Bonjour, me revoilà avec le nouveau chapitre de Serotonin ! Par contre la semaine prochaine il n'y en aura pas, mais pour compenser j'ai créé la bande-annonce/trailer de cette histoire. Vous trouverez le lien dans mon profil.
Bonne lecture.
La voiture s'arrêta dans le quartier résidentiel après avoir cherché durant un quart d'heure une place disponible. Pour la seconde fois, Teresa y revenait. Elle était méfiante vis-à-vis de l'accueil qu'elle allait recevoir. La jeune femme avait déposé le matin-même son ami au lycée après une semaine d'absence. Elle espérait que cette reprise se passerait sans encombre.
« Il y a Ben, tout va bien. » Se rassura-t-elle comme elle le put.
Elle accéléra le pas, en l'absence de place, elle avait dû s'éloigner de l'adresse. Son téléphone bipa et sans ralentir, elle vit un sms d'Alby. Elle soupira en déverrouillant l'écran, elle pressentait le contenu.
Alby : Teresa chérie, le lundi aprem tu n'es pas à la fac ? Tu viens à la maison ?
La brune manqua de peu de soupirer une seconde fois. Elle lui avait déjà dit une dizaine de fois qu'elle était débordée. Encore plus depuis qu'elle s'occupait de Gally.
Teresa : Je suis vraiment occupée, tu le sais non ?
La réponse ne tarda pas à arriver.
Alby : Ca fait plus de deux semaines qu'on ne s'est pas vu. Je sais, les études de médecine ça prend du temps, blabla, c'est épuisant. Mais sérieux, moi aussi j'ai commencé la fac.
Teresa : Tu es en compta', laisse-moi te rappeler que ce n'est pas exactement la même chose. Je suis vraiment occupée.
Alby : C'est moi ou tu deviens prétentieuse ? Faut qu'on parle, je t'appelle.
L'étudiante eut à peine le temps de lire le message que la photo d'Alby s'afficha sur l'écran. Elle déclina l'appel et écrivit à toute vitesse.
Teresa : Ce n'est pas le moment.
Elle éteignit son téléphone et le rangea. Elle était arrivée devant l'immeuble de Gally, ses mains étaient devenues moites sous le coup de l'appréhension. Elle devait pourtant le faire, c'était nécessaire, alors elle rentra et prit l'ascenseur. Sous la lumière artificielle de la cabine, la jeune femme était d'une pâleur maladive. Elle ressemblait à une enfant malgré son léger maquillage et son chemisier fleuri caché sous son large pull taille boyfriend.
Arrivée sur le palier, elle sonna rapidement, cela ne servait à rien de gagner quelques secondes pour ce qu'elle allait faire. La porte s'ouvrit sur une quinquagénaire brune dont le chignon strict laissait voir des tempes grisonnantes. Personne ne dit un mot, s'observant de longues secondes durant lesquelles Teresa vit la surprise se peindre sur le visage de son homologue.
« Teresa ? Mon Dieu, ce que tu as grandi…
- Bonjour Madame Wood. Je vous dérange ? Votre mari est là ?
- Quelle surprise… Nous ne faisions rien, je t'en prie, entre. »
La maîtresse des lieux s'écarta et Teresa s'engouffra dans l'appartement, elle vit le couloir mal éclairé, là où elle avait frappé violement Gally, une semaine plus tôt. En plein jour, l'appartement gardait un aspect sinistre, comme si, toute lumière y était absorbée.
« Vous devinez la raison de ma venue, j'imagine ?
- Oui, je m'en doute bien. » Répondit la femme après un moment de réflexion.
Elles arrivèrent dans le salon où Monsieur Wood lisait le journal. Il releva les yeux, et là encore, il y eut un temps d'analyse avant que l'homme se mette à parler.
« Teresa… Qu'est-ce que Galileo a pu inventer cette fois ? »
La jeune femme tiqua, mais elle se contenta de saluer de patriarche. Ce dernier replia avec une lenteur consciencieuse son journal avant de se lever et de serrer la main tendue de la brune.
« Installe-toi. Deborah, amène donc quelque chose à boire. »
Sa femme ne se fit pas prier, elle disparut dans la cuisine. Pendant ce temps, Teresa sentait le regard de M. Wood sur elle, l'analysant en silence. Teresa n'engagea pas la discussion, plus par défi que par intimidation. Il fallut attendre le retour de la femme pour qu'ils commencent tous à parler.
« Que deviens-tu Teresa ? » Demanda Deborah en lui tendant une tasse de café que l'étudiante posa directement sur la table basse, sans y goûter.
