Bonjour !
Bon je suis vraiment navrée de ce retard mais j'ai été méchamment malade et je suis en plein milieu de mes partiels de mi-semestre. J'ai donc vraiment peu de temps... Je promets de répondre aux reviews du chapitre précédent avec celles (s'il y en a... ^^') de celui-ci.
Toutes mes excuses et merci à vous, chères revieweuses: seirarah, Jade212000, AliahMPS, MadMouse, Totorsg, Camille, janeandteresa, dawnie, Enjoy (et Mary Poppins!), paffi, MarshxMallow et FewTime. =]
Chapitre 8 : La nuit et le jour :
« J'aurais aimé t'aimer comme on aime le soleil, te dire que le monde est beau, et que c'est beau d'aimer. J'aurais aimé t'écrire le plus beau des poèmes et construire un empire juste pour ton sourire, devenir le soleil pour sécher tes sanglots et faire battre le ciel, pour un futur plus beau. Mais c'est plus fort que moi, tu vois, je n'y peux rien, ce monde n'est pas pour moi, ce monde n'est pas le mien. »
Damien Saez – Je veux qu'on baise sur ma tombe
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Au plus grand agacement de Jane, June revint le lendemain, et le surlendemain, jusqu'à ce qu'elle lui fasse savoir qu'elle comptait revenir chaque jour jusqu'au retour de Jeff. Jane mit un certain temps à comprendre ses motivations. Il pouvait affirmer avec certitude qu'elle était sincèrement attachée à Lisbon et Alys, mais il ne savait toujours pas quelle attitude adopter auprès d'elle. Dire que leurs rapports étaient conflictuels aurait été quelque peu erroné. Après tout, ils s'entendaient plutôt bien lorsque June se retenait de lui rappeler à chaque minute le mal qu'il avait fait en partant.
Elle était pire que Lisbon et son apparente froideur cependant. Lisbon ne lui reprochait rien et taisait tout sujet pouvant mener à une pente glissante, June lui reprochait tout et mettait les pieds dans le plat à chaque occasion. Etrangement, il s'était surpris à penser qu'il aurait préféré l'inverse. Il aurait au moins pu régler ses problèmes avec Lisbon. C'était exclu maintenant que June avait élu comme second domicile la maison Lisbon.
L'idée qu'elle le surveillait ne lui vint qu'au bout du quatrième jour, alors qu'il aidait Lisbon à cuisiner, une habitude récente qu'ils avaient prise, une sorte de trêve en fin de journée. C'étaient les seuls moments où il parvenait à faire rire Lisbon, et à retrouver un peu de cette complicité qui lui manquait tellement. Il avait l'impression de n'être jamais parti lorsqu'ils s'engageaient dans des joutes verbales sans autre fin qu'un franc éclat de rire ou un regard noir de Lisbon.
Il n'avait pas remarqué la présence de June dans le couloir tout de suite, mais alors qu'il aidait Lisbon à cuire décemment des œufs au plat, il croisa le regard inquisiteur de la blonde. Il s'éloigna immédiatement de Lisbon, comme brûlé.
-Vous vous êtes fait mal ? s'inquiéta aussitôt Lisbon en se tournant vers lui et en sondant ses mains à la recherche d'une brûlure.
-Non, non ça va, la rassura-t-il dans un sourire désolé. Vous m'excusez une minute ?
Lisbon acquiesça dans un léger sourire compréhensif puis retourna aux œufs, laissant Jane quitter la cuisine. Elle ne le vit pas empoigner June pour l'emmener à sa suite à l'extérieur.
A la lueur des lampadaires, Jane laissa sa colère apparaître sur ses traits. Il avait compris au moins une chose sur June : elle lisait parfaitement à travers son masque.
S'il avait été d'une nature violente, il l'aurait sans doute bousculée, ou insultée tant sa rage était grande. Ne pouvait-elle pas lui laisser une seconde de répit ? Elle venait d'entacher le seul moment de la journée où il retrouvait Lisbon, pour lui seul.
-Comment voulez-vous que je me rachète si vous me suivez comme mon ombre ? gronda-t-il.
-Vous croyez que cuisiner va régler le problème ? ironisa-t-elle.
-Mais bon sang qu'attendez-vous de moi à la fin ? s'exaspéra-t-il.
