Chapitre 10: libre
Au fil des heures, Matt devenait de plus en plus conscient, prenant davantage en compte son environnement proche. Il préférait garder les yeux fermés, il essayait de passer pour endormi, bien que personne n'avait été dupé par cette espèce d'illusion qu'il s'était créée. Il ne voulait pas de ce monde fait de blanc et de bruits qu'il ne reconnaissait pas, il ne voulait pas se retrouver à nouveau en face d'Oleg ou de l'un de ses sbires. Lorsqu'il entendait le moindre bruit, il sentait son cœur se serrer et battre plus rapidement, sa respiration devenait un peu plus saccadée et cela n'échappait pas à Kelly ou à Sonia, l'infirmière qui s'occupait de lui. Alors, pour le détendre un peu, elle lui parlait, elle lui expliquait son moindre geste, et c'était ce qu'elle faisait pour chaque patient qu'elle avait à sa charge. Mais Matt n'était pas un patient ordinaire, elle le savait. Ce n'était pas tous les jours que l'on affrontait une situation pareille. Lorsque Kelly avait quitté la chambre à cause de la fin des heures de visites, lorsque les infirmiers et les médecins ne se trouvaient pas dans la chambre, Matt s'accordait tout de même le luxe d'ouvrir ses yeux bleus. Il n'aimait pas ce qu'il voyait, mais être dans le noir le plus total, plongé comme dans un épais brouillard l'effrayait encore plus que cette petite pièce blanche. De son point de vue, elle semblait plus grande que la cage noire et moisie dans laquelle il s'était retrouvé enfermé précédemment. C'était un environnement stressant duquel il voulait s'enfuir, et pourtant, il savait qu'il n'en avait pas encore la force. Doucement, il bougeait ses doigts, serrait ses poings, il regagnait petit à petit cette force qu'il avait perdu en quelques jours, affaibli par le manque d'eau, de nourriture, par la torture et l'infection qu'il avait contractée. Sonia avait expliqué à sa remplaçante, Serena, le cas de Matt, lui donnant le moindre détail pour calmer ses peurs. Elles avaient tous les deux l'expérience nécessaire pour reconnaître une personne endormie d'un personne parfaitement éveillée mais qui faisait semblant. C'était l'une de leurs forces, et c'était aussi pour cela qu'elles étaient toutes les deux chefs du personnel infirmier des soins intensifs. Toujours allongé dans ce lit chaud et confortable, un masque à oxygène sur le visage et la partie droit de son corps un peu plus élevée que la partie gauche, il se tendit lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir. Personne n'avait frappé avant d'entrer, et intérieurement, il commença à paniquer. Il n'y avait qu'Oleg et ses hommes pour entrer dans toquer. Il sentit quelqu'un approcher, sa démarche semblait différente de celles qu'il avait pu entendre depuis qu'il était dans cette pièce blanche. Ce n'était pas une des deux infirmières qu'il avait laissé s'approcher de lui, ce n'était pas Kelly. Ce n'était pas quelqu'un qu'il reconnaissait. Comme d'habitude, il fit semblant de se reposer, espérant faire partir cette personne, mais elle continua d'approcher. Il la sentit près de lui, il sentit son cœur se serrer et battre plus fort, il sentit sa respiration presque se couper tant la peur et l'inquiétude l'envahissaient. La personne commença alors à passer ses doigts et ses mains sur ses bras. Elle semblait être un homme. Il voulait ouvrir les yeux, crier, et frapper cet inconnu pour enfin s'enfuir, mais en avait-il seulement la force ? Il décida de ne rien faire, le laissant le triturer de partout, laissant toutes sortes d'émotions et de sentiments le pénétrer. Il avait trop peur. Ce ne fut que lorsqu'il sentit une vive douleur dans son dos qu'il se mit à réagir. Il étouffa un cri d'agonie, mais ouvrit promptement les yeux pour lui faire face. C'était bel et bien un homme, un très jeune infirmier qu'il n'avait jamais rencontré auparavant. Il semblait surpris de voir Matt réveillé. Mais il n'eut pas le temps de bouger un seul millimètre de plus. Matt, toujours allongé dans ce lit avec les nombreuses intraveineuses, le moniteur et le masque