« J'ai quitté ma famille d'accueil à mes dix-huit ans pour revenir ici et commencer mes études.
- Et que fais-tu comme études ?
- Médecine, du moins j'essaie.
- Enfin quelqu'un qui a un peu d'ambition. » Déclara placidement l'ancien militaire.
Teresa se mit à jouer avec le bord de ses manches, se mordant la langue pour ne pas répondre agressivement à cette nouvelle pique.
« Dois-je comprendre que Gally n'a pas d'ambition ? » Formula-t-elle finalement.
Elle ne baissa pas les yeux malgré le regard jugeur de l'homme. Elle ne se soumettrait pas à cet homme sous prétexte qu'il était un ancien gradé habitué à donner des ordres, à faire régner la discipline.
« Il accomplit échec sur échec, qu'est-ce qu'il devient ?
- Cela vous intéresse-t-il vraiment ?
- J'espère qu'il ne te cause pas d'ennui. » Intervint finalement la mère, embarrassée.
« Pardon ? Bien sûr que non, je veux dire, si je suis venue, c'est pour parler de son état et…
- Il boit encore ?
- Non ! » S'exclama Teresa.
« Il ne va même plus en cours, non ? Déjà qu'il fallait le traîner lorsqu'il était ici, avec toi je n'ose imaginer, tu as toujours été pleine de bonnes volontés mais Galileo est difficile.
- Si, il est au lycée mais là n'est pas la question… Ca faisait longtemps que je n'avais pas vu Gally, et, est-ce que vous vous rendez compte qu'il va mal ? »
Aucun des parents ne répondit et le regard de la brune alterna plusieurs fois d'un parent à l'autre, guettant celui qui serait le premier à prendre la parole. Finalement, ce fut le père :
« Il a toujours eu un comportement difficile. Il n'a pas fini sa crise d'adolescence bien qu'il soit temps à dix-huit ans de penser à son avenir.
- Non, je veux dire, vraiment mal. » Continua-t-elle en gardant son calme avant de reprendre, « Dépression, crises d'angoisse, insomnies, addictions…
- C'est lui qui le dit ?
- C'est moi qui le dis.
- Écoute Teresa, tu ne l'as pas vu depuis trois ans, tu ne peux même pas imaginer tout ce qu'il a fait durant ces années. Tu nous parles d'addictions, ça au moins, nous ne pouvons pas te contredire dessus. Il boit, à croire qu'il veut devenir l'un de ces junkies.
- Je parle de dépression, monsieur ! »
Affligée, l'étudiante avait haussé le ton. Son visage était crispé, ses yeux légèrement exorbités d'horreur.
« Il ne sait plus quoi inventer, voilà ce que j'en pense ! »
L'homme avait à son tour élevé le ton, reprenant ses anciennes habitudes militaires, à côté, sa femme se mordillait les lèvres.
« C'est une question de temps avant qu'il ne fasse une connerie.
- Une de plus !
- Je parle de suicide, merde ! » Cria pour de bon la jeune femme en bondissant sur ses jambes, un doigt pointé vers le couple.
À cet instant précis, elle se souciait peu de devenir grossière. Elle alla jusqu'à défier le patriarche qui s'était levé et qui la dominait totalement de sa taille.
« Malgré toute mon affection que j'ai pour toi, parle-moi sur un autre ton. » Tonna-t-il. « Tu n'as aucune idée, tu m'entends ? Aucune idée de ce qu'il nous fait subir ! »
- Et vous ? À le blâmer pour quelque chose qu'il n'a pas fait !
- Ne parle pas de…
- Il n'a pas tué Chuck ! » Devança la brune faisait fi de l'avertissement.
Ils entendirent Deborah glapir, un simple coup d'œil aurait suffi pour voir qu'elle était devenue blanche et tremblante.
« Je t'interdis de parler de lui !
- Je n'ai pas besoin de votre permission. Mais vous, vous le tuez avec votre comportement.
- Pars d'ici.
- Alors, c'est ça ? Ce n'est pas grave que Gally se foute en l'air ? Il aurait crevé ce jour-là pour sauver Chuck s'il l'avait pu, mais ça ne suffit pas ? Il faut quoi ? Dites ! Et vous, Deborah ? Vous allez fermer les yeux ? »
La mère ne répondit pas, cela enragea davantage Teresa qui serrait les poings.
« Gally a besoin de vous ! Assumez votre rôle de parent, bon dieu de merde ! »
Teresa eut à peine le temps de réagir que l'ancien militaire s'était rapproché d'elle pour la saisir par le poignet.
