Birth of a Pirate

By Scarlett Sparrow

DISCLAIMER : Très cher monsieur Disney, je me permets de vous rappeler que je n'ai nulle intention de tirer quelque profit que ce soit de la page de littérature ci-jointe. Dans l'attente d'un comportement tolérant de votre part, je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations les plus distinguées.

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Chapitre 10 - It's just good business

Note : Le titre du chapitre fait référence à la phrase que Cutler Beckett répète à plusieurs reprises tout au long des films, en rapport avec son passé commun avec Jack Sparrow. Je ne sais pas comment elle a été traduite dans la version française, mais ça doit être quelque chose comme "C'est de bonne guerre", je pense.

L. Jefferson & fils - Ferronnerie et artisanat, disait la plaque de métal pendue au-dessus de la lourde porte peinte en noir. Contre le mur autour de celle-ci étaient appuyées diverses pièces de fer forgé et d'instruments variés. On entendait depuis l'extérieur le son caractéristique du marteau frappant le métal.

Jack Sparrow sortit de l'échoppe habité par un sentiment de puissance intense, comme si le simple fait de tenir l'arme de son futur crime entre les mains suffisait à assouvir sa soif de revanche.

Cette fois-ci, il n'avait pas eu besoin de recourir à ses talents de persuasion amicale pour s'attirer la sympathie du commerçant et parvenir à ses fins. Il avait sorti de la bourse quelques grosses pièces d'argent et l'homme n'avait pas fait d'histoires.

La demande de son jeune client était pourtant pour le moins inhabituelle.

Mais un client qui paye est un bon client, estimait L. Jefferson.

Jack avait obtenu la bourse dans la matinée. En quelque sorte, il avait, maintenant qu'il y songeait, commis son premier acte de piraterie.

Il s'était réveillé à l'aube dans la petite chambre de la taverne. La lumière grise qui filtrait à travers les lourds rideaux indiquait que la journée serait à nouveau morne et brumeuse. Jack s'était habillé rapidement et était sorti dans le couloir ; pendant la nuit, l'idée saugrenue qu'il avait développée le jour précédent l'avait définitivement séduit et il avait hâte de rassembler le nécessaire pour mettre son plan à exécution.

La première chose que Jack avait remarquée en faisant un pas hors de sa chambre était que la porte en face de la sienne était grande ouverte. Il n'eut même pas besoin de se pencher pour apercevoir une fille blonde couchée dans le lit. Il la reconnut comme étant l'une des prostituées de la veille. Jack n'avait décidément pas de temps à perdre dans la contemplation -fût-elle agréable- de la gent féminine; aussi aurait-il passé son chemin si son regard ne s'était pas posé sur les affaires visiblement jetées en hâte au pied du lit.

Un pistolet. Un manteau en velours brodé. Une épée dans son fourreau.

Il aurait besoin d'un pistolet.

Jack Sparrow se glissa à pas feutrés dans la chambre, tous sens en alerte, cherchant des yeux l'homme à qui appartenaient ces effets, et qui devait, en toute logique, se trouver dans la pièce. Il n'était pas dans le lit, pourtant, et après avoir prudemment exploré la chambre il dut bien admettre que la femme endormie était seule.

Un coup de chance.

A en juger par les bouteilles de rhum vides posées par terre à côté d'elle, elle n'allait certainement pas se réveiller de sitôt.

Jack ramassa le pistolet et l'examina. L'arme était richement décorée - l'homme qu'il était en train de voler n'était pas à plaindre, pensa-t-il. Cela le réconforta - dérober leur maigre fortune aux pauvres, il préférait l'éviter. Il coinça le pistolet dans sa ceinture et tendit le bras vers le manteau de velours, lui aussi de riche confection. Il plongea les mains dans les poches et perçut immédiatement le cliquetis familier d'une bourse bien remplie. Décidément, la chance était de son côté. La bourse en cuir contenait plusieurs dizaines de livres. Sans hésiter, il fourra l'argent dans sa propre poche.

