« J'aurai dû rentrer chez moi ».

Voilà la pensée qui traversa le cerveau de Drogo lorsqu'une énième vague de son fit trembler ses tempes.

Le sol vibrait sous les attaques répétées des basses que crachaient les immenses amplis. Un flot plus subtil de mélodies aux relents acides flottaient par-dessus ce corps musical massif. Des lumières aux couleurs criardes ne cessaient d'apparaitre et de disparaitre, se faufilant partout à la fois comme des feux follets ivres.

Devant la scène, plus d'une centaine de personne sautaient et dansaient face à ce spectacle hypnotique. Tous avaient dans les yeux cette lueur folle qui voltigeait, l'ivrognerie des éclatés qui perdent toute notion du réel pour se perdre au milieu de la danse, de la musique et de la défonce.

Drogo assistait à ce déchainement de passion en restant à l'écart de la foule, légèrement assommé par la puissance du son qui venait frapper ses tympans et qui faisait trembler son estomac par intermittence, comme les anneaux d'une montagne russe qui vous tire hors de la gravité. Quand un de ses collègue de travail l'avait invité à un concert en dehors de la ville pour décompresser après la dure semaine qu'ils avaient vécus, il ne s'était pas attendu à ça.

Il avait la sensation d'avoir franchi la frontière d'un monde totalement différent de celui qu'il connaissait, un monde rempli de couleurs, de musique et d'hallucinations. Il se sentait soudain étranger à ce monde. Avec son teint bronzé d'hawaïen, son simple jean déchiré et son tee-shirt de groupe de rock, il se sentait complètement dépareillé dans cette masse, presque trop normale.

Son collègue ayant disparu en suivant le derrière d'une jolie blonde, il se retrouvait seul face à cette folie humaine.

C'était une gigantesque Rave qui prenait place au milieu de ce bout de campagne, dans le creux de deux collines. La ville, elle, n'était qu'un lointain souvenir pour les automobilistes qui avaient sans doute passé des heures dans les virages et les petites routes mal entretenue envahies d'herbes folles. C'était à se demander s'il y avait quelqu'un qui habitait dans le coin, tant l'endroit paraissait sortir de nulle part.

La scène ainsi que les amplis avaient été montés au milieu des mauvaises herbes et de la terre sèche. Une bonne cinquantaine de voitures étaient garées à l'orée du bois voisin, patientant sagement à l'ombre du soleil couchant. Quelques habitués avaient même amené des tentes pour dormir sur place, se sachant d'avance incapable de prendre le volant. La nuit n'était pas encore tombée et pourtant, toutes les personnes présentes semblaient ivres ou hors de contrôle.

Qu'allaient penser les pauvres paysans du coin s'ils voyaient leurs champs envahis de junkies qui s'extasiaient sur une musique complètement hypnotique ?

L'ambiance, déjà rendue étrange par la chaleur, était décuplée par cette foule hétéroclite, où chacun se défonçait différemment. Drogo y distinguait plusieurs hippies en sarouels qui se secouaient mollement, la tête rejetée vers le ciel, sans doute en train de planner après plusieurs joints. Quelques clubbeurs nerveux se trémoussaient devant l'estrade où le Dj déchainait les sons, eux devaient sans doute avoir le nez rouge d'avoir sniffer trop de coke. Une certaine masse de gens « normaux », enfin si l'on se référait à leurs jeans/tee-shirt, sautait à un rythme irrégulier, sans doute étaient-ils trop ivres pour arriver à rester cohérent dans leur pseudo chorégraphie.

Plus que du chaos, c'était un monde entier qui se créait au grès des trips hallucinés et des envies soudaines des fêtards.

Une main se posa sur l'épaule du grand homme à la peau bronzée et il se retourna en sursautant, brutalement arraché à sa contemplation de la fête dont il ne prenait pas part.

Une jeune femme aux cheveux roux flamboyants et aux yeux d'un bleu extrêmement clair se tenait à côté de lui. Elle devait bien faire deux têtes de moins que lui mais cela ne semblait pas la déranger. C'était l'une de ces filles que l'on sait douée d'un caractère proprement atomique à l'instant même où on la croise. Le regard presque fou, le corps prêt à bondir n'importe où pour n'importe quoi et la langue bien pendue qui ne manquerait pas de lancer des piques et des moqueries inoffensives.

