Emma se tenait devant la porte menant au cachot de la Méchante Reine en se demandant ce qu'elle faisait là. Depuis qu'elle avait lâchement fui, elle avait tout fait pour oublier. Oublier qu'elle avait cette femme dans son sous-sol, oublier sa bouche et son décolleté. Rien n'y fit. Le premier soir, elle s'était réfugiée dans le travail se plongeant dans les premiers rapports envoyés par la ville. Elle avait manipulé des chiffres, comparé des documents. Elle avait essayé de se concentrer, vraiment, mais des yeux noisettes dansaient sous ses paupières dès qu'elle les fermait. Emma avait succombé au sommeil encore assise derrière son bureau. Le lendemain elle avait passé la matinée à explorer la ville mais chaque brune un peu sexy qu'elle croisait la faisait sursauter. Elle avait dû renoncer et regagna le château excédée, une voie basse et sensuelle dans les oreilles.
Mais que lui arrivait-il ? Elle ne devrait penser qu'aux dangers que représentaient cette femme. On parlait de la méchante reine là ! Bien qu'elle soit un sujet tabou à la cours Blanche de temps en temps son titre était encore chuchoté,mais pour se faire peur, de la même manière que l'on évoque le croque-mitaine. Les seules choses qu'elle savait sur elle c'est qu'elle avait épousé son grand-père Léopold avant de l'empoisonner. Et qu'elle avait passé par là suite son temps à pourchasser Blanche-Neige pour la tuer. Le tout par pure méchanceté et un brin de jalousie cela va de soit. Emma avait toujours trouvé la légende un peu légère. Mais on n'en parlait pas, on ne demandait pas pourquoi Léopold avait voulu épouser une méchante. On ne demandait pas comment Blanche-Neige était toujours vivante si cette femme était aussi puissante. Non vraiment elle ne savait rien de cette femme. Mais elle était sensée en avoir peur. Pas être fascinée !
C'est ainsi que la jeune femme se retrouva cet après-midi là, à pénétrer dans les appartements de la reine. Ils ne dénotaient pas avec les autres si ce n'est les teintes sombres, omniprésentes. Mais elle n'était pas là pour la décoration. Elle cherchait à savoir quelle genre de vipère elle réchauffait en son sein. Elle aurait dû contacter ses parents, elle savait que c'est ce qu'ils attendaient d'elle. Mais quelque chose l'empêchait d'en parler. Depuis la veille Régina Mills était son vilain petit secret.
Emma avait tout fouillé, retournant le plus petit tiroir, sondant les murs à la recherche de cachette. La plupart étaient vide, mais dans celui de sa table de nuit. Elle avait trouvé un petit livre relié de cuir noir tout simple. Gagnée par l'excitation elle l'avait feuilleté avant de réaliser qu'il s'agissait qu'un journal intime. Celui de la Méchante Reine. Emma aurait mis sa main à couper qu'hormis cette dernière elle était la seule personne vivante à avoir tenu ce cahier dans ses mains. Avec, elle pouvait se plonger dans la psyché de la criminelle. Avoir un point de vue inédit sur la façon dont elle voyait le monde. Sauf que cela n'aurait même pas dû la tenter. Et finalement si elle s'abstint d'en parcourir les pages, ce n'était pas par peur ou par répulsion mais à cause d'un sentiment bien plus malvenu: le respect. Elle avait reposé le livre et avait tout fermer consciencieusement avant de regagner ses propres appartements manu militari.
Pour la première fois depuis leur arrivée la Duchesse avait mangé seule dans son salon. C'est Esméralda, la servante rousse, qui lui avait apporté son repas. Emma avait été tentée de la retenir, de jouer avec son corps pour expulser la tension qui la minait. Des images de luxure envahirent son esprit sans qu'elle ne le veuille. Elle, entre les jambes de la rousse vérifiant la véracité des on-dit sur leur parfum. La servante à genoux et Emma la pénétrant avec fougue et constance. Emma la mordant de partout laissant sa marque sur elle, la possédant. Et d'autres plus inédites, Emma s'abandonnant aux caresses de l'autre, à sa langue avide et curieuse. À ses doigts inquisiteurs. Elle faillit gémir son désir mais le contint au dernier moment. Elle congédia la jeune femme inconsciente de ses tourments avec une brusquerie qui ne lui était pas familière.
