TROUBLES

Note : Je sais, ça fait un long moment que vous attendiez ce chapitre, mais j'ai eu beaucoup de contretemps, je suis désolée. Mais j'espère que la longueur de ce chapitre pardonnera ma longue absence ; il fait dix pages. Du coup je ne sais pas si je dois vous dire bonne lecture ou bon courage ? En tout cas, je remercie toutes mes lectrices pour leurs encouragements, ça me fait énormément plaisir et au risque de me répéter ça m'encourage à continuer (si si, c'est important.). Allez, on ne sait jamais, je vous dis quand même bonne lecture ! (Clin d'œil). Je souhaite aussi remercier mon adorable Betâ-lectrice, Vyersdra, pour ses corrections qui me sont très précieuses. Elle a eu beaucoup de soucis personnels et je tiens à lui dire que je la soutiens de tout mon cœur. Bisous Vyersdra !

Ah, j'oubliais aussi de souhaiter un bon courage à tous ceux et celles qui vont bientôt passer leurs concours.

Confessions d'un soir – Ch. 09

Akihito eut l'impression de tomber dans le vide ; comme cette sensation étrange que l'on ressent lors d'un rêve : celle de tomber de haut pour venir ensuite s'écraser dans son lit… Pour une fois, il n'eut pas besoin qu'on lui répète la phrase, il l'avait très bien comprise, et surtout ce qu'elle voulait insinuer : que ce n'était nullement un accident… Asami avait beau le traiter de gamin stupide, il n'était pas pour autant totalement demeuré… Mais il aurait quand même préféré que cet incendie reste accidentel car il avait l'horrible pressentiment que les jours à venir viendraient lourdement peser sur ses épaules, et sur son moral… Bref, qu'ils allaient lui pourrir la vie. Comme si le fait d'avoir tout perdu ne suffisait pas…

Le cellulaire collé nerveusement à son oreille, Akihito tenta de se calmer avant de prendre la parole pour ne pas montrer son anxiété, mais son interlocuteur prit les devant en marquant ostensiblement son impatience :

- « La surprise est telle que vous en ayez perdu votre langue ? »

- « Qui êtes-vous ? » se décida enfin à demander le photographe non sans une certaine appréhension dans la voix.

- « Je pense que vous avez parfaitement compris la raison de cet appel. Vous saurez très bientôt ce que je désire… » ricana l'homme.

- « Attendez ! » s'écria Akihito qui se rendait compte que la conversation allait s'achever. Lui, il voulait en savoir plus, alors il était hors de question qu'il le laisse macérer dans son angoisse jusqu'à ce que ce connard daigne le rappeler ! « Qu'est-ce que vous voulez, pourquoi avez-vous fait ça ? »

- « Chaque chose en son temps, Monsieur Takaba, ne soyez pas si pressé. Je vous recontacterai sous peu. Je voulais juste m'assurer que le message était bien passé. »

- « Quoi ? Quel message ? Allô ? All… » n'entendant plus que le pauvre silence à l'autre bout du fil, le photographe regarda l'écran de son portable et grinça des dents. « Merde ! Ce salaud a raccroché ! Mais pourquoi faut-il que ça tombe toujours sur moi, c'est quoi cette connerie encore ! »

Alors qu'Akihito éructait de rage en se dandinant totalement nu sur le ventre, Asami profitait du spectacle que lui offraient ses jolies petites fesses. De toute façon même si le jeune homme s'en était aperçu, il s'en serait éperdument moqué, en cet instant, seul prédominait le désir effréné de balancer son téléphone portable contre le mur. Il fit même mine de lever le bras, lorsqu'Asami toujours penché au-dessus de lui, lui agrippa le poignet.

- « Tu n'es pas en position de te racheter un téléphone, tu as mieux à faire il me semble. Alors arrête de réagir comme un gamin et dis-moi ce qu'il y a... »

- « … L'incendie de ce soir... ! » râla Akihito en se retournant sur lui-même entre les jambes de l'homme d'affaires.

- « Quoi, l'incendie ? »

- « Ce coup de fil… C'était pour l'incendie ! C'est pourtant clair, non ? » s'énerva ce dernier devant la question de l'homme qu'il jugeait stupide. C'est vrai quoi, qui aurait bien pu l'appeler à cette heure-ci ? Son épicier peut-être ?

- « Je crois que je vais finir par te bâillonner si tu continues à brailler ainsi… Tu vas te calmer, ça ne sert à rien de t'énerver de la sorte. Qu'as-tu encore fait pour te retrouver une nouvelle fois dans des problèmes ? »

- « Hein ? Comment ça qu'est-ce que j'ai encore fait ? Pourquoi ça doit toujours être de ma faute, je n'y suis pour rien si… »

- « Parce que tu as toujours le don de te mettre dans des situations impossibles… » le coupa aussitôt le yakuza en lui prenant les poignets pour les relever au-dessus sa tête. « Maintenant dis-moi en quoi consistait cet appel au lieu de tourner autour du pot. Si tu en étais venu directement au fait, je n'aurais pas vu l'utilité de te poser ce genre de questions… »

Bien que la position qu'il arborait indiquait plus une invite à la débauche, l'intonation inhospitalière de la voix d'Asami voulait plutôt dire : « Dépêche-toi de me répondre avant que je ne te ligote pour la nuit entière. »

Ok… C'était Asami qui était d'une humeur massacrante, alors que ce coup de fil et cette explosion lui étaient destinés ! Comme c'était logique… Même s'il recevait une météorite en pleine tronche il n'aurait pas le droit de se plaindre ! « Fichu caractère asocial, intolérant, hivernal et… » Bref, ça le démangeait de lui balancer son venin, mais comme bien entendu Asami avait toujours le dernier mot, il préféra se calmer et se concentrer sur la seule chose qu'il avait sous les yeux ; et ladite chose n'était autre que le torse musclé du caractériel… Sa chemise était déboutonnée, et… ainsi que son pantalon…

Akihito détourna aussitôt son regard lorsqu'il aperçut sous le boxer l'évidence même du désir d'Asami. Oh bon sang ! Il fallait vite qu'il se reprenne. Vite avant que le poison que lui avait insufflé le serpent dans ses veines ne fasse son effet… Et surtout avant que ''l'autre'' ne s'en aperçoive ! Cette proximité commençait un peu trop à l'échauffer…

- « Je te laisserai jouer avec, une fois que tu m'auras dit ce que cet homme te voulait… » ironisa Asami dans un sourire pervers lui montrant par là qu'il avait compris ce qui le troublait.

Hein ? Akihito s'empourpra violemment. « Jouer avec quoi ? » se demanda-t-il consterné alors qu'il savait parfaitement de quoi il s'agissait. Et puis quoi encore, comme s'il avait envie de jouer avec l'anatomie d'Asami ! Pour qui il le prenait ?

- « Je t'écoute. » s'impatienta l'intéressé.

Akihito déglutit et se mordit la lèvre. Il fallait qu'il se calme. Calmer surtout sa propre intimité qui commençait à réagir en s'érigeant sournoisement… « Prenons un air détaché, et surtout ne pas bafouiller… »

- « Euh… En fait… Eh bien… » Rah ! Il avait dit ne pas bafouiller ! Il soupira et reprit son discours sous les yeux cuivrés qui le toisaient l'air amusé. « Eh bien le type ne m'a rien dit de précis. Il m'a seulement demandé comment j'avais trouvé le brasier de ce soir. Je ne sais pas du tout ce qu'il voulait, et encore moins qui il était… »

- « Et c'est tout, rien d'autre ? »

- « Si. Il m'a dit qu'il me recontacterait et que je saurai très bientôt ce qu'il veut… Je n'y comprends strictement rien… »

- « Tu n'aurais pas pris des photos compromettantes dernièrement ? » questionna Asami en plissant les yeux.

