10. « Je vois la vie en rouge »
Dimanche, vers 16 heures
« Hey ! Vicky, devine quoi ? Je viens d'essayer mon costume de Leia que j'ai piqué dans un magasin, et c'est trop super ! gazouilla Jenny à l'autre bout du fil.
— Bien, répondit la brunette.
— Je suis une jet-d'ail yaaaa !
— Euh…Tu es sûre que tu as bien vu Star Wars ?
— Nan. Et toi, tu fais quoi ?
— J'ai trouvé une piste pour ce qui est de faire chier Albin ce soir…je suis en route.
— Ah oui ?
— Oui, j'ai eu l'idée en pensant au fait que c'est Halloween…et qu'est-ce qu'on fait à Halloween ?
— Euh…on mange des bonbons ? Tu comptes lui voler tous ses bonbons?
— Mais non, Jenny, à Halloween, on fait peur aux gens. Je vais flanquer à ce spécimen à face de craie la trouille de sa vie, c'est la vengeance parfaite pour toutes celles qu'il m'a infligées !
— Ah ouais, bien pensé ! Mais il y a un problème, Vicky : il n'a peur de rien.
— Bien sûr que si, tout le monde a peur de quelque chose ! Lui, il a peut-être plus de talent que la moyenne pour garder son sang-froid, mais il est humain, et il existe forcément quelque chose qui lui fout les chocottes. Je ne sais pas encore ce que c'est, voilà tout.
— Ça m'étonnerait que ça soit un truc style les araignées ou les fantômes…
— Ça m'étonnerait aussi. Mais je sais qui pourra me le dire !
— Ah oui, qui ? »
Vicky coupa la conversation téléphonique, histoire de faire genre. Et puis, Jenny risquait une fois de plus de tout gâcher si elle la mettait dans la confidence, avec sa maladresse légendaire. Elle rangea son portable dans son sac et vérifia l'adresse qu'elle avait trouvée dans le bottin. Elle frappa à la porte indiquée. Une femme qui devait peser dans les cent-dix kilos lui ouvrit. Elle portait une robe à fleurs hideuse et un collier dont les perles ressemblaient à des tranches de foie gras peintes en bronze.
« Monsieur Delon ? demanda la brunette, pas sûre de son fait.
— Est-ce que j'ai l'air d'un homme, petite godiche ?
— Ben, c'est que…la moustache…
— Les Delon, c'est à côté, apprends à lire !
— C'est bon, je me suis trompée de maison, pas la peine d'être aussi désagréable…
— Qu'est-ce que tu lui veux, à Delon ?
— Lui parler de son fils.
— Le démon blanc ?
— Ouais, c'est ça.
— Tu connais cette engeance de Lucifer ?
— Oui, et…
— Tu peux lui transmettre un message de ma part ?
— Certainement. »
L'ogresse prit une grande inspiration et se racla le gosier dans un bruit visqueux. Et soudain, elle éructa un glaviot qui vint s'écraser sur la joue de Vicky. À ce moment, un homme sortit de la maison voisine et l'interpella.
« Ça suffit, Madame Millefeuille, laissez cette jeune-fille tranquille !
— Quoi, t'en veux un aussi, Delon ?
— Tenez, dit le père d'Albin en tendant un mouchoir à Vicky, et suivez-moi avant qu'elle ne recommence. »
Vicky obéit et le suivit chez lui alors que Mme Millefeuille leur suggérait à tous les deux d'aller se mettre la tête dans un four. En regardant cet homme, elle eut l'impression d'avoir affaire à Albin, mais avec vingt ans de plus, des cheveux noirs grisonnant, des yeux marron et une allure nettement plus négligée. Et une forte odeur d'alcool et de sueur. Quand elle entra dans la maison, elle se serait crue chez Jenny tant c'était sale et mal rangé.
« Vous voulez du café ? proposa le géniteur d'Albin.
— Oui, merci.
— Z'avez d'la chance, j'ai retrouvé une tasse propre. Vous voulez du whisky dans vot' café ?
— Non, ça ira. Mais si vous avez du sucre… »
L'homme avait l'air malade et fatigué, et ses dents étaient dans un état épouvantable. Alors qu'il s'affairait à préparer le café, il l'interrogea.
