Chapitre 10 :

Castiel est dans sa chambre, au chalet. Il est toujours aussi énervé, alors les fringues qu'il bourre dans sa valise prennent toute sa violence. Partir chez sa mère.

Voir Daphné. Il ne veut pas.

N'a vraiment envie de voir personne, parce que c'est pas le moment, que Dean n'est toujours pas venu le voir. Et que même hier soir, le repas en famille du vendredi soir, le vendredi des retrouvailles, s'est passé dans une ambiance digne de l'antarctique.

Alors c'est encore pire ce matin. Toute la semaine a été trop oppressante. Vraiment.

Il a peut-être envie de voir Daphné. Ouais sûrement pour énerver Dean.

Pas parce qu'il a envie de la voir…

Il ne voit pas venir sa porte qui s'ouvre et se claque. Et quand il se retourne pour engueuler la personne, il ne peut rien dire. Car Dean est là, beau, rasé de près, sentant l'after-shave, un polo noir près du corps, sa belle montre en métal et cuir au poignet, bien coiffé... Wahou. Et un instant, il s'en veut de ne rien dire. De rester bête face à cette vision fantasmagorique.

Dean s'approche de lui et pose ses deux grandes et larges mains sur ses hanches Castiel n'arrive plus à ouvrir la bouche, ne peut plus également résister aux frissons. Dean vient de le tuer sur place… En plus, il sent bon, il sent le parfum.

C'est fort, très musqué. Il trouve ça encore plus bandant, excitant et surtout lui fait perdre tous ses moyens.

« Je suis... Hum..., il s'éclaircit la voix. Je suis désolé et..., Dean se dandine sur ses pieds.

Oh merci… »

Castiel en soupire de soulagement et se hisse sur ses pieds pour le prendre dans ses bras et l'embrasser. Sans aucun autre préambule.

Dean sourit au travers du baiser. Son cœur s'emballe et là c'est mortellement dangereux pour son rythme cardiaque... Il serre Castiel contre lui encore un peu plus pour bien le sentir avant son départ.

« Cas'..., interrompt Dean.

Castiel sourit en entendant pour la première fois son surnom dans la bouche de son amoureux.

Oui ?

Le petit brun le regarde, et caresse sa joue. Toute douce et chaude…

Jeudi prochain... Rentre plus tôt de Lyon... Je... J'ai envie de t'emmener à la Duis...

Oh… Oh oui. Ça serait génial. Je vais pas pouvoir attendre d'ici là…

Tu penses que tu pourras quitter Lyon plus tôt que prévu ?

Dean caresse son nez du sien.

Oui. Je vais prétexter n'importe quoi. Mais je viendrai. C'est clair. Et puis c'est trop long… Quand tu es pas là. Cette semaine… Enfin comme on s'est engueulé…

Mmmh... Oui. » finit par dire Dean en posant sa tête dans le creux de l'épaule de Castiel.

Le petit brun ferme les yeux et reçoit le corps de son amant tout contre lui. Si bien encastré, si bien calé… Rien ne dépasse, rien n'est de trop. Pas même cette douleur diffuse dans son corps, douleur délicieuse et enivrante.

Comme si leurs corps avaient été faits pour être comme ça, l'un avec l'autre. Contre l'autre. Ses mains caressent sa nuque, remontent dans les cheveux. Dean qui ronronne de satisfaction, content de lui. Toutes ses manigances ont fini par payer il faut croire. Au moins il a retrouvé Castiel. Et c'est encore plus fort qu'avant.

« Je veux pas partir… Rien que l'idée de bouger là tout de suite…, souffle Castiel contre son oreille.

Moinonplus. » chuinte Dean.

Castiel a le cœur qui bat si fort, ça inonde sa tête de sang, de pensées et de rêves, comme un kaléidoscope multicolore. Ses bras…

« On restera ensemble longtemps là-bas hun ?

Je sais pas... Je pensais deux, trois jours... Après on aura pas de quoi manger. Déjà il va falloir amener des couvertures et tout..., fait Dean, terre à terre. Et puis les parents...

On va leur dire quoi ? On leur dit ? Et pour la bouffe et les couvertures ? Enfin y'a vraiment un refuge là-bas ?

Oui mais abandonné... J'ai dit à mon père que j'allais chez Aymeric, moi, mmmh, Dean se redresse.

Je dirais que je vais chez Daphné. Ça sera plus simple…

S'tu veux. »

Dean se frotte les yeux. Il se serait endormi sur l'épaule de Castiel après deux nuits sans sommeil. Castiel le regarde, et comprend bien dans son expression comme ça l'a travaillé de se faire la gueule.

