Assis sur un banc, le roi Rhodor contemplait sa fille alors qu'elle jouait dans le jardin intérieur. On aurait fit une scène sortie tout droit d'un conte de fées : les fleurs s'épanouissaient, des lys blancs côtoyant de sublimes roses rouges, des dahlias bleus jaunes et violets entourés des parterres d'orchidées, des iris flamboyant rehaussés des lilas bleus, et la lavande embaumé l'air de son parfum. Au milieu de ce paradis de couleur, Mithian, habillé d'une robe crème, s'amusait avec un chiot, qui jappait de bonheur. L'animal était un des petits de ses chiens de chasse, des molosses entraînés à la traque et à pister une proie à l'odeur sur des kilomètres. Le roi avait offert le bébé à sa fille pour qu'elle puisse s'amuser, et ne pas se sentir trop seule. Rhodor sentit son cœur se serrer en pensant à son épouse, qu'il voyait à travers sa fille. La reine Gaëlle avait été une lumière dans sa vie, chaleureuse, aimante mais aussi une femme d'état forte, de ne laissant pas marcher sur les pieds par des nobliaux arrogants, ou par son propre mari, qu'elle remettait à sa place lorsqu'il était selon elle dans l'erreur. Lorsqu'elle lui avait annoncé qu'elle était enceinte, il s'était cru mourir de bonheur. Ses longs d'anticipation furent merveilleux, à parler de tout ce que la nouvelle famille pourrait faire, comment ils lui apprendraient tout ce qu'ils savaient et même plus, à monter à cheval, à lire les langues anciennes, à se défendre à l'épée, à chanter, à danser. La tragédie n'en avait été que plus douloureuse. Les complications lors de la naissance furent trop importante, et elle mourut, juste avant d'avoir dit à son époux qu'elle l'aimait et de lui avoir fait promettre d'élever cet enfant avec deux fois plus d'amour qu'il était possible de donner, afin de compenser pour son absence. En larmes, Rhodor avait donner sa parole et l'avait embrassé, l'avait tenu dans ses bras jusqu'à ce que ses yeux se ferment et que son cœur cesse de battre. Une semaine de deuil avait été organisé pour la reine, le peuple avait pleuré avec son roi, pleuré la grande souveraine qu'ils avaient perdu. Pourtant, il ne se laissa pas enfermer dans son chagrin. Il aima la petite fille que son âme sœur lui avait donné, et fit tout pour la rendre heureuse. Il était encore perdu dans ses pensées lorsqu'un garde s'approcha de lui se pencha et lui murmura à l'oreille. Celui ci acquiesça de la tête et se leva.
Mithian, je dois aller voir un visiteur. Tu reste ici d'accord ? Le garde te surveillera pour que tu ne te fasses pas mal.
D'accord, papa, répondit la petite fille, trop absorbé par les senteurs du jardin pour vraiment prêté attention à ce que son père disait.
Surveille là, dit-il au messager, qui se mit au garde à vous avec un « Oui, sire. » impérieux.
Le monarque marcha dans les couloirs, saluant amicalement les gardes, serviteurs ou nobles qu'il croisait, qui en retour s'incliner profondément. Rhodor était un souverain apprécié du peuple et de la noblesse. Il arriva finalement dans la salle du trône, où l'attendait trois hommes, pris dans une discussion houleuse. Il reconnut immédiatement l'envoyé de Balinor, son style vestimentaire tranchant avec la mode en vigueur à Nemeth. Kaellius était en train d'arguer avec un homme portant une chemise sans manches. Ses traits réguliers et son regard marron lui donnait un air intemporel. A côté d'eux se tenait un autre homme, plus petit, le visage renfrogné. Il était vêtu d'une robe comme le nordien, mais bien plus légère et sans manches également, et s'appuyait sur un bâton orné dont l'extrémité était sculpté en une étoile à six branches. Le ton sembla monter d'un cran lorsque le roi pénétrait dans la pièce.
Tu es complètement stupide, Avitus. Tu crois peut être que cette histoire se réglera par la parole ? Pendragon a versé le sang de centaines de personnes, il a ordonné des massacres et tu pense que quelques mots de ta part vont le faire arrêter ?
J'essaie de trouver une solution pour préserver la paix. Combien mourront si la guerre éclate ? Je fais toujours plus que vous, dans vos forteresses gelées. Vous préférez vous préparer pour la bataille plutôt que d'essayer de désamorcer la situation.
