Chapitre 10
-Tu as la chambre prête, Harry, hors de question que tu retournes chez toi ce soir, et toi, oncle Severus, tu as le canapé, je ne peux pas te laisser partir avec trois verres de vin dans le sang. Et puis quelle nièce serai-je si je laissais faire ça !
-Je vais plutôt prendre le canapé, rigola Harry en voyant Severus jeter un œil grandiloquent à la jeune étudiante. Où veux-tu que Severus mette ses longues jambes sur ton sofa ?
-Faites comme vous voulez, messieurs, les couvertures et les oreillers se trouvent dans le placard au fond du couloir. Pour ma part je suis épuisée, je ferai la vaisselle demain avant de partir. Je ne ferai pas de bruit, et en plus, bande de veinards, en revenant de la pharmacie je vous achèterai des croissants bien frais. Quelle amie et nièce ferait ça pour les deux hommes de sa vie, hein ?
-Tu ne vas pas chez ton ami Thomas ? s'enquit le jeune homme ému de voir que Lucia le considérait comme faisant parti de sa vie au même titre que Severus.
-Si, je repartirai de suite, vous aurez le temps de vous reposer un peu comme ça.
-Moi je n'aurais pas trop le temps, il faut que je me lève à trois heures, j'ai des journaux à livrer je te rappelle.
-Et moi des dossiers à revoir, surenchérit Snape.
-Comme vous voulez, mais, Harry, permet-moi de te dire que ce n'est pas prudent de partir avant que l'on te soigne. Laisse-moi au moins le faire avant que tu ne quittes l'appartement, et reviens le soir pour que je te mette de la crème et change ton pansement, ou alors laisse Severus le faire si tu n'es pas réveillé avant.
-Ouais, capitula le plus jeune des trois en voyant que la jeune femme était vraiment soucieuse, je promets.
Tous allèrent se coucher. Lucia dans sa propre chambre, Severus dans la chambre d'amis, et Harry garda la meilleure place selon lui, sur le canapé face à la cheminée qui ronflait agréablement. Surtout qu'il avait froid et qu'il grelottait de nouveau depuis un petit moment. Muni de sa couverture il s'allongea après avoir enfilé un bas de pyjama et il ne tarda pas à fermer les yeux, vaincu par la fatigue de sa trop longue journée de travail.
Dans la nuit Severus fut réveillé par des gémissements qui se transformèrent en plaintes. Inquiet il se leva et se rendit dans le salon pour trouver Harry en sueur, couché sur les couvertures à plat ventre, et remuant fortement dans son sommeil. Et là l'homme put voir que la blessure qu'il avait dans le dos s'était infectée comme il l'avait prophétisé. La plaie de couleur rouge vif avant était devenue presque violette, de plus elle était boursouflée, le garçon faisait une infection il n'y avait aucun doute là-dessus.
Il aurait dû aller à l'hôpital quand il l'avait proposé et ne pas attendre d'en arriver là. Quel gamin buté quand il s'y mettait !
Severus posa sa main sur le front du jeune homme. Brûlant ! Pas étonnant, ronchonna Snape en se dirigeant vers la salle de bain pour préparer un cachet d'aspirine pour faire descendre la fièvre.
-Que fais-tu debout à cette heure ? demanda l'étudiante en sortant de sa chambre pour assouvir un besoin urgent.
-Harry a de la fièvre, il est brûlant, je crois que je vais appeler un médecin. On ne peut pas le laisser comme ça jusqu'au matin ce n'est guère prudent.
-Porte-lui le verre et essaye de le lui faire boire, moi j'appelle le docteur Lewis immédiatement, proposa sa nièce en enfilant une robe de chambre d'un joli rose pastel.
L'homme s'exécuta, et avec beaucoup de patience il réussit à redresser Harry et à lui faire avaler le médicament dilué dans l'eau.
-Il fait un peu froid ici, murmura Lucia pour ne pas réveiller le jeune homme qui était toujours endormi. Tu devrais le mettre dans ton lit, Severus. Je crois qu'il y sera beaucoup mieux et plus au chaud.