« Pourquoi ça fait ça ? Pourquoi y'a ça entre nous… ? Je comprends rien…

Dean attrape à nouveau les bras de Castiel pour les placer autour de son cou.

J'en sais rien... Veux juste dormir avec toi., soupire-t-il en revenant contre son épaule.

Moi aussi… »

Mais la voix de Castiel est coupé par la voix de la mère de Dean qui vient d'en bas.

« Les garçons ! Vous descendez ? Vous allez rater vos trains !

Tais-toi maman..., souffle Dean.

Castiel a un petit sourire.

Mon amour…, souffle-t-il tout doucement.

Dean relève la tête et regarde Castiel, fronçant les sourcils.

C'est moi ? demande-t-il.

Le petit brun rougit et baisse les yeux.. tout paniqué.

Ça… Ça te plaît pas ?

Si... Faut juste que je m'habitue... Moi qui ai horreur des couples..., murmure Dean, souriant doucement.

Oui… Je me doute…, il reprend sa respiration. Est-ce que… Daphné ? Je sais plus quoi faire… Tu veux que je la quitte ?

Ne me demande pas à moi..., Dean caresse sa joue. Je refuse de décider pour toi.

Je sais... C'est pour pas le décider moi. Je sais pas quoi faire. J'ai pas envie de lui faire du mal...

Et à moi tu veux m'en faire ? demande Dean.

Castiel le regarde, l'air triste, fermé. Il n'a même pas envie de répondre à ça.

Alors tu ne nous quitteras ni l'un ni l'autre., répond Dean en passant ses mains dans le cou de Castiel.

C'est n'importe quoi cette situation... Je veux faire de mal à personne, mais je sais pas comment en sortir.

Tu y réfléchiras chez toi Cas'... Faut qu'on y aille là., sourit Dean.

Oui...

Castiel finit par délasser ses bras.

Les enfaaants ! » crie à nouveau Mary.

Cette fois Dean ne lui demande pas de se taire. Il embrasse juste Castiel, une dernière fois, rapidement avant d'aller chercher son sac dans sa chambre.

« Oui on arriiiive ! » répond-t-il enfin.

Castiel ferme sa valise. Se renferme.

Ils doivent partir. Et partir loin... Trop loin. Et longtemps.

Mais la promesse de deux jours seuls dans l'endroit de leurs rêves... C'est remotivant. Assez pour descendre et partir.

Partir pour mieux revenir. Oui.

Dans le train pour Annecy, Dean se sent bien seul d'un coup. Il se dit qu'il aurait du profiter plus de Castiel, si seulement il s'était excusé plus vite. Mais bon, en échange, il s'est occupé la tête avec la Duis...

Dans son sac, il a prévu deux duvets... La couverture ne rentrait pas. Peut-être en restera-t-il au refuge ? Ça il en doute. Déjà s'ils ont deux lits. Ou même un. Oui, un suffira après tout.

Pour la nourriture ça va être plus compliqué. Ils feront des courses sur le chemin de randonnée, du moins Dean y pense. Ils verront.

La perspective de se nourrir de plaisir et des lèvres tendres et aimantes de Castiel lui parait douce. Un sourire s'étire lentement sur les lèvres de Dean alors que ses yeux se ferment et qu'il prend appui contre la vitre. Mmmh. Oui.

Dean ne se pose aucune question. Il est attiré par un garçon, et alors ? Ce garçon est son demi-frère, et alors ? Son demi-frère a déjà une copine, et alors ? Il a besoin de lui, ça échappe à sa raison. Alors pour une fois, lui qui est si cartésien d'habitude, ça ne l'effraie pas.

Son père et sa demi-sœur (du premier mariage de son père- oui c'est un homme à femmes !) l'attendent sur le quai de gare. Ce quai arrive trop vite au gout de Dean mais au moins il va retrouver le lac, le vélo et son père lui a promis une journée aux Deux Alpes pour qu'il puisse skier sur le glacier. Annecy réunit toutes les qualités pour lui faire tout oublier.

Enfin c'était ça avant Castiel.

Là, Dean va expérimenter le manque, le vrai. Pas comme cette semaine où il a eu Castiel sous le nez... Non.

Le train s'arrête enfin en gare. Dean éteint son baladeur, le range dans son sac et attrape ses affaires avant de sortir de là. Lise et son père John sont là. Il leur tombe dans les bras, content de les voir. Oui, Annecy lui fera du bien. Et un peu de mal aussi...

