Bonjour tout le monde ! Et oui, c'est déjà moi ! Après seulement 10 jours… je crois que c'est un record ! : ) Mais je voulais vous faire une petite surprise, vous qui vous montrez si patiente avec moi ! Par contre, ne prenez pas l'habitude de ce rythme de postage parce que pour y arriver, il a fallu que je ne fasse que ça (écrire) de mon temps libre alors… je veux essayer de faire de plus petit chapitre et de poster plus rapidement mais pour l'instant je n'y arrive pas ! Je suis incapable de couper avant d'être aller au bout de mon idée, ça me laisse trop un goût d'inachevé. Mais l'idée est là… je vais peut-être réussir la prochaine fois !
Sur ce, je vous laisse à ce chapitre en vous disant un énorme merci pour vos reviews. Vous avez été emballé par le dernier chapitre et ça, ça fait vraiment plaisir !
Bonne lecture !
CHAPITRE 10- À cœur ouvert
Je me levai du siège, raide et silencieux, et je m'avançai vers la femme debout à quelques mètres de moi. Elle me fit un sourire éclatant, puis sans attendre mon consentement, elle se dirigea vers une petite table et se laissa tomber avec une certaine élégance sur l'une des chaises.
Je pinçai les lèvres, furieux, et la rejoignit en quelques enjambés.
-Que fais-tu ici ? Et qu'est-ce qui t'a prise de crier mon nom comme ça ?
-Et bien, il me semble que chaque fois que je te vois tu es de mauvaise humeur Edward !
-Victoria, grognai-je sur un ton d'avertissement.
Elle leva les yeux au ciel.
-D'accord, d'accord. Je suis désolée d'avoir débarqué et gâché ton moment de gloire… j'ai juste été surprise de te retrouver au piano. Comme au bon vieux temps, non ?
Elle me fit un sourire qu'elle voulait sûrement charmeur et je lui retournai un regard noir. Elle m'avait suivi. Victoria m'avait suivi à Forks.
-Que fais-tu à Forks ? demandai-je en insistant sur chaque syllabe.
-J'étais inquiète pour toi, avoua-t-elle finalement.
Elle perdit un peu de son air arrogant et elle me fixa, visiblement anxieuse. J'hésitai un instant sur la façon d'agir… je n'avais qu'une envie : l'attraper par le bras et la pousser hors du bar en lui hurlant de retourner vers le sud. Mais je savais qu'elle était instable et je craignais sa réaction si j'agissais ainsi. Je ne voulais pas avoir droit à une de ses crises. Pas ici.
Je poussai un soupir de résignation et m'assis sur le siège à côté d'elle.
-Tu n'as pas à l'être. Je me débrouille très bien et je ne suis pas seul…
-J'ai parlé à Jane hier. Elle est déterminée à te faire couler.
Elle avait parlé à Jane ? Pourquoi est-ce que je n'avais pas été informé de ça par Booth ? Le téléphone de tous les Volturi était sur écoute pourtant !
Je devais avoir une sérieuse conversation avec mon chef. J'avais l'impression qu'on faisait de la rétention d'information et je détestais cela. Étais-je encore un pion dans les mains du FBI ?
-Retourne chez toi Victoria, dis-je en me levant. Si Jane apprend que tu es ici…
Elle bondit sur ses pieds, attrapant mes deux bras de ses mains froides pour me retenir près d'elle.
-Tu ne comprends pas : elle n'arrêtera jamais. Maintenant que tu l'as défiée, elle ne te lâchera pas tant que tu ne seras pas mort, murmura-t-elle d'un ton pressant.
Je me dégageai doucement, luttant pour ne pas lui montrer mon dégoût.
-Je serai sur mes gardes.
-Ça ne suffira pas ! Je suis venue… je veux te demander… pars avec moi !
-Quoi ?
Je la regardai avec cette impression étrange que les mots n'arrivaient pas jusqu'à mon cerveau. Elle me demandait de partir avec elle ? Victoria croyait vraiment que j'allais partir avec elle ?
Je poussai un soupir, pinçant l'arête de mon nez.
-Vic…
-Moi, je pars. Je ne veux plus être me retrouver mêler aux histoires des Volturi… et j'ai envie que tu viennes avec moi. Tu es la seule personne à laquelle je tienne.
Je me retins de lui dire que moi, je n'en avais plus rien à faire d'elle. Je ne pouvais pas, parce qu'elle avait été mon amie un jour et qu'elle m'avait apporté son aide. Je me contentai donc de serrer sa main dans la mienne, tentant de prendre une mine désolée.
-Je ne peux pas. Je suis désolé Victoria, je DOIS attraper les Volturi. Je ne serai pas en paix tant que je n'y serai pas arrivé.
Ça au moins, c'était vrai.
Sa main toujours dans la mienne, Victoria me fixa un long moment et je réussis à soutenir son regard. J'étais devenu un maître dans l'art de maîtriser et de cacher mes émotions.
Sauf avec Bella…
En pensant à elle, je sentis mes défenses s'ébranler et je détournai la tête pour que Victoria ne puisse pas lire en moi.
-Je comprends, dit-elle à ma grande surprise. Vas-tu me laisser partir ou me mettre en état d'arrestation ?
Je lui fis un sourire en coin, relâchant sa main.
-Je te laisse deux minutes d'avance.
-Merci Edward. Je suis désolée moi aussi que tu aies refusé de venir avec moi… les choses auraient pu être si différentes.
Elle se hissa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur ma joue avant de s'éloigner en vitesse, se glissant avec adresse à travers les tables. J'attendis qu'elle ait passé la porte et je lui emboîtai le pas.
Je la suivis, discret, jusqu'à son véhicule de location et je notai le numéro de la plaque d'immatriculation.
Je sortis mon téléphone de ma poche et brisant mon engagement, j'appelai la police. Je décrétai mon identité, puis donnai le signalement de Victoria et de sa voiture.