-C'est ce que j'allais faire, répondit le financier qui prit le garçon dans ses bras pour le porter dans sa chambre en faisant attention de ne pas toucher la blessure.
-Le docteur Lewis sera là dans un quart d'heure, l'avertit-elle en posant le portable sur un guéridon. Reste auprès de Harry, je lui ouvrirai moi-même la porte lorsqu'il arrivera. Oh ! Severus, change-le il est trempé de sueur, et ce n'est pas très bon.
L'homme opina de la tête et disparut avec son fardeau qu'il déposa sur le lit, puis il alla chercher un autre pyjama dans la commode et remplaça celui d'Harry par celui qui était sec et propre. Severus n'était pas resté insensible devant le corps complètement dénudé d'Harry, il était magnifique, il n'avait pas d'autres mots pour exprimer ce qu'il avait ressentit en le voyant ainsi. Superbe, tout simplement superbe de finesse et de beauté. Il n'avait pas non plus manqué les anciennes traces de coups disséminées sur les jambes, un soupir s'échappa de sa gorge, le mal était fait et malheureusement il ne pouvait pas revenir en arrière pour lui éviter ça.
Cependant les gens qui l'avaient abandonnés allaient devoir lui rendre des comptes, ça pas question de faire l'impasse dessus.
Le financier recouvrit ensuite le malade d'un léger drap à cause de la forte fièvre qui n'avait pas baissée d'un iota, il était même sûr quelle avait encore grimpé et il s'inquiéta inévitablement.
Quand la sonnette de la porte d'entrée résonna dix minutes plus tard, Snape fut soulagé car l'état du squatteur empirait de seconde en seconde. Un homme de très belle prestance entra dans la chambre et se dirigea sans perdre de temps vers la forme allongée, après avoir salué d'un signe de tête l'oncle de Lucia qui n'avait pas pensé une seule seconde à enfiler une robe de chambre.
-Que lui est-il arrivé ? demanda-t-il en s'asseyant au bord du lit tout en descendant le drap pour remarquer la profonde blessure qui défigurait le dos du jeune homme.
-Une tige de fer sur un chantier, expliqua Snape. Il ne l'a pas vu en se relevant, il s'est fait ça dans la journée, quant à vous dire si c'était le matin ou l'après-midi, aucune idée.
-Et le reste ?
-Des mauvais traitements qui viennent de sa jeunesse, il vivait dans un orphelinat.
-Je vois….. A-t-il été vacciné contre le tétanos ?
-En vérité je ne sais pas mais j'en doute fort, répondit Lucia qui était restée sur le pas de la porte, et qui fit une grimace de douleur en voyant les marques sur le dos de son ami, marques qu'elle n'avait jamais vues auparavant car Harry s'était bien gardé de les lui montrer.
Le médecin ouvrit sa trousse et en sortit deux seringues dans une boîte de fer blanc qu'il posa sur le lit.
-Qu'allez-vous lui faire ?
-Un vaccin pour commencer, avec une telle blessure on n'est jamais trop prudent. Et ensuite je vais lui injecter un puissant antibiotique, il a une sacrée infection là, vous avez bien fait de m'appeler immédiatement, attendre le matin aurait été imprudent.
L'homme fit la première injection dans l'épaule d'Harry puis la deuxième dans le haut de la fesse. Le squatteur ne bougea pas, c'était à se demander s'il les avait senties seulement. Le docteur nettoya ensuite la plaie en profondeur ce qui arracha par contre des gémissements de douleur au garçon.
-Voilà j'ai terminé, souffla le médecin après plus d'une demi-heure de soins. Il lui faut du repos, ajouta-t-il tout en rabaissant les manches de sa chemise blanche sur ses bras.
L'homme fouilla dans sa trousse et en ressortit un tube d'analgésiques plus puissants que la simple aspirine que Harry avait déjà pris, et le tendit à Snape.
-Vous lui donnerez une pastille effervescente toutes les deux heures et vous le maintenez bien au chaud pendant un jour ou deux.
-Avec sa fièvre ? S'étonna Severus qui ne s'était pas rendu compte qu'il tenait la main du jeune malade dans la sienne et que sa voix trahissait une angoisse sans nom.