« Lâchez-moi. » Hurla-t-elle, tout sang-froid envolé.
La poigne se renforça et l'étudiante fut traînée à travers le couloir malgré ses cris de protestation. Arrivés à la porte d'entrée, Teresa jeta un dernier regard à la quinquagénaire. Qu'elle dise quelque chose, qu'importe pourvu qu'elle réagisse.
Elle ouvrit la bouche et les mots sonnèrent tel un glas aux oreilles de Teresa.
« Il ne comprendra jamais tout le mal qu'il nous a fait. Chuck n'est plus là. »
Elle fut brutalement congédiée et la porte se renferma devant elle. La jeune femme se jeta littéralement contre celle-ci, la martelant de coups.
« Chuck était son frère ! Vous n'êtes même pas leurs parents ! Vous ne le serez jamais, vous m'entendez ?! Jamais. Gally a tout perdu, pas vous ! Vous n'êtes rien ! »
Elle frappait la porte à s'en faire mal, ses yeux brûlaient et elle aurait bien pleuré de rage devant cette porte qui restait obstinément close. Mais elle restait fermée. Teresa n'était plus sûre que le couple l'écoute. Vaincue, elle quitta l'immeuble. Elle avait cru.
Elle avait cru que les Wood n'étaient pas si aveugles, qu'ils réaliseraient l'état de leur fils. Mais Chuck avait toujours été le préféré. Joyeux, exubérant, loquace, il s'attirait la sympathie et l'amour de tous. Gally était trop renfermé, suspicieux, méfiant, et ce, même du haut de ses sept ans lors de l'adoption.
L'adoption était une hypocrisie sans nom. Les gens prétendaient vouloir adopter, poussés par un désir de parentalité. Ces gens clamaient haut et fort qu'ils adoptaient pour le bien-être des enfants, mais en réalité, ce n'était que pour leur propre plaisir. Une bonne action pour leur conscience, et, malheur à l'enfant qui ne serait pas éternellement redevable !
L'adoption n'était qu'un fantasme, et si cela ne se passait pas comme dans un rêve, il fallait blâmer l'enfant et non les parents. Et Dieu, que cela avait été dur pour Gally. Pourtant, il avait fini par les appeler « papa », « maman ». Qu'avait-il en retour ?
Teresa enrageait. Sous ses airs de fille parfaite, elle avait toujours refusé les demandes d'adoption. Elle avait été trimballée de famille d'accueil en famille d'accueil. La dernière en date, chez qui elle était restée quatre ans, lui avait proposé de l'adopter officiellement le jour de sa majorité.
C'était il y a quelques mois, un joyeux festin avait été organisé, les cadeaux s'étaient enchaînés. Puis, sous l'objectif de plusieurs téléphones portables, le couple lui avait tendu une enveloppe. Suspicieusement, Teresa l'avait ouverte. C'étaient les papiers d'adoption, elle n'avait plus qu'à signer, le tout en étant filmée.
Elle avait refusé. Quelques semaines plus tard, elle se trouvait ici.
La jeune femme retrouva sa voiture et s'installa dedans. Elle ralluma son téléphone pour vérifier l'heure, elle devait récupérer Gally. Aussitôt, elle fut informée de plusieurs appels en absence, puis, d'un sms :
Alby : J'ai besoin de réfléchir, j'ai besoin de faire un break. C'est mieux comme ça.
Teresa ferma les yeux plusieurs minutes. Étonnamment, la nouvelle ne lui fit absolument rien.
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À 18h50, Teresa se gara devant le lycée, elle n'avait pas répondu au sms d'Alby. Quelques élèves restaient devant l'établissement pour discuter et fumer. C'était calme. Elle ouvrit la fenêtre malgré la fraîcheur du début du mois de novembre. Elle fronça les sourcils lorsqu'elle aperçut Ben s'approcher de sa voiture, seul.
« Où est Gally ? » Demanda-t-elle d'emblée.
« Aux vestiaires, il prend sa douche et il arrive, ne t'inquiète pas.
- Ça s'est bien passé ?
- Il était nerveux, sans surprise. Mais ça va, il s'est défoulé au basket mais il reste… » La phrase de Ben se suspendit.
« Quoi ?
- Pardon, il y a Newton qui sort, là, il s'est comporté bizarrement toute la journée.
- Quoi ? Où ça ? » Exigea-t-elle en sortant la tête par la fenêtre.
