CHAPITRE 10 : Une décision de prise
La dispute durait depuis plusieurs jours maintenant. Bill commençait à en avoir assez de dormir sur le canapé. D'habitude, lorsque Harmony et lui se disputaient, ça durait quelques minutes, quelques heures tout au plus, et ils finissaient par se réconcilier sur l'oreiller. Cette fois, ils en étaient arrivés là parce que Bill avait postulé pour l'Egypte.
« T'es rien qu'un égoïste, crachait Harmony. T'en as rien à foutre de moi en fait, tu as fait comme tu voulais et c'était tout ! »
Il avait beau lui expliquer que ça ne l'engageait à rien et qu'il avait juste postulé pour retenir une place et en discuter avec elle ensuite, elle ne voulait rien entendre. Il commençait à en avoir assez maintenant. Elle le fatiguait. Alors il avait pris son oreiller et une couverture et il s'était installé dans le canapé dans le salon. Il avait pensé que Harmony finirait par lui dire d'arrêter ses idioties, de revenir dans la chambre et qu'ils se seraient réconciliés mais elle avait l'air de tenir fermement sur ses positions.
Ce soir, il en avait assez.
« Ecoute, dit-il alors qu'il mettait la table pour le dîner, j'ai retenu la place pour l'Egypte mais si ça t'embête je dis à Gripsec que je ne suis finalement pas intéressé et puis c'est tout.
_ Tu ne comprends rien à rien, Bill. »
Elle déposa le plat de salade sur la table, un peu trop violemment, ce qui répandit des feuilles partout autour, et elle s'assit. Il soupira, fit de son mieux pour ne pas se laisser emporter par la colère qui montait doucement en lui.
« Ben non, je ne comprends pas. Mais peut-être que si tu daignais m'expliquer au lieu de tout le temps faire la gueule, ça irait un peu mieux.
_ Je pensais que tu finirais par saisir toi-même. »
Il jeta à moitié les couverts sur la table. Voilà, il était de très mauvaise humeur maintenant. S'il avait su, il aurait envoyé un hibou à sa mère pour lui demander s'il pouvait dîner au Terrier ce soir. Qui plus est, Charlie venait de terminer sa septième année et ils devaient être en train de fêter ses ASPICs. Il ne restait plus à la maison que Ginny et Ron et encore, ce n'était plus qu'une question de quelques années. L'été prochain, Ron allait préparer sa première rentrée. Pour Ginny, ce serait la suivante. Bill se sentait prendre un coup de vieux quand il songeait. Sa petite sœur, qu'il avait tenu dans ses bras quelques jours seulement après sa naissance préparait déjà doucement sa première rentrée à Poudlard. Bientôt, elle allait avoir sa première baguette. Cet été, elle avait multiplié les sortilèges sauvages. Elle avait neuf ans et elle ferait assurément une excellente sorcière.
Il se tira de ses pensées en s'asseyant devant Harmony.
« C'est le principe, dit-elle presque tout bas. J'ai l'impression de ne plus compter autant pour toi.
_ Quoi ? Mais de quoi est-ce que tu parles ?
_ Tu ne m'as même pas demandé mon avis. Si tu m'en avais parlé avant Bill, je t'aurais incité à aller en Egypte et je t'aurais même suivi. Mais tu n'as plus l'air intéressé par le fait qu'on vive ensemble. »
Il resta bouche-bée, incapable de répondre.
« Je crois qu'on devrait en rester là.
_ En rester là de quoi ?
_ De notre histoire. »
Il sentit une boule se former dans sa gorge. Il avait piqué une feuille de salade au bout de sa fourchette mais il n'était pas sûr du tout d'être capable de l'avaler.
« Tu… tu me plaques ? »
Elle acquiesça. Elle avait tout de même des larmes dans les yeux. Bill n'en croyait cependant pas ses oreilles. Non, ce n'était qu'une petite crise passagère, une simple dispute comme ils en avaient déjà eu des dizaines. Ça allait finir par leur passer, par disparaître. Ils allaient se réconcilier et dans quelques jours, ils en riraient. N'est-ce pas ? Ça ne pouvait pas se passer autrement.
« Je m'en vais oui. Je voulais attendre encore un peu pour être sûre mais ton attitude me pousse dans mon choix. Je ne suis plus amoureuse de toi et je m'en vais.
_ Quoi ? Quand ? »
Elle s'en alla après le repas. Bill n'avait rien mangé. Il était anéanti. Il la regarda préparer ses affaires en se retenant pour ne pas pleurer. Elle ne se retint pas elle. Elle lui dit avant de partir qu'il lui allait lui manquer et qu'elle avait quand même passé de très bons moments avec lui puis elle disparut.
Il resta seul avec sa détresse, pleura contre son oreiller, hurla devant son miroir et frappa son matelas de toutes ses forces. Epuisé, vidé de ses ressources, il utilisa la poudre de Cheminette pour contacter ses parents. Il trouva sa mère.
« Bill ? Mais… qu'est-ce que tu as ? »
Il lui raconta l'histoire en détail en faisant de son mieux pour ne pas trop sangloter parce que chaque fois qu'il reprenait son souffle, il avalait une poignée de cendres qui le faisait tousser. Voyant l'état dans lequel il se trouvait, elle lui proposa de venir passer le reste de la soirée au Terrier. Il hésita puis finit par accepter.
Ginny fut ravie de le revoir. Elle lui sauta dans les bras.
« Tu es malheureux Bill ? »
Il acquiesça, incapable de répondre tant la boule qu'il avait dans la gorge était imposante.
« Je suis désolée pour toi. Moi je suis toujours ta petite sœur hein ?
_ Toujours Gin'.
_ Je la déteste d'avoir été méchante avec toi. »
Il embrassa sa sœur sur le front et la serra fort contre lui. Ce n'était que les paroles innocentes d'une enfant qui ne savait pas tout à fait de quoi il en retournait et qui avait encore bien du chemin à faire pour comprendre les histoires de cœur mais ces quelques mots lui firent beaucoup de bien. Ce soir-là, Bill prit cependant sa décision, l'année prochaine, il partirait pour l'Egypte. S'éloigner un peu lui ferait du bien. Il en discuta avec ses parents. Molly fut un peu réticente mais elle ne s'opposa pas à son projet. Ce soir, il avait juste besoin d'un peu de soutien. Et puis il ne disparaissait pas, il s'éloignait juste un peu.
Il ne put louper le regard d'envie que lui envoyait Charlie et il se demanda un moment s'il ne pouvait pas lui proposer de l'accompagner comme assistant ou n'importait. Mais il venait de s'inscrire à l'université de Londres pour une spécialisation sur la dragologie, ce n'était peut-être pas le moment de lui proposer du travail.