- « Non ! » s'exclama aussitôt Akihito qui en avait marre qu'on lui mette tout sur le dos. « Je n'ai fait que des cérémonies de mariage et de banquets parasités d'aristos pédants et aussi pervers que toi… Euh ! Enfin, des pervers tout court ! » s'empressa-t-il de rectifier avant que le yakuza ne lui montre à quel point il l'était – pervers…

Mais malgré l'aspect cocasse de la situation, Asami restait de marbre… En fait, Akihito n'arrivait pas exactement à définir une quelconque trace émotionnelle sur ses traits. Mis à part le fixer de ses yeux perçants, aucune autre expression ne témoignait de son humeur, et ça le mettait mal à l'aise, il ne savait plus où se mettre. A part rougir comme un imbécile, il restait soudé sur le lit devant le regard du serpent qui l'hypnotisait…

Merde. Mais à quoi pensait-il ? On venait de le menacer, et lui, il imaginait ou se noyait dans des visions qu'aurait pu être sa nuit s'ils n'avaient pas été interrompus. Il était en manque ou quoi ? Voilà qu'à présent il devenait aussi pervers qu'Asami… Mais comment pouvait-il résister au tableau qui se dessinait devant lui, hein ? Asami était particulièrement sexy avec sa chemise ouverte, ses mèches qui lui tombaient sur le front sans parler aussi de ses yeux qui semblaient mettre à nu ses pensées profondes…

Akihito, rouge comme une écrevisse, referma les yeux en grimaçant : « Ne pas penser ! Ne surtout pas penser ! »

- « Qu'est-ce que tu fais, Akihito ? » demanda brusquement Asami.

- « Hein ? Rien, rien ! Je repensais seulement à ce coup de fil… » Oui, il mentait, et alors ? Il n'allait pas lui dire la vérité tout de même ! « Ca m'enrage de ne pas savoir ce que voulait ce type, et surtout… » d'un coup il se tut et son teint préalablement rosé devint livide.

Il était en train de se plaindre qu'on lui avait détruit son appartement, alors que… Mais qu'était-il en train de faire... ? Par sa faute des innocents avaient trouvé la mort quelques heures auparavant, et lui n'avait que des pensées obscènes de sa nuit avec Asami… Il était immonde, comment pouvait-il penser à cela à un moment pareil ?

L'homme d'affaires, qui n'avait cessé de le regarder, se demandait à quoi il avait pu songer en voyant ses yeux s'embuer de larmes. Son visage s'était animé d'innombrables expressions : en passant de la colère au désir, et ensuite maintenant par l'accablement le plus total… Et tout cela en l'espace que quelques minutes à peine… Un vrai baromètre. A la seule différence près, que c'était ses émotions qui faisaient office de pression atmosphérique. Il aurait bien raillé sur le ''baromètre émotionnel'' en question, s'il n'avait vu à quel point Akihito était bouleversé. Et il fallait bien qu'il le reconnaisse, le voir ainsi ne l'enchantait guère…

N'étant pas notablement doué à s'adonner au réconfort, Asami se redressa et s'assit sur le bord du lit.

- « Tu devrais dormir à présent, demain une dure journée t'attend… »

Après un long moment de silence qui s'éternisait un peu trop, Asami tourna la tête en direction du photographe. Ce dernier ne semblait pas l'avoir entendu. Son regard se perdait dans la lumière tamisée de la lampe de chevet qui amplifiait la brillance de ses yeux.

- « Asami… Je suis… Abject… » murmura ce dernier.

L'homme d'affaires fronça les sourcils. A en juger par sa voix enrouée, ce fichu gamin n'allait pas tarder à pleurer… Mais à quoi avait-il bien pu penser pour en venir à se dire qu'il était abject ?

- « Qu'est-ce que tu racontes encore ? »

- « Des… Des personnes que je connaissais, même seulement de vue, sont mortes. Et moi… Moi je pensais à… » Honteux, Akihito hoqueta et se cacha le visage à l'aide de ses bras pour ne plus avoir à supporter le regard du yakuza.

- « Arrête ça. » s'irrita Asami qui dépréciait par dessus tout le découragement. « Je ne vois pas ce qui t'as amené à te dire que tu étais abject, mais ça ne mérite pas que tu te mettes dans cet état. C'est ce coup de fil qui te fait peur ? »

Non, il n'avait pas peur. Il se sentait répugnant, ce qui était bien pire. Asami n'avait aucune idée des pensées qui lui avaient traversé l'esprit, et il était persuadé que même un yakuza ne tomberait pas aussi bas dans l'ignominie…

- « Ca n'a rien à voir avec la peur… » articula Akihito d'une voix qui semblait vomir son dégoût de lui-même… « En fait si, au fond c'est moi qui me fait peur… Tu veux savoir à quoi je pensais pendant que des familles pleuraient la perte de leurs proches... ? »

- « Non. » répondit catégoriquement l'homme d'affaires. Ce n'était pas la peine, il voyait à présent ce qu'il se reprochait, il n'avait pas besoin de l'entendre.

- « Pourtant je vais te le dire… »

Mais avant qu'il ait pu continuer sa phrase, Asami lui retira les bras lui cachant le visage et planta son regard froid dans le sien. Ses paupières se plissèrent. Les yeux noisette qui le fixaient à cet instant n'exhalaient que le mépris qu'il se portait.

- « Imbécile… » fit Asami d'un ton qu'il voulait volontairement austère. « Alors tu estimes devoir arrêter de vivre parce que des personnes sont mortes ? C'est ça ta doctrine... ? »

- « Tu ne comprends pas ! C'est ignoble ce que je fais ! Tous ces gens sont morts par ma faute, c'est moi qu'on visait, c'est de mon appartement qu'est partie cette explosion ! »

- « Et alors ? Tu t'en doutais, tu le savais ? Pourquoi n'as-tu pas fait appel à une équipe de déminage dans ce cas ? »

- « Arrête de te foutre de moi ! Je le sais très bien que je ne pouvais pas le savoir ! »

- « Pourtant on ne dirait pas vu tes propos stupides. »

- « Je ne faisais pas allusion à ça ! » hurla le photographe en se redressant d'un coup sur ses genoux pour faire face au yakuza. « Il y a à peine cinq minutes je ne pensais qu'à me faire sauter ! »

- « Je ne veux pas t'entendre dire ça ! » s'insurgea Asami furieux après lui avoir bâillonné la bouche de sa main avant de le plaquer violemment sur le lit. Il n'avait pas vraiment apprécié l'épithète dont il le qualifiait indirectement. S'il continuait à penser qu'il se faisait ''sauter'', alors il finirait par lui démontrer la nuance. « Maintenant tu vas te calmer ! »

- « Jamais, jamais je n'aurais pu penser tomber aussi bas… Jamais ! » continuait de hurler Akihito en tentant de s'extirper de la poigne de l'homme. « Asami, lâche-moi ! »

- « Te lâcher ? Et tu comptes faire quoi ensuite ? Dans l'état dans lequel tu te trouves je te soupçonnerais même de vouloir te jeter par la fenêtre. Alors arrête ta crise de culpabilité aberrante, ça en devient pathétique. »

Akihito ferma les yeux et serra les dents. Asami ne le comprenait pas, il ne le comprendrait jamais. Il n'avait pas la même sensibilité, rien ne pouvait l'ébranler. Mais lui, il n'était pas comme ça ! Et il aurait beau tenter de lui expliquer ce qu'il ressentait, il le prendrait toujours pour un imbécile, un faible… Un pathétique… Voilà ce qu'il était à ses yeux.

