Une petite parenthèse, où les souvenirs, expliquent bien des choses…

Chapitre 10

Songes éternels

Au firmament, les étoiles n'en finissaient plus de scintiller, offrant à ce monde en sursis la magnificence de leurs éclats. Les elfes adoraient la contemplation de ces astres et daignaient leur apporter toute leur attention.

Bon nombre d'elleths, trop rêveuses sans doute, espéraient de cette méditation harmonieuse, un amour naissant sous la voûte étoilée. Nimbé de cette douce clarté, il ne pourrait qu'être de bon augure, aussi était-ce un moment que bon nombre d'elfes attendaient avec impatience chaque soir.

Les ellons épris en secret d'une elleth, leurs donnaient rendez-vous sur les terrasses des palais, des habitations, voire dans les jardins…Ensuite…l'amour faisait le reste et là, plus besoin de la clarté d'une étoile, mais seulement de la mélodie de leurs deux cœurs où les battements s'accordaient enfin ensemble…

Le petit prince Thranduil n'en était pas encore à ces considérations. Petit ellon fougueux, intrépide et courageux, son seul souhait était encore d'égaler voire dépasser les faits héroïques de son père le roi Oropher.

En ces temps de paix, le souverain aimait se remémorer en compagnie de ses amis, ses hauts faits de guerre. Le petit prince sortait alors en catimini de sa chambre et tapie dans un coin, écoutait les récits de son père avec fierté.

Cependant, ce soir là, le roi le surpris. Affichant un air faussement mécontent, il prit son petit ellon dans ses bras et le raccompagna jusque dans son lit :

Oropher : Alors prince Thranduil, il vous déplaît tant que cela d'aller dormir ?

Un air boudeur s'afficha sur le visage du futur roi sylvestre. Obéir en toute circonstance n'était pas encore entré dans ses prérogatives. Trop indocile, trop impétueux, le jeune ellon réclamait l'aventure telle qu'il avait l'impression que la vivait son père, quand il lui aurait fallu dompter son impatience.

L'amour de ce père à son fils ne se transmettait pas toujours selon la rigidité qu'exigeait l'éducation dû à son rang. Bien que peu prolixe, ce souverain aimait sincèrement son enfant. Une réelle complicité l'unissait à ce fils dont la venue avait été une surprise.

Lorsque sa compagne lui avait annoncé sa grossesse, le roi fut d'abord étonné, puis bien vite, il avait fait en sorte d'installer cette elleth au plus près de ses appartements et l'avait couvé d'un regard bienveillant.

Ce coureur de jupons invétéré, fait rarissime chez les elfes, s'en trouva littéralement transformé. Il demanda l'elleth, une dame de la suite de Mélian, en mariage selon les usages elfiques et tous deux s'unirent avec un profond respect l'un de l'autre.

A l'approche de la naissance, son anxiété était à son maximum.

De léger, son comportement devint exemplaire.

Son fils fut le seul enfant accordé par les Valar dans leur mansuétude. Autant dire qu'il y tenait comme à la prunelle de ses yeux.

Thranduil : Ada, je veux rester à vos côtés écoutez parler les Seigneurs qui se sont battus avec vous.

Oropher : Ion nin, nous ne sommes pas en guerre. Ton jeune âge t'en dispense encore…pour quelques temps du moins, mais plus tard, tu seras confronté au dur métier de roi. Tu regretteras alors tes années d'enfance.

Un doux sourire éclaira le visage paternel tandis que les yeux de son fils brillaient d'intensité à l'évocation de sa prochaine prise de pouvoir :

Thranduil : Parle moi encore ada, que ferais-je plus tard pour mon peuple ?

Oropher : Ce qui te paraîtra bon et juste.

Thranduil : Comment le saurais-je ?

Oropher : C'est bien là la difficulté ion nin. La réponse se trouvera dans ton cœur. Plus que quiconque écoute-le, lui seul te guidera. Peut être même te fera t'il emprunter un chemin que tu n'avais pas choisi au départ. De nos erreurs naissent les plus grandes décisions ma petite âme.

Thranduil : Je serais un grand roi ?

Oropher : Hum, voyons, a première vue, je dirais que oui mais tu devras faire tes preuves, tout comme tu devras trouver une belle princesse comme ta jolie maman. Ensemble, vous bâtirez un royaume où les plus grands monarques, viendront vous rendre l'hommage qui sera votre.

Thranduil : Je ne veux pas me marier ! Les elleths ne m'intéressent pas. Je préfère partir à la guerre.

Le roi sourit et caressa les cheveux de l'enfant :

Oropher : Ion nin, tu ne penseras pas toujours ainsi. Bientôt, bien avant que tu n'en sois conscient, ton cœur sera emprisonné dans les tourments de l'amour et plus rien n'aura d'importance !

Thranduil : C'est ce que me dit Elrond, mais je me fiche de tout ça.
Oropher : Le temps viendra mon enfant et ce jour là, le soleil brillera de façon très intense…

Le prince pas tout à fait convaincu par ces paroles prophétiques sourit à son père :

Thranduil : Alors il faudra qu'elle soit très belle, très grande, très gentille, très…

Oropher : Beaucoup d'exigences ion nin pour un pouvoir qui ne te seras jamais acquis…Tu pourras gagner bon nombre de batailles, mais celle là ion nin, tu la perdras.

Thranduil : Pourquoi ?

Oropher : Parce qu'il en est ainsi. Le féminin l'emportera toujours sur le masculin dès qu'il sera question d'amour. Voici le seul domaine Thranduil, où ton pouvoir se déposera à ses frontières.

Thranduil : Alors je garderais mon cœur pour moi.

Oropher : Petit animal sauvage ! Il est déjà une personne en ce monde pour qui il battra et rien ni personne ne pourra l'en empêcher.

Thranduil : Je ne veux pas me marier avec une elleth.

Oropher : Mais avec qui alors ?

Thranduil : Personne !

Rêveur, son père laissa son esprit vagabonder par delà ses propres rêves :

Oropher : Après tout, peut être existe-t-il une autre personne qui te sera destiné ? Une magicienne, une Vala ? Qui sait ? Allez ion nin, au lit à présent et c'est un ordre du roi !

A regret, il rentra entre ses draps. Son père s'approcha, déposa un tendre baiser sur son front. Au moment de partir, Thranduil retint son père par la manche de son long manteau :

Thranduil : Plus tard ada, je choisirais une personne exceptionnelle si belle que tous les princes seront jaloux de moi et elle sera différente des princesses elfiques qui me regardent toujours avec leurs grands yeux curieux.

Oropher : Une exception ? Oui, pourquoi pas…elle sera magnifique et vous serez heureux, très heureux. Tu devras prendre grand soin de ce trésor mon fils, il n'y a rien de pire que de susciter l'envie, elle pourrait te conduire à ta perte.

Thranduil : Ca n'arrivera pas ada.

Oropher : Oui mon fils, cela n'arrivera pas, tant que vous serez deux, les obstacles disparaîtront sur votre chemin…Dors maintenant ion nin et rêve…

Olana protestait vigoureusement contre sa gouvernante Cette dernière lui coiffait les cheveux un peu trop vigoureusement à son goût. Aucune d'entre elles ne lui avaient jamais démontré une once de douceur. Mère y veillait !

Aucune forme de tendresse ne devait transparaître. Il en allait d'une éducation parfaite, selon ses considérations.

Il n'était point utile de trop en faire. Consciente qu'elle n'en tirerait plus rien, la femme abandonna la chevelure de la petite fille la laissant à moitié coiffée.

Matrone : Nous verrons bien ce que votre mère pensera de votre désobéissance jeune fille !

Olana : Mais vous me faites mal.

Matrone : Vous n'êtes qu'une polissonne. Tant pis pour vous. Vous aurez la punition méritée.

Sur ces paroles emplies de fiel, elle sortit de la pièce laissant la petite fille en pleurs :

Olana : Méchante ! A présent Mère va ma punir...

La peur qu'elle ressentit à ce moment là, n'avait rien avoir avec la crainte de Mère. Devant ses grands yeux d'enfant innocents, un être d'une surprenante beauté se tenait tout près de la fenêtre. Comment était il entré dans sa chambre ?

Il paraissait aussi immense que le géant de ses contes qu'elle aimait tant qu'on lui lise.

Ses vêtements, cousus d'or, il ne pouvait en être autrement, brillaient et apportaient une touche de magie à ce personnage. De longs cheveux d'un blanc de neige auréolaient son visage. Pourtant, ce n'était pas un vieillard. Ses traits paraissaient jeunes et si magnifiques, qu'elle se mit à pleurer à chaudes larmes :

Inconnu : Pourquoi pleures tu mon enfant ?

Olana : Vous êtes si beau, plus que le Prince de mon conte préféré...

Inconnu : Ne sois pas effrayé jolie petite fille. Je me nomme Irmo. Je suis quelqu'un de très particulier...

Olana : Vous êtes un magicien ?

Irmo : C'est un peu cela fillette. Je suis le maître des rêves. C'est un peu moi qui décide ce dont tu dois rêver et bien souvent, par ces images dans ton sommeil, je t'apporte le réconfort dont tu as tant besoin. Allons, sèche tes larmes, elles ne te feront point grandir en sagesse si tu les laisses ainsi t'attrister.

Olana : Mais Mère, va me punir et je n'aime pas quand elle se met en colère...

Irmo : Pourquoi le ferait-elle Olana ?

Olana : Comment vous savez que je m'appelle Olana ?

Irmo : Viens ici jolie petite fille.

Timidement, Olana s'approcha de cet être d'où il émanait un bien être inconditionnel et une chaleur si réconfortante :

Irmo : Me crois-tu quand je t'affirme que je ne te veux aucun mal ?

La petite fille leva ses grands yeux verts vers lui et sans aucune retenue, plongea dans ses bras. Protecteurs, ils enveloppaient ce petit être humain privé depuis son plus jeune âge d'une tendresse qui aurait dû être sienne.

Intriguée, ses petits doigts se perdirent à la base du cou d'Irmo et gratouillèrent la nuque de ce prince surgit de nulle part. Cela le fit sourire. Dès lors que son regard plongea dans celui de l'étranger, Olana fondit en larmes. Ce bien être était si nouveau pour elle. Elle aurait tant souhaité le garder contre elle pour toujours, se marier avec lui... Il lui aurait offert des fleurs chaque jour en l'emmenant sur son beau cheval blanc...

Les rêves les plus fous se bousculaient dans cet esprit si jeune et si malléable.

Irmo : S'il te faut pleurer petite Olana, alors pleure et avec ces larmes, chasse le chagrin que je sens en toi.

