NdA: Il y a longtemps que je n'ai pas updaté. Je me suis concentrée sur d'autres fics, comme toujours!
Alors, me revoici donc!
Bonne Lecture!
Samedi
Samedi... C'était déjà samedi, le jour de son rendez-vous avec Jill. Il avait tellement anticipé ce moment... et à la fois tellement eu hâte qu'il arrive... Il n'était que contradictions et ne se comprenait tout simplement plus. Oh, et puis, il était fou, n'est-ce pas? Il n'avais pas à chercher à se comprendre, car cela relevait certainement de l'impossible. Désespérant...
Les apparitions ne le lâchaient plus, envahissant sa vie de tous les jours. C'était franchement dérangeant, mais il se surprenait à s'y accoutumer plutôt bien. De toute façon, qu'y pouvait-il? Il serait certainement interné sous peu, alors aussi bien profiter du peu de liberté qu'il lui restait...
Cynique? Totalement. Pourtant, il n'arrivait pas à se sentir aussi déprimé qu'il l'avait été peu après la mort de ses proches... Il ne les avait pas oublié! Bien sûr que non. Comment aurait-il pu? Chaque fois qu'ils venaient à son esprit, les larmes lui venaient aux yeux, mais il tentait de les retenir du mieux qu'il le pouvait. Il avait tant pleuré, tant déprimé... il croyait enfin qu'il avait mieux à faire. Il avait enfin espoir de se reprendre en mains, et ce n'était pas quelques hallucinations qui allaient modifier ses résolutions! À tout le moins, c'était ce qu'il se répétait, tentant de paraître convaincant...
Un rapide coup d'oeil à l'horloge lui démontra qu'il était dix heures. Leur rencontre était fixée à midi. Il devait commencer à se préparer. À tout le moins, prendre sa douche... Il se dirigea donc vers la grande commode de sa chambre, ouvrant un tiroir et y fouillant, à la recherche de sous-vêtements propres.
«Un rendez-vous?»
Jeff se figea dans son mouvement, une voix intruse se faisant entendre. Cela arrivait si souvent, qu'il n'y portait même plus attention... mais pas cette fois. Cette voix... il la reconnaissait. Il la connaissait trop bien...
Il tourna lentement la tête à sa droite, pour voir qu'il ne s'était pas trompé dans ses déductions. Elle était là, devant lui, les bras croisés sur sa poitrine recouverte du même chandail qu'elle portait ce jour-là... Ses cheveux noirs et légèrement emmêlés lui tombaient sur les épaules et ses yeux foncés le scrutaient. Lynn.
Il perdit rapidement son expression surprise, qui se muta en une sorte de tristesse. Il ne bougea pas d'un poil, gardant sa pose courbée au-dessus du tiroir, fixant ce qui était, de toute évidence, sa femme. Sa défunte femme. C'était... c'était la deuxième fois qu'il la voyait ainsi, après sa mort. Cette apparition le troublait, il ne pouvait le nier, mais il restait calme. Beaucoup plus calme que la première fois...
«Je te parle...» fit la femme, d'une voix mi-stricte, mi-douce, qu'elle seule savait maîtriser.
«Je sais...» murmura l'homme, arborant toujours le même air triste.
La femme lui fit un faible sourire, qui semblait plus morose qu'autre chose, avant de se diriger vers le lit et de s'asseoir sur un coin. Son mari la suivit des yeux, se redressant finalement pour lui faire face. Ils restèrent un long moment à se fixer ainsi, ignorant totalement l'étrangeté de la situation.
«Elle est belle?» demanda finalement la femme, soutenant le regard de son époux.
Il y avait une très légère teinte de sarcasme dans sa question, mais c'était bien trop faible pour être convaincant. Elle semblait plutôt tenter de cacher un autre sentiment... Elle semblait... désappointée. Voyant cela, l'homme secoua faiblement la tête.
«Ce n'est pas ce que tu crois...» fit-il.
«Ah bon...» émit la femme, haussant les sourcils, accentuant légèrement le faux sarcasme.