- « Tu n'es qu'un être humain, Akihito. Alors ne te juge pas trop sévèrement. » reprit l'homme plus doucement. « Ne te fait pas plus fort que tu ne peux l'être… Je sais très bien à quoi tu pensais… Et c'est humain… »

Akihito, qui ne s'attendait pas à cette réponse, surtout de la part du yakuza, rouvrit les yeux et plongea son regard dans ceux qui le fixaient. Ils étaient froids, ils contrastaient radicalement avec les paroles réconfortantes qu'il avait eues. Et pourtant, Asami les avait bien prononcées, il n'avait pas rêvé…

- « Asami… » murmura tout bas celui-ci en ravalant un sanglot. Retenues jusque là, ses larmes s'échappèrent finalement de ses paupières. Asami venait de lui dire ce qu'inconsciemment il attendait… Des mots qui laveraient son mental déglingué par trop de sensibilité exacerbée. Ce n'était pas un défaut, mais dans certaines circonstances elle n'assurait pas une objectivité rationnelle… C'est vrai qu'il n'était qu'un être humain. C'est vrai qu'il n'était pas directement responsable du décès de tous ces gens. C'est vrai qu'il avait le droit de vivre… et d'aimer… Lui aussi un jour il mourrait, et le monde ne s'arrêterait pas pour autant, il continuerait à tourner avec ou sans lui. Il n'était qu'un être humain avec ses qualités et ses défauts, ses désirs et ses peurs… Rien d'autre.

Ses larmes redoublèrent en même temps que son dégoût de lui-même s'apaisait. Asami avait raison. Il avait le droit de vivre… Se lamenter ne servait à rien, ça ne faisait pas revenir ceux qui disparaissaient. Au contraire, il devait se reprendre et aider les autorités à coincer le type qui était l'auteur direct de ce crime.

Gouverné une fois de plus par ses émotions, Akihito se jeta dans les bras de l'homme qui accusa un geste de recul tant il était surpris par sa réaction. Cela faisait deux fois en une journée que le gamin se jetait dans ses bras. Ce n'était pas réellement déplaisant, mais ce n'était pas non plus un comportement auquel il l'avait habitué… Depuis son kidnapping en Chine, le photographe avait des réactions vraiment étranges envers lui…

- « Asami… » pleurait et tremblait Akihito le nez enfoui dans le coup du yakuza sans s'apercevoir qu'il laissait entrevoir ses sentiments. « Asami, je… »

Soudé au torse de l'homme, Akihito enroula plus fermement ses bras autour de son cou. Sa gorge lui serrait, plus un seul son ne pouvait passer, son corps était parcouru de spasmes… Il n'aurait jamais pensé qu'Asami puisse dire de tels mots… Il leva lentement la tête pour voir le visage de celui qui lui avait redonné un peu de bon sens, mais sa vue était brouillée. Qu'importe, ses paroles étaient bien plus fortes qu'un regard empreint de compassion, il n'avait pas besoin de s'assurer de sa sincérité… Et à cet instant, alors que ses lèvres tremblantes effleuraient la peau de l'homme, une étrange impression commençait à naître en lui. Elle était mêlée à la fois d'espoir et de tendresse, une sorte de pulsion que rien ne pourrait ébranler… Une envie, un besoin de se sentir encore plus proche du yakuza… Peut-être qu'Asami n'était pas aussi insensible qu'il le laissait paraître, peut-être qu'il y avait un cœur sous cette carapace imperméable à toute forme de sensibilité. Pour une fois, Akihito avait vraiment envie d'y croire…

N'écoutant plus que son désir, ses lèvres abandonnèrent le cou de l'homme pour se glisser lentement contre sa joue. Asami, surpris tout en gardant néanmoins son stoïcisme, sentit son souffle chaud caresser sa bouche. La respiration du jeune homme se faisait plus haletante, alors que ses yeux s'embrumaient de désir. Bien qu'Asami comprenait se qu'il attendait de lui, il ne bougerait pas, il le laisserait faire. Il voulait voir jusqu'où il pouvait aller, il voulait faire durer cette petite expérience qu'il trouvait fort intéressante, et surtout attrayante… Laisser libre cours aux envies de sa propriété était beaucoup plus excitant que se jeter avidement sur ses lèvres.

Leurs haleines se mêlaient, les doigts d'Akihito glissaient dans sa chevelure tandis que son autre main descendait sur sa nuque. Asami sentit la langue du photographe se glisser entre ses lèvres, une langue timide, hésitante. L'homme d'affaires gardait les yeux ouverts, il observait avec malice la première tentative maladroite de sa propriété. Ou bien c'était la deuxième, mais aujourd'hui, celle-ci n'avait rien de comparable… Le photographe venait à lui, porté par son seul désir…

Le cœur battant, Akihito pressa un peu plus son corps contre le sien en émettant des gémissements d'excitation… Jusqu'où pouvait-il aller, quelles étaient les limites qui empêcheraient ses sens d'assouvir ses envies ?... Pour Asami c'était tout bonnement grisant. Il n'aurait jamais pensé que ce geste somme toute banal pouvait prendre une telle ampleur. Sentir la langue d'Akihito cherchant la sienne, était une sensation… étrange.

Mais néanmoins de courte durée.

Ne sentant aucun échange en retour, Akihito s'écarta et Asami put lire sur son visage la frustration et la honte. Les deux hommes ne se quittèrent pas des yeux le temps d'un battement de coeur, mais avant que le photographe ne se précipite hors du lit, furieux de voir le yakuza se jouer de lui, celui-ci lui agrippa la nuque et lui scella les lèvres dans un baiser avide et brûlant. Akihito lutta quelques instants en essayant de le repousser de ses mains, mais les bras de l'homme formait un véritable étau sur son corps. Ce salopard était bien plus fort et musclé que lui. S'il avait été cet espèce d'armoire à glace qu'était ce Kazumi (1) il l'aurait fait valdinguer contre un mur ! Mais voilà… Ce n'était absolument pas le cas ! Et maintenant il se retrouvait plaqué contre cette brute épaisse qui lui dévorait littéralement la bouche.

Alors qu'il s'était laissé attendrir en se laissant aller jusqu'à venir l'embrasser, ce salaud l'avait humilié ! Il était vraiment le roi des cons ! Un indécrottable con, naïf et pathétique ! La bonne poire de service ! Il se maudissait, mais il maudissait surtout son corps qui était encore plus emmanché que sa cervelle ! Mais c'était aussi de la faute de ce yakuza de merde qui s'employait habilement – ou sournoisement – à l'emprisonner dans ses filets ! A l'étouffer et annihiler toute résistance et fierté qui…

Qui venait de céder… Sentant une main chaude envelopper son sexe en une caresse lascive, Akihito poussa un gémissement…

L'être à la chair faible qu'il était, succombait pitoyablement au démon reptilien…

Sentant ses forces le lâcher et sachant surtout la bataille perdue d'avance, Akihito se dit qu'au fond il valait mieux capituler et se laisser aller. C'était une perspective beaucoup attrayante que de devoir se battre vainement. Et puis, il n'était qu'un homme avec ses faiblesses après tout… Même si cette excuse était aussi lamentable que sa résistance, elle lui donnait tout de même bonne conscience…

Débarrassé de toute culpabilité, il enlaça de nouveau ses bras autour du cou de l'homme, et Asami, une main au creux de ses reins, le renversa doucement sur le lit ; docile et assujetti.

Les yeux d'Akihito brûlaient de désir. Et de le voir ainsi, l'homme d'affaires n'éprouvait qu'une envie : lui donner ce qu'il recherchait fiévreusement à cet instant. Akihito aimait qu'il lui fasse l'amour en l'enlaçant dans ses bras. Malgré qu'il le nierait en le hurlant haut et fort, ce gamin était un romantique…

En s'imaginant Takaba réfuter comme un diable ses inclinaisons romanesques, Asami ébaucha un sourire.

- « Tu me surprendras toujours… » dit-il en soufflant contre son oreille.

- « Quoi... ? » demanda Akihito qui était déjà à cent lieu d'ici.

Pour toute réponse à sa question, Asami le bascula sur le côté et se glissa doucement derrière son dos.

- « Je suppose que c'est ainsi que tu le désires ? A moins que tu ne préfères une autre position ? »

Une autre position ? C'était déjà assez humiliant et embarrassant qu'il se laisse faire, alors il pouvait toujours courir pour qu'il lui avoue la position qu'il préférait ! Et puis comment pouvait-il affirmer qu'il affectionnait une position à une autre ?