La berçant tendrement contre lui, Irmo attendit patiemment que les pleurs cessent. D'un geste enfantin, elle passa ses mains sur ses yeux encore humides et lui offrit un magnifique sourire :

Olana : Tu resteras avec moi pour toujours dit ?

Irmo : Hélas, je ne le puis...Mais dans ton petit cœur, je serais toujours là. Je ne lâcherais pas ta main petite fille.

Olana : Pourquoi venir, si c'est pour mieux m'abandonner ?

Irmo : Tes mots ne sont pas ceux d'une enfant de ton âge...Faut il que l'on t'ais tant priver d'amour pour te faire grandir au delà de la raison ? Si je suis ici ce soir, c'est pour te confier un grand secret.

Olana : Un gros gros gros secret ?

Irmo : Oh oui ! Si gros, que tu devras le garder enfoui dans ton cœur. N'aie crainte, personne ne te le soustrairas.

Olana : Oui, mais Mère...

Irmo : Mère n'auras plus jamais accès à tes pensées ore nin (mon cœur). Ecoute bien... Un beau jour, tu liras un très beau livre. Dans cette histoire, il y aura un roi pour lequel ton cœur battra très fort...

Olana : Il sera beau ?

Irmo : Plus beau que le prince de tes contes de fées. Pour lui, et avec l'aide de la magie, tu entreprendras un merveilleux voyage.

Olana : Merveilleux ?

Irmo : Oui, et il t'offrira ce que tu recherches déjà jolie petite fille : l'amour.

A ces mots, la fillette ouvrit de grands yeux brillants de larmes :

Olana : C'est vrai dis ? Pour de bon ? Il m'aimera, et m'offriras des jolies fleurs et tout et tout ?

Irmo : (souriant) Et tout et tout mon petit cœur. Il te faudra l'aimer comme lui t'aimeras si tu tiens à ce qu'il soit digne de toi.

Olana : Promis, je l'aimerais comme une princesse, et je lui ferais un beau gâteau et il m'emmènera sur son cheval dit ?

Irmo : Celui-ci auras un élan, un peu comme les rennes du père Noël.

Olana : Qui c'est Père noël ?

Irmo : Tu ne le connais pas ? Pourtant tous les enfants connaissent ce grand bonhomme vêtu de rouge qui dépose de jolis cadeaux au pied du sapin .

Olana : Mère ne veut pas que je m en 'approche. Elle dit que je suis si maladroite que je pourrais casser une branche. Mais la nuit, quand tout le monde dort, je me lève en cachette et je vais lui parler...

Irmo : Tu parles à cet arbre ?

Olana : Ben oui, je lui dit qu'ils sont méchants de l'avoir coupé dans la forêt, parce qu'après, ils le font brûler dans la cheminée. J'ai de la peine pour lui...

Le vala la prit dans ses bras. Il ressentit tant d'amour chez ce petit être, qu'il en fut décontenancé. Un silence s'installa qu'il réussit à rompre :

Irmo : C'est très bien de leur parler tu sais ? Ils ont leur place sur cette terre tout autant que nous. Tu es si brave ma petite humaine...bien plus que les créations de mes frères.

Olana : Je le verrais bientôt mon roi ?

Irmo : Bientôt Olana, bientôt il deviendra Ton Roi, le seul, l'unique. D'ici là, il va te falloir grandir.

Olana : Dis lui bien de m'attendre. Tu le feras n'est-ce pas ? Il ne va pas s'en aller ? Je mangerais bien toute ma soupe et je serais sage comme une image et j'obéirais à mes gouvernantes et ...

Irmo : Tu es déjà plus sage que tous les tiens Olana. Contente-toi de grandir. Le temps fera son œuvre. Je te promets un amour digne de la brave petite fille que tu es déjà... Boe i 'waen. ( Je dois partir)

Olana : Pourquoi pars-tu déjà ?

Sans s'en rendre compte, la petite Olana venait de comprendre les paroles énoncées par le vala :

Irmo : Parce que je ne suis pas de ton monde. Je n'y ai pas ma place, mais nous nous reverrons je te le jure !

Olana : Si tu mens tu iras en enfer...Mère me le dit tout le temps.

Irmo : Rassure-toi, je n'irais pas là bas, ni toi non plus d'ailleurs. Il n'y a pas de place pour une âme aussi pure. Le grand méchant qui y vit s'y brûlerait tout entier.

Olana : Comme une bûche dans la cheminée ?

Irmo : Comme une bûche dans la cheminée. Avant de partir, je tiens à ce que tu sois présentable devant ta mère. Donne-moi cette brosse ore nin.

Consciencieusement, il démêla puis brossa la longue chevelure blonde de la petite fille. Pas une fois elle ne se plaignit, tout attentive à offrir d'elle l'image de la parfaite petite fille sage. La seule chose captant son attention, était le visage de cet être. Cette beauté si spéciale l'intriguait. Jamais, même dans ses livres de contes, elle n'avait contemplé pareille splendeur. Se pouvait il que cela existe ? N'était elle pas tout simplement en train de rêver ?

Pour en être certaine, elle se pinça le bras. Le petit cri qu'elle poussa, fit sourire Irmo.

Irmo : Ce n'était pas indispensable Olana...Tu ne rêves pas.

Olana : Tu es si beau.

Irmo : Voilà ! A présent tu es parfaite.

Olana : Mère ne me puniras pas alors ?

Irmo : Qui pourrait punir une aussi jolie demoiselle ?

Olana pencha sa tête sur le côté et fronça son petit nez. Le vala fit de même, ce qui amusa l'enfant.

A regret, il déposa Olana sur son lit et se redressa. La tristesse se lisait maintenant sur sa frimousse :

Irmo : Ne sois pas triste mon enfant chérie...

Olana : Je serais à nouveau toute seule.

Irmo : Comment s'appelle cette poupée de chiffon ?

Olana : Nanette.

Irmo : Eh bien, nous allons charger Nanette d'une mission d'importance.

Il prit la poupée dans ses mains, la plaça devant ses yeux et le plus sérieusement du monde lui tint ce discours :

Irmo : Nanette, à partir de ce jour, tu apporteras soutien et réconfort à notre petite adorée. Ne faillis pas à ta tâche poupée, car Olana compte sur toi. Je vais lui souffler une formule magique afin qu'elle te protège.

Olana : Je la garderais toujours avec moi.

Irmo : C'est bien ma chérie. Hebo estel ( aie l'espoir ), dans ton coeur. Tu ne seras plus jamais seule Olana. Plus jamais...

Le vala se pencha vers elle et déposa un doux baiser sur son front. Olana ferma les yeux quelques secondes. Que cette sensation était nouvelle pour elle...C'était si doux, pourquoi est ce qu'on ne l'embrassait jamais ?

La voix de sa mère retentit dans le couloir. Cela lui fit ouvrir les yeux, et elle constata qu' Irmo avait disparu. Avait-elle rêvé ? Comment le savoir...

Mère entra dans la chambre furieuse après sa fille :

Mère : Que me dit-on jeune fille ? Vous avez refu...

La petite fille se tenait sagement assise sur son lit, les mains croisées sur ses genoux, les cheveux impeccablement brossés.

Gouvernante : Vous cachez bien votre jeu Damoiselle. Me feriez-vous passer pour une menteuse ? Vous ne cessiez de pousser des hauts cris tout à l'heure et maintenant vous voici aussi bien coiffée que votre chère maman. Ce n'est guère gentil de se comporter ainsi avec moi.

Olana : Mais j'ai rien fait...C'est mon ami qui m'a coiffé...Il est si gentil.

Mère : Comment ça votre ami ?

Olana : Il est partit maintenant, mais il m'a bien coiffé n'est ce pas ? Il est si gentil...

Mère : Seriez -vous donc la menteuse que m'a décrit votre gouvernante ?

Olana : Je n'ai pas menti Mère. Il était bien là...

Mère : Vous savez bien combien le mensonge m'insupporte au plus haut point. Vous méritez une punition vilaine petite fille.

Cherchant du regard, ce qui pourrait mettre en émoi Olana, elle aperçut bien vite la poupée sur son lit.

Mère : Pour votre gouverne Olana, sachez que cet acte est un péché, aussi nous vous supprimons cette poupée tout à fait ridicule.

Ce faisant, avec une farouche détermination, elle jeta Nanette dans la cheminée. La poupée atterrit sur la bûche, tandis que dans un hurlement strident, Olana se précipitait vers le feu :

Mère : Non mais à-t-on jamais vu pareille folie ? Acceptez votre punition Olana avec le respect dont vous avez obligation pour votre mère. Cessez de pleurnicher et allez vous coucher. Cette enfant me rendra folle !

Sans le moindre remords, Mère fit demi-tour afin d'aller festoyer avec ses invités alors que sa petite fille effondrée, pleurait à chaudes larmes sur son lit. La gouvernante, très satisfaite d'avoir retourné la situation à son avantage enfonça un peu plus le clou du désespoir :

Gouvernante : De toute façon, cette poupée était hideuse !

Elle souffla la bougie et abandonna l'enfant à son désarroi.

Désemparée, la fillette s'approcha de la cheminée. Un sourire éclaira ses traits. Nanette n'avait pas failli à sa mission. Dans un sursaut de courage, la poupée avait eu l'élégance de dégringoler du tas de bûches flambantes et se trouvait dans un coin de l'âtre...un peu roussi certes, mais bien entière.

Olana s'empara du tisonnier afin de la pousser vers elle. La pauvre Nanette avait perdu une bonne moitié de sa chevelure de laine, mais elle avait encore fière allure. Alors c'était donc vrai, la magie l'avait sauvée.

Elle l'a serra contre elle et se promit de la cacher. Plus personne ne verrait Nanette, sauf elle. Certains soirs de tristesse, sa vue lui serait d'un précieux réconfort.

Etouffant un bâillement, Olana s'allongea dans son lit. Alors qu'elle ne s'attendait plus à rien, une odeur de lys se propagea dans sa chambre et tandis que ses paupières se baissaient toutes seules, un chant lui fut offert. Un magnifique chant où chaque voix s'accordait à merveille lui offrant un apaisement immédiat.

Dès lors, les notes de musiques la bercèrent tendrement. Ses rêves, cette nuit là, furent si magnifiques, que pour la première fois depuis sa toute jeune existence, elle souriait dans son sommeil.

Au matin, elle avait tout oublié.

Thranduil courait à perdre haleine. Il aimait par dessus tout sentir la caresse du vent sur sa peau, la liberté qui était sienne et le pouvoir qu'elle engendrait sur sa propre existence. Oropher, son père riait au loin, croisant ses bras sur son torse alors que lui même aurait souhaité le rejoindre dans cette course effrénée.

