendris l'un envers l'autre. Alors je ne voudrais pas vous mettre la pression, mais samedi soir je vous serais reconnaissante de ne pas faire de commentaires à haute voix sur mon corps ou de blagues de mauvais goût sur nos prétendus ébats amoureux, encore moins de flirter avec une autre femme.

Pendant qu'elle parlait, House avait fixé son regard sur sa main gauche, plus particulièrement sur la bague de mariage de piètre qualité. Il ne pouvait s'empêcher de penser au merveilleux bijou qui reposait sur la commode de sa chambre, à la fierté que Cuddy éprouverait en montrant la bague à tout le monde pendant la fête du surlendemain. Tout à coup, il se sentit presque coupable d'obliger Cuddy à porter un jonc de pacotille. De façon générale, House se fichait éperdument des états d'âme des autres, chose que Stacy lui avait reprochée maintes fois pendant leur relation. Par contre en ce moment précis, il se sentait responsable de cette femme qui n'était pas à proprement parler la sienne, comme si maintenant le bonheur de Cuddy était quelque chose qu'il devait protéger. Jamais auparavant il n'avait ressenti une telle obligation envers personne, pas même Stacy.

-House? s'exclama Cuddy, voyant que House était perdu dans ses pensées. Vous avez entendu ce que j'ai dit?

-Oui, répondit celui-ci en reprenant le fil de la conversation. Je vais faire ce que je pourrai, promit-il sans grande conviction.

De la part de House, c'était suffisant, aussi Cuddy n'insista pas plus. Le reste de la soirée se déroula dans le calme, passée devant la télévision à regarder les vieilles émissions de Friends en boucle. Après la quatrième émission, House décida qu'il était temps pour lui d'aller se coucher, car avec Cuddy dans la maison, il se lèverait tôt le lendemain matin.

Le vendredi matin, House se réveilla avant que son réveille-matin ne sonne. Il resta étendu sur le dos, les yeux grands ouverts, fixés au plafond. Ses pensées se posèrent, bien malgré lui, sur la bague de sa grand-mère House et comme la veille, une sensation de culpabilité se fit sentir. Il soupira, réalisant qu'il ne retrouverait sa paix d'esprit que s'il offrait la bague à Cuddy. Cependant, il fit de son mieux pour trouver une multitude d'excuses pour justifier un tel geste : d'abord, il se dit que ce n'était que pour quelques semaines, que quand le divorce serait prononcé Cuddy allait retirer cette bague de son doigt et qu'il pourrait l'oublier pour une autre vingtaine d'années au fond d'un tiroir. Il se dit aussi que s'il le faisait, c'était surtout dans le but de rendre toute cette mascarade la plus convaincante possible, car après tout leur job était en jeu. Pour être certain d'être absolument convaincu de ses motivations, il songea finalement que de toute façon, comme il n'avait pas l'intention de se remarier, ce ne serait pas une grosse perte de donner la bague à Cuddy. Pas une fois pendant son raisonnement il se permit d'écouter son cœur, qui lui criait du fond de sa poitrine que le simple fait de faire plaisir à Cuddy constituait un motif valable de lui donner le bijou. Satisfait des raisons qu'il avait trouvées pour minimiser l'importance de son geste, il se leva enfin et se dirigea vers sa commode. Il enleva la bague de son coffret, songeant que celui-ci faisait trop du genre demande-en-mariage, et se contenta de la tenir au creux de son poing, qu'il enfonça dans sa poche. Il quitta ensuite sa chambre en direction de la cuisine.

Comme le matin précédent, il y trouva Cuddy et une cafetière à moitié pleine. Elle était déjà en train de manger, assise à la table de la cuisine, la section « affaires » du journal ouverte devant elle. Il se versa un café puis pris place devant elle, amenant avec lui sa boîte de céréales, la bague cognant contre sa cuisse à chaque enjambée.

-Vous êtes debout tôt ce matin. Est-ce que mes bonnes habitudes ont déjà commencées à déteindre sur vous? demanda-t-elle en levant les yeux de son journal.

-Se lever tôt n'est pas une bonne habitude, c'est une forme de masochiste, alors arrêtez de délirer et passez-moi plutôt les bandes dessinées.

Cuddy esquissa un demi-sourire puis lui tendit les pages du journal qu'il voulait. Elle le regarda manger ses céréales Lucky Charms, complètement absorbé par les bandes dessinées qu'il lisait. Parfois, House avait vraiment l'air d'un enfant de quarante quelques années et pour être honnête, Cuddy trouvait cela assez charmant.

House ne savait pas très bien comment donner la bague à Cuddy sans paraître y accorder trop d'importance ni faire cliché. Il se décida pour une approche subtile.

-Alors, dit-il tandis que Cuddy était toujours plongée dans la lecture du journal, vous avez nettoyé ce cerne vert sur votre doigt?