Bon sang mais que lui prenait-il encore ! Emma n'était pas si libidineuse que ça normalement. Sans parler de la seconde partie de son fantasme. Car ça aussi ça faisait partie du jeu. Dans sa vie si elle avait fait jouir son lot de donzelles, seules deux femmes l'avaient touchée. Mulan d'abord avec la fougue un peu maladroite du soldat et Rose avec timidité et tout aussi malhabile. Pour les autres...et bien disons que paradoxement quand vous êtes la seule à avoir envie c'est uniquement l'autre qui est caressée. La princesse se contentait le plus souvent de se soulager elle même, en toute discrétion. Et là, elle avait été à deux doigts de demander à la jeune rousse de lui faire du bien ! N'importe quoi !
La veille, Emma avait été d'une humeur de dogue. Toute la journée elle avait aboyé au lieu de parler et encore uniquement quand cela était nécessaire. Elle évita Ruby, prit violemment à partie un garde qui la suivait de trop près et fit presque pleurer Markus à force de le rabrouer. Pour finir la maison entière s'est mise à faire un détour quand ils l'apercevaient au loin. Et cela convenait parfaitement à la jeune femme. Que faire ? Rapporter sa découverte à ses conseillers ou déterminer elle-même les risques réels qu'ils encourraient. Après tout, c'était une occasion inespérée d'en apprendre plus sur sa propre histoire. Peut-être finirait-elle par comprendre les motivations de sa mère.
Et puis il y avait autre chose. Un pressentiment diffus qu'elle n'arrivait pas à s'expliquer. Il y avait un lien entre elle. Une connexion obscure.
Ce matin Emma avait sauté du lit avec une seule idée en tête : elle avait abandonné l'ancienne reine presque trois jours plus tôt sans eau ni nourriture ! Comment avait-elle pu ne pas y penser avant ? Elle s'habilla prestement s'interrogeant sur la manière de voler, sans se faire prendre, des victuailles dans le garde-manger. Et la voilà une heure plus tard quelque peu essoufflée devant cette porte massive.
Elle la vit immédiatement en entrant dans la grande salle. L'Evil Queen se tenait debout au milieu de sa cellule avec un port de reine. Emma réfréna le réflexe de se jeter à genoux tout en se maudissant pour cette ulsion. À la place elle avança avec lenteur, à pas mesurés. Elles ne se quittèrent pas des yeux, leurs regardd crochetés l'une à l'autre. Le silence était absolu mais pas si oppressant que cela. Chacune jaugeant l'autre, essayant de la percer à jour. Aucune ne voulait rompre l'échange, elles n'osaient pas, ne voulaient avouer l'ombre d'une faiblesse. C'était une compétition, mais sans agressivité. Sans colère. Elles étaient curieuses étonnement.
Régina avait eu largement le temps de réfléchir à sa situation en trois jours et en avait conclu qu'elle était à peine plus enviable que son séjour en enfer. Elle avait juste échangé une prison pour une autre, enfin plus ou moins. Qu'elle le veuille ou non son futur dépendait de la blonde. Savoir qu'elle était à la merci de la fille de Snow la faisait frémir. Mais puisqu'elle était revenue, et les bras chargés de nourriture, elle commençait à se dire qu'elle pourrait peut-être la manipuler. Et pourquoi pas la convaincre qu'elle était inoffensive. Elle faillit rire à cette idée absurde. Cependant elle avait désormais un début de plan. Et pour commencer, être aimable, ou en tout cas essayer.
- Bonjour à vous Emma Charming Princesse Héritière du Royaume Blanc, Comtesse de Rockstorming, Gardienne des Marches de l'Est, Lumière du Matin.
- Bonjour à vous Régina Méchante ex-Reine, vous avez oublié un titre.
- Peut-être car je ne vous reconnais pas le droit de le revendiquer. Du moins pas encore.
- Ça viendra, je n'en doute pas, se vanta la plus jeune.
Bon Régina était un peu rouillée question amabilité elle en avait conscience. Il lui manquait un petit quelque chose mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. L'expérience dans doute, elle en manquait cruellement. De son côté Emma s'accrochait à sa méfiance comme à une bouée de sauvetage. Le sarcasme mêlé de politesse la désarçonnait. Elle s'était attendue à plus de hargne, à des reproches pour avoir été oubliée. Pas à cette aigre courtoisie. Cette femme n'était définitivement pas la folle furieuse des légendes. Alors qui était-elle ? Comment passait-on du mauvais côté de la morale ? Ou était-elle née comme ça, le mal chevillée à l'âme ? Il fallait qu'elle sache.
- Que faites-vous ici, attaqua la blonde ? Depuis combien de temps êtes vous là ? Pourquoi y êtes vous toujours ? En quoi sont fait les barreaux ? Que vous est-il arrivé ? À qui appartient la chambre à la chasseuse de Manticore ? Comment faites vous pour être aussi belle en étant….