Je ressentis un vague sentiment de culpabilité lorsque je raccrochai, mais j'étais incapable de déterminer si c'était parce que celle qui avait été mon amie serait sûrement mise en prison par ma faute ou parce que j'avais donné une infime chance à une criminelle de s'échapper.
Je poussai un soupir, passant une main lasse dans mes cheveux, et je tournai les talons, entrant de nouveau dans le pub.
Je ne me sentais pas prêt à retourner vers Forks… et vers Bella surtout. Pas encore.
Je repris la place que j'avais occupée avant l'arrivée de Victoria et je commandai une bière, les idées tournant dans ma tête. Depuis mon départ de chez Bella, j'avais essayé de ne pas penser à ce qui s'était passé. J'avais voulu me vider l'esprit, ne plus réfléchir, mais sans succès.
Je ne pouvais fuir plus longtemps. Il fallait que je prenne une décision.
Une décision à laquelle je me tiendrais cette fois.
De toute évidence, j'étais incapable de rester loin d'elle ni d'être seulement son ami… alors que pouvais-je faire ? Partir de Forks ? Demander à Booth d'envoyer quelqu'un d'autre à ma place et aller à Las Vegas ? Ou démissionner et retourner à Summerville ?
Je méditai quelques instants, avant d'hocher la tête pour moi-même. Oui, la dernière solution était la meilleure. Sans quitter définitivement l'opération vampire, je pouvais demander quelques semaines de congé pour passer du temps avec Kate et notre fils.
Nous en avions besoin tous les trois.
Et pour ce qui était de Jane, je devrais faire confiance à Peter et à mes collègues. Ils étaient en mesure de protéger Bella autant que moi. Peut-être même plus, parce qu'eux ne devaient pas se battre contre leurs sentiments pour elle.
Il n'y avait qu'une ombre à ce tableau : Bella me pardonnerait-elle si je partais sans un aurevoir, sans une explication ? Arriverais-je à l'oublier comme je me l'étais promis, et promis à Kate aussi, si je partais sans la revoir ?
Je poussai un gémissement, malmenant ma tignasse à deux mains.
Je ne savais plus quoi faire. Je ne pouvais pas me retrouver encore en sa présence. Je savais que j'allais de nouveau flancher et cette fois, je n'étais pas certain que je me contenterais de quelques baisers sur ses joues.
Je voulais plus. Mon corps, mon cœur, mon âme réclamaient plus. Et je n'avais que ma raison à leur opposer.
C'était bien faible comparer à mes sentiments.
Pourtant il le fallait. Je devais être assez fort, au moins l'espace de quelques instants. Je sortis mon téléphone de ma poche et j'envoyai un message à Kate, m'assurant ainsi que j'allais tenir parole.
Hey vous ! Vous me manquez. Tous les deux. J'ai presque fini ce que j'avais à faire, je reviens bientôt.
Je vous aime,
Edward
Voilà, comme ça, je ne pouvais plus reculer. Je ne pouvais plus changer d'avis. Je devais me détourner du passé… et de Bella.
Je pris une grande inspiration, tentant de calmer le tremblement de mes mains et l'appréhension de mon cœur. Je savais que je n'étais pas prêt, mais je n'avais plus le choix. J'étais acculé au pied du mur. C'était maintenant ou jamais.
C'était accepter de laisser mourir une partie de moi… ou vivre le reste de ma vie prisonnier de mes souvenirs et de ma douleur.
Je ne voulais plus de souffrance. Je ne voulais plus de cette impression que mon existence n'en valait pas la peine. Je voulais être heureux avec Kate et Samuel. Je voulais rendre ma petite sœur heureuse. Je voulais me rapprocher de Jasper et que nous redevenions amis. Je voulais me réconcilier avec mon père et mon frère.
Je ne méritais pas tout ça… mais j'allais essayer de l'obtenir. Pour mon bonheur, mais pour le leur aussi. J'avais essayé de m'effacer, de disparaître et ça n'avait aidé personne. Au contraire, ça avait détruit ma famille.
Et maintenant, j'allais réparer mes torts… en commençant par Bella.
Je bus la dernière gorgée de ma bière, puis je quittai le pub pour retourner à mon poste. J'avais laissé Bella trop longtemps sous la protection d'un Peter qui devait être épuisé.
Mais je n'allais pas lui parler ce soir : je me laissais la nuit pour m'y préparer, pour réfléchir à ce que j'allais lui dire. Et demain matin, j'irais la retrouver. Je lui dirais adieu et je quitterais Forks pour ne plus jamais revenir… et ne plus revoir Bella.
Je grimaçai de douleur à cette idée, prenant soudainement conscience de ce que la quitter impliquait.
Ne plus la revoir sourire. Ne plus entendre son rire. Ne plus voir les rougeurs qui envahissaient ses joues lorsqu'elle était intimidée. Ne plus apercevoir la lueur qui s'allumait dans son regard lorsqu'elle percevait mes mensonges. Ne plus jamais passer une main dans ses cheveux soyeux ou toucher la douceur de sa peau.
Ne pas savoir ce qu'elle devenait et si elle était heureuse…
Je me pliai en deux, suffocant de panique, une main sur la voiture pour garder mon équilibre. Je serrai les dents et tentai de prendre de grandes respirations pour me calmer. Je fermai les yeux, pensant au visage de mon fils alors que je lui chantais une mélodie pour l'aider à s'endormir…
Peu à peu, je repris le contrôle de moi et lorsque je m'en sentis capable, j'entrai dans la voiture. Prudent, je conduisis à une vitesse qui ne m'était pas habituelle, mais j'avais peur de perdre le peu de prise que j'avais sur mes émotions.
J'étais faible. Faible et pathétique dès que cela concernait Bella. Pourtant, je devais être fort. Pour une fois dans ma vie, je devais être fort.
La sonnerie de mon téléphone retentit à ce moment-là, me tirant de mes pensées, et je répondis en activant le main libre.
-Robert Miller, annonçai-je d'emblé.