Castiel est à Lyon. L'appartement de sa mère, la vue de la ville, de Fourvière en fond. Ça lui manque presque de ne plus voir la montagne, il trouve même qu'il fait chaud ici. C'est qu'il s'est bien acclimaté à là haut finalement.

Ce n'est pas la seule chose qui lui manque. Cette présence est si loin de lui, si loin...

Il soupire, assis dans le salon avec sa mère. Elle, elle prend ça pour de l'ennui, ou le manque de Daphné.

Comment pourrait-elle deviner ? Personne ne le pourrait en fait... Vu que même eux ne comprennent pas.

« Maman, est-ce que jeudi je peux rester chez Daphné ? Et partir depuis là-bas? Ça te dérange ?

Ho non mon chéri, c'est bien !

Merci...

Et moi... Est-ce que je pourrais te présenter quelqu'un ? fait-elle avec un petit sourire effrayé.

Ah ? »

Castiel est refroidi, c'est pas possible, même sa mère trouve quelqu'un ? La famille est vraiment foutue... C'est bête mais il y croyait encore...

« On dîne ensemble demain ?

D'accord. Ça me dérange pas. »

Sa mère l'embrasse sur le front. C'est bien.

« Castiel je te présente Maxime. Maxime c'est mon fils, Castiel..., fait Elisabeth Novak.

Enchanté Castiel... »

Le nouveau petit ami de sa mère serre la main de Castiel. Il est petit et trapu. De toute façon depuis Dean, aucun homme ne trouve grâce aux yeux de Castiel. Et en plus, c'est un nouvel homme dans la vie de sa mère. Ça finit par rayer totalement ce tableau familial qu'il aurait au fond de lui aimé reconstruire. Mais bon...

En plus ce mec, il est moche et a un style riche, enfin, ouvertement riche. Avec sa Rolex, son costume bien taillé, et ses cheveux gominés.

Sûrement un banquier ou un notaire... Enfin après tout il s'en fout.

Aujourd'hui il est chez Daphné. Daphné toute contente de voir son copain alors que c'était vraiment pas prévu... Elle devait passer la semaine chez sa tante à Paris mais elle a réussi à décaler pour recevoir Castiel et lui faire la surprise d'inviter tous ses anciens copains... Castiel ne sait plus comment réagir. C'est carrément horrible. Il devrait être heureux de voir du monde, ses amis. Mais pourtant c'est pas des gens qui le réclament depuis deux mois qu'il est parti. Il a une folle impression d'être en décalage par rapport aux autres. De ne pas avoir les réactions appropriées.

Daphné le remarque, elle s'inquiète, d'une main posée sur sa joue.

« Cas'... Ça va ? murmure-t-elle à son oreille.

Oui ! ment-il. Je suis... Juste étonné ! Je m'y attendais pas...

Ha bon ça va... On ira à une petite fête chez Mike après, ça te va ?

Oui ! »

Castiel sent une grosse boule se nicher dans sa gorge. Elle prend bien ses aises et lui a envie de pleurer. Sa seule envie serait de s'enfermer et appeler Dean. Seulement il n'a pas le numéro de chez son père.

À Annecy, Dean s'affale soudain dans le canapé. Terrassé par un drôle de sentiment... Malaise ? Oui on dirait bien. Mais il ne sait pas pourquoi... Il est bien dans la maison de son père, le chat sur les genoux et Lise qui lui parle..

Mais rien à faire. Sa gorge est nouée et il se sent vide. Vide de tout... D'où est-ce que ça vient ça encore ?

Il ferme les yeux. Le visage de Castiel qui lui dit « Mon amour... » lui revient en tête. Alors Dean sourit. Et Lise lui demande à quoi il pense. Dean esquive. Il répond les deux Alpes et le ski. Mais non... Il pense à Castiel et s'inquiète pour lui. Sérieusement...

Castiel essaye de participer à la petite fête, il danse avec Daphné. Il parle avec les amis, il boit, il fume un peu.

Ça va mieux.

Daphné l'allume, ils se retrouvent dans la salle de bain. S'envoient en l'air n'importe comment.

Cette fois il n'arrive même plus à se regarder dans le miroir.

La fin de la soirée est longue, il veut rentrer chez lui. Et chez lui ce n'est pas chez sa mère, ni même à la montagne. Son chez lui, c'est les bras de Dean.

Il a envie de se frapper à force de penser à des trucs comme ça ! Mais c'est plus fort que lui...

Dean est son chez lui.