-Bien sûre que oui, répondit-elle sans lever les yeux. La bague est toujours trop grande, mais au moins le cerne n'y est plus.

-Vous n'avez pas à vous plaindre, s'exclama alors House en plongeant sa main gauche dans sa poche. Au moins la bague réussit à entrer dans votre doigt alors que la mienne me fait souffrir tellement elle est trop petite pour moi! mentit House.

Il s'attendait à ce qu'elle lève enfin les yeux de son journal pour voir si sa plainte était réellement fondée, et c'est en effet ce qu'elle fit. Comme House avait toujours la main gauche dans sa poche, elle fronça les sourcils.

-Je n'avais pas remarqué. Montrez-moi, demanda-t-elle simplement.

D'un geste théâtral, il retira sa main de sa poche en disant :

-Vous voyez bien que cette bague n'est pas de la bonne grandeur!

Il leva sa main gauche à la hauteur des yeux de Cuddy. Il avait placé la bague au bout de son annulaire gauche, sa petite taille l'empêchant d'aller plus loin que sa première phalange. Cuddy regarda la bague et comprit que House l'avait fait marcher et qu'en réalité elle lui était destinée. Elle ouvrit de grands yeux ronds et entrouvrit la bouche, incapable de bouger ou de formuler quoi que ce soit de cohérent.

-House, elle est…elle est…

Voyant que la bague plaisait à Cuddy, House dut faire un effort incroyable pour ne pas sourire d'une oreille à l'autre, fier de l'effet produit. La bague, que Cuddy n'avait cessé de fixer, était toujours au bout de son annulaire gauche, étincelante. Cuddy cessa de la regarder un instant et fixa House, réalisant que ses yeux étaient d'un bleu aussi intense que le saphir au milieu de la bague et qu'ils brillaient d'un éclat comparable.

-Vous allez la prendre ou bien vous n'avez pas encore pigé que cette bague n'est pas réellement pour moi? dit House alors que Cuddy n'avait toujours pas bougé.

Elle sembla reprendre vie, retirant l'ancienne bague de son doigt hâtivement avant de la déposer sur la table. Puis elle tendit la main pour retirer la bague du doigt de House. Leurs doigts s'effleurèrent. Elle glissa finalement la bague dans son propre doigt. La grandeur était bonne cette fois. Elle admira pendant quelques secondes l'effet que la bague produisait à sa main puis releva la tête vers House.

-Elle est vraiment parfaite, dit-elle enfin à demi-voix. Vous n'étiez pas obligé d'acheter… l'autre faisait l'affaire…

-Ne vous répandez pas en remerciements, coupa House, soudain mal à l'aise face à l'émoi qu'il avait causé. Je n'ai pas dépensé un sou, je l'avais qui traînait là et je me suis dit qu'elle vous plairait sans doute plus que l'autre. Et comme il faut à tout prix que ce mariage ait l'air vrai, je ne pouvais pas vous laisser aller à cette fichue soirée avec l'ancienne, n'importe quel idiot aurait vu que cette bague était une véritable plaisanterie.

-En tout cas, peu importe la raison pour laquelle vous avez fait ça…merci beaucoup, dit-elle avec un sourire reconnaissant.

Elle avait envie de le serrer dans ses bras pour le remercier, car elle avait l'impression qu'elle ne pourrait exprimer ce qu'elle ressentait seulement avec des mots. Mais elle savait que House n'aimait pas les démonstrations d'affection ni qu'on le touche, alors elle se retint, reportant son attention sur la bague à la place.

Après avoir fini de manger leur petit déjeuner et avoir bu leur café, ils prirent le chemin du travail. Dans l'auto, House remarqua que Cuddy jetait fréquemment des regards à sa main gauche, qu'elle avait déposée bien en évidence sur sa cuisse.

-Vous, vous n'avez pas de nouvelle bague, dit soudainement Cuddy.

C'était une constatation. Elle avait tellement été stupéfaite plus tôt quand House lui avait remis la nouvelle bague qu'elle n'avait pas réalisé que House avait toujours son jonc original au doigt.

-Non, dit-il en jetant un regard sur sa propre main sur le volant. Je ne possède pas d'autre bague qui soit de ma taille. Mais pour le peu de temps dont j'en aurai besoin, celle-ci fera l'affaire.

Cuddy reporta encore une fois son attention sur son annulaire gauche, se demandant où il avait pu dénicher une bague pareil; peu de personne avait chez elle un tel bijou qui « traînait par là », comme il avait dit plus tôt. Elle savait très bien que même en pressant House de questions, elle n'était sans doute pas pour recevoir une réponse sérieuse, alors elle s'en abstint, restant plutôt silencieuse jusqu'à la fin du trajet.