Seul le silence me répondit. Je fronçai les sourcils, cet appel me faisant penser à celui que j'avais reçu le matin même, lorsque Bella m'avait téléphoné… Je n'avais pas su sur le coup que c'était elle, mais Peter me l'avait appris un peu plus tard et si je ne m'étais pas senti aussi heureux, il aurait eu droit à une sacrée crise de nerfs.
De quel droit se mêlait-il de mes problèmes ?
-Bella, est-ce que c'est toi ? demandai-je, furieux contre moi-même de ne pas avoir vérifié le numéro sur mon afficheur avant de répondre.
Un ricanement cynique me répondit. Ce n'était pas Bella.
-Jane, grondai-je, menaçant.
-Bella ne pourra plus t'appeler, je suis désolée de te l'apprendre, dit-elle alors comme si elle parlait du mauvais temps.
Mon cœur tomba en chute libre jusqu'à mon estomac et ma bouche fut envahi par un goût de métal.
-Qu'est-ce que tu…
-Boum, souffla-t-elle avant de laisser échapper un autre rire cruel et elle raccrocha.
Je serrai le volant de toutes mes forces entre mes doigts, un bourdonnement intense raisonnant dans mes oreilles.
-Non ! NON ! hurlai-je avant de chercher fébrilement mon appareil entre les deux sièges.
Je composai à toute vitesse le numéro de Peter, pestant lorsqu'il ne répondit pas dès la première sonnerie. Il le fit à la troisième.
-Ouais, dit-il de la voix pâteuse d'une personne qui luttait contre le sommeil.
-Sors Bella de chez elle ! MAINTENANT !
-Quoi ? Robert, qu'est-ce qui se passe ?
-Amène-la en lieu sûr ! Quelque part où Jane ne pensera pas à la chercher ! ALLEZ !
-Compris, répondit-il alors.
Il raccrocha et j'augmentai la vitesse de la voiture, dépassant largement celle permise.
Non. Non. Non.
Ce ne pouvait pas être possible. Il ne pouvait rien arriver à Bella.
Non.
Elle ne pouvait pas partir comme ma mère… elle ne pouvait pas disparaître ainsi… Un monde sans elle n'aurait plus aucun sens.
NON.
La tête me tournait, j'avais envie de vomir, mais je tenais bon. Je devais arriver à Forks le plus vite possible. Je devais m'assurer que Bella allait bien… pourquoi est-ce que Peter ne rappelait pas ?
J'eus une subite nausée et je n'eus d'autre choix que de me ranger sur le bord de la route pour rendre mon dernier repas. À genou sur le sol, au bord de l'autoroute, des larmes plein les yeux, je pensais qu'il fallait que je me reprenne.
Je ne serais pas utile dans l'état dans lequel j'étais.
Je mis donc ma tête entre mes jambes et prenant de grandes respirations, j'enfermai mes émotions sous clef, comme j'avais appris à le faire au cours de la dernière année.
La nausée disparut, mon esprit s'éclaircit et je réalisai alors mon erreur. La même erreur que j'avais commise cinq ans plus tôt et qui avait tué ma mère : pris de panique, je n'avais pensé qu'à protéger Bella.
Et quelqu'un, Jane apparemment, avait décidé de s'en prendre à ma famille pour me faire payer ma fuite.
Aujourd'hui, ma famille était hors de danger. Ils étaient cachés, loin d'ici, et personne ne connaissait leurs nouvelles identités.
Mais celle de Bella était à Forks…
J'avais enfin la chance de me rattraper. J'avais l'opportunité d'agir de la bonne façon cette fois et à défaut de pouvoir sauver ma propre famille, j'allais au moins pouvoir préserver celle de Bella…
Je ne briserais pas sa vie une autre fois.
Je remontai en voiture et alors que je reprenais mon téléphone pour donner de nouveaux ordres à mon équipe, je me sentis revenir cinq ans en arrière, en cette journée où tout avait basculé…
12 mai 2013
Silencieuse, Bella fixait la petite maison de l'autre côté de la route, comme si cela pouvait lui donner le courage qui lui manquait.
-Ça va bien se passer mon amour, j'en suis certain, murmurai-je en serrant ses doigts entre les miens.
-Ça fait tellement longtemps, répondit-elle sans me regarder. Il doit m'en vouloir…
-Non, la coupai-je aussitôt. C'est à moi qu'il en veut, c'est à cause de moi que tu es parti.
Bella se tourna enfin vers moi, me lançant un regard suppliant.
-Tu es sûr que tu ne veux pas m'accompagner ? J'aimerais présenter mon mari à mon père !
Je souris à ce mot qui sonnait toujours aussi doux à mes oreilles. Mari. J'étais son mari depuis presque un an maintenant.
-Je ne suis pas à l'épreuve des balles, tu sais ? plaisantai-je pour détendre l'atmosphère.
Bella rigola et elle déposa un baiser sur mes lèvres.
-Il n'empêche : je me sentirais plus courageuse si tu restais près de moi !
Je caressai doucement sa joue, comprenant parfaitement son appréhension. Je ressentais exactement la même à l'idée de revoir ma famille. J'avais peur… peur qu'ils ne m'aiment plus, peur qu'ils soient furieux, peur qu'ils ne sachent plus comment agir avec moi.
Nous n'avions jamais totalement coupé les ponts pendant tout ce temps, mais les revoir en chair et en os étaient très différent… et beaucoup plus angoissant.
-Je sais ma Bella... mais vous ne vous êtes pas vu depuis cinq ans. Tu ne crois pas que Charlie préférera passer un peu de temps seul avec sa fille ? Il doit avoir des tas de choses à te dire. Et nous reviendrons demain ensemble.
Je plongeai dans son regard, tentant de la rassurer de mon mieux. Elle hocha la tête, son visage figée dans une expression terrifiée et je l'attirai contre moi par la taille.