Jeune adulte, le prince Thranduil ne cessait de vouloir prouver à son père que le passage de pouvoir serait son unique quête. Lorsqu'elle interviendrait, la fierté paternelle serait à son comble, aussi se hâtait-il se satisfaire la moindre de ses exigences, le moindre désir du roi.

Sa course fut couronné de succès puisque le jeune prince finit par attraper la crinière du magnifique cheval sauvage piaffant devant l'audace de cet elfe rempli du désir de le faire sien.

Absolument rien ni personne n'aurait pu entraver cet ellon à réussir là où son ami Elrond avait échoué :

Oropher : Bravo, mon digne fils ! Il n'était pas dit que cet animal résisterait à ta volonté.

Thranduil : Ne vous l'avais-je point promis ? Ma fierté n'a d'égale que le désir de vous satisfaire ada...

Oropher : Et tu t'en es tiré avec les honneurs

Elrond : O , teh-vehn - yell. (Je te déteste) Tu ne me laisse pas le choix mellon nin. (Mon ami). J'aurais ma revanche.

Thranduil : Et je répondrais présent.

Oropher : Rentrons à présent ion nin. (Mon fils). Laisse le cheval à Ëndir, une chose après l'autre mon enfant. Le dresser sera un autre défi.

Thranduil : Que je m'honore à respecter ada.

Satisfait, le roi monta son cheval aux riches harnachements et laissa son fils en compagnie d'Elrond.

Oropher : Nous nous retrouverons tout à l'heure mon fils adoré, ma fierté !

D'un signe de la main, le jeune prince remercia ce père pour qui amour signifiait bien plus que descendance royale. Elrond saluait le souverain tandis que sa majesté quittait la prairie pour ses affaires personnelles.

L'ellon brun flattait les flans de l'animal. Ce cheval était splendide et donnerait, sans doute, beaucoup de soucis à son jeune maître, mais le jeu en vaudrait certainement la chandelle.

Alors que le prince se redonnait une certaine contenance, son ami ne cessait de le targuer sur sa capacité à mater cette bête sauvage.

Elrond : Neryëlle aurait apprécié cette démonstration de pouvoir...Est ce ainsi que plus tard vous lierez cet amour que je sens naître entre vous ?

Thranduil : Aro (arrête) Elrond. Nous n'en sommes qu'aux balbutiements. Elle vient tout juste de répondre à ma flamme.

Elrond : Tu as fait ta demande ?

Thranduil : Hier soir. J'ai souhaité garder cette nouvelle pour moi quelques temps avant de l'annoncer à ada.

Elrond : C'était dans l'ordre des choses Thranduil. Vous étiez destinés l'un à l'autre. C'est une belle nouvelle.

Thranduil : Oui…dans l'ordre des choses. Rentre mellon nin,(mon ami), je te rejoins tout à l'heure. J'ai envie de sentir encore le vent fouetter mes cheveux ...je vais monter

Eldorianne. Cette jument à besoin d'une bonne course. Il sera toujours temps de reprendre mes enseignements au combat plus tard.

Elrond : Comme il te plaira Thranduil.

Son ami le quittait déjà dans un nuage de poussière. La jument l'attendait piaffant d'impatience.

La veille, son courage ne lui avait pas fait défaut lorsqu'il fit sa demande à Neryëlle. Pourquoi ? Tant de fois il avait essayé de lui parler, tant de fois il avait renoncé à la dernière minute.

Qu'est ce qui avait changé depuis ? Etrange comme certains événements se concrétisaient alors qu'ils n'étaient tout simplement pas destinés à l'être. Etait-t-il véritablement conscient de cet engagement ? Un étrange malaise s'empara du jeune prince.

C'est alors qu'un bruit attira son attention. Instinctivement lorsqu'il se trouvait seul, sa main se porta sur sa dague. Le royaume de Doriath était sûr, mais le roi avait parfaitement formé son fils aux multiples dangers pouvant émerger à n'importe quel moment de sa vie. Parfois, lui expliquait-t-il, les félonies les plus rudes survenaient des plus proches. A ses dépens, le roi en avait fait l'amère expérience.

Régner sur un peuple n'incluait pas uniquement le panache du prestige, mais bien l'intelligence du cœur doublé d'une sévérité exemplaire.

A cet exercice, le prince était rompu, aussi se gonfla-t-il d'importance, haussant le ton d'où transparaissait déjà, l'empreinte du futur monarque qu'il aspirait devenir.

Thranduil : Qui va là ?

Devant ses yeux, un homme d'une très grande beauté, apparut, avec chez lui une contenance des plus inhabituelles. De longs cheveux blonds pâles tombaient avec grâce sur ses épaules. Il émanait de cet être une surprenante douceur, ce qui paradoxalement était en complète contradiction avec ce que le genre humain renvoyait a l'esprit du fils d'Oropher :

Humain : Messire, ne soyez point courroucé. Mes intentions ne sont pas belliqueuses.

Thranduil : Que fais un humain dans le royaume du roi Oropher ?

Humain : Ce qu'il doit y faire mon jeune Seigneur...vous parlez. Je me nomme Jérémiel.

Thranduil : Auriez-vous quelques doléances dont vous souhaiteriez me faire part ?

Jérémiel : Absolument pas jeune prince. Je viens en toute simplicité vers vous. Il m'incombe de vous délivrer un message.

Thranduil : Un message ?

Jérémiel : Celui que je m'apprête à vous livrer imprégnera votre esprit alors que vos pensées continueront leurs évolutions. Gardez ces mots en mémoire, plus tard ils vous apparaîtront d'une limpidité surprenante.

Thranduil : Que me racontez -vous là ? Si vous avez quelques griefs à mon encontre...

Jérémiel : Je n'ai aucun sentiment de ce genre à porter en Son nom, mais il en est un qui vous offrira le doute et la confusion. La dualité que vous éprouverez n'aura l'importance que vous lui accorderez. Accepter son destin est dans l'ordre des choses. Tout arrive avec la raison qui est sienne. Fougueux est votre esprit, grande votre espérance. Un règne en appelle à la capacité et au pardon. Il vous faudra le faire pour accéder à la clarté. Lorsque viendra le moment du choix, ayez souvenance de ce que votre cœur aura éprouvé. La durée d'un amour ne prouve pas sa force. Cela vous paraît bien étrange aujourd'hui, mais un jour viendra où mes paroles seront pour vous le réconfort au milieu d'une tempête qu'elle aura déclenché bien malgré elle. Redevenez alors l'elfe et non plus le monarque, et vous saurez ...

L'homme leva la main d'un geste gracieux devant les yeux hagards du prince. Dès lors, Jérémiel repris une conversation des plus ordinaires devant le jeune ellon tout à fait conscient que cet étranger, pour lui, n'était en rien une menace. Il le ressentait c'était tout :

Jérémiel : Magnifique jument prince Thranduil. Je vous laisse à vos occupations.

Thranduil : Je n'ai plus le souvenir de votre requête Humain Jérémiel ?

Jérémiel : Je n'en avais aucune Mon Seigneur. Tout au plus une sincère admiration pour cette magnifique bête, dont je me suis fais obligation de porter à votre appréciation. Bonne journée Prince.

L'archange Jérémiel repris sa route aisément, avec l'assurance de son pouvoir. Celui d'aider son prochain.

Le choix d'apparaître aux yeux de ce prince, n'avait pas été aisé. De longues discussions s'étaient déroulés dans le chaos avant que la permission ne lui soit accordée mais au final, force était de constater, que Jérémiel, une fois de plus, avait eu raison.

Ce futur roi en valait la peine.

Toutefois, un grain de sable venait d'enrayer ses bonnes résolutions. Sa venue était intervenue un peu trop tard.

Neryëlle venait d'être demandée en fiançailles.

Cela n'était, pas prévu au départ.

Qui était derrière tout cela ? Un nom hideux brûlant de haine vint à son esprit.

Le dessein du roi était tout autre, mais IL était intervenu afin de le contrecarrer. Ce puissant ennemi, coutumier du fait, avait mis toute son ardeur à déjouer cet assemblage. Sa haine ne faillirait donc jamais ?

Il allait falloir s'en accommoder c'était un fait.

Dépité, l'archange Jérémiel repris sa route en pensant à ce monarque dont le destin venait de prendre une direction tout à fait inattendue. Malgré tout, il croyait en lui. Puisque les choses étaient ainsi, alors l'épreuve n'en serait que plus concluante.

La seule chose qu'il regrettait était Neryëlle et la peine qui serait sienne. Malgré tout l'amour qu'elle portait en elle, cela ne suffirait pas à sauver leur union.

Il espérait juste que l'on prendrait soin de cette elleth dont le cœur serait irrémédiablement brisé.

Thranduil devraient faire des choix au cours de son long règne. Dans son ensemble, la tâche serait aisée. Sauf pour un, qui ferait sans aucun doute basculer son destin. Etait-il préparé à ce dilemme ? Jérémiel aimait à le penser...

Au loin, Neryëlle lui faisait un signe. Sa robe de velours entravait quelque peu sa marche, mais le sentiment naissant dans son cœur la portait littéralement vers lui.

A ses yeux, le jeune prince avait une profonde inclination à son encontre et cela faisait toute la différence. Oubliés les jeunes ellons de la cour du roi, oublié les jeux de l'enfance. S'offrait à elle la plus belle des promesses, celle de devenir un jour prochain, la promise du fils d'Oropher.

Thranduil fier, s'avançait déjà vers cette elleth magnifique. Brune, élancée, aussi parfaite que l'aurait espéré son père, à qui il n'avait pas encore confié ce doux secret, tout semblait indiquer un destin déjà ordonné par avance. Sauf qu'il n'en serait pas ainsi. De cela, aucunes de ces deux personnes n'en avaient conscience, sauf peut être...

Jérémiel disparut sous les frondaisons des arbres immenses. Là, à l'abri des regards, il observa un moment les deux jeunes elfes avant de disparaître dans un nuage de brume odorante, d'où les plus subtiles senteurs se mêlaient à celle d'un printemps naissant.

D'un pas hésitant, Olana se rendait dans la salle d'apparat où les Seigneurs d'Isendrill recevaient leurs hôtes.

En cette froide journée hivernale, la jeune fille avait rendez-vous avec son destin.

Tremblante, elle craignait l'annonce d'une mauvaise nouvelle. Ses gouvernantes l'avaient préparé, avec un air narquois sur leurs lèvres. Pourquoi l'avait-on ainsi paré ?