- « Akihito... ? » continua Asami qui faisait glisser ses doigts sur son ventre tendu. « Tu ne m'as pas répondu, j'attends… »

- « Tu… Tu peux toujours attendre ! » haleta ce dernier avant de pousser un gémissement lorsqu'il sentit les fameux doigts taquiner vilement sa virilité. Bon sang ! C'était insensé de réaliser à quel point il était difficile de lutter. Et Asami prenait un malin plaisir à le lui enseigner.

- « Je t'écoute... Je peux continuer à te torturer ainsi durant des heures, alors qu'il te suffirait seulement de me répondre… »

- « Ca, venant de ta part… J-je n'en doute pas une seconde… »

- « Dis-le-moi… » chuchota l'homme d'affaires en lui mordillant le lobe.

- « Ca t'amuse n'est-ce pas ? Tu n'es vraiment qu'un salaud de profiteur... »

- « Oui… mais un salaud qui te fait haleter et trembler d'impatience… » ricana celui-ci tout en continuant d'explorer son corps.

- « Merde, je suis un mec ! J'aimerais bien voir comment tu réagirais si je te faisais la même chose ! »

- « Mais, je ne demande pas mieux… Tu prends beaucoup, Akihito, mais tu ne donnes jamais rien en retour… » déclara l'homme d'un ton grave avant de prendre possession des lèvres du photographe.

Bizarrement, le monde venait subitement de s'arrêter pour Akihito, et un étrange frisson lui parcourut tout le corps. Pendant que l'homme d'affaires lui dévorait avidement la bouche, il ouvrit en grand les yeux et resta pétrifié. Avait-il bien entendu Asami lui exposer ses désirs, ce qu'il attendait de lui... ?

Après un grand silence mêlé d'hébétude et de doute, la stupéfaction et la peur le prirent au ventre… « Oh mon Dieu ! »

Une vague brûlante s'empara instantanément de ses joues. C'était bien ce qu'Asami venait de sous-entendre ! Il lui reprochait de ne jamais prendre l'initiative de le toucher… Jamais il n'aurait songé qu'il lui en fasse la remarque, ni même qu'il éprouvait aussi le besoin qu'il le caresse… Pourtant c'était une chose tout à fait normale et évidente, mais dans la peur de devoir en arriver à cette éventualité, son subconscient avait totalement occulté le fait que lui aussi pouvait en ressentir l'envie. Même si le caractère du yakuza le laissait paraître, il n'était pas pour autant fait de marbre…

Devant cette flagrance qui lui éclata au visage, Akihito avala bruyamment sa salive. Bien qu'il était déjà dans son plus simple appareil, Asami venait aussi, de par sa réflexion, de mettre son âme à nu. Il fallait bien qu'un jour ou l'autre le problème se pose. Mais il ne pensait pas que cela arriverait aussi vite…

Malgré la caresse chaude des lèvres qui parcouraient son corps, Akihito fut pris d'un autre frisson. Il était tétanisé à l'idée qu'il devait lui aussi jouer des préliminaires. Sur une femme cela ne semblait pas lui poser de problèmes, mais sur un homme, qui plus est Asami, c'était une autre affaire…

Remarquant la frigidité de sa propriété et la chair de poule qui constellait sa peau, Asami leva les yeux sur ce dernier. Ses paroles l'avaient visiblement perturbé. Il esquissa un sourire en coin et en convint qu'il était temps de venir en aide au glaçon transi qui occupait son lit. Il devenait urgent de le réchauffer.

Les jambes de chaque côté des anches du photographe, Asami se redressa sur les genoux et entreprit de faire glisser lentement sa chemise le long de ses bras et d'ôter par la même occasion le reste de ses vêtements. Il jaugea quelques instants l'expression du jeune homme, et au vu de la fièvre qui s'emparait de ses prunelles, il put constater que son entreprise produisait déjà ses effets.

- « Je ne pensais pas que mes paroles te mettraient dans un tel état… » railla Asami en plongeant ses yeux cuivrés dans ceux du jeune homme.

Akihito rougit de plus belle, et devant la voix basse et sensuelle que l'homme s'était affairé à employer habilement, une douce vague de chaleur enveloppa son corps.

- « A l'avenir si tu pouvais éviter de recommencer, ça m'arrangerait… » grommela Akihito plus énervé contre lui-même que contre le yakuza. Ouais, il se faisait l'effet d'une jeune vierge lors de son premier rapport. Quel crétin de réagir de cette façon ! Cette fois-ci il ne pourrait pas en vouloir à Asami de s'en moquer, mais il espérait quand même qu'il ne le fasse pas… Trop embarrasser par le regard railleur de ce dernier, il détourna aussitôt la tête.

Asami ricana et s'empressa de reprendre là où il s'était arrêté. Mais cette petite parenthèse n'avait pas pour autant décidé sa propriété d'accéder à sa requête épineuse.

- « Ne sois pas si crispé… » se moqua à nouveau l'homme d'affaires en remarquant bien que le jeune homme était encore tendu. « Je te donnerai tout le temps qu'il te faudra pour prendre des initiatives. Je sais aussi être patient… »

Ah, bordel ! Mais il ne pouvait pas se la fermer un peu ? Ce n'était sûrement comme ça qu'il allait y arriver ! Mais attendez ! Il rêvait ou Asami semblait particulièrement humain ce soir ?

Alors qu'il était en train de réaliser l'improbable, soudain il eut le souffle coupé. Le côté ''humain'' d'Asami venait de le pénétrer sans préavis. Même s'il l'avait un temps soit peu préparé au préalable, il restait le même : brutal au possible !

- « C-c'est ta façon de me montrer ton mécontentement... ? » maugréa Akihito entre ses dents qu'il gardait serrées par la douleur ressentie.

- « Non… Ton petit air effarouché était si adorable, que je ne pouvais plus me contenir… Maintenant, cesse de parler, et laisse-toi aller… »

- « Tu n'es vraiment qu'un salaud ! »

- « Un peu de patience… » murmura Asami d'une voix rauque en entamant des mouvements lents de va-et-vient. « Tu ne le penseras plus dans quelques minutes et tu me remercieras… »

- « T-tu peux… Crever… » haleta le photographe. Le remercier de quoi au juste ? D'avoir la sensation que ses fesses n'y survivraient pas, ou qu'un train venait d'y rentrer par effraction ?

Akihito se demandait vraiment comment on pouvait se détendre avec un truc pareil logé dans le fondement. Il se demandait même comment Asami réagirait s'il lui faisait la même chose. Tiens… Ce n'était pas bête ça… C'était même une merveilleuse idée…

- « Et… Et si on inversait les rôles, histoire que tu puisses voir ce que ça fait ? » grogna-t-il.

Asami leva un sourcil, d'abord étonné, puis fort amusé. Quelle belle perche que venait de lui tendre Akihito…

- « Tu en aurais envie ? »

- « Pourquoi pas… » rétorqua Akihito dans un défi. « Après tout, pourquoi ce serait toujours moi qui devrait subir ? »

- « Je suis ravi que tu daignes enfin m'exposer tes fantasmes, mais… » Il approcha ses lèvres contre son oreille et murmura d'une voix encore plus sensuelle. « Je doute fort que tu apprécies. »

- « Ah oui ?... Et pourquoi ça ? »

L'homme d'affaires déposa ses lèvres chaudes sur son oreille en la caressant doucement.

- « Parce que ce n'est pas de cette façon que tu me vois. » Et sans laisser le temps au photographe de lui répondre, il accéléra ses coups de reins dans un rythme plus soutenu.

Un cri s'éleva dans la pénombre de la chambre, suivi aussitôt de gémissements haletants. La bataille était perdue pour Akihito. Un feu embrasa son corps, et instinctivement il creusa les reins pour mieux recevoir les assauts de son amant. La douleur avait finalement laissé place au plaisir, et rien en cet instant, ne comptait plus que cette impression de se perdre dans les méandres charnels qu'Asami s'employait habilement à composer en son sein. Les bras de son amant s'enroulèrent fermement autour de son torse dans le désir de mieux le maintenir dans le ballet de plaisir que lui offraient ses coups de reins.