Ce que beaucoup de gens appelleraient une emmerdeuse.

Ce que Drogo appelait une fille marante.

-Tu n'as pas l'air dans ton élément mon grand ! C'est ta première fois ? A une Rave je veux dire.

-Un pote du boulot m'a trainé ici en me disant que c'était un concert. Je m'attendais à quelque chose de plus… conventionnel.

-Oh je vois, tu es un de ces vieux-jeunes qui écoute encore du rock ou autre musique de grand père.

L'hawaïen eut une grimace en encaissant la semi-insulte. Il aimait beaucoup le rock et ne ratait jamais un bon concert.

-Dois-je comprendre que je ne suis qu'un illustre imbécile qui n'a pas sa place ici ? demanda-t-il d'un ton ironique.

La rousse balaya sa réflexion d'un geste de la main.

-Tu n'es pas dans l'ambiance ça se voit ! Tu reste comme un piqué sans bouger alors que tout le monde est déjà à fond. Faut que tu te lâche un peu le géant ! Les filles n'aiment pas les mecs taciturnes qui ne dansent pas ! Elles ont envie de plus à ce genre de fête. Alors oublie ce que tu sais et danse.

Tout en déclamant son petit discours d'une voix suffisamment forte pour couvrir le vacarme, elle s'était rapprochée de lui pour venir se planter à un seul pas de lui. Lui souriant avec effronterie, la jeune femme le regardait comme s'il était une confiserie particulièrement appétissante qu'on prend plaisir à déballer avant de la déguster.

Drogo n'était pas spécialement timide voir absolument sans gêne par moments. Mais au milieu de cet endroit étrange, cette rousse pleine d'énergie jouait le rôle du chat qui tourne autour de sa proie ce qui n'était pas pour le mettre à l'aise. Il détestait être chassé.

-Vu la qualité de la musique, je vois mal comment je pourrais danser dessus. C'est du bruit passé en boucle sans subtilité. Rétorqua-t-il.

-Tsss… Faut savoir se lancer. Et puis j'ai quelque chose qui devrait t'aider.

Avant qu'il ait eu le temps de refuser poliment, elle sortit de sa poche un petit comprimé noir. On aurait dit un de ces petit médicament que l'on trouve par dizaines dans les pharmacies. Cependant le grand Hawaïen était loin d'être assez naïf pour ne pas savoir ce que c'était et il repoussa le comprimé que la rousse lui tendait.

-Ma mère m'a toujours dit de ne pas accepter les bonbons des étrangers. Alors garde ça pour un autre pigeon, je n'ai pas envie de finir à poil à dix kilomètres d'ici.

La jeune femme ne se démonta pas pour autant.

-Quoi ? T'a peur d'une pauvre femme frêle comme moi ?

-Qu'est-ce qui me dit qu'il y'a pas deux ou trois de tes copains qui attendent pour me faire le porte-monnaie quand je serais complètement défoncé ? Je n'ai pas confiance en une fille que j'ai croisée il n'y a même pas deux minutes et qui me propose déjà de me droguer.

-Oh c'est mignon ! Un bon petit garçon qui fait tout ce qu'on lui dit ! Tu te brosse les dents trois par jours pour pouvoir bien sucer ton patron aussi ? Tu sais, c'est mieux si tu ouvres bien grand pour que ça vienne au fond de la gorge.

Drogo essaya de passer outre ces remarques désobligeantes et de s'éloigner, mais la jeune femme ne le lâcha pas et se planta à nouveau devant, lui bloquant le passage de son petit mètre soixante-cinq.

-Ici ce n'est pas le monde de merde auquel tu es habitué. Grogna-t-elle. Les gens ici viennent oublier toutes les emmerdes qu'ils ont, ils n'en créent pas des nouvelles. Les pilules c'est juste un moyen de profiter au mieux de la fête. Tu devrais arrêter de te comporter comme le con qu'on a fait de toi. C'est quand la dernière fois que tu t'es lâché sans penser aux conséquences ?