Aucune réception n'était donnée en ce jour gris et pluvieux. L'hiver n'était pas propice aux banquets et autres divertissements. Les Seigneurs des terres alentours préféraient ne pas sortir de leurs domaines.
Que pouvait bien lui vouloir ses parents ?

Lorsque la porte s'ouvrit, Olana comprit que son funeste destin venait d'être sceller.

Assise aux côté de son époux, la duchesse d'Isendrill portait haut et fier son triomphe. Son mari, le Duc discutait avec un homme dont elle n'apercevait encore que le dos.

Ses frères, le sourire aux lèvres la dévisageaient d'un air entendu. Sa mère, comme toutes les fois où de grandes décisions étaient prises, s'octroya le privilège de lui annoncer LA nouvelle :

Duchesse : Ah, ma fille, vous voici enfin. J'ai faillit m'impatienter. Approchez-vous voyons petite sauvageonne. Votre père et moi-même avons pris une décision d'importance vous concernant.

A ces mots, le sang de la jeune fille se glaça. De la sueur coulait le long de son dos. Ces mots qu'elle avait tant redoutés allaient franchir la barrière des lèvres maternelles et elle sentait d'instinct, qu'il n'en résulterait pas de la joie :

Duchesse : Le Seigneur Conrad ici présent, est venu demander votre main et nous l'avons accepté. C'est un honneur pour notre famille d'accueillir un tel gentilhomme. Son ardeur à satisfaire le moindre de vos désirs nous a touché. Veuillez faire preuve de déférence envers votre futur époux et remercier le ciel qu'une telle providence se soit présenté pour vous ma fille !

Immobile, pétrifiée, abasourdis, Olana se sentit mourir. Là, entourée des siens, on venait de jeter sa vie en pâtures à un homme dont le visage émacié n'annonçait pas la vision d'un futur heureux.

Les traits abîmés par de vilaines cicatrices dues aux combats autant que par la varicelle, apportaient son lot de laideur à ces traits peu engageants. La seule grâce que trouvaient ses parents à cette personne était la possession de terres agricoles dont la mise en gérance par leurs propres soins en ferait de très riches Seigneurs.

Vendre leur propre enfant au profit de largesses dont chacun profiterait à son aise était le meilleur investissement qu'ils pouvaient espérer.

Lorsque le Seigneur Conrad s'approcha de sa promise, Olana recula si vivement qu'elle heurta la table.

Aveuglée par ses larmes, elle pivota et sortit en trombe de la pièce.

Duchesse : Décidément, cette enfant me rendra folle. Veuillez l'excuser Seigneur Conrad, ne prenez pas ombrage de cette réaction intempestive. Elle est si émotive et si jeune…vous verrez par vous-même mon ami.

Conrad : Je n'en doute pas Duchesse. Olana me sera entièrement dévoué dès lors que j'aurais mit les choses au clair. Ma fiancée ne restera pas farouche très longtemps.

Duchesse : Ne vous inquiétez pas pour cela, nous avons fait de cette enfant un modèle d'obéissance. Son éducation y a pourvu.

Conrad : C'est une excellente nouvelle Duchesse…oui, excellente !

Olana, les joues en feu, courait à perdre haleine. Se réfugiant dans le grenier où ses rêves de petite fille la faisaient encore espérer, elle hoquetait d'un désespoir poignant.

Où se trouvait-il le prince devant l'extraire à cette vie de malheur ? Tant de fois elle avait relus ses contes merveilleux où il était question de prince charmant aux cheveux blonds sur un beau cheval blanc…

Pourtant, à chaque lecture, cela sonnait faux. Jamais le rêve ne se matérialisait dans son esprit. Il n'arrivait pas à vivre dans sa conscience…

Même les images aux enluminures magnifiques, ne la faisaient pas rêver.

Ce prince ne devait pas lui être destiné un point c'est tout !

Rageusement, elle s'empara du livre et déchira les pages laissant coulant les larmes d'un espoir enfuis.

Dans un coffre de bois de cèdre se trouvait Nanette, sa poupée talisman. Le seul objet trouvant grâce à ses yeux.

Seule dans ce grenier poussiéreux, au milieu de tous les rebuts dont personnes ne voulaient s'encombrer, elle la tint fermement contre son cœur. Sans qu'elle ne sache véritablement se l'expliquer, ce vieux jouet calma sa détresse.

Alors que la brûlure de sa souffrance s'éteignait petit à petit, un chant se fit entendre. Lointain et pourtant si compréhensible, il eut le mérite de faire cesser ses pleurs et tandis qu'un lourd parfum de lys se répandait sous les plafonds de la tour, ses paupières se baissèrent et s'allongeant à même le sol, elle s'endormit paisiblement.

Le temps n'aurait pu être plus magnifique en cette après midi d'été. La chaleur s'était atténuée, laissant la place à une légère brise. Les familles des futurs mariés étaient présentes. Assemblées autour des jeunes elfes, le roi Oropher et la mère de la mariée Dame Ënaelle joignaient les mains des époux selon la tradition elfique et bénissaient de leurs vœux ardents cette union.

Le roi fier de son fils le fixait avec tout l'amour dont un père était capable. Dame Ënaelle versait quelques larmes qu'elle aurait souhaité dissimuler, mais l'émotion l'emportait sur les convenances.

Au terme de ces échanges, les bagues en argents furent rendues aux parents, tandis que les anneaux d'or étaient glissés sur les index de chacun des mariés.

Dès lors, ils furent unis...

Les chants s'élevèrent lorsque naquit la nuit. Les époux heureux de se trouver enfin seuls, s'embrassèrent tendrement.

Leur première nuit d'amour fut douce et empreinte de poésie. Chacun se donna à l'autre comme ils l'avaient souhaité, avec un profond respect. L'acte charnel scellait définitivement cette union depuis longtemps promise.

Alanguie sur sa couche, Neryëlle, dormait depuis un moment. Thranduil se dirigeait vers un coffre où de somptueux bijoux étaient entreposés. Il l'ouvrit, et en sortit une pochette de soie rouge où deux réceptacle du plus pur cristal avaient été crées par le maître nain, le seul trouvant grâce à ses yeux, Dolgor.

Cela ressemblait à deux prismes creux attachés à une chaîne en or. Le prince souhaité en faire cadeau à son épouse dès son réveil. Dolgor avait été surpris par sa demande, mais après tout, pourquoi pas ? La fonction de ce bijou particulier était d'emprisonner une mèche de cheveux de chacun des époux afin de la porter sur soi. Une bien jolie façon d'être au plus près l'un de l'autre.

Lorsqu'il leva les deux prismes devant ses yeux, les cristaux captèrent la lumière des étoiles et un instant, sa raison fut troublée.

Venu de nulle part, un doute assaillit son esprit.

Les reflets changeants dansaient devant ses yeux comme un avertissement dangereux. Soudain, il lui semblait impérieux de dissimuler ces créations. Pour une raison inconnue, Thranduil sentait que cela ne devait pas être destiné à son épouse.

Une légère amertume l'envahit. Pourquoi renonçait il alors qu'il avait lui même choisi la réalisation de ce cadeau particulier ?

Les joyaux furent replacés dans leur pochette de tissus et oubliés durant un millénaire.

Au fond du coffre, ils n'avaient jamais cessé de scintiller malgré les ténèbres ...

La chapelle entièrement décorée de fleurs blanches, accueillait, en ce jour de liesse, une bien triste mariée.

Malgré la somptueuse robe que portait Olana, rien ne pouvait dissimuler la laideur de ce qui l'attendait. Par bonheur, Mère avait eu, pour une fois, la bonne idée de lui faire confectionner un voile dissimulant son visage. Cela lui permit de cacher les larmes que beaucoup entreverraient comme des celles du bonheur.

Comble de l'ironie, son futur époux, jouait son rôle à la perfection, usant et abusant de fausses marques de tendresse.

Penser que la dot de sa promise réglerait pas mal de ses problèmes, le rendait d'humeur joyeuse. Se dire qu'en plus, il ôterait à cette idiote le bien le plus précieux pour une jeune fille de son rang, lui offrait un sourire mielleux.

Ce soir, il ravirait la virginité de son épouse avec la délectation du chasseur ayant enfin sa proie en ligne de mire. Oui, pour le seigneur Conrad, l'avenir s'annonçait heureux.

Pour Olana, les choses étaient toutes autres. La mélancolie, le chagrin, l'obéissance à un despote...voici ce que lui offrirait cette union. Finalement, elle en conçut une horreur si grande, qu'elle faillit partir en courant.

Hélas, son éducation l'avait si bien annihilé, qu'elle lui avait ôté tout courage.

L'homme d'église bénit cette union vouée au malheur avec toute l'emphase qui était sienne. Après tout, il s'agissait de plaire à ces seigneurs dont la bonté d'âme n'avait d'égale que leur générosité envers sa précieuse personne. Profiter des bienfaits terrestres n'était sans doute pas un péché pour peu que l'on y accorde un peu de foi.

Le banquet fut festif. Le vin coulait à flot, les mets les plus fins défilaient, portés par les commis cuisiniers. Olana ne toucha à aucun de ces plats. Leurs goûts avaient un goût de fiel, comme la vie se présentant à elle.

L'accouplement fut rude et bestial, à l'image du porc que Mère avait poussé dans les bras de sa fille.

Dans la douleur, la jeune femme perdit le dernier rempart de son innocence.

Alors que son mari ronflait, heureux d'avoir manger jusqu'à la dernière miette du gâteau des noces, Olana, s'approchait de la fenêtre grande ouverte.

Un instant, les plus folles pensées se bousculèrent dans sa tête. Quelque chose la retint, l'enjoignant à devenir forte, à grandir dans l'ombre de ce mécréant. Le regard levé vers les étoiles, leurs lumières l'apaisèrent. Une étrange odeur de lys flotta dans l'air. Une vague de souvenirs reflua à son esprit. Elle se revit enfant assise sur son lit...non, ce n'était pas sur son lit, mais sur les genoux de quelqu'un...

Pourquoi ce souvenir ne se présentait-il pas dans son intégralité ? Qui était cette personne ?

Plus elle cherchait, moins elle trouvait.

Elle finit par s'éloigner de la fenêtre et fixant une dernière fois son époux, elle se fit une étrange promesse...celle un jour de faire disparaître de la surface de la terre ce chancre ne méritant pas le dixième de son attention.

Il s'agissait juste d'attendre le bon moment.

"Un jour prochain, je tuerais cet homme."

En ce glorieux jour, le voeux de cette jeune mariée venait d'être prononcé, pour le pire, mais surtout, espérait-elle, pour le meilleur.