La prostituée prit soudain une profonde inspiration et se retourna dans ses draps; Jack sursauta et resta sans bouger, le cœur battant, observant la femme et craignant qu'elle ouvre brusquement les yeux et pousse un cri de surprise en découvrant l'intrus debout tout près d'elle.

Mais elle se contenta de replier ses jambes vers sa poitrine et continua de dormir en ronflant légèrement.

Jack hésita un instant avant de revêtir le manteau. Il faisait froid dehors et il en aurait besoin. Désolé, mon vieux. Il laissa l'épée là où elle était - le pistolet suffirait. Puis il sortit silencieusement de la pièce, descendit les escaliers et se dirigea vers la sortie du Bainbow's Church sans même que le tavernier ne l'aperçoive - l'homme était plongé dans une conversation animée avec une femme à la poitrine généreuse, accoudée contre le comptoir.

Une fois dans la rue, il se mit à la recherche de l'échoppe qu'il avait aperçue la veille, et qui lui avait donné l'idée de son plan de vengeance.

Il en ressortit deux heures plus tard, son paquet sous le bras et les sentiments se bousculant dans sa tête. Tout était prêt. Il n'avait plus qu'à passer à l'acte. Il savait qu'il prenait un risque énorme - Joshamee Gibbs avait raison, il avait déjà eu une chance exceptionnelle d'échapper une fois aux griffes de la East India Company. Mais le sentiment d'appréhension mêlé d'une peur réelle était submergé par la volonté de faire payer à Beckett la monnaie de sa pièce.

Il était prêt.

Il avait prévu d'attendre la nuit pour agir. Il lui restait donc quelques heures pour parfaire son plan.

*

* *

Deux jours s'étaient écoulés depuis l'évasion improbable de Jack Sparrow, et Cutler Beckett n'avait aucune nouvelle de l'endroit où pouvait bien se cacher le fugitif. Ses hommes patrouillaient dans les rues de Londres, interrogeaient les passants, mais la ville était bien trop grande et trop peuplée pour qu'une telle opération soit couronnée de succès.

De plus, si Sparrow n'était pas complètement idiot - et Beckett devait admettre, à regret, qu'il était loin de l'être - il avait très vraisemblablement déjà quitté la ville, voire même le pays.

Beckett était donc de très mauvaise humeur ce jour-là, lorsqu'il ouvrit la porte de son bureau encore plongé dans la pénombre matinale. Il pendit son manteau à la patère accrochée à la porte et s'apprêta à s'installer.

Lorsqu'il aperçut la personne qui occupait déjà la pièce, il faillit tomber à la renverse.

Jack Sparrow était confortablement assis dans le large fauteuil qu'occupait habituellement Beckett, ses jambes croisées négligemment allongées sur la table par-dessus le fouillis de papiers. Il portait les mêmes vêtements que lorsqu'il l'avait rencontré deux jours auparavant, et arborait un sourire en coin qui n'atteignait pas ses yeux noirs, remplis de haine. Jack tenait dans la main droite un pistolet dont le canon était pointé en plein sur la poitrine de Beckett.

"Je ne crierais pas, si j'étais vous."

Le ton était calme et bas, d'une froideur qui ne lui ressemblait pas, mais Cutler Beckett sentit la tension dans la voix de son jeune employé. Il devina que Jack n'était pas aussi à l'aise qu'il aurait voulu le faire croire.

Toutefois, il savait que Sparrow avait appris à se servir d'une arme depuis bien longtemps et préféra obtempérer. Il reprit ses esprits et répondit de son habituelle voix glaciale.

"Capitaine Jack Sparrow. L'on aurait pu penser qu'après notre précédente... désagréable entrevue, vous auriez eu l'intelligence d'éviter une nouvelle altercation."