-J'en déduis que vous pouvez perdre votre sang froid en fin de compte.
Jane la fusilla du regard mais ne répondit pas, il ne lui laisserait pas le plaisir de triompher de ses coups bas. Il avait une fierté.
-Que faîtes-vous ici June ? se reprit-il. Qu'attendez-vous ?
-Je vous retourne ces questions, rétorqua-t-elle en le toisant. Que faîtes-vous ici et qu'attendez-vous d'elles ?
-J'ai posé la question le premier.
-Je m'assure que vous ne faites rien qui pourrait nuire au fragile équilibre de mes amies, avoua-t-elle sans ciller.
Jane eut besoin de tout son self-control pour ne pas flancher une seconde. Il s'était douté qu'elle le surveillait, mais de là à se poser comme un mur entre lui et Lisbon… cette femme avait un culot incroyable.
-J'attends ma réponse monsieur Jane, lui sourit-elle. C'est à vous de me dire ce que vous faîtes ici.
-Cette vie me manquait, répondit-il en haussant les épaules.
Elle eut un léger rire incrédule puis haussa un sourcil, ironique.
-Coupez le passage que vous donnez aux autres, je veux vos vraies raisons.
-Il n'y a pas d'autres raisons.
-Comme si vous étiez capable de rester, s'exaspéra June. Je sais pertinemment que vous vous considérez toujours comme de passage. Vous avez sorti certains de vos costumes pour les mettre dans l'armoire de la chambre d'ami, mais votre valise est toujours à moitié remplie. Vous êtes prêt à partir à tout moment. Ce que j'ignore c'est quel était le plan de départ et pourquoi vous êtes toujours là puisque c'est de toute évidence un échec ?
-Vous êtes si intelligente, à vous de deviner, rétorqua-t-il, sarcastique.
June sourit et s'appuya contre le mur de la maison.
-J'avoue, au début, j'ai pensé que vous étiez revenu parce que vous l'aimiez sincèrement. Mon côté romantique sans doute, ou alors le fait que je ne vous avais pas encore vu en action… J'hésite encore.
-C'est votre théorie ? se moqua ouvertement Jane.
-Ma théorie de départ, lui rappela June.
-Oh, et maintenant ?
-Maintenant –et j'en suis la première étonnée– je suis toujours intimement persuadée que vous l'aimez. Mais ça ne vous a pas empêché de rester loin d'elle pendant cinq ans après lui avoir brisé le cœur, il est donc évident que vous êtes revenu avec une idée en tête autre que de mettre un genou à terre.
Jane eut un rire ironique et moqueur, lui montrant qu'elle n'avait pas fait mouche.
-Vous reconnaîtrez ici que ma première théorie n'était pas si fausse, l'interrompit June. Vous n'avez toujours pas nié l'aimer.
-Je ne suis pas sûr que le mot soit le bon, répondit-il en haussant les épaules.
-Eh bien réfléchissez-y à deux fois avant de la regarder comme vous le faites dès que vous pensez que personne ne vous voit.
-Admettons que je l'aime, et après ? reprit-il. Je n'aurai aucune raison de rester ici si c'était le cas. Elle a une fille et ce Jeff dont personne n'a rien voulu me dire.
-Je me pose la même question figurez-vous. Pourquoi restez-vous alors qu'il n'y a aucun espoir ?
-Où irai-je ?
-Vous avez fait le tour du monde.
-Et je ne me suis jamais senti chez moi, rétorqua-t-il.
-Vous vous sentez chez vous ici ?
-Je suis chez moi partout où est Lisbon, déclara-t-il sans rien laisser paraître sur son visage de nouveau parfaitement impassible.
-Oh.
Jane la dévisagea, surpris par le changement de posture de la blonde.
-Quoi oh ?
-Je bluffais, répondit-elle en haussant les épaules. Je n'étais pas encore persuadée que vous l'aimiez à cent pour cent. Maintenant, ça, ça persuaderait même Rigsby, et pourtant Dieu sait ce qu'il est aveugle avec ces choses-là.
Jane parut encore plus exaspéré. Il fut cependant étonné de voir un sourire moins hostile se dessiner sur les lèvres de June.
-Je ne serai pas là demain, annonça-t-elle, profitez-en pour avoir une discussion avec Lisbon.
