Le plus explicite des chapitres. Vous êtes avertis.

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Chacun somnolait et passait d'un stade de sommeil léger à une quasi inconscience. Rose devinait la présence du Docteur et se forçait à s'abandonner à nouveau à la métamorphose. Il ne servait à rien de lutter et, au plus profond d'elle-même, elle cherchait peut-être à gagner du temps. Perdre ses ailes au profit de sabots l'ennuyait un peu, mais perdre toute chance de s'unir complètement, d'une façon physique aussi intense que leurs émotions pouvaient l'être, avec celui qu'elle aimait la menait au bord des larmes.

Il avait raison, bien sûr, ils avaient tout le reste. Les aveux de tendresse et d'affection - l'amour fou! - qu'ils partageaient suffiraient pour un long moment. Rose voulait le croire. Mais elle voulait aussi croire que la métamorphose n'était pas complète et qu'elle dormait, blottit dans les bras du Docteur et, pour quelques instants encore, recouverte de longues plumes soyeuses.

Ils s'éveillèrent à quelques minutes d'intervalles. Aucun d'eux ne bougea. Ils respiraient lentement, sans chercher à vérifier son dos à lui, son corps à elle. Instinctivement, ils cherchaient à savourer cet instant absolu où, les yeux dans les yeux, ils avaient l'impression d'avoir l'éternité devant eux.

Rose avait un peu le tournis, mais elle le mettait sur le compte de la faim. Le Docteur l'avait mise en garde et sa façon d'avaler les rations otojas comme si c'était des biscottes ne lui avait laissée aucun doute sur ce que seraient ses repas. Elle avait une masse musculaire importante à générer et il lui fallait des protéines et des calories pour le faire. Eh bien… pour une fois, elle pourrait manger tout ce qu'elle voulait sans se restreindre. De toute façon, tout finirait sur ses… hanches.

« Rose? »

Elle ferma les yeux à cause du vertige et se retint aux poignets du Docteur. Elle n'avait pas bougé, mais elle avait l'impression de tomber. Très très vite. Elle jeta un coup d'œil rapidement autour d'elle, mais le vertige augmenta et elle étouffa un petit gémissement de frayeur. Elle tombait!

« Rose! Regarde-moi! Regarde-moi! »

Elle planta son regard dans le sien. Il était une ancre, immobile, sûr, stable. Elle savait qu'elle respirait trop vite, mais ne pouvait s'en empêcher.

« Je tombe ! » chuchota-t-elle, terrifiée.

« Je te tiens, je suis là, n'aies pas peur! »

« Je tombe… »

« Non, concentre-toi, Rose. Concentre-toi. Ce n'est pas toi qui tombe. Tu… Je ne comprends pas comment c'est possible. Ce n'est pas toi qui tombe, c'est… c'est nous qui nous déplaçons. Non, non, ne ferme pas les yeux, ça rend les choses pires. Regarde-moi. Écoute ma voix. Tout va bien. »

Il raidit sa poigne et elle suffoqua au souvenir qui lui revint en mémoire : « C'est la planète qui bouge. C'est la planète! »

« Oui. Tu sens la planète. Mais concentre-toi un tout petit peu plus. La planète bouge, mais selon une trajectoire contrôlée. Tu peux la sentir. »

Son ton calme l'aida. Et au lieu de vouloir tout stabiliser et immobiliser, elle lâcha prise. C'était comme quand ils avaient fait du parachute. Elle ne pouvait se rattraper au vide, mais elle pouvait se déplacer lors de sa chute et choisir en partie sa trajectoire. Pareil que pour le ressac : on ne peut pas arrêter les vagues, mais on peut apprendre à nager au milieu d'elles. Elle était incertaine, mais la peur reflua lentement.

Les mains du Docteur sur ses poignets la rassurèrent un peu plus.

Elle ralentit sa respiration et le vertige diminua. Pas complètement cependant. Il était toujours un peu présent, mais elle pouvait le mettre de côté comme un bruit de fond désagréable.

« Rose. » dit encore le Docteur.

Elle aperçut alors la courbe d'une aile dépassant de son épaule. Des plumes blanches identiques aux siennes. Ça n'avait rien d'étonnant : s'il avait greffé une partie de ses gènes à elle en lui, forcément, les plumes étaient très semblables. Il était beau. Oh, d'accord, son visage n'avait pas changé, il était toujours beau.