Les cris parvenant de la chambre de Neryëlle effrayait le roi. Ce soir, son enfant naissait.

Il avait fallut patienter de longs centenaires avant que les Valar n'accorde ce bonheur immense à son épouse.

En ce qui le concernait, la savoir comblée lui suffisait. Cet enfant était peut être le baume dont son cœur éteint avait besoin pour renaître à l'amour.

C'est à la fois heureux, impatient, tendu, que Thranduil attendait l'heureux événement. Au bout d'un moment les cris de la mère furent remplacés par les hurlements de l'enfant.

Le mage Ishtâk tenait dans ses bras le Prince de Vert Bois le Grand, Légolas :

Ishtâk : Majesté, vous avez un fils !

Tout à sa joie, Thranduil s'approcha et pris l'enfant dans ses bras. Un descendant : enfin.

Son seul souhait aurait été de l'avoir avec la personne de ses rêves, mais cela ne lui avait pas été accordé.

Que restait-il de ce souvenir d'ailleurs ? Une impression, un manque...

Celui qu'il n'avait jamais réussis à combler. L'arrivée de cet être y suffirait-il ? Non pensa-t-il. J'aimerais cet enfant, mais une partie de mon cœur restera à jamais condamné.

Le simple fait d'avoir cette pensée le blessait.

Comme une maladie dont on ne se remet jamais, la souffrance reviendrait souvent se rappeler à son esprit.

Il n'y aurait jamais de guérison...

Pour l'instant, il souriait à ce bébé, si beau, si innocent.

Il se jura de tout faire pour être digne de lui.

Ce soir-là naquit un père.

Allongée sur son lit, aux affres avec une souffrance indicible, Olana hurlait sa douleur, comme on se livre à son confesseur.

Enceinte de sept mois et demi, il n'était pas normal de ressentir de si violentes contractions. Etait-ce les conséquences de la brutalité de la veille, lorsque son époux ivre mort l'avait frappé alors qu'une fois de plus elle se refusait à lui ?

L'on avait fait venir la matrone. D'une voix autoritaire, elle avait annoncé la naissance de cet enfant à sa mère pour cette nuit.

Cependant, avait elle rajouté, il ne survivrait probablement pas.

"Faites ce que vous avez à faire.", lui avait répondu la châtelaine. Et il en fut ainsi.

Durant de longues heures, Olana hurla sa souffrance et son malheur.

Des coursiers cherchaient le Seigneur Conrad dans tous les bordels environnants sans succès.

Au bout de la nuit, naquit un petit garçon. Son minuscule petit corps tenta de s'accrocher à la vie...

Transie, elle mit l'enfant contre son sein, espérant lui offrir un peu de chaleur autant que l'amour dont ce bébé aurait eu besoin pour quelques temps.

Une bonne partie de la nuit, elle caressa de son souffle chaud son petit crâne, le berçant, le cajolant. Le fin duvet de ses cheveux était si doux. Cette mère emplie d'un fol espoir désirait plus que tout un miracle.

Le nourrisson, ne pleurait pas, ne bougeait pas, tout juste devinait-on qu'il respirait.

Le sel de ses larmes ne fut pas celui de la vie…

Aux premières lueurs du jour, son souffle s'atténua pour s'éteindre.

Atone, Olana se prostra dans son lit, serrant l'enfant contre son cœur, gémissant sa douleur…

Comme une torture sans fin, la douleur l'enveloppait tel un linceul.

Une partie de son âme mourut cette nuit là, alors qu'on lui enlevait l'enfant des bras…

Seule, dans son lit rougit de son sang, la jeune femme ferma les yeux se laissant emporter par une dangereuse langueur.

"Vous en ferez un autre ma fille. La vie continue." fut les seuls mots dont on la gratifia.

Le Seigneur Conrad, tenait entre ses bras la petite fille que sa maîtresse venait de mettre au monde. Souriant, fier, il embrassait du bout des lèvres ce bébé joufflu dont la vigueur à hurler prouvait son envie de vivre, avant de la confier l'enfant à une gouvernante pour féliciter l'heureuse mère.

Seul, sur la place des anges, Gabriel, accueillait la petite âme, s'éveillant au nouveau monde auquel il était destiné.

De douces paroles enveloppèrent le nouveau né, le calmèrent et l'enfant quittant les voiles sombres de la mort naquit pour la seconde fois.

Délicatement, l'archange déploya ses ailes, bénit ce petit être et le confia aux soins d'Amalia, l'ange des petites âmes.

Gabriel souffla sur Olana, le souffle de l'espérance.

Il effaça de son esprit le désespoir et les ténèbres infiltrées comme un poison et la jeune femme sombra dans un long sommeil réparateur d'où la force lui fut insufflée.

Cette nuit-là mourut une mère.

Par delà les mondes, par delà les croyances, par delà les différences, deux êtres aux cœurs meurtris vivaient les dernières épreuves de leurs solitudes.

Le chemin avait été long. Serein pour l'un, chaotique pour l'autre.

De grandes décisions avaient été prises. Il n'avait pas été facile de faire ce choix, mais devant tant d'abnégation à offrir à cette âme meurtrie un destin hors norme, Gabriel, par son intercession, su allouer à ceux qui doutaient la conviction de son choix.

Lui seul pouvait trouver dans ses retranchements la force et le courage indispensable à une telle volonté.

Je serais leur trait d'union.

Plus qu'une affirmation…une promesse.

Là aussi, sa détermination provoqua l'admiration.

Neryëlle fut la seule ombre au tableau. Le grain de sable jeté par l'Ennemie…

Une telle destinée devait être méritée. Si ce fait était acquis pour Olana, il l'était moins pour le monarque…

Décision fut prise de le mettre à l'épreuve.

Une bien affreuse décision pourtant nécessaire, sous sa forme la plus cruelle : la dualité !

Caractère de ce qui est double en soi au composé de deux éléments de nature différente.

Effacer totalement son ego, pour laisser place à l'Amour inconditionnel, à la fusion complète avec le tout.

En serait-il capable ?

Par cette opposition, on le jugerait.

Malheureusement, un sacrifice devait être à prévoir. Une bien triste pensée pour beaucoup. Un mal pour un bien pour d'autres. Une part d'ombre pour la lumière.

Les tâches furent réparties, les accords scellés et on laissa au destin le temps de s'accomplir.

Après le désespoir viendrait l'espoir.

Ce jour là naquit leur destin.

Aliénor fut la première à ouvrir les yeux. Curieusement, son humeur n'était pas habituelle. Sa nuit, bien plus mouvementé que d'habitude, lui laissait un goût d'amertume dans la bouche.

Olana ne se sentait guère mieux. Il lui semblait avoir une chape de plomb sur les épaules :

Aliénor : Bon sang, je me sens toute courbaturée, comme si j'avais pris la plus grosse cuite de ma vie.

Olana : Je ne me sens pas très bien non plus.

Aliénor : As tu le moindre souvenir de ce qui s'est passé hier soir ?

Olana : Vaguement...

Chaperon Rose entrait dans la tente en piaillant à qui mieux mieux :

Chaperon Rose : Ca y est ? Enfin réveillées ? Eh bien, si je ne vous connaissais pas, je dirais que vous vous êtes envoyé...

Amélie : J'arrive au bon moment comme qui dirait hum ?

Chaperon Rose : C'est une manie chez vous de me couper la parole.

Aliénor : Chaperon, je ne suis pas d'humeur aujourd'hui. Cesse de caqueter comme une poule.

Chaperon rose : Le roi est déjà prêt, je viens de le voir se diriger vers ses soldats. Il n'a pas l'air joyeux lui non plus. Que se passe-t-il ? Y aurait -il quelques événements que l'on chercherait à me cacher ?

Amélie : Laisse les donc tranquille.

Chaperon Rose : A voir la tête du roi, on dirait qu'il y a de la dispute dans l'air...Serait-tu Olana la source de son mécontentement ?

Aliénor : Fiche lui la paix...

Chaperon Rose : Comme toujours j'ai tapé juste.

Olana : Nous nous sommes disputés hier soir.

Chaperon Rose : Je m'en doutais un peu figure toi...

Aliénor : Alors pourquoi ne la laisse tu pas tranquille ?

Chaperon Rose : Parce que j'aimerais en connaître la raison voilà tout.

Aliénor : Tu ne manques pas d'air tout de même ! En quoi cela te regarde-t-il ?

Chaperon Rose : Cesse donc de la surprotéger, ce n'est pas de cette façon qu'elle apprendra à se défendre Aliénor. Tout le monde à un jour où l'autre bouffé de la vache enragée, et pourtant, il faut bien continuer à avancer. Moi j'ai pris le parti de faire glisser sur mon jolie petit corps, mais ce n'est pas pour autant que cela ne m'atteint pas...

Olana : Excuse-moi Chaperon, je sais que pour toi aussi, la vie n'a pas été tendre. Je vais tout te raconter.

Opéca, venait d'entrer sous la tente au moment même où Olana entamait son récit. Au fur et à mesure de sa narration, les deux jeunes femmes se lançaient des œillades de connivence. Lorsque ce fut terminé, Opéca ne put s'empêcher d'apporter un commentaire fort savoureux :

Opéca : Laisse tomber ! Ca ne vaut pas la peine de s'faire du mouron pour un péquenaud pareil...

Chaperon Rose : Le péquenaud en question est tout de même un roi, au cas où tu l'aurais oublié ma chère !

Opéca : Il n'empêche que c'est tout de même un péquenaud doublé d'un sombre crétin, parce que pour lui faire du mal, comme il l'a fait hier, faut pas avoir deux sous d'jugeotte dans l'carafon.

Aliénor : A part cet examen de conscience conduit dans les meilleures prédispositions, si tu n'as rien d'autres à ajouter, tu peux vaquer à tes occupations.

Opéca : Eh ben, je sens que la journée va être formidable. Alors c'est pour ça que tu t'es enfuie Olana ? Quel foin ! Tout le monde te cherchait. Toi quand tu t'emballes, tu fais pas semblant.

Chaperon Rose : Tu l'as fait mariner dans son jus et c'est très bien. Les mâles ont besoin de temps à autre d'une petite remise à niveau. Un bon équilibrage quoi. A présent, il est temps de passer à autre chose ma choupine. Le temps des réconciliations est venu et crois-moi, il va falloir mettre le paquet. Ils sont tous comme ça. Combler pour ne pas perdre…

Opéca : Quand t'auras fini d'débiter tes conneries, on pourra peut être s'entendre penser un peu avec not' tête. La tienne est toujours à trainer dans les calebars !