-Vous a-t-on jamais dit de moi que les ordres ne sont pas mon fort ? ironisa-t-il.
-Elle en a besoin, insista June, soudain moins rieuse. Votre départ lui a fait plus de mal qu'elle ne vous le dira jamais. Elle vous a haï, vous savez ? Et même si elle veut désespérément tirer un trait sur tout ça, elle ne sera en paix avec elle-même que lorsqu'elle aura évacué la colère qu'elle a intériorisée.
-Vous me suggérez de me faire incendier par Lisbon pour son bien ?
-Quand bien même elle parviendrait à hausser le ton, elle ne vous hurlerait pas le quart de ce que vous mériteriez pour l'avoir abandonnée si lâchement.
Jane se tut, incapable de répliquer. S'il y avait une chose qu'il ne pouvait se résoudre à mettre en question lors des reproches de June, c'était sa lâcheté. Il avait joué avec Lisbon comme avec une marionnette, puis il l'avait abandonnée, en faisant pour quelques temps une poupée désarticulée. La douleur du souvenir ne passait pas, et il avait l'intime conviction qu'il ne se le pardonnerait jamais.
-Ne faîtes rien d'idiot Jane, soupira finalement June. La carapace de Lisbon est faite de verre fin, une fissure pourrait la faire replonger. Et nous savons tous deux qu'elle mérite mieux.
Jane serra la mâchoire pour ne pas répondre, mais son regard dur parlait pour lui. June lui offrit un sourire désolé, presque compatissant.
-Croyez-moi, si je vous avais détesté vraiment, vous seriez déjà dans un avion loin d'ici, plaisanta-t-elle doucement. Je veux juste éviter qu'il lui arrive du mal, elle est trop précieuse.
-Parce que vous croyez que mon souhait est de lui faire du mal ? s'impatienta-t-il.
-Vous n'avez rien fait pour l'empêcher de souffrir, et vous devrez bien vous l'avouer un jour.
Jane soupira, abandonnant une bataille perdue d'avance. June avait raison dans le fond, et ses rêves de paix étaient stupides.
Il n'eut pas le courage de croiser le regard plein de bons sentiments de la blonde, alors il tourna les talons et retourna dans la cuisine.
Lisbon l'accueillit avec un sourire lumineux et l'invita à reprendre la préparation avec elle. Il ne put s'empêcher de lui rendre son sourire, et il se demanda comment un jour il avait pu oser le lui arracher.
Alys passa la matinée à dessiner à la maison sous la surveillance de Jane. Elle lui demandait régulièrement son avis, arguant que tout devait être parfait pour le retour de son père. Elle parvint à rendre cette idée moins étrangère pour Jane, moins redoutable aussi. Le monde d'Alys semblait tourner autour du retour de cet être aimé depuis le début de la semaine, et rien ne la rendait plus rayonnante. Elle n'avait que le mot « papa » à la bouche et son impatience grandissante la rendait parfois capricieuse. Papa Soleil rentre bientôt, avait-elle répété à Jane le matin même, et il allait ramener la joie du monde entier avec lui. Tout allait briller. C'était assez pour remplir chaque aspect de son quotidien, pour être son premier mot le matin et le dernier le soir.
Jane faisait confiance à l'intuition enfantine d'Alys, elle écartait toute idée que Jeff ne soit pas quelqu'un de bien. Les choses étaient moins douloureuses sous cet angle. Quelqu'un de bien, ça changeait la donne, la rendait moins sombre, plus facile à accepter. Oh bien sûr, il se serait damné pour retarder le retour du père prodigue et garder l'illusion d'être chez lui un peu plus longtemps, mais il pouvait faire face à la réalité si ça rendait Alys si heureuse.
-Mon papa, quand il sou'it, il a le sou'i'e du soleil ! s'enthousiasma Alys après lui avoir montré une énième dessin. Et toi, quand tu sou'is, tu as des étoiles dans les yeux.
-Il est le jour, je suis la nuit, plaisanta doucement Jane en lui rendant le dessin abstrait où seules les lettres « TEA » se détachaient.
Alys se tordit la bouche, un peu embêtée par cette définition. Elle se désintéressa un moment de ses crayons et des dessins entassés autour d'elle.