à oxygène en place, lui dégotta un énorme coup de poing venu d'on ne sait où en plein visage. L'infirmier tomba alors à la renverse et cogna sa tête sur le sol, perdant connaissance par la même occasion. Regardant ses mains, surpris par la force qu'il venait de rassembler, il fallait qu'il sorte de cet endroit, et le plus vite serait le mieux. Il avait toujours peur, mais moins que lorsque cet infirmier le triturait. Malgré sa respiration toujours saccadée, malgré la douleur qui remontait le long de sa colonne vertébrale, il arracha de ses mains tremblantes chaque intraveineuse qui lui piquait les bras, il déconnecta les trois patchs du moniteur cardiaque, il fit glisser délicatement le masque à oxygène pour le poser sur le lit, il retira dans une quinte de toux le long et fin tube passant par sa narine. Difficilement, il se mit debout, tentant de trouver un équilibre fragile, puis un pas après l'autre, il se dirigea vers la porte de la chambre. Ses poumons avaient très vite recommencé à lui brûler la poitrine après avoir retiré le masque, il sentait la sueur couler depuis son front et longer son dos. C'était une douleur atroce, mais elle était nécessaire pour s'échapper, il ne pouvait pas rester, il ne pouvait plus et ne voulait plus. Il attrapa enfin la poignée, l'actionnant pour ouvrir la porte. De nombreux bruits inhabituels lui parvinrent aux oreilles : des voix, des cris, des discussions qu'il ne comprenait pas. Il y avait trop de monde autour de lui à présent. Il ne pouvait pas sortir, il était trop terrorisé. Sa respiration se coupa, il se figea, son cœur tambourinant dans sa poitrine brûlante. Il vit alors qu'un homme en blouse blanche s'était tourné vers lui, fronçant les sourcils et abandonnant le bureau sur lequel il était accoudé encore quelque secondes auparavant.
« Monsieur Casey ? »
Comment connaissait-il son nom alors qu'il ne le connaissait pas ? C'était impossible selon lui, mais en réalité, c'était le médecin qui le connaissait. C'était son patient. Le docteur Bennett pouvait lire sur le visage de Matt la peur. Plus que cela même, c'était de la terreur. Ses yeux étaient grands ouverts, il pouvait voir de là où il était qu'il ne respirait presque pas, ou alors trop rapidement pour être remarqué, il pouvait apercevoir la sueur dégoulinant depuis sont front et souillant sa blouse médicale. C'en était trop pour Matt. Son corps bougea enfin alors que le médecin continuait de l'approcher, inquiet. Il fit un pas en arrière, s'autorisant à nouveau à expirer profondément. Juste avant de sortir, il avait remarquer cette deuxième porte à sa gauche. Il tourna la tête vers elle, appelé par cet échappatoire alternatif.
« Monsieur Ca... Matt ! » cria alors le docteur Bennett alors qu'il fermait la porte.
Il ouvrit cette seconde porte, donnant à une salle de bain presque aussi grande que cette cage immonde qu'il avait connue. Cependant, elle semblait bien plus accueillante : elle avait une légère couleur bleu qui l'attirait. Cela ne lui faisait pas aussi peur que les pièces précédentes. Il rentra donc dans cette salle de bain, fermant la porte derrière lui et plaquant son dos lacéré dessus.
« Matt ! »
Quelqu'un venait d'entrer dans la chambre, frappant à la porte à laquelle il s'était englué.
« Matt ! Ouvrez cette porte, Matt ! »
Pris d'une panique soudaine encore plus violente, il secoua la tête de gauche à droite, comme si quelqu'un pouvait le voir. Il n'arrivait pas à respirer correctement, à réfléchir calmement. Son dos le faisait tellement souffrir, il croyait que sa poitrine allait exploser à force de brûler. Il savait que quelque chose n'allait pas, mais il devait s'enfuir. Du coin de l'œil, quelque chose attira son attention : la douche. Il tourna la tête, comme hypnotisé par cet endroit. Sans en tenir compte, il s'écarta de la porte, sa blouse glissant sur sa peau jusqu'à tomber sur le carrelage froid de la pièce alors que Matt avançait toujours. Il actionna la douche, fermant les yeux alors que son corps commençait finalement à se relaxer légèrement.