Chaperon Rose : D'où ma propension à en sortir gagnante ma chère contrairement aux traines savates de ton espèces. Se contenter des quelques miettes que je t'octroie suffit donc à ton bonheur ?

Un éclair sauvage illumina le regard d'Opéca. N'y tenant plus, elle agrippa une mèche de cheveux de Chaperon et tira avec l'énergie du désespoir.

Opéca : J'vais t'rabattre ton sale clapet la pouf !

Avant même que quiconque n'ait pu émettre le moindre geste, elle tenta, bien joué, de lui balancer un uppercut sur la pommette, mais Chaperon, aguerrie aux différentes techniques de défense, avorta sa tentative et d'un mouvement rapide lui administra un coup net à la gorge qui la fit tousser et cracher.

Enseigné par la plupart des bellâtres qu'elle fréquentait, la belle avait plus d'un tour dans son sac.

Chaperon Rose : Bien, après une petite dérouillée matinale, je me sens d'humeur plus joyeuse. Je m'en vais aller consoler sa majesté. Son tourment se doit d'être alléger de mille et une façons.

Olana : Je me fiche de ce que tu pourrais lui faire.

Chaperon Rose : Ah oui ? Vraiment ? Tu me laisserais carte blanche ?

Olana rougit et son humeur changea du tout au tout :

Olana : Tu n'oserais pas ?

Chaperon Rose : Voilà choupine, j'en étais sûre. Un seul coffre fort pour le joujou du roi ! N'essais pas de te cacher de tes sentiments Olana. Ce roi est ton devenir que tu le veuille ou non. Bien, sur cette vérité criante dont je viens de t'arracher la confession, je vais accomplir ma petite mission. Opéca mon amie, ne t'inquiètes pas, ta gouaille va revenir avec force. Il te suffit juste de reprendre quelques bonnes goulées d'air frais matinal.

Et c'est en chantonnant que la belle quittait la tente, ses jolis petons chaussés de rose la portant dans la direction du monarque tout affairé à discuter avec son capitaine. Patiemment, elle attendit que les elfes finissent leur conversation avant de s'avancer vers lui.

S'abîmant dans une révérence presque trop parfaite, notre gourgandine entama la conversation le plus simplement du monde :

Chaperon Rose : Votre majesté. Veuillez pardonner ma hardiesse, mais je viens soumettre à votre appréciation un fait qui me semble de la plus haute importance tant la personne dont je vais vous parler est attachée à mon cœur.

Thranduil : Nous n'avons pas de temps à vous accorder.

Chaperon Rose : Oh, pardonnez-moi majesté, cependant si je vous dis que la personne en question porte le nom d'Olana, cela vous interpellera-t-il un peu plus ?

Thranduil : Que cherchez-vous à nous dire ?

Chaperon Rose : Trois fois rien Sire, et pourtant cela vous paraîtra beaucoup.

Thranduil : Faites vite, notre temps est compté.

Chaperon rose : Bien entendu Majesté, cela tiendras en trois mots : apprenez à comprendre. Voilà, j'ai fini...Majesté !

Devant la stupéfaction de Thranduil, Chaperon Rose ne put que sourire :

Thranduil : Comment osez-vous ?

Chaperon Rose : Je ne souhaite en aucune façon vous manquer de respect Mon Seigneur, mais parfois, la parole d'une gourgandine, puisque c'est ainsi que vous me voyez, a bien plus de valeurs que le plus sage de vos conseillers. Posez-vous la question de savoir quel intérêt aurais-je à provoquer votre courroux en vous délivrant pareil conseil ?

Le roi observa cette drôle de jeune femme parfaitement irréfléchie à son goût et pourtant si pleine de bon sens :

Chaperon Rose : Oh les jolies fleurs blanches !

La jeune femme montrait sur un talus, un amas de niphrédil, se mêlant à un buisson :

Chaperon Rose : Olana ADORE, les fleurs blanches, elle dit que cela lui rappelle souvent une odeur d'un moment très particulier de son enfance. C'est qu'elle n'en a pas eu beaucoup, de moment heureux j'entends...Je m'en voudrais de retenir d'avantage votre majesté. Si vous pensez qu'une punition s'impose pour ma propension à dire certaines vérités, je suis prête à accepter mon châtiment sur le champ...

Si l'humeur du souverain ne se trouvait pas si entaché par les événements de la veille, il aurait très certainement rit aux propos de cette femme. Elle possédait un tel aplomb mais également un tel charme, qu'il était difficile de lui résister.

Thranduil : Cela ne sera pas nécessaire. Nous nous montrerons plein de sollicitudes et vous pardonnons cet excès de familiarité.

Chaperon Rose : Votre majesté est trop bonne. Décidément, ces fleurs sont magnifiques...elles rendraient très certainement le sourire à mon amie toute à son chagrin. Bien le bonjour Sire.

Avec une légèreté due à l'insouciance, elle fit demi-tour et trottina vers ses amies. Thranduil laissa son regard vagabonder sur les fleurs éclairées par un rayon de soleil.

Sans plus réfléchir, il les cueillit toutes et trouva Oilïnn à qui il les confia :

Thranduil : Veillez à ce que ces fleurs, ne manquent point d'eau Oilïnn.

Oilïnn : Comme il vous plaira Mon Seigneur.

Caché sous les frondaisons des arbres, le cavalier noir s'avançait vers Bolg :

Cavalier noir : Préparez vos chiens ! Nous allons donner du fil à retordre à ces elfes. Offrons-leur un peu de distraction. Et surtout, que personne ne la touche !

Bolg : Bien.

Cavalier noir : Bien ?... Bien qui ?

Bolg : Bien mon Seigneur.

Cavalier noir : Voici comme il me plaît d'être traité. Ayez-en souvenance !

Sa beauté jurait face la laideur de l'orque. La rage contenue de Bolg se déversa sur ses hommes. Il hurla ses ordres :

Bolg : Serrez vos rangs ! Tuez, tuez, mais ne touchez pas l'humaine aux cheveux clairs !

Une vingtaine d'orques assoiffés de sang, avides d'en découdre, montèrent leurs ouargues. Ces loups malfaisants, vivaient au Rhovanion au troisième âge du soleil.

Ces derniers avaient conclus une alliance avec les orques des montagnes et devinrent leurs montures telles des chevaux.

Sauron, tout à fait satisfait de cet accord, les fit se reproduire en grande quantité accentuant leur laideur et leur férocité en les habituant à détester, autant l'odeur des hommes que celle des elfes.

Avec une telle hargne, ces bêtes immondes devenaient dangereuses pour elles mêmes. Leurs propres maîtres, se devaient alors de les museler lorsqu'ils ne les montaient pas afin de les empêcher de s'entredévorer

Possédant une fourrure épaisse tirant sur le gris, des gueules garnis de crocs acérés et des yeux rouges où se reflétait la folie, on devait s'en approcher avec la plus élémentaire prudence.

Quant à celui en charge de les nourrir…Mieux valait qu'il fasse preuve de témérité.

Le cavalier noir, bien campé dans ses deux étriers fixait au loin la colonne du convoi. Un mauvais rictus étirait ses traits.

Bolg : Prendrez-vous le commandement ?

Cavalier noir : Je ne viens pas avec vous. Je vous laisse la jouissance de vos actes Bolg.

L'orque blanc coula un regard en biais :

Cavalier noir : Il n'est pas encore temps pour moi de me montrer. Bientôt…

Bolg : Je vomis ces elfes, sales insectes rampant. Je vais laisser dans mon sillage une odeur de peur et de charogne…

Cavalier noir : Et vous n'aurez aucun mal pour cela, je n'en doute pas. Allez-y, faites étalage de votre talent. J'ai hâte de le constater par moi-même.

La plupart des soldats attendaient l'ordre de leur chef. Empoignant fermement leur hache, ils avaient hâte d'en découdre.

Utilisée comme arme de combat, le poids de cette arme n'était pas un souci pour ces êtres doués d'une force phénoménale, car leur frappe plus puissante, permettait de désarmer l'adversaire et briser sa garde, ce qui représentait un net avantage.

Fin prêt, ils s'impatientaient, animés d'un désir fou. Bolg leva son poing et soudain, tous s'élancèrent d'un même élan.

Olana, la tête vide, laissait son esprit à la dérive. De temps à autre, ses mains effleuraient ses longs cils où de discrètes larmes s'accrochaient. Son mal être se sentait à distance. Ses épaules, légèrement affaissées trahissaient sa fatigue.

Apercevoir au loin, le roi aux côtés de ses conseillers, alors qu'elle-même aurait souhaité être à leur place, la minait. Les longs cheveux blonds clairs de l'ellon, se perdaient dans les plis de son manteau couleur prune.

Même de dos, sa prestance l'impressionnait. Bien que partagé, entre l'admiration et la colère, son cœur hésitait à pardonner.

Réfléchissant au moyen de repartir dans son monde, la jeune femme n'arrivait pas à prendre une décision ferme et définitive. Son hésitation signait son désir de rester, mais elle ne pouvait accepter d'avoir été traité de la sorte.

Tout à son raisonnement, un cri la fit sursauter. L'un des soldats s'exprimait en Sindarin. Sa voix forte sema le trouble parmi les elfes. Tout le monde s'affola.

Jack et Aliénor, comprirent immédiatement. Un danger approchait.

Luthïen s'approcha d'eux :

Luthïen : Une attaque d'orque. Restez avec le convoi.

Aliénor : Hors de question l'ami. Je combattrais avec vous. Donne-moi une arme !

Jack : T'as intérêt à ne pas m'oublier l'elfion.

Un bref sourire de Luthïen leur fit comprendre qu'il appréciait leur aide. A la volée, il leur lança deux épées :

Jack : 'tain, j'aurais préféré un poignard. Je suis pas un chevalier de la Table Ronde !

Le mercenaire jeta l'épée en direction de Prince Charmant :

Prince Charmant : Vous n'y pensez pas j'espère ? Un gentilhomme comme moi ne saurait prendre part à un combat de cette envergure.

Jack : J'aurais dû m'en douter. Occupe-toi des femmes. Fais gaffe à elle !

Prince Charmant : Cela je pourrais l'envisager.

Jack : Non tu pourrais pas, tu VAS !

Nimïel récupéra l'épée et l'elfe se plaça aux côtés d'Aliénor et Jack. Ensemble ils éperonnèrent leurs montures et suivirent Luthïen.

Les cris provenaient de toute part à présent. On les encerclait.

Olana se tournait dans tous les sens. Quels étaient donc ces…

Le souvenir des deux orques rencontrés la nuit dernière revint à sa mémoire.