-Croyez-moi la fièvre de votre petit-ami, ou plutôt la douleur, va le faire considérablement frissonner, dit le médecin en s'adressant à Snape. Il en aura au moins pour deux jours avant de refaire surface, rajouta le docteur en se levant et en refermant sa trousse avec des gestes automatiques.
-Merci d'être passé si vite, dit Snape sans démentir les paroles de l'homme qui venait d'affirmer qu'Harry était son petit-ami.
-C'est normal, monsieur Snape.
Le financier tendit son portefeuille à Lucia et celle-ci emmena le médecin dans la cuisine afin qu'il y soit plus à l'aise pour y faire son ordonnance. Severus recouvrit Harry qui accrochait son oreiller en poussant des plaintes. Le financier de la city prit une petite pilule rose et la fit fondre dans un verre d'eau avant de la faire avaler au malade avec un peu de difficulté, mais bon il y arriva quand même.
Dix minutes plus tard quand le docteur fut parti Lucia revint dans la chambre et fut surprise de voir Harry grelotter de froid plus fort qu'avant. Peut-être le contrecoup des piqures, pensa-t-elle. Il faisait peine à voir et son oncle assis sur le rebord du lit semblait impuissant et anxieux, ses longs doigts se serraient autour de ceux du malade, comme si en faisant ce geste il pouvait faire passer un peu de force dans le corps de Harry.
-Allonge-toi près de lui, lui intima-t-elle en roulant des yeux, il n'arrivera pas à se réchauffer seul même sous les couvertures, Severus.
-Je n'ai pas envie de lui faire mal, et puis que dira-t-il s'il me trouve dans ce lit avec lui s'il se réveille ?
-Il te dira merci, nigaud, sourit la jeune femme.
-J'en doute, gamine, il va plutôt hurler au scandale.
-Le docteur Lewis a bien dit qu'Harry était ton petit-ami, non ?
-Tu sais pertinemment que ce n'est pas le cas !
-Harry ne criera pas au scandale, enfin ça c'est mon humble avis, en attendant je retourne me coucher, si tu as besoin de moi n'hésite pas à m'appeler je viendrai aussitôt.
-Non, je crois que ça ira, tu peux y aller je vais y arriver seul.
A la fin Snape n'y tint plus, le squatteur tremblait de plus en plus. Alors résigné il se déshabilla et se coucha près du blessé et il attira son corps contre le sien pour lui apporter un peu plus de sa chaleur. Le financier souffla quand la peau de Harry toucha la sienne, il n'avait jamais connu pareille félicité avec un autre, c'était comme si enfin il avait trouvé son double, l'homme qu'il avait cherché pendant plus de vingt ans. Et penser qu'il le tenait dans ses bras le rendait fou de bonheur même si le moment n'était pas approprié pour ça.
La tête ébouriffée du jeune homme lui chatouillait l'épaule et le cou, et son souffle lui procurait de délicieux frisson mais pas de froid. Les mains de Harry posées sur son torse étaient glaciales, elles. Severus enveloppa ses jambes des siennes et remonta les couvertures jusque sous le menton du malade qui soupira dans son sommeil.
-Dors, susurra Severus en déposant un léger baiser sur le joue du squatteur, et en posant ses doigts sur une de ses hanches tout en la caressant avec délicatesse.
Et tandis qu'Harry s'endormait en se serrant tout contre l'homme, Snape le suivit pour être réveillé deux heures plus tard par d'autres plaintes du jeune homme. Harry souffrait de nouveau, le médicament ne devait plus faire effet. Snape lui en fit ingurgiter un autre, il réussit même à lui faire boire un peu d'eau fraîche en lui maintenant la tête légèrement surélevée.
Le matin trouva les deux hommes endormis, c'est ainsi que les vit Lucia quand elle entrouvrit la porte pour savoir si tout allait bien. Apparemment son oncle s'en sortait admirablement, sourit-elle attendrie, donc elle pouvait partir l'esprit tranquille pour la pharmacie et ensuite passer chez le boulanger pour ramener à Harry et à Severus quelques croissants encore bien chauds.