« Allez Dean, debout ! On va skier ! »

Ça c'est John Winchester, tout content de partir deux jours avec ses deux enfants au ski. Et Dean aussi est content, il a déjà tout préparé et a planifié plein de trucs à faire sur le glacier... Mais ce matin, il a le cœur en berne. Bon... Ça va passer.

Il se lève de son lit, passant ses mains dans les cheveux pour se masser le crâne. Mmmh... Un coup d'œil au miroir. Lui ça va, il peut encore s'y regarder...

Bref, il saute sous la douche, puis enfile ses vêtements de ski à l'arrache avant d'avaler son petit déjeuner. Lise les traîne un peu, prévenant son copain qu'il ne pourra pas la joindre pendant deux jours... Soudain, Dean pense à Castiel. Deux jours. Oui deux jours c'est ce qui le sépare de Castiel. Deux jours et la Duis.

Un large sourire s'étire sur son visage.

« Ça va Dean, t'es tout béat on dirait ! rit son père.

J'veux skier, je suis en manque ! prétexte-t-il rapidement.

Ça tombe bien, on y va ! »

Ce matin là pour Castiel est dur. Toujours chez Mike, avec Daphné contre lui.

Ils doivent passer pour un couple modèle, un couple follement amoureux, à s'envoyer en l'air bourrés dans la salle de bain. Mais c'est tellement loin de la vérité.

Les sentiments de Castiel s'effilochent, doucement mais sûrement… Daphné ne lui fait plus rien, c'est presque juste reflexe s'il arrive à la toucher, à être excité. Rien.

Ce matin il a mal à la tête, envie de vomir.

C'est trop loin de partir. Il rentre chez sa mère. Celle-ci n'est pas là.

Il ne reste qu'un bout de papier sur la table du salon.

« Je suis chez Maxime, je reviens à midi.

Bisous, maman. »

Castiel part prendre une douche. Pleurer un coup… Ouais. Voilà.

En ski, Dean plane. Il slalome entre les arbres dans la poudreuse au sommet du glacier. Wahou, le pied. Avec Lise, ils s'arrêtent pour créer une bosse. Lise, même si c'est pas sa vraie grande sœur, il la considère comme telle. Elle est nature, pas prise de tête et aussi fondue de ski que lui. Alors cette construction de bosse est obligée de se terminer en bataille de boule de neige ! Oh bordel, c'est bon...

« Dean t'es vraiment dégueulasse de m'avoir foutu de la neige dans la combi., geint Lise.

Oh mais t'as fini de te plaindre sérieux ?

Tsss... T'es chiant de me faire passer pour une femmelette à chaque fois.

Je sais que tu m'aimes. »

Les deux frères et sœurs d'adoption rit de bon cœur.

Oui Dean là se ressent vivre. Rien comparé à Castiel mais… Oui quand même. Du coup, il se dit qu'il aimerait bien re-skier avec lui... Pour voir ce que ça ferait de voir ses deux passions réunies.

« Oh Dean ! Tu te bouges ? C'est toi la femmelette ! le rappelle Lise.

Heyyyy ! »

Dean saute sur ses pieds, comme il peut avec ses chaussures du ski cependant. Allez, il faut attaquer cette bosse et se manger la gueule un coup !

Le petit brun glande aujourd'hui, rien faire, mis à part rester devant la télé.

Puis faire du piano. Et dessiner.

Des pages, et des pages… Noircir le blanc pour remplir le vide en lui. Retrouver Dean sur le papier, les montagnes, la neige, les maisons pleines de stalactites…

Le soir il se couche, sans plaisir, sans envie. Puis finalement dort à peine, mort de froid.

Dean lui manque. Encore et toujours. La semaine passe si lentement, chaque heure l'ennuie. Il attend en fait, c'est ça le problème…

Dean s'endort dans le petit chalet des Deux Alpes, chalet rustique que son père a loué. Ils sont tous les trois dans la même chambre. Alors quand Dean s 'enroule dans la couette, il doit murmurer tout doucement « Cas'... » pour être sur que personne ne l'entende.

Castiel dans son lit à Lyon sent une douce chaleur se rependre dans son cœur. Sans trop savoir d'où ça vient. Dans sa tête, il imagine son amant, loin de lui peut-être.

« Dean… », murmure t-il.

Ils se manquent.

D'autant plus violemment qu'ils savent cette passion interdite.

Dernier jour.

Castiel prend le train pour rentrer. C'est tout ce qu'il attend. C'est excitant de faire ça sans que personne ne le sache. D'être pire que dans le secret, de faire des fugues presque. S'éloigner du monde pour s'aimer, oui… S'aimer.