-Je suis désolé Bella de t'avoir éloigné de ton père. Si tu étais restée ici…
-J'aurais été malheureuse, me coupa-t-elle en reniflant. Et arrête de dire des choses comme ça ! Tu n'es pas responsable de tout ! Ça fait 5 ans que je te le répète ! Ça me donne presque l'impression que tu aurais préféré que je ne te suive pas !
Je pouffai dans ses cheveux tant cette supposition est ridicule.
-Tu racontes des bêtises. Et je t'aime.
-Je t'aime aussi.
Elle déposa un dernier baiser sur mes lèvres, prit une grande inspiration, puis sortit de la voiture, et courut sous la pluie jusque sur le porche de la maison de son père. J'attendis dans la voiture qu'elle entre dans la maison, après une longue étreinte avec Charlie et je quittai le quartier lentement, retardant ainsi le moment de mes propres retrouvailles avec ma famille.
Les mains serrées sur le volant, ma respiration s'accéléra sous la panique et… autre chose aussi. L'impatience je crois. J'avais peur, mais d'un autre côté, j'avais tellement envie de tous les revoir que j'en avais mal.
Ma mère. Mon père. Ma teigne de petite sœur. Mon pénible frère…
Je voulais juste pouvoir les serrer dans mes bras encore une fois et leur dire que je les aimais, ce que je n'avais pas eu la chance de faire avant mon départ. Je voulais voir de mes propres yeux qu'ils étaient heureux…
Sur un coup de tête, je m'arrêtai devant un fleuriste et j'achetai un bouquet de lys, les fleurs préférées d'Esmé. J'allais avoir l'air un peu ridicule en me présentant avec ça, mais j'étais certain que cela va lui ferait plaisir.
Et alors que je revenais en courant vers la voiture, j'aperçus quelque chose sur le pare-brise, côté passager. Une publicité sûrement. Je l'attrapai dans mes mains, sans lui porter attention, mais je me figeai soudain en voyant les mots écrits à l'encre noire.
Tic, tac. Tic, tac. C'est l'heure de payer pour tes crimes, Edward.
Je serrai frénétiquement le papier dans mes mains et laissant tomber mon bouquet de fleurs sur le stationnement, je sautai à l'intérieur du véhicule pour retourner aussitôt devant la maison du chef Swan.
Je savais qu'on n'aurait dû rester loin de Forks. Je savais que c'était une mauvaise idée. Ils savaient que j'étais ici… alors que nous étions arrivés quelques heures plus tôt seulement, ils savaient que nous étions là.
J'ignorais comment ils l'avaient appris, mais une chose était certaine : les Volturi attendaient mon retour. Ils n'avaient jamais cru à ma mort.
Et Bella se retrouvait en danger… par ma faute.
Je poussai un gémissement, puis frappai violemment contre le volant. Cette foutue bagnole n'allait pas assez vite !
Mon Dieu ! S'il lui arrivait quelque chose… s'ils lui faisaient du mal…
-Ça n'arrivera pas. Ça n'arrivera pas, me répétai-je pour me convaincre.
Je ne laisserai pas ça arriver. Pas elle. Non : pas elle.
J'arrivai enfin devant chez Charlie et je sortis de la voiture en trombe sans même éteindre le moteur. En quelques enjambés, j'étais devant la maison et j'ouvris la porte avec fracas.
-Bella ! BELLA ! hurlai-je en m'engouffrant à l'intérieur.
-Edward ? me répondit sa voix surprise alors qu'elle sortait du salon.
Elle me sourit, mais ses lèvres se figèrent en plein mouvement en voyant mon expression. Son visage devint blême.
-Que se passe-t-il ? demanda-t-elle, effrayée.
-Ils nous attendaient. Il faut partir.
Charlie apparut lui aussi devant moi et il me jeta un regard mauvais.
-Edward Cullen, nous devons avoir une petite conversation mon garçon. Tu…
J'attrapai la main de Bella et la traînai de force derrière moi sous les protestations de son père qui beuglait de colère.
-Je suis désolé Charlie, criai-je par-dessus lui. On doit partir. IMMÉDIATEMENT.
Je poussai littéralement Bella à l'intérieur de la voiture avant d'y entrer à mon tour. Bella descendit la vitre, des larmes coulant sur ses joues.
-Je m'excuse papa. Je t'aime.
Je démarrai alors, conduisant en silence pour nous sortir de cet enfer le plus rapidement possible, jetant des coups d'œil frénétiques au rétroviseur pour m'assurer que nous n'étions pas suivis.
Ce ne semblait pas être le cas.
Je poussai un soupir de soulagement lorsque nous dépassâmes les limites de Forks et Bella sembla soudain se réveiller. Elle se redressa dans son siège et poussa un hurlement hystérique.
-Il faut y retourner ! Et s'il faisait du mal à Charlie ?
Je serrai les dents : hors de question que nous y retournions. Même si je savais que Bella me détesterait pour ça, je n'allais pas la remettre volontairement en danger.
-Il n'y a aucune raison pour ça, répondis-je d'une voix rauque.
-Bien sûr que oui… tu m'as dit un jour qu'ils utilisaient les gens qu'on aime pour obtenir ce qu'ils veulent de nous ! On doit y retourner ! Je ne peux pas laisser Charlie s'il est en danger !
-Non, tranchai-je d'une voix dure, serrant le volant avec encore plus de force. Je t'amène là où tu seras en sécurité.
-Écoute-moi Edward ! s'écria Bella en essayant d'attraper le volant pour me faire arrêter.
Je la repoussai brusquement, lui lançant mon regard le plus menaçant.
-Non ! Je ne laisserai rien t'arriver ! Tu m'entends ? RIEN !
-Mais mon père et… et ta famille, sanglota-t-elle. On ne peut pas les abandonner !
-Apelle-les. Dis-leur d'être prudent. On ne peut rien faire de plus Bella. C'est moi que les Volturi veulent. Alors je vais te cacher quelque part… oui c'est ça ! m'exclamai-je à mesure que mon plan se formait. Je vais te cacher quelque part et moi je vais les attirer ailleurs…
Bella ne semblait plus m'écouter, le téléphone déjà collé à son oreille, elle discutait vivement avec son père, sanglotant toujours.