-La nuit, ça fait un peu peu', avoua-t-elle finalement. Mais toi, tu fais pas peu'. Tu as juste la lumiè'e des étoiles dedans les yeux. Mais t'as pas le noi' qui fait peu'.
Jane ne sut quoi répondre, pris de court. Comment Alys, habituellement si lucide sur le monde l'entourant, pouvait-elle ignorer la part d'ombre en lui ? Voulait-elle lui faire comprendre que pour elle, ça n'avait rien de menaçant ? Son dictionnaire des enfants de trois ans était un peu rouillé et le trouble n'arrangeait rien.
-Maman elle 'ent'e bientôt ? s'enquit finalement Alys en retournant à ses dessins.
-Elle ne devrait plus tarder, répondit Jane sans vraiment y penser, les yeux toujours dans le vide.
Alys lui offrit son plus beau sourire pour le remercier de cette information réjouissante puis décréta qu'il était temps de faire un dessin pour sa maman.
Jane était toujours plongé dans ses pensées lorsque Lisbon revint du CBI un quart d'heure plus tard. Il fut cependant ramené sur terre brutalement par la lueur d'angoisse dans les yeux de la brunette. Quelque chose n'allait pas, il le sentait. Elle déposa ses affaires sur le bureau puis embrassa Alys qui se jeta dans ses jambes. Jane ne la quitta pas des yeux, et la vit éviter soigneusement de croiser le regard de sa fille, lui demandant sans vraiment entendre la réponse si tout s'était bien passé.
Lorsque Lisbon tenta de retirer sa montre –un geste vain pour se concentrer sur quelque chose d'insignifiant– Jane constata que ses mains tremblaient. Il la vit commencer à s'agacer parce qu'elle n'arrivait pas à se détacher de la montre et il sentit l'explosion venir.
Il fut debout en moins de deux et lui indiqua l'étage en posant une main dans son dos. Elle choisit d'entrer dans sa chambre, porte la plus proche. Les rideaux étaient toujours à moitié tirés, laissant la pénombre dominer la pièce.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? s'inquiéta Jane aussitôt la porte fermée et Alys hors de portée de voix.
-J'ai reçu un appel du supérieur de Jeff, avoua-t-elle en gardant les yeux fixés sur le sol.
-Que voulait-il ? parvint-il à demander calmement.
-Jeff a été pris dans une fusillade hier, lâcha-t-elle en levant ses yeux embués vers lui. Soit disant rien de méchant, mais il est à l'hôpital dans je ne sais quel pays et personne ne peut me dire dans quel état il est réellement.
Jane sentit son cœur se serrer en voyant Lisbon contenir sa colère et sa frustration de son mieux, refusant de laisser les larmes gagner.
-Peut-être que ce n'est pas si grave, tenta-t-il de la rassurer en posant une main sur son avant-bras. Il peut y avoir plus de peur que de mal.
-Et si c'était grave ? Si cette fois il ne revenait pas ? Je suis fatiguée d'attendre des hommes qui ne rentrent pas Jane, je suis fatiguée de m'inquiéter pour eux à chaque minute de chaque heure, je suis fatiguée de jouer la gentille et de sauver les apparences pour Alys.
Les mots furent plus douloureux à entendre qu'il ne l'avait pensé. Il aurait pourtant juré que Lisbon n'abandonnerait pas, et pourtant elle était là, à le supplier muettement de la laisser lâcher prise.
-Je suis sûr que ce n'est rien, se reprit-il. Vous serez bientôt rassurée par un coup de téléphone.
-Toujours le téléphone, ironisa-t-elle tristement. Je crois qu'en fait, Jeff vous ressemble trop.
Il se figea. Il n'était pas sûr de supporter la comparaison avec ce Jeff deux fois dans la journée.
-Je passe ma vie à attendre que le téléphone sonne pour me donner de ses nouvelles, tout comme j'ai passé ces cinq dernières années à attendre que votre nom s'affiche sur l'écran de mon portable. Je dois avoir un très mauvais karma… ou alors un goût prononcé pour le masochisme.
-Lisbon… l'interrompit-il sans vraiment savoir quoi dire.
-Vous savez ce que ça fait de retenir son souffle en permanence Jane ? insista-t-elle. Parce que c'est ce que j'ai fait, les premiers mois qui ont suivi votre départ. Je me disais parfois que le manque d'oxygène me tuerait, mais même mon hygiène de vie déplorable n'a pas daigné m'accorder cette faveur.