Parce que notre roi a compris depuis longtemps qu'il n'y a pas de négociations possibles avec ce fou. Avisant le roi, il s'interrompit et s'inclina : Votre majesté, je n'avais pas vu que vous nous aviez rejoint. Mes excuses pour cet éclat, je ne voulais pas être discourtois.
Inutile de vous excuser, seigneur magicien. Si vous pouvez convaincre mon dragonnier de renoncer à cette folie, je vous encourage même à crier autant que possible. Avitus, même nos alliés pensent que c'est une erreur, je t'en conjure une dernière fois, ne vas pas à cette rencontre.
Je suis désolé, mon roi, mais ma décision est prise. S'il y a une seule chance d'arrêter cette folie avant que la situation s'envenime, je me dois de la saisir. De plus, comme je vous l'ai déjà expliquer, nous irons tous avec nos dragons. Si Uther essaie quoi que ce soit, son armée ne pourra pas résister à notre force.
Très bien, si ta décision est irrévocable. Sache que tu devra porter les conséquences de tes choix, quelque soit l'issue de cette rencontre.
Il est hors de question que j'esquive mon rôle, sire. Quoi qu'il arrive, je ferais face.
Bon, seigneur Kaellius, après cette interlude, pourriez vous me dire pour quelles raisons le sorcier de la cour des Ambrosius est venu jusqu'ici. Le voyage a du être éreintant.
Non, sire, intervint le troisième homme, l'homme à l'étoile. Il a utilisé l'ancien portail qui se trouve à l'extérieur des murs. Une prouesse magique remarquable, je dois dire. Peu de sorcier ont assez de puissance pour se servir correctement de ses portails.
Oh ? Et qu'arrive-t-il à ceux qui essaie quand même ?
Ils disparaissent, répondit Kaellius. Ils se retrouvent piégé entre les portails, incapables de sortir d'un côté ou de l'autre, et leur corps finit par être disloqué par les énergies magiques qui traversent les arches. Quand à la raison de ma présence ici, j'apporte un message et une requête de mon roi.
Quel sont-ils ?
Balinor veut savoir si vous avez conscience de la guerre qui approche, et savoir si les anciennes alliances entre nos deux royaumes tiendront.
Je ne sais que trop bien le conflit qui gronde en Albion, seigneur mage. Nous avons toujours été la cible des raids d'Amata, dus à leur politique anti-magie. Si à présent Uther a décidé d'embrasser la même cause, j'ai peur pour l'avenir. Cependant, je ne peux promettre une aide conséquente : nos royaumes se tiennent à deux bords opposés de l'Albion, aucune force armée ne pourrait traverser le pays et les différents domaines pour porter secours à l'autre. Même les anciens portails ne seraient pas d'une grande aide, seuls de petits groupes peuvent transiter par ces relais. Rassurez vous, précisa le roi en levant la main, empêchant le nordien de lui coupé la parole, je ne dis pas qu'une solution est impossible. Bien que les soldats ne pourront pas participer, je peux dépêcher un petit groupe de spécialistes pour vous aider, des sorciers, des médecins, ainsi que des vivres.
Merci, votre majesté, dit Kaellius en s'inclinant légèrement. Malgré la distance, nous lutterons ensemble pour repousser l'invasion lorsqu'elle adviendra. Si la guerre devait se porter chez vous avant d'arriver jusqu'à nos frontières, soyez assurer que Balinor enverra de l'aide sans suis simplement désolé de voir qu'il n'y a rein à faire pour empêcher le seigneur Avitus de faire comme il l'entend.
À part le séquestrer, peut être, avança le troisième, son bâton reposant contre son épaule. Et même là, je ne suis pas sûr de pouvoir le retenir.
Peut être que je devrais te donner un coup de main alors, Bron ? Répondit Kaellius avec un rire. « Si seulement … » pensa-t-il avec regrets.
Suivez moi, messieurs. Si nous devons continuer cette conersation, je tiens à avoir ma fille sous les yeux.
Je serais honoré de rencontrer la princesse, sire. Montrez le chemin je vous suis.
Moi de même, renchérit Bron.