Je me sentis coupable de lui causer autant de peine, mais je ne pouvais faire autrement. Elle était tout pour moi. Je ne pouvais pas prendre un risque, même infime, de la perdre.
Elle raccrocha et elle appela ensuite un autre numéro. J'attendis, gardant mon attention sur la route, espérant que quelqu'un, chez moi, répondrait.
Bella essaya un autre numéro. Puis encore un autre… mais il semblait tous aux abonnés absents.
-Ils ne répondent pas Edward ! Ils ne répondent pas ! s'écria Bella en secouant le téléphone.
-Ils sont sûrement occupés. Ils sont tous occupés.
J'essayais de me convaincre moi-même. Je savais que quelque chose clochait. Ils n'auraient pas ignoré un de nos appels. En fait, ils auraient déjà dû tenter de nous joindre pour me demander pourquoi je n'étais pas encore là…
Il leur était arrivé quelque chose.
Je me rangeai sur le bord de l'autoroute et arrachai le téléphone des mains de Bella au moment même où il sonnait. Je jetai un regard sur l'afficheur.
Charlie.
-Chef Swan ? demandai-je dans ce qui ressemblait plus à un couinement.
-Edward, souffla-t-il avec tant de souffrance dans la voix que je fermai les yeux.
Non. Je vous en prie. Non.
-Je viens de recevoir un appel… il est arrivé quelque chose… ta mère… je suis désolé…
Il s'arrêta un instant, reprenant son souffle. Je secouai la tête dans tous les sens. C'était impossible. Il mentait. Ma mère allait parfaitement bien.
-Sa voiture a explosé, reprit-il. Tu devrais venir ici...
-Non, grondai-je en raccrochant et jetant le téléphone loin de moi.
Je pris ma tête entre mes mains, repoussant ce que Charlie venait de me dire. C'était faux. Je ne savais pas pourquoi il mentait, mais il ne pouvait dire la vérité.
Une main se glissa alors dans mes cheveux, une main douce et tendre.
-Edward ? Qui a-t-il ? demanda Bella d'une petite voix.
-Ton père… il dit n'importe quoi ! Il raconte des histoires seulement pour que nous revenions à Forks !
Elle fronça les sourcils, perdue, mais je ne lui en racontai pas plus. Je ne voulais pas m'attarder là-dessus. Ce n'était qu'un tissu d'âneries !
Je redémarrai la voiture, nous éloignant un peu plus de Forks. Bella me bombarda de questions, voulant savoir ce que son père avait dit, mais je restai obstinément silencieux. Je ne voulais plus y penser.
Esmé allait bien. Toute ma famille se portait bien, me répétai-je encore et encore. Notre vie allait reprendre comme avant : Bella et moi ensemble à Boston et ma famille, heureuse, à Forks.
Je dus cependant faire face à la réalité lorsque mon téléphone sonna à nouveau. Bella me le tendit, les larmes aux yeux, pressentant sûrement ce qui allait suivre.
-C'est Alice, murmura-t-elle.
J'attrapai l'appareil d'une main tremblante, puis je répondis pour entendre une plainte d'agonie… et mon monde sombra pour toujours.
Je poussai la porte du minuscule poste de police de Forks pour y entrer d'un pas lent et mesuré qui ne laissait rien voir de la peur qui affolait mes sens. Seules mes mains étaient enfoncés dans mes poches, parce que malgré tout mes efforts j'avais été incapable d'en arrêter les tremblements.
Je savais que Bella était en sécurité, que Jacob et Charlie aussi, que Jane n'avait pas bougé de chez elle… mais je ne me sentais pas rassuré malgré tout.
Tant que Jane serait en liberté, tant que les Volturi ne seraient pas sous les verrous, il y avait un risque pour Bella.
Et ça m'était insupportable ! Parce que c'était ma faute, encore une fois. Si je n'étais pas allé travailler pour le FBI… si je n'avais pas convaincu Booth de me servir de Victoria, alors Jane ne se serait jamais intéressée à Bella de nouveau.
Bella aurait pu vivre la vie paisible et heureuse qu'elle méritait. J'étais déterminé à l'aider à retrouver cette vie, par tous les moyens que je possédais.
-Alors ? Une évolution ? demandai-je à Peter en passant la porte.
J'entendais en fond les voix de Charlie et de Bella, mais j'essayais de passer outre, repoussant mon envie irrépressible de m'assurer de mes propres yeux qu'elle allait bien. Je l'entendais, cela devrait être suffisant…
Peter leva les yeux au ciel.
-Pas depuis cinq minutes, non. Tout le monde est ici, relativement en sécurité. Jane n'a eu aucun contact au cours des derniers jours avec un quelconque tueur à gage et elle n'est pas sortie de chez elle depuis son retour du travail.
J'hochai la tête, perdu dans mes pensées. Quelque chose clochait, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Pourtant, je savais que c'était vraiment important.
-Exactement ce que je t'ai dit quand on a discuté au téléphone la dernière fois, reprit mon collègue, moqueur.
-Je voulais m'en assurer.
-Ouais… tu deviens un peu fou lorsqu'il s'agit de cette fille, non ?
Je lui jetai un regard furieux. Bon sang, il avait raison : mais ne pouvait-il pas la fermer ? Bella et son père étaient juste à côté, dans le bureau de Charlie qui n'était séparé de nous que par des paravents et Jacob Black devait lui aussi être quelque part dans le coin.
J'observai l'environnement autour de moi. Le poste n'était composé que de deux pièces en réalité : l'une, celle où nous nous trouvions, était assez grande. Il y avait trois bureaux, plus celui de Charlie, et quelques chaises d'une couleur orange plutôt criarde alignée le long du mur à côté de la porte. Pour l'instant elle était vide, mis à part Peter et moi, et cela m'intrigua.
-Tu as demandé à Charlie de faire venir tous ses hommes ? demandai-je, ignorant délibérément sa question.