Ils étaient toujours recouverts de l'aile que Rose avait tendue sur eux, mais elle était trop lasse pour la repousser. Elle ne voulait pas non plus constater les « dégâts » sur son propre corps. Le Docteur déplaça la couverture de plume et Rose tressaillit.

« Attends! »

Il s'immobilisa aussitôt. Elle ravala sa salive. Elle sentait ses mains sur l'aile, plongée dans la plume. Incrédule, elle commanda le repli de son aile… et fut obéie!

Le Docteur haussa un sourcil.

Rose avait le même corps. Elle n'avait pas changé du tout.

Quant au Docteur, une chair rose commençait à sa taille et jusqu'aux orteils. Une chair humaine - ou en tout cas définitivement plus humanoïde. Malgré elle, Rose eut une pensée pour les organes sexuels et le Docteur les effleura machinalement et de façon très scientifique : « Yep, tout est là. »

« Ici aussi. » plaisanta Rose avec effarement. « Je ne comprends pas. Pourquoi…? Comment…? »

Elle se leva sur un coude, incertaine si le vertige n'allait pas à nouveau l'assommer. Mais le Docteur adopta une expression familière que Rose avait baptisée 'moi-je-sais-nananère'.

« Qu'est-ce que tu as demandé au Tardis exactement? » fit-il gravement en l'aidant à se mettre debout.

« D'être comme toi. »

« Quels sont les mots exacts que tu as utilisés? »

« Je… je voulais être comme toi. J'ai dit que je voulais être comme le Docteur. Et le Tardis… Le Tardis… »

« … savait déjà mon idée. Alors elle a fait exactement ce que tu lui as demandé : tu es devenue un peu comme moi. »

« Je… Comme toi? »

« Tu sens la planète bouger, Rose. Souviens-toi de notre première… non, seconde rencontre. Je t'ai expliqué que je pouvais sentir la planète bouger et que si nous lâchions tout, juste comme ça… »

Il ne lâcha pas sa main cette fois et il avait intérêt, car Rose était sous le choc.

« Je suis comme toi. » murmura-t-elle, mi-horrifiée mi extatique.

« Il faudra demander une confirmation au Tardis, mais je peux déjà faire un test de base. »

« Quel t…? »

Sans avertissement, Rose reçut une bouffée de tendresse et d'amour qui lui arracha un hoquet de désir et de joie!

Elle se retrouva à l'embrasser passionnément, le repoussant vers le lit et le dévorant pratiquement de baisers et de caresses avant d'avoir pu réfléchir cinq secondes. Quand elle s'arrêta un bref instant pour reprendre son souffle, le Docteur éclata de rire : « Je le savais! Je le savais! »

Rose se fit câline et mordilla le torse du Docteur avant de remonter vers son visage pour y semer d'autres baisers. Il l'enlaça, faisant glisser ses doigts sur la peau de sa compagne, plongeant dans le fin duvet couvrant l'arrière de ses épaules pour gratter sensuellement l'épiderme. Elle ronronna de plaisir et refit le geste pour lui. Il sursauta devant la sensation étonnante : plume, chair, caresse, massage. C'était électrisant.

« Ma Rose! » cria-t-il au moment où elle portait son attention sur son bas-ventre… Tout était « neuf » et il fallait y aller délicatement. Et son toucher était aussi léger… qu'une plume. Il frémit, réalisant qu'elle utilisait le bord de son aile pour le caresser et faire monter la tension dans ses reins.

« Rose… je… »

Elle ne savait pas maîtriser sa nouvelle capacité, pas tout à fait et le mélange d'émotions que le Docteur reçut le foudroya presque : désir, amour - un amour si profond! Tout ce temps-là, cet amour était là, pour moi et je pensais que nous n'étions que des complices! - triomphe et soulagement.

Leurs cuisses bataillèrent un instant, puis trouvèrent la bonne position. Ses ailes à elle, bien plus longues, battirent un instant leurs flancs avant que son bras à lui ne les retienne fermement. Ses seins étaient pressés contre son torse - qui avait retrouvé le volume d'antan ou presque - et l'excitation monta d'un cran.