L'homme se jeta dans une alcôve sombre en entendant le bruit des bottes qui provenait du couloir. Il retint sa respiration, et laissa passer les deux gardes qui faisaient tranquillement leur ronde. Après avoir vérifié que le couloir était désert, il sorti de sa cachette et se remit en route. Laissant ses pieds le guidaient, il repensa à ce qui était arrivé plus tôt : cela faisait quatre jours qu'il attendait dans une auberge de la ville que sa cible arrive, et commençait à perdre patience, et à se demander si son employeur savait se qu'il faisait. Lorsque des cris avaient retentit dans la rue, il avait regarder par la fenêtre de sa chambre d'un air blasé, et avait sauté sur ses pieds lorsqu'il avait vu l'homme qu'il cherchait au milieu d'une troupe d'enfants. Immédiatement, il s'était habillé et avait sorti de son sac son arc. C'était une arme solide, plus court que la plupart des arcs mais fabriqué par des artisans chevronnés, et capable de projeter une flèche à plus de cent mètres sans perdre de sa précision. Il enfila son carquois, glissa son arme et des projectiles dedans, avant de jeter sa cape sur ses épaules et de rabattre sa capuche. Il sortit de l'auberge après avoir payer le tenancier, ne s'attirant qu'un regard distrait de la part des gens. Il remonta la rue d'un pas rapide mais sans trop accélérer, vit plusieurs enfants revenir dans la direction opposée. En hélant un, il demanda :
Dis moi, petit, l'homme qui était avec vous, ou est-il ?
Il est au palais, m'sieur. On est arrivé en fanfare, et le garde, y commentait à voir rouge, et pis le sorcier, il s'est juste pencher et il y a murmurer un truc, au garde. On a pas entendu, mais l'autre est devenu tout blanc, et pouvait voir qu'il faisait dans son froc …
Dès les premiers mots du garçon, l'homme s'était désintéressé de lui et continuait son chemin vers la grande silhouette du palais. Dédaignant l'entrée principale, surveillé par plusieurs gardes, il s'engagea dans une ruelle parallèle au mur du château et, après s'être assuré d'être hors de vue des patrouilles et totalement seul, il escalada la façade. Les prises étaient nombreuses entre les grosses dalles, et il put atteindre le bord rapidement, sans se faire repérer. Il s'était ensuite engagé dans le couloir pour rejoindre l'intérieur du palais, et maintenant chercher dans la vaste demeure à retrouver sa cible tout en évitant les gardes et serviteurs susceptible de donner l'alerte. Finalement, alors qu'il commençait à se dire qu'il n'allait jamais le trouver, il s'engagea dans un couloir et aperçu par la fenêtre un grand jardin. Au milieu évoluait une petite fille en robe blanche, et trois hommes conversaient assis un peu plus loin. L'homme reconnu sa cible parmi eux, et chercha du regard un poste de tir pour pouvoir l'atteindre tout en se laissant une voie de sortie. Les deux hommes allaient donné l'alerte dès qu'il aurait tiré, il valait mieux ne pas traîner dans les parages à ce moment là. Finalement, il repéra un chemin de ronde qui surplombait la scène, offrant une vue parfaite sur tout le jardin. À pas rapides et silencieux, il se glissa tel une ombre dans les couloirs, et atteint sa destination. Un seul garde se trouvait sur la passerelle, fixant d'une regard paresseux la ville. Il sentit à peine la lame de l'assassin lorsqu'il lui ouvrit la gorge, et ne put pousser aucun cri d'alarme, ses cordes vocales complètement détruites. L'homme le laissa s'écrouler dans une mare de sang, et après avoir essuyé son poignard, encocha une flèche sur son arc. Il avait une vue dégagé sur sa cible, l'homme chaudement vêtu tenant un bâton. Il savait qu'il s'agissait d'un sorcier, mais il ne pouvait pas se protéger d'une menace dont il n'avait pas conscience. L'homme amena la corde jusqu'à sa joue, bloqua sa respiration et ajusta sa main. Au moment où il allait décoché le trait mortel, un chat vint se glisser entre ses jambes. Agacé, il relâcha doucement la corde et mis un coup de pied au chat en lui murmurant avec colère : « Dégage ! ». Il se remit en position de tir, et remonta la corde au niveau de son visage. Tout à sa concentration, il ne vit pas le chat, proprement outré par le comportement de ce rustre envers sa personne, décidait de lui donner une leçon et lui sauta au visage. Déstabilisé par le mouvement du félin, le tueur relâcha la flèche qui alla se perdre dans les fourrés du jardin, bien loin des hommes et de l'enfant. Il recula précipitamment, cherchant à se protéger les yeux des griffes du chat bien décidé à lui taillader le visage. Il ne prit conscience du corps du garde derrière lui que lorsque ses pieds heurtèrent sa forme inerte. Le déséquilibre le projeta vers le rempart et il tenta de saisir une créneau, mais sa main glissa et il bascula dans le vide sans un cri. Le pavé vint à sa rencontre quelques secondes plus tard, broyant ses organes et brisant plusieurs de ses os, le tuant sur le coup, et tout ce qu'il put penser avant que la mort de l'emporte fut « Saleté de chat ! ».