« Vous venez me voir pour Alain, c'est ça ?
— Oui. J'ai une question à propos de lui, de quoi il a…
— Vous savez, la maison n'a pas toujours été si bordélique, coupa-t-il comme s'il ne l'avait pas écoutée. Quand Alain était là, c'était propre et rangé, c'est lui qui faisait le ménage. Mais maintenant qu'il est parti…
— Il vous a abandonné ?
— Nan, l'inverse. Je lui ai dit un jour que je ne voulais plus de lui ici, et le lendemain, paf ! disparu ! Sans doute qu'il avait filé chez un de ses copains bizarres. Depuis il refuse de me parler, il ne répond ni à mes lettres, ni à mes appels. Il change tout le temps de numéro pour m'éviter. Et je ne parle pas d'essayer de le trouver en personne dans son nouvel appart…
— C'est triste, pourquoi il ne veut plus vous voir ?
— Bah, c'est ma faute… »
M. Delon apporta deux tasses de café, un sucrier pour Vicky, et une bouteille de whisky pour lui.
« Albin m'a expliqué que votre femme était morte…
— C'est vrai qu'il se fait appeler comme ça maintenant, « Albin ». Je l'ai encore lu dans le journal, celui où son copain a essayé de le poignarder. Je collectionne tous les articles sur lui… »
D'un geste de la main, il désigna un pan de mur sale où étaient épinglés lesdits articles.
« Au fait, vous ne seriez pas cette fille, celle de l'article qui a failli mourir aussi, là…Valérie…Virginie…
— Vicky.
— Ouais, voilà, Vicky. Je me disais bien que vous ressembliez à la photo. Je regrette ce que j'ai fait, tout est de ma faute…C'était un gentil gamin, et pas con du tout, mais il était ce qu'il était et personne ne voulait lui ficher la paix. N'empêche, c'est quand même pas de bol. Un albinos ! Non seulement, j'avais un mauvais gène, mais en plus, il fallu que j'épouse une femme qui en avait un aussi…Du coup, ça n'a pas raté, fallait voir la tête de la toubib à la maternité!
— Et vous l'avez appelé Alain Delon, fit Vicky sur un ton de reproche.
— Ben quoi ? C'est pas marrant de s'appeler comme une célébrité ?
— Non, c'est pas drôle du tout. Même si vous l'aviez appelé Johnny Depp, il en aurait souffert, alors Alain Delon…Ça plus le fait qu'il soit albinos, et c'est le combo gagnant pour une vie de merde !
— Vous n'avez pas tout à fait tort, fit l'homme penaud en se versant du whisky dans son café. Il en a bavé toute son enfance, et ça a été pire quand il y a eu cette histoire de chalet en feu. Tout le monde racontait qu'il était un démon, et ma femme et moi, on ne pouvait plus se promener dehors sans être regardés de travers.
— Vous en avez souffert aussi ?
— Évidemment, sa mauvaise réputation a rejailli sur nous. Ma femme, ma pauvre Ophélie, est tombée en dépression à force d'être insultée par les concitoyens. « La traînée qui a enfanté le démon blanc », voilà comment on l'appelait... Elle ne s'en est jamais remise. Un jour, on l'a retrouvée pendue dans la chambre…C'est Alain qui l'a vue en premier. Vous imaginez le choc, il avait treize ans ! On l'a enterrée au cimetière Charles-Edgar, mais certains disaient qu'il valait mieux l'incinérer, « pour lui apprendre à mettre au monde un pyromane ».
— C'est de mauvais goût, convint Vicky, mais et vous ?