« Matt ? »
Ne prenant pas attention à ce que disait cette voix, son dos meurtri vint se poser sur le mur. Malgré tous les efforts du monde qu'il fournissait, il ne pouvait plus tenir sur ses jambes. Il se laissa glisser le long de la paroi, s'asseyant au niveau du sol et plongeant légèrement sa tête dans le nid qu'il venait de créer avec ses bras et ses jambes alors que le docteur Bennett frappait toujours à la porte sans l'ouvrir.
« Il se passe quoi ici ? »
Le médecin sursauta, se tournant à la hâte pour faire face à un homme inquiet : Kelly.
« Kelly ! Euh, et bien... »
Ce dernier tourna la tête vers le lit, remarquant que le lit était vide et que deux infirmiers s'occupaient d'un troisième complètement inconscient au sol.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda Kelly alors qu'il tentait de garder son calme.
Il croisa les bras, attendant une ferme explication de la part du médecin.
« Et bien, je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé. Il semblerait que Nathan ait voulu aider Senera dans sa ronde et ait essayé de s'occuper de Matt. Mais comme vous pouvez le constater... »
« Cela ne s'est pas passé comme prévu », finit-il en soupirant.
« En effet. Il a essayé de quitter la chambre cela dit, mais quand il m'a vu, il a fait marche arrière, et... Et il s'est enfermé là-dedans, dans la salle de bain ».
« Vous avez clenché ? »
« Je ne souhaite pas davantage lui faire peur. C'est à quelqu'un qu'il connaît de lui faire comprendre qu'il est en sécurité ici ».
« Laissez-moi deviner : moi ».
« Vous êtes son frère, vous êtes le mieux placé pour le calmer ».
Après de longues secondes, il acquiesça sans un mot. Ce qu'il ne comprenait pas, c'était que ce soudain comportement de la part de Matt n'arrivait que maintenant alors que cela faisait des heures qu'il était réveillé et faisait semblant d'être endormi pour qu'on le laisse tranquille. Alors qu'est-ce que avait changé pour qu'il agisse ainsi ? Est-ce que cet infirmier lui avait parlé, lui expliquant ses moindres faits et gestes pour le rassurer ? Avait-il eu un comportement inapproprié envers lui ? Il n'avait pas les réponses, et n'allait pas les avoir avant un bon moment. Pourtant, il fallait agir vite : Matt n'était plus sous médicaments afin de réduire l'infection et la fièvre, il n'était plus hydraté comme il fallait, il n'était plus nourri ni monitoré. Il prit une grande inspiration, se tournant vers la porte avant de se raviser. Ce qui effrayait le plus Matt, c'était semblait-il des gens qu'il ne connaissait pas.
« Doc ? Est-ce que... Vous pourriez sortir ? S'il vous plaît ? Matt ne me laissera pas l'approcher s'il sent votre présence ».
« Mais je le connais, je suis son médecin », insista Bennett.
« Et lui ne vous connaît pas. Après ce qu'il a vécu, vous pourriez au moins lui laisser un peu de temps pour lui ».
Kelly ne voulait pas dire cela sur ce ton, et le médecin le comprit immédiatement. Il voulait simplement protéger Matt, le garder loin de personnes qu'il ne connaissait pas. Le docteur Bennett acquiesça, aidant les deux infirmiers à amener leur collègue dans la salle de repos voisine pour le soigner. Enfin seul, Kelly se tourna à nouveau vers la porte, prenant une nouvelle inspiration avant de frapper.
« Matt, c'est moi. Kelly ».