Les lèvres entrouvertes, Akihito se cambra davantage lorsqu'Asami lui souleva légèrement la jambe pour s'insinuer plus profondément en lui. Leur peau brûlante et moite de sueur se frottait mutuellement en une douce caresse. Asami accéléra ses mouvements en se retirant et s'enfonçant avec énergie et referma sa main une nouvelle fois sur le sexe du jeune homme. Un feu ardent consuma le bas ventre du photographe. Sentant la jouissance approcher, il releva un bras pour agripper de ses doigts la chevelure de son partenaire. Le feu se transforma en un éclair de plaisir, puis, dans un dernier spasme, le fruit brûlant de son extase se perdit entre les doigts de l'homme d'affaires…

Akihito respirait avec force et Asami sentit entre ses bras son corps se détendre comme une poupée de chiffon… Tout en le gardant contre lui, l'homme d'affaires déposa ses lèvres sur la peau moite de son cou et murmura contre son oreille :

- « Que tu le veuilles ou non, tu es à moi, Akihito… A moi seul… »

Ce dernier poussa en guise de réponse un léger soupir qui ressemblait étrangement à une approbation. Asami leva un sourcil, il s'attendait plus à des jérémiades explosives dont il se serait moquées une fois de plus… Un sourire en coin se dessina sur ses lèvres, Akihito devait certainement être encore sous l'effet de l'orgasme, il le voyait mal se plier aussi facilement à cette provocation…

Il émit un rire bref et reporta son attention sur le jeune homme qui venait d'esquisser un mouvement entre ses bras.

- « Je crois que tu devrais dormir… Tu n'as pas l'air dans ton état normal…» ricana doucement l'homme.

- « Mmh ?… Non… »

- « Non... ? » murmura Asami tout en lui mordillant le lobe. « Tu n'es pas assez fatigué... ? »

- « Quoi... ? » gémit Akihito qui se trouvait encore dans les brumes post coïtales.

Asami se leva sur un coude et observa le visage du photographe. Il arborait encore le hale empourpré du plaisir qu'il lui avait procuré, et quelques mèches de cheveux lui collaient à ses joues luisantes de sueur. Son cœur battait à tout rompre sous sa main posée contre sa poitrine, et ses lèvres entrouvertes haletaient doucement pour reprendre son souffle…

Alors qu'il caressait doucement la poitrine du jeune homme, Asami sentit sous ses doigts la blessure que lui avait fait Iouri. Il la garderait probablement à vie, lui rappelant à chaque fois qu'il la verrait, que ce jour là, il avait failli mourir… Ce sale rat avait bien mérité son sort… Quant à Mikhail Arbatov…

Asami laissa sa phrase en suspens s'imaginant de quelle façon il le lui ferait aussi payer pour avoir osé toucher à ce qui lui appartenait.

Tout en effleurant du bout des doigts la cuisse du photographe, l'homme d'affaires resta quelques minutes à le contempler. Il ne lui en fallut pas plus pour qu'il lui referme les lèvres dans un baissé encore plus ardent.

Surpris, Akihito étouffa un cri lorsqu'il sentit Asami le pénétrer à nouveau. Ses gestes étaient plus violents, plus fougueux. A ce moment, Akihito savait qu'Asami ne pensait qu'à son désir, ses envies, il les connaissait parfois trop brutales, mais il avait compris que c'était aussi parce qu'Asami avait envie de lui… Enfin, il l'espérait. A moins que ce ne fût qu'une pulsion sexuelle que l'on pouvait assouvir avec n'importe quel autre partenaire…

Et merde… Mieux valait pour son équilibre mental qu'il garde la première option. Il avait suffisamment d'importance pour qu'Asami ait envie de lui, point final ! Il avait bien assez d'ennuis en tête pour rajouter celui-ci à son tableau. Même si cette question, il devait bien se l'avouer, était la principale de ses préoccupations…

xxx

Une sonnerie et des coups à la porte réveillèrent l'un des deux hommes allongés dans la moiteur du lit, dû aux ébats à répétition de ces derniers. Une plainte légère s'éleva dans la chambre alors que les coups redoublaient de violence. Selon toute évidence, ce tapage ne s'arrêterait pas de si tôt… Asami émit un grognement de circonstance et se leva pour prendre son peignoir qu'il enfila non sans une certaine irritation. Il jeta un coup œil au cadran du réveil… 6h30 ! Quel était le suicidaire qui osait le déranger à cette heure ?

Après avoir vérifié qu'Akihito ne fut pas réveillé, il se dirigea d'un pas ferme vers l'entrée et vérifia que son peignoir était bien ajusté. Il ouvrit brutalement la porte et ne put réprimer un rictus exaspéré devant le visiteur qui se tenait dans le couloir. Il s'attendait à tout, sauf à cet énergumène.

- « Bonjour monsieur Asami… J'espère que je ne vous dérange pas ?... » lui fit le visiteur indésirable dans un grand sourire, visiblement satisfait du désagrément qu'il provoquait.

- « Un rendez-vous aurez été le bienvenu. Mais je suppose que la courtoisie ne fait pas partie de vos usages. » cingla l'homme d'affaire en lui lançant un regard qui immolerait instantanément tout objet s'il se trouvait dans la quatrième dimension.

- « Ah… Déformation professionnelle, sans doute… Puis-je entrer ? » demanda l'homme.

- « Que voulez-vous ? »

- « Je viens voir monsieur Akihito Takaba … Il est bien chez vous, n'est-ce pas ?... J'ai des nouvelles concernant l'incendie qui s'est produit hier soir. J'aurais besoin de lui poser quelques questions histoire d'éclaircir certains petits détails. »

- « Inspecteur Imamiya… » soupira le yakuza qui se retenait de ne pas renvoyer cet imbécile à coup de pieds dans le derrière. « Savez-vous l'heure qu'il est ? Akihito Takaba dort encore… »

- « Oui, oui, je m'en doute, mais nous les représentants de la lois n'avons pas vraiment d'horaires à respecter, le travail et la sécurité avant tout. Et je ne me serais pas permis de vous déranger si ce n'était pas important… »

Asami, une main posée contre le chambranle de la porte, examinait avec froideur cet inspecteur qui s'appliquait à cultiver l'arrogance pour compenser un manque certain d'assurance. C'en était vraiment pathétique. Et vu le sourire ironique insistant auquel il s'adonnait sans pudeur, il devinait sans problème que ce dernier jouissait de son utopique supériorité. Néanmoins, peut-être que cet imbécile était porteur de bonnes nouvelles et lui en apprendrait un peu plus sur cette affaire d'incendie, et par miracle, un nom pourrait être posé sur l'auteur du crime…

Tout compte fait, après mûre réflexion, il n'arrivait pas à y croire…

- « Entrez… » fit froidement Asami en le laissant passer à contrecoeur. « Je vais le chercher, patientez dans le salon. »

Imamiya, mégot aux lèvres et mains dans les poches de son imperméable, ne se fit pas prier et traversa le hall d'entrée tout en poussant un gloussement persifleur au vu du luxe qui ornait l'appartement. Certes le mobilier se caractérisait d'un style proprement zen, mais il en n'était pas moins fastueux.

- « On dirait que les ''affaires'' rapportent bien … »

- « Je ne m'en plains pas… » fit Asami d'un ton neutre montrant par là qu'il se fichait royalement de son insinuation.

Laissant l'inspecteur tout à son sarcasme et sa contemplation envieuse, l'homme d'affaire se dirigea vers la chambre dans laquelle Akihito dormait d'un profond sommeil. Il fallait dire que leur nuit avait été plutôt mouvementée, ça n'allait pas être aisé de le réveiller.

Il pénétra dans la pièce plongée dans l'obscurité et alla ouvrir les rideaux. Le soleil était déjà levé et Akihito émit un grognement en rabattant les draps sur sa tête pour se cacher des rayons qui lui crucifiaient les yeux.