Il la regarda calmement tout en réfléchissant. Pesant le pour et le contre, il se sentait de plus en plus attiré par l'idée d'un concert complètement défoncé sans futur clair. Après tout ça devait faire au moins cinq ans qu'il avait sa petite routine, son travail, sa stabilité… En fait quand il réfléchissait, il voyait un futur tout tracé où aucun écart n'était toléré. Il allait atteindre la trentaine, se marier, avoir des enfants, continuer à travailler, vieillir et finir sa vie dans une misérable maison pour retraité puant le formol.

Sans doute était-ce la musique trop forte qui prenait maintenant des aspects chamaniques en faisant hurler des sons électriques lancinants. Ou les quelques bières qu'il avait bu qui le faisait penser comme ça, mais plus les secondes passaient, plus il se sentait pris d'un sentiment impératif de bouger et de se lâcher comme jamais il ne l'avait fait.

-J'en prend une si tu en prends une aussi. Finit-il par dire.

A ces mots, la jeune fille sourit, sortit une autre pilule et lui tendit la première. Drogo l'avala et s'assura qu'elle faisait de même.

Le morceau changea, le rythme prit une accélération certaine et intensifia son attaque. La foule était désormais complètement déchainée : le sol tremblait autant à cause des basses que du public ne cessait de sauter sur place.

La rousse attrapa Drogo et l'emmena au milieu du chaos humain. L'hawaïen sentit son cœur commencer à battre plus vite. C'était comme si un interrupteur à l'intérieur de lui s'était ouvert. Plus rien ne paraissait comme avant, il se sentait complètement euphorique.

Ses yeux se mirent à chercher n'importe quoi, ils tournaient sans cesse dans une direction différente, attirés par les lumières des spots. Ses jambes se mirent à bouger aussi, comme si elles avaient une volonté propre. La jeune fille ne lâcha pas son sourire effronté et elle commença à danser avec lui.

Il débordait d'énergie et chacun de ses membres réagissait : s'il pensait à bouger d'une certaine façon, il le faisait sans s'en rendre compte. Son cerveau fonctionnait à pleine vitesse, cherchant sans cesse dans chaque recoin de sa mémoire pour en extraire des idées qu'il n'aurait pas soupçonné. Des souvenirs d'enfance, des détails qu'il avait entraperçus pendant une demi-seconde il y avait vingt ans et qu'il redécouvrait sous tout les angles ou encore des rêves qu'il avait fait et oublié une seconde après son réveil.

C'était un pied monumental qu'il prenait.

Puis les lèvres de la rousse se collèrent aux sienne et il perdit tout contrôle.

Il l'attrapa et répondit à son baiser avec fougue, alors qu'ils étaient bousculés par les autres fêtards. Plus rien n'avait d'importance si ce n'était la peau laiteuse de la jeune fille dont les yeux bleus semblaient hypnotiques.

Drogo succomba sous les caresses et il la prit dans ses bras pour se rapprocher encore d'elle, toujours plus, s'était comme s'il était affamé de cette femme. Tout deux dansaient, mais ce n'était plus la musique que crachaient les amplis qu'ils écoutaient, s'en était une autre beaucoup plus sauvage et animale qui les prenaient dans sa chaleur.

Il ferma les yeux pour ressentir pleinement les sensations qui s'offrait à lui. Un gout mielleux, un toucher léger, une odeur affriolante… Son ouïe, elle, tentait de supporter les assauts de basses qui devenaient complètement hypnotiques. Chacune des notes semblait se décomposer pour changer de substance et tout tournait, encore et encore.

C'était l'extase.

Puis plus rien.

Soudain tout avait cessé.

Plus de son, plus de corps, plus d'énergie.

Plus rien.

Il était allongé sur le dos contre ce qui semblait être un matelas. Et il fixait la toile d'une tente.

Ses jambes auparavant si légères semblaient désormais lourdes comme des blocs de béton. Des courbatures fleurissaient dans tous ses muscles au moindre mouvement. C'aurait été bénin si l'immense mal de crâne qui faisait enfler ses tempes de douleurs n'avait pas été là.

En essayant de se relever, il chercha à savoir où il était. Autour de lui s'étendait des affaires posées en piles aléatoires et de tailles diverses. Des sacs de voyages ouvert à moitié et une glacière qui attendait sagement à l'entrée de la tente.