Il attendit un peu, laissant du temps à Matt avant de traiter cette information. S'il était encore conscient après ce qu'il venait de se passer. Après deux minutes longues et silencieuse, il prêta attention aux différents bruits provenant de la salle de bain. Il entendait l'eau couler. Est-ce qu'il prenait une douche ? Pourquoi ferait-il cela ? Tant de questions auxquelles il devait répondre au plus vite. Il prit alors la poignée en main.
« Je vais rentrer Matt », le prévint-il.
La première chose qui lui sauta au visage en entrouvrant la porte, c'était cette fumée blanche chargée d'eau. L'air était presque irrespirable à cause de la chaleur régnant dans la pièce. Il chercha alors Matt, tournant sa tête vers la gauche. Il l'aperçut enfin, assis sur le sol et le dos collé à la paroi de la douche, sa tête était posé sur ses bras amaigris. Kelly ne dit rien, observant son meilleur ami avec une larme à l'œil. Le pire de tout, c'était qu'il pouvait l'entendre sangloter malgré l'eau chaude qui coulait, il pouvait le voir trembler de peur sans aucune raison apparente. Mais pour Matt, c'était totalement différent : il était terrorisé par ce qui pouvait lui arriver, il était à la merci de Kelly. Certes, il l'avait reconnu, mais il croyait encore que c'était un nouveau coup tordu d'Oleg. Il continua de se replier sur lui-même à mesure que son ami avançait vers lui, ne s'autorisant presque pas à respirer, laissant la douleur incommensurable l'envahir. Il voulait tant crier, mais ses forces le quittaient. Il était en mode survie, comme dans cette affreuse cellule dans laquelle on l'avait forcé à vivre. Cela faisait beaucoup de peine à Kelly de voir son ami, son frère dans un tel état. Quatre malheureux jours s'étaient écoulés entre le moment de sa disparition et son admission à l'hôpital, et presque deux autres jours étaient à présent passés de ce moment à aujourd'hui, mais jamais Kelly aurait pensé vivre cela un jour. En six jours, ce frère qui était son parfait opposé était acculé, craignant pour sa propre vie alors qu'il n'avait plus rien à craindre. Nesbitt avait été arrêté, les autres membres du trafic avaient été tué lors de l'expédition de Voight et de son unité, les victimes étaient enfin libres. Mais pas Matt. Il se sentait toujours oppressé, toujours sur la défensive. Il avait peur qu'on s'approche de lui, qu'on le touche sans savoir ce qui allait se passer. Ce n'était pas le Matt que Kelly connaissait, ce n'était plus lui.
« Matt... »
Il continua son approche, plus doucement pour ne pas l'effrayer. Contre toute attente, il ne bougea pas, il ne se tendit pas. Il restait de marbre, mais sa respiration était restée la même, ses pleurs avaient cessé, du moins il n'entendait plus que l'eau qui coulait encore à profusion sur Matt. Il fallait l'approcher, à la fois pour couper l'eau, mais aussi pour arrêter la paranoïa de son meilleur ami.
« Je vais retirer mes vêtements. Et venir près de toi. D'accord ? »
Pour seule réponse, Matt ne bougeait toujours pas d'un millimètre. Était-ce une façon de dire oui ? Doucement, il retira son pull et son t-shirt, il enleva ses chaussures, ses chaussettes puis son pantalon. Il garda son boxer, et entra précautionneusement dans la douche. Il s'accroupit, venant s'installer à droite de Matt, pas trop loin afin de réagir très vite si quelque chose arriver, assez distant pour lui laisser de l'intimité et ne pas l'effrayer davantage. L'eau qui coulait était très chaude, presque brûlante. Comment Matt pouvait-il en quelques sortes savourer cette douche alors que son dos était en piteux état ? Il tourna la tête vers lui, posant son regard sur le haut de son dos. La majeure partie des compresses étaient parties, laissant les plaies ouvertes prendre l'air et l'eau bouillante couler. Il grinça des dents en s'imaginant la douleur qui était en train de parcourir le corps entier de son ami. Il avait mal pour lui, qui n'aurait pas mal ?
« Laisse-moi t'aider, Matt. S'il te plaît », lui demanda-t-il enfin, murmurant pour qu'il ne panique pas.