— Moi ? Je me suis mis à boire, et peu de temps après, j'ai perdu mon travail. Je ne faisais plus rien de mes journées à part boire, et bientôt, l'argent vint à manquer. À seize ans, Alain s'est mis à travailler comme caissier au super-marcher après les cours pour qu'on puisse bouffer. Il a dû se teindre les cheveux en noir pour être engagé. Il parlait parfois d'arrêter l'école pour travailler à temps plein. Puis un jour, Mme Millefeuille, qui était moins en chair à l'époque, l'a reconnu à la caisse et l'a tabassé avec du céleri. D'après ce qu'on m'a dit, tous les autres clients l'ont applaudie et le responsable du personnel a mis Alain à la porte. Il est rentré à la maison avec ses lunettes cassées et du sang qui lui coulait de la bouche, mais il souriait et m'a dit : « T'inquiète pas, papa, je trouverai un autre job, et quand on aura assez d'argent, on partira de cette ville de ploucs arriérés ! ». En revanche, il a développé une phobie envers le céleri depuis ce jour, il refuse d'en manger, alors qu'il aimait bien avant… »
Vicky leva les yeux au ciel à l'entente de ce détail saugrenu.
« Et après ? demanda-t-elle, plus captivée qu'elle ne l'aurait cru par ce récit.
— Après ? Eh bien…il y a ses copains bizarres, surtout le blond avec le visage brûlé…
— Vinko.
— Ouais, quel petit con, celui-là ! Poignarder son meilleur ami ! En plus son nom de famille est imprononçable! N'empêche que c'était la seule personne qui donnait le sourire à Alain. Ils étaient toujours fourrés ensemble, ces deux-là…même que les gens ont commencé à jaser…
— À propos de quoi ?
— Ben, vous devinez pas ? Deux garçons qui passent tout leur temps ensemble, sans presque jamais voir de fille ?
— Vous voulez dire, qu'Albin et Vinko étaient… »
Vicky eut soudain des images très très inavouables dans la tête. Des images qui la firent s'empourprer.
« Ils l'étaient pas. J'ai d'abord répondu aux gens que non, mon fils il est pas pédé, c'est juste que les filles de son âge sont des petites crétines qui ont toutes peur de lui ! Puis à force, j'ai fini par avoir des doutes…Je les espionnais quand ils étaient ensemble dans la chambre d'Alain. Je les entendais à travers la porte et je me demandais ce qu'ils faisaient. J'ai jamais su. Un jour, j'avais bu plus que d'habitude, j'en ai parlé à Alain. Il a démenti, bien sûr. Et il m'a dit que j'étais trop bourré pour en parler de toutes façons, il m'a fait un post-il avec le numéro des Alcooliques Anonymes. »
Vicky aperçut sur le frigo le post-it en question, qui ne devait pas avoir bougé de là depuis le départ d'Albin puisqu'elle reconnaissait l'écriture du guitariste. La scène était troublante de ressemblance à ce qui s'était passé la veille avec la mère de Jenny.
« Je lui ai répliqué que j'avais aucun problème avec l'alcool, continua M. Delon, et je me suis mis en colère, et je…
— Qu'est-ce que vous avez fait ? »
Il fixait sa tasse de café au whisky (ou whisky au café, à ce stade...) avec des yeux humides, comme s'il allait pleurer.
« J'ai craqué. Je lui ai dit des choses atroces. Qu'il était une déception, que c'était de sa faute, tout ça, de sa faute si je buvais, de sa faute si la famille était détruite. Et pour finir, je lui ai dit que c'était de sa faute si sa mère était morte. »
Vicky resta interdite. Elle essayait d'imaginer Will lui tenir un tel discours, et cela lui donnait également envie d'éclater en sanglots. Le tout devant du café qui refroidissait.
« Je lui ai dit que je ne voulais plus jamais le revoir…je ne l'ai jamais revuuuuuu ! »
La brunette se retrouva alors dans la position inconfortable de devoir consoler un vieux poivrot qui chialait sur son épaule en y déposant une odeur de whisky. Elle lui tapota maladroitement la tête.
« Je…je suis sûre qu'on peut encore tout arranger, avança-t-elle. Je suis une amie d'Albin, si je lui parle, j'arriverai peut-être à le raisonner…
— Vous feriez ça ?
— Je ne suis pas certaine qu'il va m'écouter, mais je peux au moins essayer.
— Merci, vous êtes une chic fille ! Vous voulez voir sa chambre ?
— Euh…pourquoi pas. »
L'ivrogne se leva et lui fit signe de le suivre à l'étage. Vicky lui emboita le pas et se retrouva devant la porte de la chambre d'Albin.