C'était donc bien une tente, il ne rêvait pas.

Il était allongé sur le matelas d'une grande tente vert qui n'était pas la sienne et qui devait au bas mot, pouvoir accueillir une demi-douzaine de personne. En tenant compte du chant des oiseaux, du soleil que l'on apercevait dans le ciel à travers la toile et le silence qui avait remplacé les hurlements des amplis, Drogo venait de passer la nuit entière en un instant sans avoir aucun souvenir des sept ou des huit heures précédentes.

-Bien dormie la belle au bois dormant ? fit une voix moqueuse qu'il reconnut aisément.

La jeune rousse était là, à ses côtés. Complètement nue et le visage ravi. A cet instant, l'hawaïen prit conscient qu'il était aussi peu vêtu qu'elle. Souci mineur si on tenait compte de son amnésie brutale.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda-t-il lamentablement en luttant contre son mal de crâne.

-Quoi ? Tu ne te souviens pas de la soirée ?

-Le début… Notre rencontre, ton petit numéro pour que je mette dans l'ambiance… La pilule… La musique et… Est-ce que je t'ai embrassé ?

Elle éclata de rire sans tenir compte de la souffrance que ça représentait pour lui, son mal de crâne étant visiblement sensible aux éclats sonores trop brutaux.

-Si tu n'avais fait que ça mon mignon. Dit-elle en se collant à son dos. J'ai passé l'une des meilleures nuits de ma vie. Quelle énergie, je ne m'attendais pas à ça. Un vrai barbare.

Drogo la laissa caresser son torse sans vraiment savoir comment réagir. Il essayait d'absorber toutes les informations sans faire imploser son cerveau. En l'espace d'une soirée, il avait suivi un collègue de bureau pour finir dans une rave party où, non content d'accepter des pilules douteuses d'un inconnue, il avait fait un black-out complet et s'était réveillé aux côtés de la dite inconnue et ayant visiblement couché avec elle.

-Je ne connais même pas ton nom… pensa-t-il à voix haute.

-Ygritte. Je m'appelle Ygritte et toi ?

-Drogo. On aurait peut-être dû commencer par ça non ?

-Pourquoi faire ? répliqua-t-elle. C'était bien moins chiant de commencer directement par les choses sérieuses.

L'hawaïen se retourna vers elle.

-Sauf que je ne me souviens de rien…

-Tu veux une piqure de rappel ? Dit-elle, en se coulant contre lui, le regard lubrique.

Il prit un instant pour réfléchir à la proposition. Avant d'accepter de manière musclée et passionnée en l'embrassant et en attrapant sa taille. Cela faisait trop de temps qu'il était célibataire et cette fille lui plaisait vraiment beaucoup. Son côté effronté et sauvage était rafraichissant, bien loin de toutes ces poupées bourgeoises qui jouaient sur leur prétendue fragilité et se contentait de vivre comme les princesses qu'elles croyaient être.

En fait, il en avait assez de réfléchir, de devoir toujours calculer ses actes. De vivre comme le parfait petit américain moyen. L'improbable avait du bon, et il apprécier de plus en plus cette improbable fille.

Ygritte. Joli nom. Un nom qu'il s'assura de répéter en lui faisant l'amour et oubliant tout le reste du monde.

Voilà pour ce nouveau chapitre, j'espère qu'il vous à plu. L'idée d'un Drogo/Ygritte m'a semblé amusante parce qu'en fait, ce sont les premiers amours de deux personnages que tout opposait (Jon et Daenerys), et je me suis dit que si ces deux là ont fini ensemble, alors pourquoi pas la sauvageonne et le Dothraki ? Ils n'étaient jamais sensés se croiser alors je rétablie la balance, je leur laisse une chance .

Si Drogo et moins brutal dans ce chapitre que ne l'est son personnage dans la série, c'est parce que le contexte est différent et que donc, son histoire l'est aussi.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires pour me dire ce qui vous a intéressé, intrigué, choqué ou encore étonné et laissez vos compliments comme vos critiques. Sur ce, à la prochaine.

Ps : quand je dis qu'il est hawaïen, c'est parce ce que l'acteur qui le joue (Jason Momoa) l'est.