Se pourraient-ils qu'ils reviennent pour moi ?

Une terreur indicible s'empara de tout son être. Affolée, elle tenta vainement de se calmer mais ces cris, cette agitation…

Thranduil se tournait vers elle une dernière fois, s'assurant qu'elle était sous bonne garde. Déjà, un soldat se tenait à ses côtés. Soulagé, elle resta collée à lui.

Au devant, Luthïen et ses hommes s'engageaient dans une riposte des plus sanglantes.

Hache levées, les orques fonçaient vers leurs ennemies. Les coups s'abattaient le plus souvent dans le vide, les elfes étant fort rapide dans leurs mouvements.

L'embuscade, traîtresse, avait surpris tout le monde. Les gens de la Cour, s'étaient regroupés espérant se protéger les uns les autres…

Chaperon Rose, Opéca et Amélie, toutes trois réfugiées sous le charriot d' Ëlnar, l'intendant, tentaient, tant bien que mal, de cacher leur peur :

Chaperon Rose : Si nous nous en sortons, je te promets ma brune amie de t'offrir une belle dérouillée.

Opéca : C'est moi qui t'l'a mettrait, la blonde…

Amélie, prise en sandwich entre les deux péronnelles avait les yeux hagards :

Opéca : T'inquiètes la vieille, on les laissera pas t'saigner.

Amélie : Pougne ! Merci mes fifilles…

Aux cris succédèrent le bruit sourd des pattes des ouargues frappant le sol impatient de mordre, déchiqueter, tuer…

Thranduil, l'épée en main, porta le premier coup sur un orque hurlant sa fureur. Le tranchant de son arme atteignit la main du monstre sectionnant deux de ses doigts. Ouvrant de grands yeux, il laissa tomber son cimeterre au sol alors que le roi d'un geste fluide le décapita sans la moindre hésitation.

L'horrible tête se détacha du corps et roula jusque sous la charrette où les trois femmes avaient trouvé refuge. Le sang d'Amélie ne fit qu'un tour. Devant ces deux énormes yeux emplis de terreur, figés pour l'éternité, elle se mit à pousser un cri et sans que les deux jeunes femmes ne comprennent vraiment le pourquoi de sa réaction, elle attrapa cette…chose et sortit de son abri invectiver ces attaquants aussi fourbes que cruels.

Ces sons aigus, attirèrent l'attention de l'animal que montait Bolg. Il grogna et se mit à courir, encouragé par son maître, vers l'endroit d'où provenaient les cris.

Il distingua une grosse femme complètement hagarde que deux autres humaines tentaient de résonner.

D'un coup de pied, il ordonna à son ouargue d'accélérer sa course dans cette direction.

Avec effroi, les trois femmes virent ce monstre surgit des enfers approcher à la vitesse de la lumière. Complètement tétanisées, aucune d'entre elles n'eut le réflexe de se cacher. Lui faire face avec toute l'intrépidité qui les caractérisait, voici ce qu'elles firent :

Chaperon Rose : Trouve une idée Opéca vite !

Opéca : J'sais pas moi !

Amélie s'était mise à hurler, c'était déjà un bon début.

La peur faisait souvent faire des choses folles ce fut ce qui se produisit pour elles. Pendant qu'elle poussait un hurlement à réveiller les morts, Opéca arracha des mains de la doyenne la tête qu'elle tenait encore fermement par sa tignasse et la balança d'un geste rageur à la face de ce monstre balafré.

Un coup de tête d'un adversaire la portant encore sur ses épaules n'était déjà pas agréable, mais que dire lorsque, détachée, celle-ci avait des velléités de voyage et avait pris une vitesse de croisière hallucinante ? Le boulet de canon, atterrit en pleine face de l'orque.

Il faut croire que travailler dans une maison de plaisir, où elle avait souvent affaire à des ivrognes, lui avait appris à se défendre, car la précision de son tir aurait pu figurer dans un récit de faits de guerres.

Groggy, mais surtout surpris, Bolg se demanda à quelles sortes de femelles il avait affaire là ?

Ceci étant fait, une décision fut rapidement envisagée. La vengeance serait le maître mot de son action.
La fureur l'habita dès l'instant où l'idée de les trucider, s'imposait à son esprit.

Il décocha une formidable gifle à Opéca.

Sous le choc, elle tomba sur le dos en poussant un cri. Chaperon Rose cherchait des yeux un caillou, un objet, bref, de quoi frapper sur cette montagne de muscles bien décidée à en découdre.

Amélie hurlait toujours et Blog décida de lui donner une bonne raison de crier. Un coup de poing sur sa mâchoire la fit taire instantanément.

Le souffle coupé, elle tomba à genoux portant la main à son visage.

Etourdie, mais encore consciente, elle vérifia immédiatement qu'elle n'avait pas perdue sa dent…

Les dieux étaient avec elle ce jour-là ! Elle était encore en place.

Soulagée, elle put s'évanouir à son aise.

Heureuse d'avoir enfin trouvé un semblant d'arme, Chaperon Rose tenait entre ses mains…une énorme poêle en fer, à moins que cela ne fût de la fonte tant elle était lourde.

Bien décidée à s'en servir, elle nargua l'orque en l'invectivant avec un vocabulaire bien choisi.

Lorsqu'il la vit si bien armé, il eut tout bonnement envie de rire avant de la déchiqueter de son cimeterre, mais soudain, la couleur de ses cheveux l'en dissuada.

L'humaine aux cheveux clairs ne devait pas être touchée.

Déçu de ne pouvoir infliger une bonne correction à cette impudente, il se contenta de la fixer de ses yeux emplis de haine en grognant, puis se tourna en direction, d'Opéca.

Sa chevelure foncée l'autorisait à se venger d'elle, aussi il leva son bras bien haut, prenant l'élan nécessaire pour la tuer d'un coup net.

Son geste resta en suspens. Une flèche venait de se planter dans son bras.

La pointe acérée s'enfonça dans ses chairs faisant couler un sang noir.

D'un geste sec, il arracha le bout de métal planté dans son muscle. Des lambeaux de peaux se détachèrent offrant un spectacle horrible aux deux femmes. Heureusement, Amélie gisait toujours à terre inconsciente.

Luthïen, s'approchait de Bolg l'épée en main sous le regard admirateur de Chaperon Rose.

Le combat fut rude. L'orque, diminué par sa blessure frappait au hasard et pas toujours avec justesse ce dont profita Luthïen. En possession de tous ses moyens, l'elfe combattait sans relâche.

Toutefois, Bolg réussit à le déstabiliser. Il en profita pour remonter sur son ouargue, rejoindre ses comparses.

Olana, toujours aux côtés du soldat, tremblait comme une feuille. Accroupie au sol, elle tentait de se rassurer, éviter la panique…

Impossible pour elle de trouver refuge sous des arbres où près des charriots.
Isolée entre les hautes herbes, son choix était vite fait…resté sagement aux côtés de l'ellon qui avait la lourde tâche de la protéger.

Sauf que…

Un orque arriva traitreusement, par derrière, attaquer l'elfe isolé. Sautant de son animal, il tomba lourdement sur le jeune soldat l'écrasant de tout son poids. Un corps à corps terrible s'en suivit auquel l'elfe ne résisterai pas bien longtemps pensait-elle.

Dans un sursaut de courage, elle se saisit d'une grosse pierre et s'approcha de l'orque avec la ferme intention de le frapper à la tête. Il sentit son odeur, avant même de la voir.

Il se tourna…

Ce qu'elle lut dans ce regard ressemblait à s'y méprendre à de la folie. Pure et simple.

Avec un affreux ricanement, il infligea une atroce blessure à l'ellon. Son coutelas se planta profondément dans sa cuisse arrachant un cri de douleur au jeune soldat.

Horrifiée, Olana sentit venir sa fin prochaine. Des images, qu'elle aurait souhaité oublier à tout jamais, se superposèrent au visage de l'orque.

Conrad, son légitime époux et bourreau revenait la narguer ouvertement.

Dans un sursaut de courage, elle jeta sa pierre sur l'orque. Retroussant ses lèvres en un rictus redoutable, il s'apprêtait à lever une nouvelle fois son arme, lorsque ses yeux se rétrécirent comme s'il réfléchissait.

Cet instant d'hésitation profita à Olana. L'ellon, blessé, lui tendit son poignard. Elle le prit dans sa main et su d'instinct ce qu'il fallait faire.

C'est alors qu'un cri strident, un cri de bête les fit tous sursauter.

La jeune femme et l'orque levèrent ensemble la tête vers les cieux.

Malheureusement, l'oiseau aux ailes gigantesques, profitait de l'effet de surprise, pour approcher ses serres avec la ferme intention de s'emparer d'elle.

Thranduil à quelques dizaines de mètres de là, perçu le danger avant même de le voir.

Il fut terrifié. Elle allait être emportée sans qu'il ne puisse intervenir…

Il éperonna son cheval le poussant à ses dernières limites…

Tétanisée, Olana ferma les yeux s'apprêtant à s'en remettre à son créateur…Rien n'aurait pu la sauver. Les larmes coulèrent. Ainsi finissait ce rêve qu'elle ne vivrait sans doute jamais jusqu'à son apogée…

Lorsqu'un autre cri aigu se fit entendre, ses yeux s'ouvrirent sur une vision ahurissante.

Un aigle…

Un aigle blanc, d'une impressionnante majesté se ruait vers l'oiseau. Il portait en lui autant de grâce que de détermination à vaincre son ennemi.

Le volatile, agile se détourna de cette menace s'élevant à nouveau dans les airs et décrivant de larges cercles attendant son rival pour se battre.

Les deux animaux se firent face et s'affrontèrent toutes serres dehors.

Nimïel, tout proche, comprit qu'il fallait agir vite. Olana, sentit une montée d'adrénaline la pousser à agir avec une féroce détermination. Ses doigts tenaient toujours le poignard. D'instinct, elle sut où frapper.

La dague s'enfonça jusqu' à la garde dans l'abdomen de l'orque. Sans lâcher le manche l'arme remonta au travers des chairs tendres.

Brusquement sa main fut prise de tremblements.

Elle tomba à terre fixant avec horreur l'orque tombé sur ses genoux tentant désespérément de retenir ses viscères.

Un long râle accompagna sa fin.

Une odeur putride s'éleva autour d'elle. Le jeune elfe tentait de la réconforter…peine perdue, elle ne voyait que le sang, ne sentait que l'odeur de la mort…

Toute cette barbarie ne finirait donc jamais ?

Comment avait-elle trouvé le courage de massacrer ce monstre ?