Emma se stoppa net en réalisant la nature de sa dernière question. L'ex-Reine, elle, éclata franchement de rire. À leur stupéfaction à toutes deux ce n'était pas un rire moqueur. Au contraire il trahissait un amusement sincère dénué de malice.
- Prenez une chaise miss Charming, proposa-t-elle gentiment, cela risque d'être long. Mais d'abord dites-moi ce que vous amenez là.
Emma lui fut reconnaissante de ne pas relever son lapsus, sa gêne actuelle lui suffisant amplement. Elle prit sur elle d'avouer à la brune qu'elle n'avait pensé que ce matin là à la sustenter. Une nouvelle fois le rire chaleureux de Régina résonna à travers la pièce.
- Vous êtes délicieusement adorable ma chère, dit-elle en reprenant son souffle. D'aucun pourrait penser que vous vous souciez de mon bien-être. Serait-ce le cas Princesse ?
Emma resta clouée autant par les mots eux même que par le ton presque aguicheur qu'avait pris la femme sur la dernière phrase. Se souciait-elle d'elle ? Et bien oui, un peu, Emma n'était pas un monstre. Contrairement à celle qui lui faisait face crut bon de lui rappeler sa conscience. La jeune femme se renfrogna, sa méfiance revenant au galop.
- Détendez vous miss Charming je plaisantais. Je n'en ai plus l'habitude, s'excusa-t-elle, c'était peut-être de mauvais goût, je m'en excuse. Tenez en signe de contrition je vais me montrer parfaitement transparente et vous expliquer en quoi votre inquiétude était superflue.
Pendant qu'Emma déposait le plateau sur la table et s'installait à son aise, elle entreprit de lui expliquer le fonctionnement de la cellule. Le fait que personne ne pouvait utiliser la magie à l'intérieur, mais également que rien ne pouvait passer d'un côté ou deux l'autre, et donc pas de plateau. Qu'en contrepartie des sorts domestiques étaient inclus dans le construct prévoyant un renouvellement de la garde robe journalier ainsi que l'approvisionnement à volonté d'eau fraîche.
- Pour la nourriture j'ai peut-être fait une erreur. Voyez vous. Initialement ma mère devait l'occuper et c'est une grande gourmande devant l'éternel. J'ai pensé que ce serait drôle de la limiter à un repas par jour. Je me demande maintenant si j'ai bien fait.
Emma ne pu s'empêcher de glousser à ce trait d'humour inattendu. La Méchante Reine faire preuve d'auto-dérision ? On aura tout vu. Cela ne collait vraiment pas avec sa réputation de vanité. Dans d'autres circonstances, si elle avait été quelqu'un d'autre, Emma aurait pu l'apprécier.
Régina était un peu déçue qu'Emma n'ai pas saisi la perche tendue. Il faut croire qu'elle se contenterait d'un unique repas. Elle ne demanda même pas comment ouvrir la cellule.
- Et pour mes questions, relança Emma.
- Et bien l'origine de ma beauté reste un mystère.
- Réginaaaaa, gémit la blonde déclenchant involontairement un élan de désir chez la susnommée.
- Pardon, pardon. Je vais y répondre, dit-elle plus gravement.
*
Une fois de plus Emma pris son repas dans son salon privé. Elle avait besoin d'être seule avec ses pensées pour y remettre un peu d'ordre. Elles avaient parlé des heures comme si le monde entier avait disparu, comme s'il ne restait plus que cette salle souterraine et elles deux, séparée par des éclats de lune solide. Depuis toujours Emma avait un véritable don pour déceler les mensonges et elle était convaincue que Regina avait été parfaitement sincère tout du long. Évidemment elle avait évité d'entrer dans les détails mais au moins s'était-elle montrée honnête. Entre ça et son attitude plutôt amicale Emma était troublée. Profondément troublée.
En une seule journée l'image presque caricaturale de la Méchante Reine s'écaillait. Sous les fissures elle apercevait la femme. Ou était-ce une illusion ? Un piège qui lui serait tendu ? Elle se prit la tête entre les mains et grogna. Elle savait déjà qu'elle n'y résisterait pas. Demain elle y retournerait, Elle dévoilerait tous les secrets de celle qui dans les faits était sa prisonnière. Elle percerait l'énigme qu'elle représentait. Et quand cela sera fait, et seulement alors elle décidera de son sort.
Ce dont Emma ne se rendait pas compte, c'est que pour elle Blanche-Neige et le royaume Blanc n'existait déjà plus. Il n'y avait plus que Régina et le Duché Noir dans son esprit. Et la Puissance dissimulée au cœur du château ondula de satisfaction.