Jane fit mine de l'interrompre encore mais elle leva une main entre eux pour le faire taire.
-J'ai été suspendue pendant deux semaines à cause de vous, vous le saviez ?
Il fit signe que non, écrasé par le grain de folie au fond des yeux d'une Lisbon qui lâchait dangereusement prise avec toute rationalité.
-Mes supérieurs ont trouvé que je prenais trop de risques inutiles et que je me mettais anormalement souvent en danger. Ils m'ont forcée à me « reposer » puis ils m'ont fait passer un temps fou dans le cabinet d'un psy avant d'accepter de me rendre mon arme.
-Je suis désolé, souffla-t-il en détournant le regard, incapable de croiser ses yeux inondés de colère.
-Pas autant que moi Jane, rétorqua-t-elle dans un calme glaciale. Vous avez passé un sacré temps à jouer avec mes nerfs avant de partir. Vous avez fait circuler des rumeurs idiotes, m'avez invité à dîner plus de fois qu'il n'était nécessaire pour rester correct entre amis, vous avez fait des remarques déplacées, vous avez eu des regards déplacés, vous avez tout fait pour que je devienne dépendante de votre présence. Vous étiez la seule personne avec qui je passais mes week-ends et autre temps libre, la seule personne en qui j'avais foi, la seule personne à qui je me suis confiée réellement, et la seule personne que j'ai aimée.
Il ferma les yeux, comme pour bloquer l'afflux douloureux. Il aurait préféré qu'elle ne le dise pas, il aurait préféré que ça reste tacite entre eux, que ça reste un regret silencieux.
-Au moins, vous avez la décence de ne pas faire semblant, ironisa-t-elle.
-Ça ne servirait à rien, avoua-t-il toujours sans pouvoir croiser son regard.
-Vous reconnaissez donc que vous avez été lâche ?
Il ne répondit pas, la mâchoire serrée.
-Vous n'avez rien assumé, et vous avez privilégié la peur.
-Ce n'était pas si simple, articula-t-il difficilement.
-Qu'est-ce qui ne l'était pas ? s'agaça-t-elle. Vous m'aimiez non ? Qu'est-ce que ça avait de compliqué ?
-Je vous aurai blessée.
-Oh, parce que vous ne m'avez pas blessée en partant comme un voleur ?
-Je n'étais pas capable de vous aimer comme il l'aurait fallu Lisbon, je n'étais pas capable de l'assumer. Qu'est-ce que vous auriez voulu que je fasse ? Que je reste en brisant toutes vos attentes ?
-Alors c'est juste une histoire d'ego, c'est ça ? Vous êtes parti parce que vous aviez peur de ne pas être aussi bien que je m'y attendais ? Mais bon sang Jane, je vous ai sorti de prison alors que vous aviez tué de sang-froid John LeRouge, le meurtrier de votre famille, comment pouvez-vous penser une seconde que mes attentes étaient trop élevées ? Je ne vous demandais rien si ce n'était de rester !
-Je devais faire face à une nouvelle partie de ma vie, j'étais perdu Lisbon. La veille encore je vivais pour l'amour et le souvenir de ma femme et de mon enfant, et il aurait fallu que du jour au lendemain je les oublie parce que vous me rendiez de plus en plus dingue de jour en jour ? Vous croyez que c'était si facile ?
-Vous croyez que je vous aurai demandé de les oublier ? Vous me connaissez si mal que ça ?
-Je ne savais pas ce que vous vouliez de moi, je ne savais pas quoi faire…
-Il fallait y penser avant de m'embrasser ! hurla-t-elle soudain. Il fallait y penser avant de m'écraser le cœur pour votre égoïsme à la noix ! Il fallait y penser avant de partir !
-Je n'aurai jamais trouvé la paix si je n'étais pas parti. Tout était trop confus ici.
-Parce que vous avez trouvé la paix maintenant ? ironisa-t-elle. Vous vous débattez dans votre sommeil une nuit sur deux Jane, les murs sont plus fins que vous ne le pensez !