Jack haussa les sourcils et se cala plus profondément dans son fauteuil. "Et vous-même pourriez avoir l'intelligence de vous douter que, compte tenu de l'issue certes détestable de ladite entrevue, je ne serais pas revenu vers vous de mon plein gré si je n'avais pas la ferme intention de redresser la situation."

Beckett s'en doutait, en vérité.

Il décida de tenter une approche en douceur. "Vous savez bien que vous n'avez aucune chance, Jack. Qu'espérez-vous ? Au moindre bruit suspect, une quinzaine de gardes accourront dans cette pièce et n'hésiteront pas à faire feu. Ne faites pas de bêtises."

Jack plongea son regard dans le sien, en silence, affichant toujours son demi-sourire.

"Comment êtes-vous entré ?" interrogea Beckett, qui venait juste de se poser la question. Sparrow désigna la grande baie vitrée par laquelle filtrait la lumière grise de l'aube. "Je savais que les fenêtres de votre bureau donnent directement sur la rue. Et un an d'expérience dans les haubans du Wench m'a permis de me perfectionner en matière d'escalade à la corde."

Beckett se retint d'ouvrir de grands yeux. Expérience ou pas, ses quartiers se situaient tout de même au cinquième étage du bâtiment.

Ne pas sous-estimer le garçon.

Sparrow se leva et contourna la table. Beckett ne bougea pas; l'arme ne déviait pas d'un pouce de sa poitrine. Dans sa main gauche, Jack tenait deux paires de menottes en fer - les mêmes qu'il portait aux poignets lorsqu'il était entré dans le bureau l'avant-veille. Les fers étaient habituellement rangés dans un tiroir de la commode qui jouxtait la fenêtre. Il les leva à hauteur des yeux de son ancien supérieur et pointa le pistolet sur son visage.

Beckett déglutit. "Ne faites pas d'histoires", l'avertit Jack Sparrow.

"Nom de dieu, Jack. Qu'est ce que vous avez en tête ?" Le canon froid et dur vint se coller contre sa tempe gauche. Il n'avait pas le choix. Il tendit ses mains et laissa le jeune homme lui attacher une paire de menottes à chaque poignet. Il n'arrivait pas à comprendre la raison exacte de ces manigances, mais sentit une sueur froide lui couler dans le dos malgré tout. Si Sparrow avait pris le risque de revenir dans les locaux de la Company, il avait sans doute un plan très précis en tête.

Jack désigna d'un geste du menton le tapis qui couvrait le sol de la pièce, près de la grosse commode en bois noir où il avait récupéré les fers. "Allongez-vous là. Sur le ventre."

"Vous êtes complètement fou", murmura Beckett. Il s'exécuta cependant, tout en se demandant s'il avait une chance de s'en tirer en engageant un combat avec son adversaire. Mais Jack n'aurait certainement pas de scrupules à se servir de son arme, et il n'avait pas envie de prendre le risque.

Jack saisit une des menottes encore libres qui pendait au bout du bras droit de Beckett et la fit passer autour d'un des pieds de la lourde commode. Il répéta l'opération avec la main gauche, forçant son ennemi à rester à plat ventre, les bras écartés attachés au meuble, comme prêt à être écartelé, dans une position de soumission aussi absurde qu'humiliante.

Cutler Beckett bouillait de rage autant qu'il avait peur. Le garçon le forçait à se soumettre de lui-même à sa volonté, il était en train de jouer avec lui comme un enfant avec une poupée; il le tenait totalement à sa merci. Et le regard que lui lança Sparrow lui fit comprendre que le jeu n'était pas encore terminé.

Jack s'éloigna de quelques pas et Beckett tordit la tête pour essayer de le suivre des yeux. Le pistolet était toujours pointé dans sa direction et il abandonna l'idée de tenter de soulever la commode pour dégager ses mains.

Il vit du coin de l'oeil Sparrow s'agenouiller devant la cheminée. Un petit feu y brûlait, qu'il avait dû allumer avant son arrivée.

Depuis combien de temps est-il ici ?