« Tu… je… »

Propos incohérents. Ils avaient dépassé le stade des mots : l'union psychique et émotionnelle avait précédé l'union charnelle, mais pas de beaucoup. Ils se désiraient depuis longtemps et, si les choses semblaient un peu trop promptes et directes, il n'y avait personne pour leur en faire le commentaire.

Rose découvrait avec ravissement un corps complice, viril et exigeant et s'abandonnait avec une confiance qu'elle n'avait jamais eue envers quiconque. Son corps répondait au sien sans défaut. Chaque geste intensifiait le désir, le plaisir, l'éclat de leur union. Tout était marqué de son sceau à lui : brillant! Vif! Espiègle! Merveilleux!

Le Docteur se répétait en boucle à quel point Rose était féminine, femelle, séduisante, demandante, imaginative. C'était une nouvelle facette avec laquelle il faisait connaissance. Il n'arrivait pas à croire qu'il pouvait posséder son corps alors même qu'elle embrasait chaque cellule du sien. Comment peut-on donner et recevoir à ce point! Et en boucle! Car chaque caresse déclenchait une réponse, qui déclenchait une réponse, qui déclenchait une réponse! Le brûlant plaisir de donner et de recevoir mélangé.

Quand il se cala contre elle et qu'elle pressa son bassin dans la bonne position, il faillit marquer un temps d'arrêt. Peut-être devraient-ils attendre et faire de ce moment quelque chose de spécial.

« Idiot. C'EST spécial. »

Ils n'étaient pas sûrs de qui les mots provenaient, mais la certitude absolue qui sous-tendait cette déclaration les emporta encore plus loin.

Rose gémit, implorant une reddition tout en désirant mener les choses encore plus loin. Son corps n'en pouvait plus, mais il connaissait le secret : il y avait un feu d'artifice au bout de cet embrasement. Il se soumit docilement et avec de longs frissons de plaisir.

Sa chair était peut-être neuve, mais le Docteur savait ce qu'il lui restait à faire.

Quand il se glissa en elle, accueilli dans l'intimité de sa chair à elle, une fois, puis deux, puis trois… leur corps était sur le point de demander grâce. Mais pas encore.

Pas encore.

Pas tout de suite!

Il poussa un râlement, elle cria : mourir de plaisir.

Durant une seconde, le temps avait cessé d'exister.

Ils s'abattirent l'un contre l'autre dans un silence absolu.

Il se passa un moment avant qu'ils osent rompre le silence. C'était si bon d'avoir un corps qui ne souffrait pas, un corps qui était aimé, choyé, embrassé. Et d'être ensemble. Simplement ensemble. La joue de Rose reposait contre l'épaule de son compagnon et sa main à lui « traînait » quelque part dans le bas de son dos, effleurant machinalement la démarcation entre la peau et le duvet.

Rose se sentait merveilleusement reposée, son corps était un peu engourdi par la décharge de plaisir et sa tête chantait son bonheur. Elle soupira de contentement et étira ses ailes avant d'en faire une sorte de cocon, le temps d'embrasser légèrement la peau de son amant. Le terme lui allait bien. Il n'était plus seulement le Docteur ou son compagnon. Il existait dans une dimension différente et beaucoup plus importante. Elle faillit se mettre à pleurer de joie ou de soulagement : elle l'avait trouvé, il s'était enfin décidé et ils s'étaient aimés.

Quant au Docteur, il avait peine à croire en sa chance. Il aimait et il était aimé. Il se sentait libéré d'une solitude qu'il pensait éternelle… et peut-être justifiée, comme une espèce de punition pour son passé. Rose le guérissait, le réanimait, le faisait vivre. Chaque fibre de son être était vivante et remplie d'amour. Cette révélation le laissait sans voix. Il eut une brève pensée pour les siens : ils prônaient depuis des millénaires la connaissance et la sagesse et avaient horreur de se laisser guider par les émotions.

De toute évidence, ils n'avaient jamais rencontré Rose Tyler!

« Je t'aime. » entendit-elle.

Rose caressa le menton, traça l'arrête du nez et la courbe des lèvres et chuchota qu'elle aussi, elle l'aimait.