-Miller, j'ai fait TOUT ce que tu m'as demandé ! Mark et Pedro sont sur Jane, ils lui collent au train. Et les trois officiers de Police de Forks sont ici, ils rôdent autour pour s'assurer que tout est normal. Satisfait ?
-Non, grondai-je.
Ce n'était pas assez. Pas assez pour protéger Bella… il me fallait plus de mesures, mais Booth avait refusé de m'envoyer d'autres collègues du FBI pour l'instant. Il voulait attendre de voir le prochain mouvement de Jane.
Moi je ne voulais pas prendre ce risque. Je devais mettre Bella en sûreté, le plus rapidement possible.
-Je vais leur parler, dis-je à Peter en me détournant de lui.
Je m'approchai alors du bureau dissimulé derrière un horrible paravent vert et m'attardai pour la première fois sur la voix de Bella qui semblait furieuse.
-Mais tu m'as menti papa !
-Je t'ai caché la vérité, mais…
-Oh ! Ne joue pas avec les mots, tu veux ? Je…
Je fis un pas prudent pour me montrer à leurs yeux et je me raclai doucement la gorge. Ils se turent aussitôt et se tournèrent vers moi. Le visage de Charlie s'assombrit alors que celui de Bella sembla s'illuminer.
Elle poussa un soupir et me fit un petit sourire, serrant ses bras autour de son corps qui tremblait.
-Monsieur l'agent du FBI, qu'est-ce que cela veut dire ? demanda le chef Swan avec sarcasme, son visage rougissant dangereusement. Pourquoi suis-je retenu prisonnier de mon propre poste de police ?
Je passai une main dans mes cheveux, faisant de gros efforts pour ne pas dévisager Bella qui elle, gardait ses yeux fixés sur moi.
-Nous avons de bonnes raisons de croire que vous êtes en danger et tant que cette menace ne sera pas écartée, il nous faudra prendre certaines mesures, expliquai-je de mon ton le plus professionnel.
Charlie jeta un regard anxieux vers sa fille.
-Bella est en danger ?
-C'est possible, répondis-je en me tournant aussi vers elle.
Nos regards se rencontrèrent et se soudèrent l'un à l'autre.
-Est-ce à cause de… ceux qui ont tué ta mère ? entendis-je Charlie demander, comme s'il était à des années lumière de moi.
-Oui. Je suis désolé, soufflai-je, seulement pour Bella.
Elle fit un pas vers moi et déposa sa main sur ma joue, sans jamais rompre notre contact visuel. Je mis ma main par-dessus la sienne, serrant tendrement ses doigts.
-Ce n'est pas ta faute Edward. Ça ne l'a jamais été.
-Et qu'avez-vous l'intention de faire pour la protéger ? demanda Charlie d'une voix un peu trop forte, voulant visiblement nous séparer l'un de l'autre.
Je reculai d'un pas, à contrecœur, me répétant un seul mot : contrôle. Je devais garder le contrôle de mes émotions. Le contraire serait trop… dangereux.
-La meilleure solution serait que vous disparaissiez; Bella, Jacob et vous, pendant quelques temps. Vous pourriez faire un voyage de quelques semaines par exemple, au frais du FBI et sous escorte bien sûr.
La moustache de Charlie frémit.
-Partir ? Nous devons… quitter Forks ?
-Pour quelque temps seulement. C'est la meilleure solution, pour la sécurité de Bella, argumentai-je, sachant qu'il ne refuserait pas.
Charlie prit un air dur, mais il hocha sèchement la tête et Bella l'imita, acceptant plus facilement que je ne l'aurais cru de quitter sa vie. Elle était si têtue habituellement, j'étais persuadé qu'elle allait s'opposer à ce plan, protester qu'elle pouvait se débrouiller, qu'elle saurait se protéger… mais peut-être était-elle plus effrayée par les Volturi que je ne le croyais.
-Et Jacob Black ? Où est-il ?
Les yeux de Bella se remplirent de larmes et elle détourna la tête.
-Il passe quelques coups de fils depuis la salle d'interrogatoire, dit-elle d'un ton chevrotant. Mais je ne sais pas si… s'il voudra venir avec moi maintenant.
Sa voix n'était devenue qu'un murmure et son visage s'était tordu de souffrance. Je serrai les poings et contractai la mâchoire, comprenant que Jacob lui avait fait du mal. Il l'avait blessé et moi, j'avais envie de le tuer pour ça.
Puis je réalisai quelque chose et mon cœur se figea un instant.
-Est-ce que c'est à cause de… de ce qui s'est passé…
Je jetai un regard en biais vers Charlie, ne pouvant poursuivre devant lui. Mais Bella comprit ce que je voulais dire et elle hocha la tête.
-Oui. Plus ou moins.
Je fermai les yeux, me traitant de tous les noms. J'étais un salaud, un idiot, un égoïste ! C'était MOI qui lui avais fait du mal, pas lui ! Je débarquais et en une semaine, je chamboulais sa vie ! Je n'avais pas le droit de faire ça… je n'avais pas le droit.
Ma détermination se fit plus forte : je devais partir au plus vite.
-Je suis désolé.
J'entendis le souffle de Bella se couper, puis elle expira fortement par le nez.
-Papa, pourrais-tu nous laisser s'il-te-plaît ? dit-elle alors d'une voix contrôlée, mais où je perçus nettement la colère.
Et je savais ce que cela signifiait : c'était le dernier moment de calme avant la tempête. Comme je l'avais prédit, dès que Charlie s'éloigna, Bella se tourna vers moi et elle explosa.
-Tu es désolé ? Tu es désolé ? répéta-t-elle en montant le ton.
Je passai une main lasse dans mon visage, me sentant tiraillé de tous les côtés. Je ne voulais pas lui faire encore plus de mal et j'ignorai ce qui serait le mieux pour elle : lui dire la vérité sur mes sentiments ou me taire et faire croire que ce presque baiser n'était qu'une erreur.