Complètement hagarde, sa seule préoccupation était de frotter ses mains sales sur l'herbe. Effacer les traces…ôté cette souillure…

Pendant ce temps, au dessus de sa tête, une bataille se livrait.

L'aigle plantait son bec crochu sous le cou de l'oiseau lequel poussait un cri horrible et rassemblait ses ailes d'où des griffes pointaient, en les dirigeants vers le corps de l'aigle. Tournoyant sur lui-même, il évita l'attaque et revint sur ce monstre ailé porter le coup fatal.

Ses serres se plantèrent sur son cou et infligèrent le coup mortel.

La tête de l'oiseau pendit selon un angle suspect et il tomba au sol comme une pierre.

Nimïel, poussait sa monture dans ses derniers retranchements. Au moment où le cadavre du volatile tombait en vrille au dessus de la jeune femme, l'elfe se penchait vers elle en criant :

Nimïel : Prenez ma main Olana, vite !

Obéissante, elle se leva tel un ressort et saisissant les doigts de son ami, elle se sentit soulevé du sol, au moment même où le roi arrivait.

Il la vit s'éloigner jetée en travers du cheval.

Soulagé, il appela Luthïen :

Thranduil : Luthïen ! Occupez-vous de ce soldat !

Il éperonna à nouveau sa monture et rejoignit le reste de sa troupe. Les derniers attaquants faisaient demi-tour. Aliénor en plein corps à corps avec un orque et en fort mauvaise posture, fut secourue par Jack.

Le poids de son adversaire l'handicapait fortement. Ce ne fut pas la même partition dès qu'il passa entre les mains de son ami.

Le combat au corps à corps, était une des spécialités de ce mercenaire. Habitué, le plus souvent pour des missions secrètes, à tuer en silence, il avait acquis un sérieux savoir faire quant à l'élimination d'un ennemi sans la moindre arme.

L'enseignement des arts martiaux pratiqué chez les marines se doublait d'entrainements de combats au couteau.

Très poussé, la formation des recrues était impitoyable.

Neutraliser le danger efficacement en économisant son attaque, gérer le stress, porter un coup sur un point du corps particulièrement sensible…tels étaient les secrets de frappe du soldat Jack.

Acculé, l'orque subit ces attaques de front ne sachant comment les parer. Cette façon de se battre n'était pas ordinaire. Plus d'une fois il ne put esquiver les coups jusqu'à celui qui lui fut fatal.

Du tranchant de la main, Jack porta un coup sous la gorge de son attaquant. Il s'effondra net…et mort…

Aliénor se relevait difficilement. La force de l'orque l'avait rudement secoué. Elle ne put s'empêcher de le féliciter :

Aliénor : Bon sang Jack, il faut que tu m'enseignes cela sans tarder !

Jack : C'est quand tu veux ma belette.

Déjà, les derniers fuyards s'éloignaient rapidement.

Nimïel se rapprochait de ses amis avec Olana contre lui. Aliénor s'élança dans leur direction :

Aliénor : Ca va Olana? Tu n'as rien ?

Encore secouée par cette attaque d'une violence inouïe, la jeune femme semblait atone.

Jack s'approcha du cheval :

Jack : Vas-y Nimïel, donne la moi.

Précautionneusement, l'elfe la fit descendre et Jack la prit dans ses bras. Elle se serra contre lui. Elle pleurait :

Olana : Je l'ai tué, je l'ai tué…

Aliénor : Qui ça ma douce ?

Olana : Je l'ai tué…

Soudain, l'orage éclata avec une rare violence :

Olana : J'en ai assez ! Pourquoi le sort s'acharne-t-il ? Je veux rentrer chez moi !

La jeune femme faisait une véritable crise de nerfs. Aliénor tenta de la réconforter, mais Chaperon Rose, toute échevelée et courant vers son amie l'en dissuada.

Elle criait à présent :

Olana : Même le roi en veut à ma personne…Je le déteste, je le déteste !

Profondément agitée, plus rien ni personne ne semblait pouvoir la calmer. Thranduil se tenait non loin de là.

Inquiet, lui aussi s'était approché. Au moment où il s'apprêtait à descendre de sa monture, il entendit ses derniers mots.

Blessé, il préféra faire demi-tour.

Ce fut alors que Chaperon Rose entra en scène.

Sa main s'abattit sur le visage d'Olana avec une telle vigueur qu'elle en fut la première étonnée :

Chaperon Rose : Pardonne-moi ma belle, mais tu ne m'as pas laissé le choix.

Aliénor, interloquée se mit en colère :

Aliénor : Tu dépasses les bornes Chaperon !

Chaperon Rose : Mais enfin, quand allez vous la secouez un peu ! Vous ne l'aidez pas en agissant de la sorte. Allez-vous en et laissez moi lui parler. Allez ouste, je ne veux plus vous voir.

Estomaquée, Aliénor comptait bien lui démontrer sa façon de parler, lorsqu' Amélie calma tout ce joli petit monde :

Amélie : Allez-vous donc partir comme c'est t'y qu'elle vous l'a d'mandez ? Vous inquiétez pas, sous ses airs d'écervelée, la p'tiote en a d'la jugeote.

Tous s'éloignèrent. La guerrière jeta un œil en arrière, comme pour s'assurer que tout danger était écarté...et encore...Le fait de laisser Olana avec Chaperon ne la rassurait qu'à moitié.

Enfin tranquille, Chaperon put commencer son sermon :

Chaperon Rose : Maintenant tu vas sécher tes larmes sinon la petite sœur de ce que tu viens de recevoir ne va pas tarder à montrer le bout de son nez.

La goutte au nez, Olana leva son visage inondée vers son amie. Un mouchoir en main, la gourgandine moucha ce charmant petit nez. Avec ce geste qui la caractérisait tant, Olana passa ses mains sur ses yeux au moment même où le roi se tournait vers elle, ce que ne manqua pas d'observer Chaperon.

Chaperon Rose : Bien ! Voici la seule chose intelligente que tu viens de faire. J'ai remarqué combien ce geste attendrissait sa précieuse majesté. Bon sang Olana, il va falloir te décider à grandir une bonne fois pour toute. Je sais bien les misères que tu as vécu jusqu'ici, et tu n'es pas la seule crois-moi, mais là, tu as un roi à tes pieds et tu fais ta tête de cochon...C'est juste impossible ! Alors tu vas te calmer, remonter en scelle comme une digne jeune femme noble que tu es, contrairement à moi, et montrer à ces elfes que tu en as...Pas dans le pantalon, cela s'entend, mais dans la tête. Laisse-leurs la supériorité de leurs attributs, ça leur donne l'impression d'être indispensable pour nous pauvres femelles. Ceci dit, tu peux en tirer de nombreux avantages pour peu que tu saches mener tes affaires avec la dextérité qui s'impose.

Olana ouvrit de grands yeux avant de sourire. Elle n'avait pas sa pareille, Chaperon, pour mettre en évidence des vérités criantes.

Chaperon Rose : Juste au moment où sa...charmante, délicieuse, magnifique majesté s'apprêtait à venir te cueillir comme une rose et t'embarquer sur son destrier, te consoler…Voire pourquoi pas...chut, laisse moi finir, tu es monté sur tes grands chevaux en criant comme une possédée. Penses-tu que cela lui ait fait plaisir d'entendre sa dulcinée, pour laquelle il se meuuuuuurt d'amour, hurler qu'elle le déteste ?

Tu as tout intérêt à te montrer à la hauteur de ton pardon. Peut-être que si tu lui proposais le coup du lapin farceur…

A peine avait elle terminer son discours, que la jeune femme, partait dans un fou rire libérateur, bientôt suivi par Chaperon Rose. Aliénor fronçait les sourcils :

Aliénor : Que lui racontes encore cette écervelée ?

Gabriel : Cette écervelée, comme il vous plait de la nommer, à certainement plus de détermination et d'abnégation que vous n'en aurez jamais malgré votre courage guerrière Aliénor.

Tous le fixèrent intensément :

Opéca : Ma parole, mais si j'te connaissais pas mon Gabinou, j's'rais prête à affirmer que t'en pinces pour elle ?

Gabriel : OPECA !

Nimïel : Il a peut être raison.

Prince Charmant : Vous allez bientôt nous dire que nous devrions nous fiez à son bon sens ? Nous laissez guider par cette gueuse ?

Opéca : Parce que t'as mieux à dire et à faire le bouffon ? A part t'occuper d'tes miches, tu sais rien faire d'autres.

Mic Mac ricanât bêtement, comme seul un lutin pouvait le faire :

Mic Mac : Couillon !

Prince Charmant : Mais je ne permettrais pas à ce gnome de me manquer de respect.

Mic Mac : Provoques-moi en duel tartuffe.

Prince charmant : Oh, c'est trop fort ! Je ne vais tout de même pas m'abaisser à lui accorder plus d'importance qu'il ne mérite, d'autant que j'ai fait preuve d'un héroïsme surprenant. Un haut fait à marquer dans mes annales. Pour un peu, je m'embrasserais.

Mic Mac : Ah ouais ? Quèque t'as fait ?

Prince Charmant : J'ai fait de mon corps un rempart contre l'invasion ennemi !

Jack : Mais bien sûr l'avorton. Tu veux dire que tu t'es planqué quelque part en attendant la fin quoi ! Allez remet ta perruque en place et va compter les mouches.

Prince Charmant : Parce que ma perruque est de travers ? Fichtre, il faut que je sois présentable en toute circonstance. Ce serait un grave manquement de retenue. Oh Gabriel, vous êtes quelque peu décoiffé vous aussi. On dirait qu'il y a de la rébellion dans l'air.

Gabriel : Pardon ? Mais que dîtes-vous ? Laissez de côtés ces préoccupations grotesques. Il me faut porter les derniers sacrements à deux soldats tombés sur le champ d'honneur.

Cependant, ses mains passèrent discrètement sur sa chevelure, puis il s'en fut à son devoir.

Prince Charmant : Ceci dit, j'ai véritablement sauvé la vie d'une elfe.

Opéca : Une seule ?

Prince Charmant : Excusez-moi ma chère, mais comment aurais-je pu m'allonger sur plusieurs corps en même temps ?

Opéca et Mic Mac se lancèrent un regard torve…Ils avaient tout compris.

Au loin, un attroupement s'était formé autour du cadavre de l'oiseau mort.

Jack et Aliénor l'avait aperçu eux aussi et instantanément, les deux amis se comprirent et s'avancèrent l'un vers l'autre.

Nimïel n'avait rien perdu de leur échange et lui aussi les rejoignait?...

Aliénor : Que fait un Bekzog sur ces terres ?