- « Lève-toi fainéant… » fit l'homme d'affaire en le secouant par l'épaule.

- « Hmm… Qu'est-ce qu'il y a ?... Je suis fatigué… » bougonna le photographe qui prit l'oreiller de son amant pour s'y cacher la tête.

- « L'inspecteur Imamiya veut te voir… Il t'attend dans le salon. »

- « L'inspec… Quoi ? Imamiya est ici ? » s'écria ce dernier en se redressant dans le lit. Au moins la nouvelle avait eu le mérite de le réveiller totalement. « Mais qu'est-ce qu'il fait dans ton salon ?... »

- « Il veut te parler de l'incendie. Habille-toi. »

- « M'habiller ? Et avec quoi s'il te plaît ? » demanda-t-il en faisant remarquer qu'il n'avait rien à se mettre.

Asami examina avec le plus grand intérêt l'avérée nudité de sa propriété. Celui-ci, dans son affolement d'apprendre la présence d'Imamiya, n'avait pas remarqué que le drap avait glissé le long de son ventre, laissant entrevoir une partie de son intimité. Il se pencha en posant une main sur le lit, et approcha son visage d'un Akihito qui recula instinctivement devant un danger qu'il pressentait.

- « A moins que tu ne veuilles te présenter dans ton plus simple appareil, je te suggère de mettre un peignoir… »

Akihito avisa d'un œil soupçonneux l'homme d'affaire qui le regardait d'un air qu'il ne lui connaissait que trop. Toutefois, il se rassura en se disant qu'il ne lui sauterait pas dessus du fait que l'inspecteur attendait dans l'autre pièce. Enfin c'était ce qu'il pensait avant qu'il ne sente une main lui caresser doucement la partie la plus sensible de son anatomie, qui dépassait adorablement du dessous des draps.

- « Asami ! » hurla Akihito en s'emmitouflant des draps qu'il venait d'arracher du lit avant de se ruer vers la salle de bain. « Tu ne penses décidemment qu'à ça ! »

La porte claqua et Asami esquissa un léger sourire. Akihito ne cesserait jamais de l'amuser… Mais son sourire s'effaça aussitôt lorsqu'il resongea à Imamiya. Il avait dû faire suivre Takaba pour qu'il vienne le trouver chez lui, et ce détail n'était pas fait pour lui plaire. En plus cette fouine devait certainement jubiler de son exploit…

Il soupira et ferma les yeux, la journée augurait d'être longue…

- « Ah… Monsieur Takaba, quel plaisir de vous revoir ''en ces lieux''… » ironisa sournoisement Imamiya.

Akihito grinça des dents sous le sous-entendu pernicieux, mais lui envoya son plus beau sourire. Plutôt crever que de lui montrer qu'il l'avait piqué au vif. Asami, qui se tenait adossé au mur près de la porte du salon, afficha un sourire en coin. Akihito semblait avoir retrouvé sa forme et son piquant… Ce qui ne manqua pas de faire sourciller la fouine qui restait debout.

- « Si l'on en croit les cernes qui ourlent vos yeux, vous semblez éreinté jeune homme, auriez-vous passé une mauvaise nuit ?... » demanda l'inspecteur dans un sourire dévoilant des dents jaunies de nicotine.

- « Et si je vous levais à six heures du matin alors que vous ne dormiez que depuis trois heures je me demande comment seraient les vôtres ? » répliqua du tac au tac le photographe en s'asseyant sur le canapé. « Vous êtes venu me parler de l'incendie où avez-vous aussi une remarque à me faire quant à ma tenue vestimentaire ? »

- « Mmh… Ne soyez pas insolent, monsieur Takaba. »

- « Je ne suis pas insolent, je suis fatigué, venez-en au fait… »

Non il n'était pas insolent, il avait surtout envie de le jeter du dix-huitième étage ! Ce n'était pas pareil, il y avait une grooosse différence !… Bon sang, il ne supportait pas ce type !

- « L'incendie était d'ordre criminel. » commença Imamiya en s'installant à son tour sur un fauteuil faisant face au jeune homme. « Après examen des commissaires enquêteurs, le rapport stipule que l'explosion provenait de votre appartement… Des traces de C4 ont été retrouvées parmi les restes de vos effets personnels. »

- « Ils ont fait vite… » releva Asami toujours adossé contre le mur.

- « Il y a eu de nombreuses victimes dans cet attentat, le maire souhaite éclaircir cette affaire au plus vite… »

- « Sous peine de voir des réclamations ostentatoires des civiles… Cela ne fait pas non plus bonne impression durant les élections municipales… » fit remarquer ironiquement l'homme d'affaire en glissant une cigarette entre ses lèvres.

Un rictus vindicatif déforma la bouche de l'inspecteur.

- « On peut le dire ainsi… » siffla celui-ci.

« Il ne cherche pas à cacher sa haine envers Asami. » se dit mentalement le photographe en pouffant discrètement. « Il faudra que je pense à remercier Asami pour avoir remis cette fouine à sa place. »

- « Il y aurait-il quelqu'un qui vous en voudrait ? » demanda Imamiya, éludant la précédente conversation, en s'adressant à Akihito.

- « Non. Mais j'avais dans l'espoir que vous me donneriez le nom du criminel, mais je suppose aussi qu'il n'a pas encore été arrêté… »

Une certaine surprise anima le visage de l'inspecteur. Il retira son mégot de cigarette d'entre ses lèvres et scruta le photographe.

- « C'est plutôt étrange… Depuis tout à l'heure j'ai remarqué que vous ne sembliez nullement étonné par mes révélations… Il y aurait-il une raison particulière à cela ?... »

Akihito se raidit. Très franchement, il n'avait pas pensé à demander à Asami s'il devait parler du coup de téléphone qu'il avait reçu. Il obliqua légèrement les yeux dans sa direction, et ce dernier lui fit signe d'un mouvement de tête qu'il pouvait l'indiquer. Pour une fois qu'il n'avait pas fait de gaffe… Enfin, que sa gaffe n'était pas préjudiciable, c'était plus correct…

- « Hier soir j'ai reçu un coup de fil d'un type, et il m'a fait sous-entendre que cet incident n'en était pas un… »

- « Pourquoi nous avoir caché ce fait important ? C'est une entrave au bon déroulement d'une enquête ! »

- « Parce qu'il était minuit passé et que j'étais crevé ! Mon idée était plutôt d'aller au commissariat après une bonne nuit de sommeil, et après m'être aussi acheté de nouveau vêtements, étant donné que toutes mes affaires ont brûlées dans l'incendie. Désolé de n'être qu'un simple humain et non une machine ! »

Asami leva les yeux sur Akihito. Apparemment son petit discours de la veille avait impressionné et porté ses fruits. Il savait donc écouter ?... C'était surprenant.

- « Bien, bien, si vous le dites… Néanmoins, une chose m'intrigue… »

- « Quelle chose ? » demanda aussitôt Akihito qui se demandait ce qu'il allait encore lui sortir.

- « Ca fait trop de coïncidences en si peu de temps… D'abord votre ami Mizukiyo, et ensuite vous. Décidemment, vous n'avez pas de chance monsieur Takaba… Vous devriez peut-être réviser le choix de vos connaissances… »

Akihito se voyait se jeter sur ce connard pour l'étrangler jusqu'à ce que mort s'ensuive ! Qu'est-ce qu'il avait eu besoin de parler de Seiishi devant Asami ? Génial ! Il ne manquait plus que ça ! C.O.N.N.A.R.D !

Asami qui fumait tranquillement sa cigarette, planta un regard acéré sur Akihito.

- « C'est quoi cette histoire ?... » demanda-t-il sèchement. « Qu'est-ce que Seiishi Mizukiyo vient faire dans tout ça ?… »

Euh… Est-ce que quelqu'un pouvait lui donner une idée pour qu'il se sorte de cette impasse ? Comme par exemple une solution rapide pour qu'il se fonde miraculeusement dans le cuir du canapé ?...