Parfois, elle se demandait comment les gens ne l'avaient pas considéré comme innocent dès qu'on avait prouvé qu'il n'y était pour rien dans cet incendie. C'était pourtant simple : les enquêteurs avaient réuni des preuves, et les deux petits tyrans avaient tout avoué. Mais sans doute que se fier strictement aux lois, c'était juste bon pour le père de James, Maître Desgens et leur corporation d'entogés. La vérité, c'était que les humains détestaient les innocents. Une sale race, les innocents, car ils convertissaient en salaud quiconque osait s'en prendre à eux. Les coupables, au moins, avaient la décence de faire de leurs tortionnaires des héros. Taper sur quelqu'un qui le mérite, ça donne bonne conscience, même quand on ne vaut guère mieux que lui. C'est limite de la légitime défense. Tandis que taper sur un innocent, c'est se salir les mains de manière pitoyable.
Qu'Albin soit innocent était donc intolérable. Comment osait-il ? Alors qu'on avait enfin trouvé une excuse pour le lyncher sans se faire taxer d'ostracisme! Parce que même si on avait la conviction qu'il avait fait exprès de naître albinos pour faire son intéressant, c'était quand même difficile à prouver sur le plan scientifique, alors que le coup du feu et du meurtre de masse, ça fournissait toutes les justifications désirées pour lui pourrir l'existence…Mais non, Môssieur n'avait pas été coopératif, il avait fallu qu'il se révèle innocent et qu'il s'obstine à le rester. Ce n'était pas du jeu.
Vicky se disait aussi qu'elle était pareille. En toute honnêteté, elle aussi avait dans un premier temps refusé de croire à l'article qui l'innocentait. Il fallait dire qu'elle le haïssait tellement à l'époque qu'il n'avait pas le droit de la contredire en n'ayant rien à se reprocher. Elle voulait qu'il soit quelqu'un de mauvais, parce que ça aurait arrangé ses affaires. Ça lui aurait donné raison de se méfier de lui, de l'accuser à tort et à travers, de manigancer pour l'éloigner de Karine, et surtout d'aller se camper devant cette dernière pour lui dire : « Tu vois, je te l'avais dit qu'il était pas net. Nanana-nanère ! »
Elle tourna la poignée et entra.
« Wouah, une chambre de garçon qui ne sent pas les chaussettes sales ! lâcha-t-elle. En revanche, ça sent le renfermé…Vous n'êtes pas venu ici depuis qu'il est parti, n'est-ce pas ?
— C'est vrai. Comment vous le savez ?
— Regardez ce morceau de papier qui vient de tomber sur le sol…
— J'avais pas remarqué.
— Albin avait dû le coincer dans la porte et c'est tombé quand j'ai ouvert…moi aussi, j'utilise parfois cette astuce pour vérifier que personne ne va dans ma chambre quand je ne suis pas là…
— Vous êtes futée. Vous avez d'autres trucs comme ça ?
— Eh bien… »
Vicky pénétra dans la pièce, la pièce dans laquelle son ex-ennemi avait purgé son adolescence. Rien en commun avec son actuel appartement, rouge et blanc et savamment décoré. Ici, le papier peint était gris, et c'était moche. Et il y avait une bonne couche de poussière partout : sur le sol, le poster de Eels sur le mur, sur la guitare cassée qui traînait dans un coin, sur une photo représentant un petit garçon aux cheveux trop clairs dans les bras d'une jeune-femme blonde qui semblait sortir tout droit du tableau d'un peintre primitif flamand, et sur la bibliothèque plutôt bien garnie. Il y avait notamment l'œuvre complète d'Emil Cioran (à l'exception de De l'inconvénient d'être né qui était sur la table de chevet).
« P'tain, l'intello ! »
Vicky lorgna alors le lit et se mit à quatre pattes pour regarder en-dessous.
« Je sais que vous en profitez pour mater mon string, alors, je vous prierais d'arrêter ! marmonna-t-elle en tripotant les lattes du sommier.
— Pardon ! »
On entendit un déclic et quelque chose tomba sur le sol.