Qu'est-ce qui serait le mieux pour elle, peu importe les sentiments qu'elle avait pour moi ?
Je l'ignorais.
Et si moi, j'étais à sa place… voudrais-je connaître la vérité ?
-C'est tout ce que tu trouves à me dire ? continua Bella en me fusillant du regard. Que tu regrettes ce qui s'est passé ? Que tu ne voulais pas m'embrasser ?
-Oui, soufflai-je, incapable de dire autre chose.
J'évitai son regard pour ne pas qu'elle voit le mensonge dans mes yeux. Je ne regrettai pas ce qui s'était passé… je ne le pouvais pas. Même si je savais que j'aurais dû le regretter.
Bella fit quelques pas vers moi et elle planta un doigt accusateur au milieu de ma poitrine. Mon cœur s'accéléra sous ce simple toucher et je retins mon souffle.
-Alors pourquoi l'as-tu fait ? Et pourquoi es-tu revenu si ce n'est pour me torturer ? Je commençais enfin à accepter ton départ ! Je venais juste de réaliser que je pouvais passer à autre chose sans t'oublier, j'avais enfin envie de vivre ma vie… et tu es revenu pour tout gâcher! Tu as tout gâché Edward !
Les larmes coulaient sur son visage à présent et je dus utiliser toute ma volonté pour résister à l'envie de la prendre dans mes bras pour la consoler.
Et ce qu'elle venait de dire ne m'aidait pas… elle avait toujours des sentiments pour moi. Après tout ce temps, Bella pensait encore à moi. Elle non plus n'arrivait pas à m'oublier.
Pendant un instant, un bonheur indescriptible m'envahit, mais il disparut aussitôt. Ce n'était pas une bonne chose. Tout serait plus difficile à présent. Pour nous deux.
-Ce n'est pas ce que je voulais, dis-je, en fixant le sol pour ne plus voir son visage dévasté.
Non. Ce n'était pas ce que je voulais. Jamais je n'avais cherché à lui faire du mal. Il aurait été préférable tout compte-fait qu'elle ne sache pas que j'étais à Forks. Il aurait été préférable que je ne revienne pas ici, tout simplement. J'aurais dû écouter Booth et aller à Los Angeles. J'aurais dû avoir la force de rester loin d'elle.
-Alors que veux-tu Edward ? Que veux-tu ?
Son ton était dur et inflexible : elle voulait une réponse et je savais qu'elle n'accepterait rien d'autre que la vérité.
Je relevai donc la tête et fixai mon regard dans le sien, suppliant pour son pardon.
-Je suis venu ici en espérant que ça m'aiderait à… avancer. Que je pourrais ensuite vivre sans penser à toi à chaque instant. Je croyais que je serais capable d'être heureux de nouveau si je te revoyais juste une dernière fois.
J'eus un rire sans joie.
-Tu dis que tu commençais enfin à accepter mon départ : ce n'est pas mon cas. Après cinq ans, je suis encore aussi pitoyable que la journée où j'ai quitté Forks… je n'arrive pas à t'oublier. Je ne le voulais même pas : je m'accrochais à mes souvenirs de toutes mes forces.
Bella secoua la tête, avec un air de totale incompréhension.
-Je ne… je ne comprends pas. Tu m'as dit… tu m'as demandé de partir ! Tu as dit que c'était fini ! Puis tu es parti et je n'avais aucun moyen de te retrouver alors que toi… tu aurais pu revenir me chercher à n'importe quel moment !
Je franchis la courte distance qui nous séparait et je pris sa main dans la mienne, puis la déposai là où mon cœur ne battait que pour elle.
-Tout ce que j'ai dit ce soir-là… je n'en pensais rien. Pas un seul mot; je te l'ai dit. Je ne voulais pas que tu me quittes, mais à ce moment-là, je ne supportais plus de te voir parce que ça me ramenait à ma propre culpabilité… et ça faisait trop mal. Beaucoup trop mal.
Je fermai les yeux et appuyai mon front contre le sien en soupirant.
-Lorsque je suis revenu et que j'ai trouvé ton alliance…
Je ne pus continuer, la gorge serrée sous l'émotion. Cela avait été l'un des pires instants de ma vie et la douleur de ce moment était toujours aussi vive. C'était une plaie qui n'arrivait pas à guérir.
-Oh Edward ! souffla-t-elle en passant sa main libre dans mes cheveux avant de la descendre sur ma nuque.
Elle fit un pas de plus et se retrouva dans mes bras. Je la serrai contre moi de toutes mes forces, sachant que c'était probablement la dernière fois que je pouvais le faire. J'avais l'impression que tout m'apparaissait plus clairement, j'enregistrais chaque détail de la scène pour les conserver et les chérir ma vie durant.
L'odeur des cheveux de Bella; la sensation de ses doigts frôlant ma peau; le son de sa respiration haletante; la chaleur qui se dégageait de son corps…
Elle poussa un sanglot, son corps se tendant contre moi, et je resserrai ma prise autour de sa taille.
-Pourquoi n'es-tu jamais revenu ? Pourquoi ne t'es-tu pas battu pour moi comme je l'aurais fait pour toi si j'avais pu ? Tout aurait été si différent !
Je secouai la tête, sentant les larmes couler sur mon visage.
-Je n'en avais pas la force. Je me sentais… vide. Si vide sans toi. Et je croyais que tu ne voulais plus de moi; que les paroles que j'avais dites t'avait fait réaliser quel genre d'homme je suis…
Bella releva la tête pour me faire un sourire triste. Je caressai doucement sa joue, lui rendant un sourire identique.
-Tu n'as jamais compris à quel point je t'aime, non ? dit-elle d'une voix douce.
Mon cœur se serra douloureusement lorsque je notai qu'elle avait dit « t'aime » et non « t'aimait »…
-Que je sais ce que tu es… tout ce que tu es… et que je ne t'aime que plus pour cela ?