- « Akihito ! Je t'ai posé une question. »

- « Et comment j'aurais pu en parler alors que tu… » Akihito ravala aussitôt sa langue. Il n'allait tout de même pas étaler sa vie privée devant Imamiya. Dire qu'il n'avait eu aucune envie de mentionner ce détail, étant donné qu'il avait déjà peur de lui révéler l'existence de Seiishi. Sûr que l'inspecteur verrait d'un œil équivoque toute cette histoire. Histoire louche qui se verrait renforcée par sa présence singulière dans le logement du soupçonné yakuza. Il aurait tôt fait de le bombarder de questions quant à ses réelles relations avec celui-ci… S'il ne s'en doutait pas déjà… Oh mon dieu, faites que non !

- « On en reparlera plus tard… » fit Asami, ayant certainement eu les mêmes déductions. « Inspecteur, avez-vous des noms de suspects à nous donner ? »

- « Non, c'est pour cette raison que… »

- « Dans ce cas veuillez m'excuser, mais j'ai malheureusement un emploi du temps à respecter et je suis déjà en retard. Takaba restera à votre disposition pour tout autre renseignement qui vous pourrait vous être utile. Et cette fois-ci, faites-le appeler au commissariat, mon domicile n'est pas un lieu particulièrement conforme pour un interrogatoire. Bonne journée inspecteur. »

Okay… C'était clair et net, Asami était en pétard… Même Imamiya n'avait rien eu à objecter et se dirigeait sans demander son reste vers la sortie. Il savait très bien qu'Asami avait le bras assez long pour l'envoyer terminer sa carrière sur les banquises du Grœnland…

Mais c'était tout de même étrange de voir à quel point le photographe aurait supplié qu'Imamiya continue son interrogatoire…

La porte claqua, et Akihito s'enfonça davantage dans le canapé s'imaginant que le miracle de se fondre dans celui-ci se réalise.

- « Maintenant tu vas m'expliquer. » somma Asami d'un ton sec en prenant place devant l'intéressé.

- « Très bien… Mais je ne pensais pas à cette époque que ça pouvait être important… Pour moi c'était juste… » Akihito soupira. Il fallait qu'il trouve les bons mots pour ne pas s'enfoncer davantage.

- « Je t'écoute ! »

Et bien non, il n'avait pas le temps de chercher les bons mots… Et puis merde, au point où il en était… Et il fallait bien que le sujet ''Seiishi'' fasse son entrée tôt ou tard. Même s'il aurait préféré l'éluder.

- « Il y a environ plus d'un mois, l'appartement de Seiishi a aussi explosé … Et c'est pour ça qu'il est… Enfin, que je l'ai… »

- « Que tu l'as… » répéta Asami aussi sec sans lui laisser le temps à la réflexion.

- « Comme il n'avait plus d'endroit où se loger, je lui ai proposé de venir habiter chez moi… Temporairement, hein ! Pas définitivement, je ne lui ai pas demandé de s'installer chez moi, ce n'est pas ce que je veux dire… C'était en tout bien tout honneur. »

Asami leva un sourcil et scruta le visage d'Akihito qui se figea.

- « Pourquoi te justifies-tu à ce point ?... » lui demanda ce dernier d'une voix étrangement suave. « Tu ne sais pas que se justifier recèle une partie de vérité que l'on tend à dissimuler ?... »

Livide ! C'était le teint qu'arborait le visage du photographe… Non mais quel con ! C'est vrai ce qu'il venait de dire. En plus de cela il n'avait rien de répréhensible à cacher !

- « Tu as de la chance que je te connaisse. » paracheva l'homme d'affaire en se dirigeant dans la cuisine après s'être levé. « Continue ton histoire, je vais faire le café. »

Ah bon ? Asami savait faire le café ?

- « Je n'entends rien… »

- « Ah ! Euh… Mais que veux-tu savoir au juste ? »

- « Tout, depuis le début. »

Bien entendu, c'était à prévoir… Donc Akihito n'eut pas le choix de raconter sa première rencontre avec Seiishi du jour de ce fameux matin dans la ruelle – en occultant bien sûr le moment où il s'était agenouillé entre ses jambes pour soigner sa plaie ouverte. Il ne pensait pas qu'Asami en sauterait de joie, il lui sauterait tout bonnement à la gorge –. D'ailleurs celui-ci revenait de la cuisine avec les cafés qui, pour Akihito, se transforma en un mug de lait chaud…

- « Hey ! Ce n'est pas ce que tu avais dit ! »

- « Le café est réservé aux adultes. »

- « Arrêtes de te foutre de moi ! Et depuis quand tu as du lait dans ton réfrigérateur?... »

- « Depuis qu'un gamin a cru pouvoir me faire tomber en pensant obtenir le scoop du siècle… » se moqua Asami avant de boire une gorgée de son café fumant. « Continue ton histoire maintenant. »

- « Mouais… Dans ce cas arrête de me traiter comme un gamin, sinon je plie bagage sur-le-champ ! »

- « Ah oui ?... Et de quel bagage parles-tu, et où irais-tu poser tes fesses, sous les ponts peut-être ?... »

- « J'ai des amis je te signale ! » rétorqua du tac au tac Akihito devant le yakuza qui ricana à sa réponse.

- « Je te connais par cœur, Akihito, tu es bien trop fier pour accepter l'aide d'autrui… »

Rah ! Ce qu'il pouvait l'énerver ! Effectivement, il n'aurait jamais accepté, Kato avait déjà du mal à s'en sortir avec son salaire, alors il se serait vraiment senti mal de s'imposer. Et il était aussi hors de question qu'il aille chez ses parents, ils habitaient beaucoup trop loin pour qu'il se rendre à son travail. Il y avait bien le shinkansen, mais le prix des allées et retours lui auraient dilapidé tout son salaire… Et puis il n'avait pas particulièrement envie de retourner vivre chez ses parents… Ouais, l'un dans l'autre, de toute façon il était coincé. Et Asami le savait parfaitement en plus !

- « Ca te plaît cette situation, n'est-ce pas ? »

- « Oui… » avoua l'homme d'affaire dans un sourire narquois. « De plus, t'avoir sous la main est assez profitable… »

- « C'est ça… » maugréa Akihito en lui lançant un regard assassin. « Mais ne crois pas que je vais me plier à tous tes jeux pervers ! »

Asami posa sa tasse de café sur la table basse, alors qu'un sourire qui en disait long étira ses lèvres.

- « C'est ce qu'on verra… Mais laissons ça de côté pour le moment, j'attends toujours tes explications, et dépêche-toi, je n'ai pas que ça à faire. »

Cette pointe d'autorité vrilla littéralement les tympans du photographe, mais il ravala malgré tout sa fierté sachant pertinemment que de toute façon il n'aurait pas le dernier mot. Mais comment avait-il pu ''s'amouracher'' d'un type pareil ? Qui plus est, un homme. Il était vraiment sado maso, bon à être enfermé !

Il continua malgré tout son récit tout en buvant son mug de lait qu'Asami lui avait ''gentiment'' imposé, mais au fur et à mesure qu'il rentrait dans les détails, il voyait ce dernier s'assombrir à vue d'œil.

- « De quelle organisation font partie ces hommes qui le harcèlent ? » demanda le yakuza en tirant sur sa cigarette.

- « Je n'en ai aucune idée… Seiishi ne semble pas le savoir non plus. Vois-tu, je ne pense pas que ces types s'attardent en politesse en se présentant… »

- « Erreur. » le coupa aussi sec Asami. « Au contraire, ils s'empresseraient de se désigner pour que tous apprennent ce qu'il en court de se jouer d'un mafieux. »

Akihito grinça des dents… Que pouvait-il répondre à cela ?... Rien, Asami avait Encore et Toujours raison. Béni soit le jour où il pourrait enfin lui clouer le bec !

Et c'est dans cette utopique perspective, qu'Akihito, l'air encore bien moins rassuré, lui expliqua que Seiishi devait rembourser la dette que son père avait contractée auprès du gérant d'un casino.