Il ne dit rien d'autre, ne fit pas un geste, rien. C'était à Matt maintenant de faire cet autre pas. C'était à lui de demander de l'aide, de chercher le contact. Si on le forçait, cela ne ferait qu'empirer les choses. Cinq bonnes minutes passèrent dans un silence profond uniquement altéré par le bruit de l'eau qui continuait de couler. Avant que Matt ne tourne doucement de difficilement la tête vers Kelly. Il ne le regardait pas dans les yeux, mais au moins, il y avait un léger mieux. Kelly pouvait lire dans son regard : il pouvait comprendre que Matt avait besoin d'être rassuré, de se dire que tout était fini et qu'il n'avait plus rien à craindre.
« C'est fini, Matt. Tout est terminé. Ils sont tous morts. Je te le promets ».
Matt ne demandait qu'à le croire, sincèrement. Mais comment en être certain ? Comment savoir qu'on ne lui mentait pas ? Comment savoir que tout ce qu'il était en train de vivre était réel, et pas monté de toute pièce ? Si Kelly était vraiment près de lui, alors cela voulait dire qu'il ne mentait pas, que c'était bel et bien fini. Tout doucement, il baissa son bras droit afin que sa main touche le sol de la douche, et la fit glisser jusqu'à atteindre la main de son meilleur ami. Il voulait être sûr de ne pas halluciner, de ne pas rêver. Voyant à peu près ce qu'il voulait faire, Kelly ne bougea pas, le laissant faire ce premier pas. Lorsque leurs doigts se rencontrèrent, une légère tension électrique passa entre eux, mais aucun des deux amis n'en tinrent compte. Du tout au tout, le regard de Matt changea. Son regard rempli d'angoisse et de détresse s'estompa pour laisser progressivement place au soulagement. Il laissa échapper un soupir, les larmes lui montant aux bords des yeux. Ses doigts montèrent un peu plus sur la main de Kelly, venant la serrer délicatement. Même lui était ému de voir cela. Il ne savait pas quoi dire, il ne savait pas quoi faire. Devait-il lui serrer la main en retour, pour lui montrer qu'il était bel et bien présent à ses côtés ? Devait-il se rapprocher de lui pour l'enlacer et lui montrer sa joie de le voir enfin sain et sauf ? Non, il devait y aller doucement, au rythme de Matt. Alors il tourna légèrement sa main gauche, prenant la main droite de Matt dans la sienne pour la serrer à son tour.
« Je suis là, Matt. Ils ne te feront plus jamais de mal. Ils sont tous morts ».
Avec ce geste, Matt réalisa enfin qu'il était en sécurité, loin de ces hommes affreux et immondes, loin de cette cage sombre et puante. Il était libre. La décharge de soulagement fut trop grande à gérer pour lui, et son corps glissa vers la droite. Kelly eut à peine le temps de le retenir, le prenant dans ses bras pour qu'il ne s'effondre pas au sol. Matt était encore conscient, laissant à présent les larmes couler sur ses joues, mais ce n'était pas des larmes de tristesse. C'était des larmes de soulagement. Le cauchemar était enfin fini.
« Je sais Matt, je sais. C'est fini, c'est fini », continua-t-il inlassablement de murmurer dans l'oreille de son frère de cœur.
Ils restèrent ainsi sous l'eau brûlante de la douche, l'un à enfin déverser les larmes qu'il retenait depuis si longtemps dans les bras de son ami qu'il avait pensé fictif depuis son réveil, l'autre à l'encourager et à le rassurer. Jusqu'à ce que Matt ferme ses yeux bleus rougis et s'endorme, par épuisement principalement. Mais malgré cela, Kelly ne bougea pas d'un pouce. Il restait là, son frère dans ses bras, le berçant tendrement, dans un endroit chauffé par la pluie chaude de la douche. Ce n'était pas idéal certes, mais cela semblait apaiser Matt, et c'était ce qui comptait le plus pour le moment : qu'il se sente apaisé. Et libre.