Jane plongea son regard brisé dans le miroir ravagé des siens. Il aurait voulu pouvoir trouver les bons mots pour s'excuser, lui dire qu'il ne regrettait plus de l'avoir embrassée, qu'il regrettait seulement de n'être pas resté… Mais il savait que c'était trop beau pour être vrai, il savait qu'il aurait été incapable de rester à l'époque. Il aurait anéanti tout amour de la part de Lisbon s'il était resté, il l'aurait détruit jour après jour, à force de se répéter que ce n'était pas mérité.
-Je n'en étais pas capable Lisbon. Je n'aurais pas été à la hauteur.
-Vous n'avez même pas essayé !
-Ça aurait été prendre le risque de vous perdre ! s'emporta-t-il à son tour, écartelé entre passé et présent.
-Parce qu'aujourd'hui vous ne m'avez pas perdue peut-être ? souffla-t-elle soudain, le ton douloureux.
La souffrance lui vola quelques respirations, et, pris de l'impulsion aussi désespérée qu'idiote de lui prouver au combien elle avait tort, il l'embrassa.
Lisbon lui donna un coup dans le ventre, le forçant à se détacher d'elle, il encaissa sans rien dire. Il croisa alors son regard effarouché, presque haineux, et ne le supporta pas. Il l'emprisonna de ses bras, et la laissa le marteler de ses poings sans rien dire. Elle lui hurla de la lâcher, qu'elle le haïssait, il ne cilla pas.
Les premiers coups furent douloureux malgré la relative pression qu'il exerçait sur elle pour limiter ses mouvements. Mais les coups s'affaiblirent en même temps que les cris. Elle s'essouffla, et se tut. Bientôt, elle ne bougea plus, le front écrasé contre son torse, les mains agrippées à sa veste comme pour la déchirer, ses yeux déversant une rivière de larmes silencieuse. Il relâcha un peu son étreinte, elle ne bougea pas.
-Vous savez pourquoi je vous ai emmenée avec moi sur le toit, ce jour-là ? murmura-t-il dans le silence pesant de la chambre obscure.
Elle fit signe que non, incapable de parler. Il dessina de légers cercles apaisants dans son dos avant d'embrasser doucement sa tempe.
-Je voulais vous demander de venir avec moi.
Il la sentit se tendre légèrement mais continua :
-Le courage m'a manqué. Je savais que je n'avais pas le droit de vous arracher à votre vie après tout ce que vous aviez déjà fait pour moi… Et j'avais tellement peur de ne pas savoir vous offrir tout ce que vous méritiez tellement.
-Tu crois que la vie que j'ai eue est meilleure ? souffla-t-elle contre son torse.
Il ne releva pas le tutoiement, mais il l'adopta avec un peu de joie teintée de douleur.
-Tu as eu Alys. Elle vaut tous les voyages que j'aurai pu t'offrir, et bien plus encore.
Elle acquiesça silencieusement, il n'avait que trop raison.
-J'aurai aimé qu'elle soit aussi ma fille, avoua-t-il.
-Je sais, répondit-elle sans bouger. Parfois, moi aussi j'aurai aimé.
-Jeff est quelqu'un de bien, n'est-ce pas ? soupira-t-il.
-L'homme le plus intègre que je connaisse, reconnut-elle. Et il a intérêt à ce que son séjour à l'hôpital soit de courte durée, sinon je me charge de jouer les infirmières et il regrettera amèrement d'avoir joué les héros une fois de plus.
Jane sourit et ne résista pas à la tentation d'embrasser le front de Lisbon. Il la sentit poser ses mains dans son dos, pour enfin lui rendre l'étreinte.
-Alys doit être inquiète, souffla-t-il à regret.
-Non, elle serait déjà venue si elle l'avait été, répondit-elle.
-Tout ira bien pour Jeff, se sentit-il obligé de répéter.
Elle acquiesça, pas vraiment rassurée, mais reconnaissante envers l'effort.
-Pourquoi est-ce que tu ne m'as jamais rien dit sur la vie que tu menais ? demanda-t-il finalement. Pourquoi est-ce que tu as gardé tout ça pour toi ?
-Il fallait que tu t'en sortes, j'aurai souffert pour rien si tu ne t'en étais pas sorti. Et puis… je crois que ne pas te dire ce qui m'arrivait, c'était nier que j'avais avancé sans toi.