- « Quel est le nom de ce casino ? » redemanda Asami en examinant attentivement le photographe qui commençait à piquer du nez.

- « Euh… Je… » Akihito se massa le front, il avait du mal à garder les yeux ouverts et luttait contre cette soudaine fatigue qui venait le prendre. Mais comme il n'avait dormi que trois heures, ce n'était vraiment pas étonnant. « Je ne sais pas… Seiishi ne m'en a pas parlé… »

- « Il ne connaît pas grand-chose de ses oppresseurs apparemment… A combien s'élève la dette ? »

- « … Je ne sais… Pas… »

- « Quelle est l'ancienne adresse du domicile de Seiishi ? »

- « Aucune… Idée… »

Akihito s'écroula lourdement sur le canapé après qu'Asami ne rattrape de justesse son mug à moitié vide. Il déposa ce dernier sur la table basse et glissa un bras sous les genoux du photographe pour le remettre dans le lit. Cet idiot s'était encore fait avoir.

- « Tu resteras naïf à tout jamais, mon pauvre Akihito… » murmura l'homme d'affaire en le déposant sur le lit. « C'est trop facile de tromper ta confiance. »

Asami glissa une main dans la chevelure du jeune homme, et une étrange lueur passa dans ses yeux cuivrés. Cette scène aussi il l'avait déjà vécue, et décidemment, elle précédait, elle aussi, le moment de son kidnapping. Cela faisait penser à la rétrospection d'un mauvais film ; un sinistre et pénible souvenir qui retraçait le moment où il avait cru perdre ce gamin sans cervelle…

Alors que des images du corps inerte maculé de sang du photographe lui revenaient en mémoire, l'homme d'affaire le débarrassait de son peignoir et tira les draps pour l'en recouvrir jusqu'aux épaules.

Ceci fait, il retourna sur ses pas, et jeta un dernier regard à Akihito avant d'éteindre la lumière pour refermer doucement la porte. Ce n'était pas vraiment fair-play de sa part d'avoir mis une nouvelle fois un somnifère dans sa boisson, mais de cette façon il s'assurait que le gamin n'irait pas commettre encore une de ces lubies insensées.

Asami ébaucha un bref sourire en pensant à la scène que ce dernier lui ferait une fois qu'il aurait compris qu'il avait encore été berné. Il s'enferma dans la salle de bain pour prendre une douche, et une fois habillé et soigneusement coiffé, il prit son téléphone portable posé sur son bureau et s'alluma une cigarette.

- « Je dois m'absenter quelques heures, affectez deux gardes à mon domicile… Non, inutile d'appeler Kasumi, je me rends par mes propres moyens au Sion. Oui, je pars à l'instant. Ah, et j'aurai aussi besoin que vous me rameniez des vêtements pour le gamin… Qu'importe, du moment qu'il a quelque chose à se mettre, mais s'il se réveille avant mon retour, ne le laissez pas sortir, compris ?... Très bien, je pars dans cinq minutes. »

Les instructions ainsi données, le yakuza referma son portable et enfila son manteau pour se diriger ensuite vers la porte d'entrée. Il posa brièvement un regard froid sur son appartement, et claqua la porte derrière lui tout en laissant le photographe à ses rêves… Ou ses cauchemars…

xxx

Dans la pénombre d'une chambre sommairement aménagée, un jeune homme leva péniblement une main sur son crâne qui lui faisait souffrir le martyr. Ses doigts rencontrèrent la rugosité d'une étoffe, et au vu du lieu dans lequel il se trouvait, plus les quelques bribes de ses derniers souvenirs, il ne faisait aucun doute que cette étoffe était un bandage. D'ailleurs il en avait aussi aux bras, aux jambes et au torse…

Que s'était-il passé ? Il ne se souvenait de rien mis à part cette déflagration gigantesque qu'il l'avait propulsé contre le par-brise d'une voiture. Après c'était le trou noir… Et dire qu'il avait préparé une petite surprise pour Akihito, ce n'était vraiment pas de chance.

Il devait lui annoncer qu'après maintes recherches infructueuses, il avait fini par trouver un somptueux appartement non loin de chez lui. Si ses recherches furent autant difficiles, c'était surtout parce qu'elles étaient basées sur l'obtention d'un trois pièces. Au cas où Akihito aurait accepté, il voulait un logement plus spacieux et agréable à vivre. C'était sa façon de le remercier de lui avoir tendu la main. Le logement d'Akihito était vraiment trop petit et vétuste, il méritait mieux. Durant leur cohabitation, ils avaient lié une bonne amitié, le jeune homme était agréable à vivre, souriant et toujours de bonne humeur. Sauf dans les moments où, ne se sentant pas observé, ses yeux semblaient se voiler de tristesse. Néanmoins, il n'avait jamais osé lui demander d'où provenait cet état d'âme. S'il l'avait réellement désiré, Akihito lui en aurait parlé… Bref, cette soirée avait pour but de lui demander s'il désirait poursuivre leur cohabitation dans ce nouvel appartement, et il espérait qu'il accepte, car au fond de lui, il ne pouvait pas nier qu'il appréciait le jeune homme. Et la perspective de ne plus le voir aussi souvent ne l'enchantait guère, il s'y était attaché…

Seiishi soupira et resta quelques secondes à analyser le manteau nébuleux de ses pensées. Et plus il y réfléchissait, plus la lumière se faisait, démystifiant ce qu'il refusait d'admettre. En fait il se fourvoyait ; c'était beaucoup plus qu'un simple attachement qu'il ressentait pour Akihito…

Le boursier secoua la tête et un fin sourire étira ses lèvres. Pour le moment il devait laisser ça de côté, d'abord il devait savoir ce qu'il faisait ici, tout du moins, quelle en était la cause. Et surtout savoir si Akihito allait bien, il ne se sentait pas rassuré, même s'il lui avait dit qu'il rentrerait tard…

Il fallait qu'il l'appelle.

Seiishi tenta de se redresser sur son lit pour chercher un éventuel téléphone sur la table de nuit, mais il grimaça de douleur. Ses côtes non plus n'avaient pas été épargnées, mais fort heureusement, il avait encore la mobilité de tous ses membres, ce qui, vu le vol plané qu'il avait fait, tenait du miracle. Le jeune homme cherchait à tâtons l'interrupteur de la lampe adjacente à son lit, quand il fut soudainement pris d'un frisson. Il avait la sensation affreuse que quelqu'un se trouvait dans sa chambre, et l'observait…

- « Qui est là ? Je sais qu'il y a quelqu'un, répondez… » s'exclama Seiishi en touchant des doigts le fil électrique de la lampe. Il appuya sur l'interrupteur, mais la luminosité lui aveuglant la vue, il ne vit pas immédiatement l'intrus. Il papillonna des paupières, et une fois habitué à l'éclairage il écarquilla les yeux, d'abord effrayé puis choqué. Il resta pétrifié devant l'homme qui se tenait assis, jambes croisées, sur la chaise lui faisant face.

- « Déroutant, n'est-ce pas ?... » lui fit remarquer l'intrus.

- « Que… Q-qui êtes-vous ?... »

- « Vous ne me connaissez pas ? J'aurais pourtant parié le contraire… »

- « Non… De plus si c'était le cas, je crois que je m'en serais souvenu. »

- « Je n'en doute pas une seconde… » rétorqua Asami qui sondait de ses yeux acérés le jeune homme alité. « Je crois qu'une petite discussion s'impose… »


(1) Pour ceux qui ne s'en souviendraient pas, Kazumi est le nom de famille de Suoh. Ca vous évitera de chercher, et pourrez ainsi mettre un visage sur ce nom.

Vu la tournure que prend le dernier paragraphe, j'aurais pu appeler ce chapitre: « Le calme avant la tempête ». Vous l'aurez compris, ça va commencer à chauffer. Mais je me suis dit que j'allais d'abord laisser un peu de répit à nos héros…