«Lynn...»
Il avait pratiquement soupiré son prénom, transmettant ainsi son désarroi. Il n'en était pas certain, mais cette manifestation de faiblesse sembla modifier légèrement l'expression de la femme, l'amenant presque à... s'attendrir? Non, probablement ne voyait-il que ce qu'il souhaitait voir...
«...Je dois être égoïste...» soupira-t-elle à son tour. «...pour ainsi vouloir te garder à moi toute seule...»
L'homme ferma ses paupières, s'enfermant brièvement dans un havre de réflexion. D'une lenteur plus ou moins calculé, il secoua la tête à nouveau.
«Je n'aime que toi...» murmura-t-il, dans un souffle.
Bien qu'il avait toujours les yeux fermés, il crut presque voir sa femme lui sourire. C'était comme s'il le sentait, au plus profond de lui-même... Fronçant les sourcils, il rouvrit ses yeux, pour voir qu'il était à nouveau seul...
Et voilà. Il y était de nouveau, devant ce petit café «Au Rendez-Vous», à tenter de trouver le courage d'y entrer. Il ne comprenait pas pourquoi il retrouvait ce même stress qu'il avait ressenti lors de leur première rencontre. Bien qu'il sortait toujours aussi rarement ou, dit autrement, que c'était sa deuxième sortie depuis la mort de sa famille, il ne pouvait plus dire que c'était le stress de la première fois... (NdA: Rrrohh! Je vois vos pensées venir avec leurs gros sabots, bande de pervers! ) Peut-être développait-il une agoraphobie?
De toute façon, il fallait qu'il entre. Il était 11h55, et il ne souhaitait pas être en retard. Il prit donc une grande inspiration et marchait d'un pas trop peu assuré vers la porte du petit établissement, qu'il franchit dès qu'il le pu. Rapidement, il jeta un coup d'oeil aux alentours, se demandant s'il était, une fois de plus, arrivé avant elle. Peut-être arriverait-elle à l'heure juste, comme la dernière fois. Peut-être devrait-il prendre une table et l'attendre? Seulement, peut-être avait-elle une préférence quant à la table... Celle qu'ils avaient occupé l'autre jour était déjà prise... Que faire?
Puis, il la vit. Elle lui faisait quelques signes, afin de se faire remarquer, dans son petit coin isolé. Dès qu'il la repéra, il marcha dans sa direction, prenant aussitôt place face à elle. Elle lui fit un doux sourire, auquel il répondit joyeusement. Que quelqu'un lui fasse preuve d'autant de gentillesse le touchait énormément.
«Alors, ça va?» lui demanda-t-elle.
«Oui.» répondit-il, ne quittant pas plus son sourire qu'elle. «Et toi?»
«Oh, beaucoup de travail... J'ai pas beaucoup de temps pour moi.» soupira-t-elle.
Cette réponse amena l'homme à rire silencieusement. Cela lui faisait tellement de bien de simplement parler avec quelqu'un... Quelqu'un de vrai, on s'entend... Il ne comptait pas tous ces étranges personnages dans son appartement.
«Alors, est-ce qu'il y avait une raison précise à notre rencontre? Quelque chose dont tu voulais me parler?» demanda-t-il, craignant soudainement qu'elle ne le prenne mal.
Il espérait sincèrement qu'elle ne croit pas qu'il voulait rapidement mettre fin à cette rencontre, car c'était faux. Il ne réfléchissait pas toujours avant de parler, et il espérait qu'il n'allait pas en subir les conséquences. Par chance, elle ne manifesta aucun signe laissant croire qu'elle l'avait pris de cette façon.
«Hum... eh bien, je ne sais pas trop...» fit la femme, sans le regarder.
C'était étrange. Elle semblait particulièrement timide, comme ça. Pourtant, cela ne faisait qu'ajouter à son charme.
«...En théorie, c'était pour poursuivre notre conversation de l'autre jour, mais je n'ai pas particulièrement envie de parler de John, aujourd'hui...» poursuivit-elle, toujours sans lever les yeux sur lui.