« Ah ha ! Jackpot ! Moi aussi, c'est là que je cache ce que je ne veux pas que mes parents ou ma sœur trouvent…bon qu'est-ce que c'est…un cahier ? »
Elle s'assit sur le lit et feuilleta sa trouvaille, M. Delon regardant par-dessus son épaule.
« C'est quoi, un journal intime ? Oh, mais c'est écrit en vers ! Ça c'est Albin tout craché, un journal intime avec des rimes… »
Elle regarda alors l'ouvrage avec une certaine crainte, comme s'il s'agissait du Necronomicon.
« Attendez, non, c'est pas ça…
— Un carnet de chansons…
— C'est vrai, c'est plein de ratures, et il a gribouillé des listes de mots qui riment dans les marges afin de trouver des trucs qui conviennent… »
Ensemble, ils lurent en diagonale le contenu du carnet, et Vicky n'en revenait pas.
« J'ai écouté plusieurs de ses chansons…et ça n'a rien à voir avec ça ! Aujourd'hui, il chante des trucs plus joyeux, il dénonce les intimidateurs, mais pas de manière cynique, mais plutôt avec de l'humour…vitriolique. Alors que ça…c'est complètement macabre ! C'est pire que du Evanescence, il était dans une phase emo ou quoi ? Il arrête pas de parler de sa propre mort, ou de douleur, de problèmes psychologiques et de…laideur physique ou morale…c'est pas du tout Albin !
— Alain.
— Oui, vous avez raison. C'était Alain. C'était avant qu'il ne passe de A à B, avant qu'il ne décide de ne plus être une victime…voilà l'explication. Regardez le dernier texte :
« Puisque vous avez décidé
Que je vous faisais peur
À jamais je serai
L'incarnation de votre frayeur
Je suis ce que vous avez fait de moi
Le monstre aux yeux rouges
Je suis ce que vous voulez que je sois
Et je vois la vie en rouge »
— Pour un mec tout blanc, il a des idées noires, commenta Vicky.
— Au fait, mamzelle, vous ne m'avez toujours pas dit qui vous êtes vraiment.
— Une amie d'Albin.
— Sa petite amie ?
— Euh, quoi ? Vous avez mal compr…
— Oh, mais c'est génial ! Je savais bien qu'un jour il y aurait une nana assez intelligente pour voir ce qu'il est au-delà de son apparence et de sa réputation !
— En fait, je…
— Oh, merci ! Au moins je sais qu'il est aimé ! Merci, mamzelle, vous illuminez ma journée ! »
Vicky voulut protester, mais l'ivrogne lui colla un baiser malodorant sur chaque joue.
« Arrêtez, s'il vous plait, vous me faites flipper ! Bon, si vous voulez revoir votre fils, j'ai peut-être une solution : ce soir, il va à une soirée d'Halloween, il sera sans doute plus accessible dans cette ambiance festive.
— Vous y serez aussi ?
— Oui. Je vais vous donner l'adresse.
— Ah, merci. Et au fait, est-ce que vous avez trouvé la réponse à votre question ?
— Laissez tomber, j'étais venue avec une mauvaise intention, mais après ce que j'ai appris, j'en n'ai plus envie. Quoi que, vous avez bien dit qu'il avait peur du céleri ? »
Le téléphone de Vicky sonna. Numéro masqué. Elle décrocha sans se méfier.
« Allô ?
— Salut, petite gouine !
— L'Ombre Jaune ?
— C'est ça. »
Vicky avala sa salive. Son interlocuteur utilisait un modulateur vocal, ainsi elle ne pouvait même pas dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme.
« Qu'est-ce que tu me veux, espèce de morpion ?
— Doucement, doucement…si tu ne veux pas que tes parents sachent que ton genre d'hommes, c'est ceux qui ont des nichons, il va falloir être docile…
— Qu'est-ce que tu veux ?
— Tu le sauras très bientôt. Lors de la fête d'Halloween de ta chérie, cherche bien, et tu trouveras d'autres enveloppes jaunes avec des instructions que j'aurais cachées dans le décor. Allez, je te laisse. »
L'Ombre Jaune raccrocha et Vicky écouta la tonalité pendant quelques secondes.
« Un problème ? demanda le père d'Albin.
— Non, ça va. Tout va bien. »