Quand elle revint ils dormaient toujours, elle déposa les médicaments bien en évidence sur la table de la cuisine ainsi que l'ordonnance et le sachet de croissants puis elle s'attela à la vaisselle en faisant le moins de bruit possible, et enfin elle finit par le café pour son oncle qu'elle laissa au chaud pour quand il se réveillera. La porte d'entrée se referma derrière elle vingt minutes plus tard, c'est à ce moment-là que s'éveilla Snape.
Harry accroché contre lui respirait laborieusement, cette saleté de fièvre refaisait surface ainsi que la douleur. La preuve ! À l'aide de ses jambes le jeune homme avait inconsciemment repoussé toutes les couvertures au fond du lit. Snape le recouvrit aussitôt avant de se lever, de se rendre dans la cuisine, de prendre le sachet de médicaments avec l'ordonnance et de verser dans un verre l'analgésique qu'il fit boire au squatteur de la même façon que pendant la nuit.
Après une bonne douche pour lui, Snape nettoya la plaie d'Harry qu'il recouvrit ensuite de crème et d'un pansement, puis il alla à la cuisine se chercher un café odorant ainsi qu'un croissant qu'il ramena dans la chambre afin d'y surveiller le squatteur.
Dans la journée Snape téléphona à Marcia, sa secrétaire, lui demandant de reporter tous ses rendez-vous. Non, lui avait-il répondu quand elle lui avait demandé s'il comptait venir demain. Probablement que je serai là dans deux ou trois jours, avait-il ajouté avant de raccrocher son portable et de se recoucher auprès du blessé. Et en effet il fallut deux jours supplémentaires à Harry pour sortir de sa léthargie et de sa fièvre.
Cela se passa la nuit, le squatteur avait ouvert les yeux et sursauté quand il avait senti un corps pressé contre le sien, un corps épuisé qui dormait sereinement après les deux journées et demi d'enfer que le garçon lui avait fait vivre. Le jeune homme devina qui se trouvait là, il ne s'en offusqua pas, bien au contraire, il se rapprocha encore plus de la chaleur de l'homme et mit ses mains sur son torse avant de se rendormir sans plus se poser de questions.
Au matin Severus posa sa main sur le front d'Harry et s'aperçut que la fièvre avait complètement disparue, et vraiment ce n'était pas pour lui déplaire. De voir son tendre amour dans cet état l'avait quelque peu remué.
L'homme se leva du lit et comme tous les matins, depuis qu'il était chez Lucia, il alla prendre une bonne douche et en ressortit vêtu d'un pantalon et d'une chemise que la jeune femme était allée lui chercher chez lui la veille au soir en prenant sa voiture.
-Veux-tu un café ? demanda justement la jeune étudiante en passant sa tête à la porte de la chambre.
-Avec plaisir, sourit-il pour la première fois depuis qu'Harry était malade.
-Quelque chose me dit qu'il va mieux, je me trompe ? pouffa-t-elle en voyant Severus si rayonnant.
-Non tu as raison, la fièvre est descendue, je dirai même qu'il en est débarrassé.
-Alors tu vas pouvoir respirer plus librement ? Le taquina-t-elle avec un grand sourire.
-Tu ne crois pas si bien dire ! Comment peut-on se faire du souci pour une personne aussi fluette ?
-Fluette mais adorable, ajouta Lucia.
-Oui, adorable, surenchérit l'homme en sortant de la chambre tandis qu'Harry dormait encore, enfin qu'ils le pensaient.
Le jeune squatteur ouvrit les yeux, il avait l'esprit embrouillé et se demanda si vraiment Severus venait d'avouer qu'il le trouvait adorable. Il faudrait assurément qu'il pose la question à Lucia.
Des drôles de choses se passaient en lui, pas des choses désagréables, non, mais il devait avoir une discussion au plus vite avec la jeune femme, enfin s'il s'en sentait le courage parce que là il avait plutôt envie d'y réfléchir seul. Mais au fait, pourquoi parlaient-ils de fièvre, quelqu'un avait été malade ? Et puis pourquoi paressait-il encore dans ce lit alors qu'il aurait dû être au travail ?