-Et toi, tu n'as jamais compris que rien ne comptait autant que toi dans ma vie ? répliquai-je difficilement. Que je ne pouvais plus vivre sans toi ?
-Je ne pouvais pas le croire… je ne pouvais pas croire que tu m'aimais comme je t'aime.
Nous nous fixâmes un long moment dans les yeux, sans dire un mot. Je savais ce que j'avais à faire, je savais que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire… mais je n'y arrivais pas.
Je ne pouvais pas… je ne pouvais pas la quitter…
Je fermai les yeux, me détachant ainsi de son regard qui m'avait toujours retourné jusqu'au plus profond de moi parce qu'il me donnait cet impression qu'elle seule pouvait voir mon âme.
-On a vraiment tout gâché non ? demanda Bella en reniflant.
Sa main, qui reposait toujours sur mon cœur, se crispa durement sur ma poitrine. Et je compris qu'elle savait, elle avait senti sans que j'ai besoin de lui dire, que j'avais quelqu'un qui m'attendait chez moi. Comme elle avait Black ici.
-On a tout brisé en essayant de s'aimer… et maintenant, on doit essayer de se réparer.
-En sachant que je n'irai plus jamais droit. Pas sans toi.
Je poussai un soupir, puis pris sa paume et l'amenai à mes lèvres. J'humai alors l'odeur de son poignet, comme je le faisais lorsque nous étions ensemble.
Puis je la fixai et je prononçai les paroles les plus difficiles que je n'avais jamais dites :
-Tu veux que j'essaie d'arranger les choses entre toi et Jacob ? Je peux lui parler et…
-Ça va aller, me coupa-t-elle doucement, un éclair de douleur traversant son regard. J'espère… je crois que… que j'arriverai à me faire pardonner tout le mal que je lui ai fait.
-Est-ce que tu l'aimes ? demandai-je avant d'avoir pu m'en empêcher. Crois-tu qu'il pourra te rendre heureuse ?
Bella se mordit la lèvre un instant, puis elle acquiesça.
-Oui. Oui aux deux questions.
Je perdis le souffle sous le coup de la douleur, mais je réussis à lui sourire.
-Alors je suis heureux aussi.
Je relâchai sa main et reculai d'un pas, mais Bella m'attrapa par le bras pour me retenir près d'elle. Je déglutis difficilement.
-Et toi Edward ? Crois-tu que tu peux être heureux… avec elle, qui qu'elle soit ?
Je pensai à Kate, à la révélation que j'avais eue avant de partir, et je pensai à Samuel…
-Oui. J'en suis certain.
Bella ferma les yeux quelques secondes, puis elle les ouvrit pour me sourire à travers ses larmes.
-Alors j'en suis heureuse aussi.
Elle prit mon visage en coupe et mon cœur eut des soubresauts. J'allais de nouveau goûter ses lèvres, après tant de temps à rêver à cet instant… et pour la dernière fois.
Bella se hissa sur la pointe des pieds et déposa un baiser aussi léger que les ailes d'un papillon sur mes lèvres.
Puis elle passa à côté de moi, ses bras croisés sur sa poitrine secouée de sanglots. J'attendis qu'elle se soit un peu éloignée et je pris ma tête entre mes mains, ouvrant la bouche pour pousser un hurlement silencieux. Je devais faire sortir cette rage, cette amertume, ces regrets de mon corps et de mon cœur. Il n'y avait plus la place pour eux.
Comme il n'y avait plus de place pour Bella dans ma vie. Ni pour moi dans la sienne.
Je me redressai lentement, le souffle court. J'entendais Bella et son père discuter de l'autre côté de la pièce. J'entendais quelqu'un faire les cents pas et Peter qui discutait au téléphone. Il semblait… énervé.
Je me recomposai donc un visage impassible et je sortis rapidement du bureau de Charlie et le rejoignit en quelques enjambés.
-Pourquoi avez-vous attendu… oui, mais c'est à Miller de… elle est seule et vous… c'est ça, continuez à chercher !
Puis il raccrocha en marmonnant dans sa barbe contre ces imbéciles.
-Qu'est-ce qui se passe ? demandai-je, sachant très bien que ce que j'apprendrais ne me plairait pas.
-C'est la Volturi. Elle est sortie de chez elle il y a quelques minutes, à pieds. Pedro et Mark l'ont suivi, mais elle a réussi à les semer. Et maintenant, on ignore où elle se cache…
Je sais que cette conversation ne se termine pas comme vous l'auriez espéré, mais pour moi c'est obligé : ils ne peuvent se remettre ensemble pour l'instant. J'en ai discuté par reviews avec certaines d'entre vous, mais je veux que vous compreniez la façon dont je perçois mon histoire, mes personnages, et donc , que vous compreniez mes choix.
Si Bella et Edward se remettaient ensemble à ce moment-ci, ce ne pourrait qu'être négatif. Leur amour est empli de trop de souffrance … ils doivent tous les deux faire un bout de chemin chacun de leurs côtés; accepter le passé et la mort d'Esmé… S'ils se remettaient ensemble tout de suite, ils n'auraient pas confiance l'un envers l'autre parce qu'ils ne sont pas passés par-dessus leur rupture encore et surtout, ils se sentiraient coupable de s'aimer. Bella regretterait d'avoir brisé le cœur de Jake après tout ce qu'il a fait pour elle et d'avoir brisé la famille d'Edward… et Edward se sentirait coupable d'avoir laissé Kate et d'avoir brisé sa famille.
Ce ne pourrait être que malsain pour eux. Alors non, ils ne se remettront pas ensemble tout de suite. Ils ont encore bien des choses à vivre avant ! Mais je l'ai dit à quelques reprises et je le répète parce que plusieurs s'inquiètent : je vous promets une fin heureuse pour Edward et Bella.
Bon, sur ce, je me tais… et vous demande de me laisser des reviews si vous en avez envie pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre (et non faire des commentaires sur cette longue note svp… j'aimerais vraiment savoir ce que vous pensez de leur discussion.)
À bientôt pour la suite !