«Je comprend.» dit-il simplement.
Et c'était vrai. Il n'avait pas non plus envie de parler Lynn, bien qu'il pensait toujours à elle. Il ne l'avait pas oubliée, et n'essayait pas non plus. Il n'avait simplement pas envie d'aborber le sujet. C'était comme ça.
D'ailleurs, il ne pouvait s'empêcher de repenser à un peu plus tôt, ce matin-là. Pourquoi l'avait-il vue? Il voyait des tas d'inconnus, comme cet homme blond avec un pied manquant, ou ce jeune homme aux cheveux noirs, avec son immense tache de sang sur l'épaule. Il y avait aussi cette femme aux cheveux bruns et bouclés, qui avait les côtes arrachées, ou cet autre homme aux cheveux foncés, courts et tournant vers le gris, dont un pied était complètement tordu, cet homme plutôt âgé dont le corps était parsemé de coupures profondes et ce jeune homme nu entièrement calciné. Et encore, il en oubliait peut-être. Certains n'apparaissaient que trop brièvement pour qu'il les garde en mémoire... De plus, toutes ces blessures n'apparaissaient que lorsqu'ils disparaissaient, ce qui était plutôt troublant...
Mais c'étaient des inconnus! Alors pourquoi Lynn? Pourquoi elle, parmi cette montagne d'étrangers?
«Puis-je prendre votre commande?» fit la voix d'une jeune adolescente à sa droite.
Arraché à ses pensées, il tourna un regard surpris en direction de la jeune fille. Jill, pour sa part, commença à dicter sa commande, lui permettant ainsi, bien qu'inconsciemment, de se remettre dans le bain de la réalité. Il ne devait pas oublier qu'il était avec Jill. Il ne voulait surtout pas lui faire le même coup que la dernière fois. Cette fois, il voulait vraiment l'écouter. Il avait été très grossier de sa part, l'autre jour, de la planter là comme il l'avait fait, bien qu'il n'en avait pas vraiment eu le choix.
«Et toi?» demanda finalement la femme blonde en le regardant.
«Heum...je... je ne prendrai rien.» répondit-il.
Il n'avait pas un sou. Il ne travaillait plus et ne gagnait donc plus sa vie. Il avait complètement oublié que venir dans un café signifiait «dépenser de l'argent». Qu'il était bête...
«Mais tu dois manger quelque chose!» répliqua Jill.
«Non... ça va.»
Têtue, la femme se tourna aussitôt vers la serveuse.
«Amenez-lui la même chose que moi.» dit-elle.
L'adolescente inscrivit rapidement dans son carnet, avant de partir vers les cuisines. Aussitôt fut-elle loin, que l'homme reposa son regard sur Jill, qui souriait, elle.
«Pourquoi t'as commandé à ma place? Je n'ai pas faim!» mentit-il, s'efforçant de ne pas paraître en colère.
«Je n'aime pas te voir comme ça. On s'est vu il y a quelques jours à peine, et tu as eu le temps de maigrir! On ne se connaît pas beaucoup, mais je ne tolère pas de voir quelqu'un s'affamer.» expliqua-t-elle d'un ton catégorique.
«Mais...»
«Pas de mais!»
Il se sentait comme un enfant, à se faire réprimander de la sorte. Il n'appréciait vraiment pas le sentiment que cela lui procurait.
«Je...» commença-t-il, fixant la table d'un air honteux. «J'ai pas d'argent.»
Il anticipa timidement un quelconque reproche de la part de la femme, mais cela ne vint pas. Il leva les yeux, pour voir qu'elle lui souriait doucement.
«Je vais te le payer, alors.» fit-elle.
«Quoi!? Non!»
«Tu n'as pas le choix.»
L'homme soupira. Il commençait à découvrir une nouvelle facette de cette femme, qui ne lui laissait vraiment aucun choix de se plier.
Et, le pire, c'était qu'il appréciait.
NdA: Voilà! Je réalise que je fais de bien plus longs chapitres que les premiers... yay!
Bon... À la prochaine!