Ce fut au tour de Jane d'acquiescer. Il glissa une main sur la joue de Lisbon pour la détacher légèrement de lui et croiser son regard à nouveau apaisé. Elle gardait au fond des yeux des vestiges de jours pluvieux, mais il n'y voyait plus cette sorte de mur qu'elle avait élevé entre eux. C'était comme s'il venait de la retrouver, et il laissa les émotions le submerger enfin.
-Est-ce que tu me diras un jour ce que veut dire ce regard bizarre ? souffla-t-elle.
-Je garde la réponse en réserve, répondit-il à mi-voix.
-Et tu regretteras encore ? ne put-elle s'empêcher de demander en faisant aller son regard de ses lèvres à ses yeux.
-Pas cette fois, affirma-t-il avant de lui voler un baiser bien plus tendre que les ébauches ratées des précédents.
Il la sentit passer ses bras autour de son cou et se cambrer contre lui. Très vite la tendresse se mêla de frustration, lui rappelant soudain que trop d'années les avaient séparés et qu'elle lui avait manqué bien plus qu'il ne se l'était laissé penser.
Il resserra sa prise sur son corps frêle et la recula jusqu'au mur pour ne pas perdre pied. Si on lui avait dit le matin même qu'il finirait sa journée à embrasser Lisbon avec l'excitation d'un adolescent, il se serait assurément levé de meilleure humeur. Lisbon n'arrangea pas les choses lorsqu'elle enroula ses jambes autour de sa taille et lui permit de la soulever pour gagner un meilleur angle d'attaque. Ils bataillèrent de leurs bouches à leurs cous en passant par tous champs de bataille à portée de lèvres.
-Si tu as l'intention, haleta Lisbon entre deux baisers, de regretter ça… souviens-toi… que je vis avec des armes…
-Je m'en souviendrai, promit-il en glissant une main aventureuse sous son chemisier.
Il la sentit frissonner et sourit contre ses lèvres, bêtement heureux d'en être arrivé à cette situation fascinante. Lisbon l'arrêta d'une main douce et s'immobilisa dans son cou, aussi essoufflée que lui.
-Je ne te hais pas, s'excusa-t-elle doucement.
Cette femme était insupportable, songea Jane. Même lorsqu'il était le pire enfoiré de l'histoire, elle parvenait à être celle qui s'excuse.
Il embrassa sa tempe en la gardant contre lui, s'aidant néanmoins du mur pour ne pas perdre l'équilibre.
-Il est temps de redescendre sur terre, soupira-t-elle. Dans les deux sens du terme, ajouta-t-elle en le libérant et en se laissant glisser au sol.
-On devra en parler un jour ou l'autre, lui signala Jane.
-Pas ce soir. Je veux garder au moins ça, d'accord ?
Il acquiesça et la relâcha –à regret. Elle lui adressa un sourire plus puissant que tous ceux qu'il avait vu chez elle jusque là et il eut du mal à ne pas l'embrasser à nouveau. Elle lui facilita la tâche en ouvrant la porte de la chambre.
-Tu viens ? s'enquit-elle en voyant qu'il n'avait pas bougé.
Il parut franchement mal à l'aise et baissa le regard assez significativement. Elle se mordit la lèvre pour ne pas rire mais ne put empêcher un sourire moqueur de prendre place sur ses lèvres.
-Et moi qui pensais que Patrick Jane avait un contrôle rigide sur ses réactions physiques… persifla-t-elle.
Il lui adressa un regard exaspéré peu convaincant, il était bien trop amusé d'avoir retrouvé Lisbon.
-Je te rejoins dans un petit moment, s'abaissa-t-il à articuler.
Elle revint sur ses pas et embrassa brièvement ses lèvres.
-Pour ton imagination débordante, glissa-t-elle à son oreille.
Il grogna de mécontentement, mais elle avait filé avant qu'il ne puisse lui donner un aperçu de ladite imagination. Il sourit en songeant qu'avec un peu de chance, elle lui en laisserait le temps bientôt.
La pensée du retour de Jeff et ses implications calma cependant efficacement ses ardeurs. June lui avait pourtant dit de ne rien faire d'idiot… Pourquoi avait-il l'impression qu'il avait agi exactement comme elle l'avait craint ?
J'espère que ce chapitre pardonnera mon retard et mon absence d'extrait... =] Je devrai pouvoir poster mardi prochain (je sais, c'est loin, mais partiel oblige...).