Jack resta auprès du feu pendant de longues minutes, et Beckett sentit les battements de son cœur s'accélérer progressivement. Il n'osait pas vraiment imaginer ce que le jeune homme fabriquait, mais une petite idée s'insinuait malgré lui dans son esprit.

Il en serait capable.

Pourtant, il ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux lorsque Sparrow revint vers lui, tenant dans la main une longue tige de fer dont l'extrémité était chauffée à blanc. Ses pires craintes se trouvaient confirmées. Beckett distingua la forme d'un volatile aux ailes déployées, d'environ cinq centimètres de long, grésillant dans la lumière grisâtre de la pièce.

Il n'avait pas besoin de s'y connaître en ornithologie pour deviner quel oiseau son adversaire avait choisi.

Un moineau.

Nom de dieu.

Il prit une profonde inspiration.

"Vous - vous êtes malade, Sparrow."

"Si j'étais vous", répliqua Jack d'un ton neutre, "je laisserais ma santé de côté et je m'occuperais plutôt de la vôtre." Il s'accroupit et approcha son instrument du visage de Beckett, qui eut soudain la désagréable impression de revivre la scène de l'avant-veille. Sauf que cette fois, les rôles étaient inversés. "Ceci fait très mal, et peut être encore plus pénible si vous opposez une résistance. Tenez-vous tranquille et ça ne durera pas."

Beckett tenta désespérément de marchander, rassemblant toute sa volonté pour garder une voix calme et maîtrisée. "A quoi est-ce que ça rime, Jack ? Toute marque que vous pourrez laisser sur moi n'effacera pas la vôtre, vous le savez. Votre situation ne s'en trouvera en aucun cas améliorée. Vous ne pouvez pas échapper à votre destin."

"Œil pour œil, dent pour dent", s'entendit-il répondre froidement. "Je vais garder le petit souvenir que vous m'avez laissé pour le restant de ma vie, il n'y a pas de raison que je ne vous retourne pas la faveur."

Puis tout se passa rapidement; Jack posa un genou sur les hanches de Beckett, le maintenant à peu près immobile, souleva sa chemise jusqu'au milieu du dos et appliqua le fer encore rouge sur son omoplate droite. Beckett eut un violent sursaut et poussa un hurlement avant d'avoir pu essayer de le retenir. Il se débattit de toute son énergie pour essayer de se libérer des fers qui me maintenaient attaché à la commode.

"VOUS ÊTES MORT, SPARROW !" Il envoya son pied en direction de son adversaire, le manqua de loin; Jack se contenta de se relever, déposa le fer dans la cheminée et se dirigea vers la fenêtre. Beckett entendit du remue-ménage derrière la porte du bureau et hurla à l'aide.

"Je crains qu'ils ne mettent encore quelques minutes à enfoncer la porte", déclara Jack d'un ton léger en enjambant le rebord de la fenêtre. Il fit tinter les clefs qu'il venait de sortir de sa poche, puis les jeta dans la pièce, hors de portée. Il adressa un sourire mauvais à Beckett. "La douleur va s'atténuer dans environ une semaine, mais la marque vous accompagnera jusqu'à la fin de vos jours, vous vous souvenez ?", lança-t-il dans une imitation convaincante de sa propre voix. Beckett se rappela avoir prononcé les mêmes paroles lorsqu'il avait puni Jack Sparrow.

"JE VOUS RETROUVERAI !" rugit Beckett. "JE VOUS TUERAI, SPARROW ! JE VOUS TUERAI !"

Haletant de douleur, le regard embué, il entr'aperçut le geste théâtral de Jack alors que celui-ci faisait passer sa corde le long du mur extérieur du bâtiment, sans laisser transparaître la moindre émotion. Il agita une main en un salut moqueur. "Que ce jour reste dans votre mémoire comme celui vous avez failli mettre la main sur Jack Sparrow !"

Une seconde plus tard, il était hors de vue.

Dehors, le soleil se levait.

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A suivre...

Chap. 11 : Bracklesham