« Amour… »

Il doit espérer que Dean l'entende. Même s'il ne sait pas où il est... Ils ont convenus de se retrouver à la gare de Chambéry, exactement où ils se sont quittés. La mère de Castiel croit qu'il est chez Daphné et batifole avec son nouveau Jules. Daphné croit qu'il est rentré chez son père et ledit père le pense chez sa mère...

Pour Dean, c'e st plus fin. Il a appelé Aymeric pour le prévenir de la couverture en cas d'appel de ses parents, mais normalement ça devrait aller. Les parents de Dean sont plus cools et savent leur fils très débrouillard. Tellement, qu'avant de prendre le train, il est allé faire des courses pour leurs deux jours...

Les minutes sont longues dans le bus, il rejoins la gare en trainant sa valise. C'est long. Le trajet lui semble interminable.

Mais il est excité comme tout. Désobéir c'est jouissif. L'interdit lui donne des ailes aujourd'hui.

Castiel va se poster sur le quai dehors, de la voie 4. Il n'a pris aucun billet de train ni de bus. Il veut attendre Dean pour prendre une décision. Et attendre celui-ci sous le soleil de printemps est encore mieux... Il trouve un banc et s'affale dessus, le nez pointé vers le haut et les yeux fermés. Prendre le soleil sur sa peau de porcelaine, cela est parfait.

Puis il sent quelque chose de... De particulier. Comme si l'atmosphère avait changé. Castiel fronce les sourcils mais garde les yeux fermés. S'il ne les avait pas fermés, les deux grandes mains, froides, l'auraient sûrement fait pour lui..

Castiel relève les mains, il sourit. Et les poses sur celles qui sont toutes froides. Il frissonne. N'a pas envie de bouger, profiter de cet instant… Magique.

Dean pense la même chose. Son cœur finit par se calmer un peu. Plus il s'approchait de Castiel, plus son cœur devenait dingue et sa respiration difficile...

Dean enlève enfin ses mains des paupières de Castiel mais garde ses mains dans les siennes. Le contact de sa peau... Non, définitivement, il va arrêter de comparer ça avec le ski. C'est incomparable...

« Bonjour...

Castiel tremble, mais ne tourne toujours pas la tête.

Bonjour… »

Dean lâche ses mains pour les poser sur ses épaules, toujours derrière le banc... Il glisse sous le tee-shirt à l'encolure... La peau douce de porcelaine n'a rien perdu de... De quoi d'ailleurs ? Sa douceur, son charme, son plaisir ? Son demi-frère se sent fondre. Savourer cet instant est incroyable, ils prennent leur temps, tous les deux. Pas besoin de le dire. Pas de mots pour ça entre eux…

« Ça va ? murmure Castiel.

Fatigué... Toi ?

Blasé, vide… Mais là ça commence à aller mieux.

Dean sourit. Il se penche, évitant le haut du banc et ose embrasser rapidement Castiel sur la joue.

Ça me fait tellement de bien de te voir… Tellement…, murmure Castiel.

Tu ne me vois pas encore., constate Dean, toujours dans son dos.

Mais je sais que tu es là... Alors tout va bien..."

Dean vient enfin s'asseoir juste à côté de lui sur le banc. Leurs cuisses se touchent, les hanches aussi, une parti du flanc... Ils se satisfont comme ils peuvent. Ça, et le regard complice, malicieux. Ils ont fugué pour s'aimer loin de tous... Ils se regardent et dans ces retrouvailles pudiques, il n'y a plus rien au monde qu'eux deux. Plus personne.

« Tu m'as manqué... »

Dean n'a pas le cœur à parler. Pas au milieu du flot de voyageurs. S'il a des choses à dire à Castiel, il n'a pas envie d'élever la voix. Alors il passe rapidement sa main sur celle de Castiel, abandonnée sur sa cuisse. Il acquiesce à sa façon. Castiel serre sa main. Peu à peu il se sent mieux, apaisé et adoucit. Plus d'aigreur dans ses gestes ou son coeur. Dean la relâche doucement. Même s'ils ont l'impression de n'être que tous les deux, ils n'ont pas intérêt à oublier que ce n'est qu'une impression.

« On va chercher les tickets de bus ? demande-t-il.

Oui... Et puis on s'enfuit.

Une lueur de malice s'installe dans les yeux verts de Dean.

Oui. On s'enfuit. »

Castiel ose un baiser. Très rapide. Juste tout petit. Pour lier leur complicité. Dean sourit. Oui, sourit, doucement mais le sourire est là. Ainsi que les vilains papillons dans son ventre.