Il le désigna et Teresa vit un adolescent élancé, blond, en compagnie d'une petite brune qui tenait entre ses mains un appareil photo. L'étudiante ouvrit précipitamment la portière, manquant de peu de frapper Ben au passage, elle jaillit hors de la voiture tel un diable de sa boîte.
« Newton ! » Héla-t-elle si fort qu'elle s'attira quelques regards curieux.
L'interpellé et la jeune fille s'arrêtèrent, regardant cette inconnue qui se dirigeait à la hâte vers eux. Arrivée à leur niveau, Teresa prit plusieurs secondes pour observer ce garçon qui mettait dans tous ses états Gally. Elle en resta déstabilisée, cet adolescent était lisse, bien trop lisse pour paraître manipulateur. Elle ne comprenait pas et cette incompréhension augmentait sa rancœur à son égard.
« C'est toi Newton ? »
Silence. Le lycéen la scrutait à son tour.
« C'est toi Newton ? » Répéta-t-elle avec insistance.
« Oui. Pourquoi ?
- On doit parler. »
Voyant qu'il ne bougeait pas d'un pouce, elle émit un claquement de langue agacé.
« T'as intérêt de bouger, viens par-là. »
Le blond jeta un regard perdu à son amie et s'avança vers Teresa.
« Toi, tu peux partir, tu le reverras plus tard. » Lança l'étudiante à la jeune fille qui semblait vouloir attendre son camarade.
Elle fit un vague signe de la tête, comme pour le saluer, avant de partir non sans observer une dernière fois Teresa.
« On se connaît ? » Demanda Newton avec précaution.
« Je suis une amie de Gally. »
Le lycéen se figea et se mit à bredouiller :
« Je dois rentrer chez moi…
- Je ne crois pas, non.
- Écoute, je ne sais pas ce qu'il t'a dit mais…
- Ferme-là pour l'instant, tu veux ? Je ne sais pas jusqu'où vos petits échanges sont allés, mais tu as mis Gally dans une merde monstrueuse.
- Je…
- Monte.
- Quoi ? Je ne vais pas monter, je ne te connais pas. » S'affola le lycéen sous les yeux de Ben qui se demandait ce qu'il se passait.
- Monte. Au bout d'un moment, il faut mettre les choses au clair. » S'impatienta-t-elle en tenant la portière arrière de sa voiture, « Putain, porte tes couilles, je veux bien croire que tu es dépressif mais ça ne t'octroie pas le droit d'entraîner les autres avec toi. » Continua la brune crûment.
L'adolescent en fut soufflé, pourtant il fut incapable de répondre quoi que ce soit, au plus grand soulagement de Teresa.
« Scène de malade… » Marmonna Ben, dépassé par cet échange, « À plus. Tu m'appelles s'il y a du nouveau. »
Il rajusta son sac sur son épaule et s'éloigna de la voiture, au même moment, Gally faisait son apparition au loin. Teresa se mordilla les lèvres, incertaine de la réaction de son ami. Enfin, si, elle devinait sa réaction justement. Son pied martelait nerveusement le sol.
Lorsque Gally arriva, il ouvrit la bouche pour la saluer, mais il se tut en voyant la présence de son camarade sur la banquette arrière.
« C'est quoi ce bordel ?!
- Ma dernière idée foireuse, sois mignon et monte à l'arrière.
- Hors de question ! » Gronda-t-il.
Il fit deux pas en arrière et Teresa s'emporta, encore fatiguée de sa confrontation avec le couple Wood.
« Au bout d'un moment il faut se comporter en adulte, Gally ! Si tu refuses de tout me dire, ok, mais il faut au moins vous parler.
- Je refuse, je n'ai rien à dire à cet enculé de bourge qui se croit tout permis !
- Tu as tout à dire ! Insulte-le si ça te fait plaisir, mais parlez-vous !
- Non, Teresa. Tu ne peux pas me forcer. »
Le visage de Teresa s'adoucit légèrement, malgré l'agressivité de Gally, elle avait entendu le vacillement dans la voix de son ami.
« Je sais qu'il t'a fait du mal, Gally. Mais, tu tiens à lui, non ? »
L'intéressé resta muet.
« S'il te plaît, monte dans la voiture. S'il te plaît. »
Gally semblait perdu dans ses pensées, pourtant, lentement, il fit le tour de la voiture et s'installa à l'intérieur.
Teresa soupira de soulagement et reprit le siège conducteur. Il y avait un silence de mort. Elle osa regarder dans le rétroviseur.
Newton et Galileo avaient la tête baissée, l'un se tordait les doigts tandis que l'autre se grattait les poignets ; nerveux, apeurés, par cette rencontre forcée.
Enjoy.
