Merci encore pour vos reviews ! Fin du suspense... Si vous avez envie de mettre des baffes à Sherlock, allez-y, ne vous gênez pas. Moi, en tout cas, en lisant la nouvelle originale, j'en avais très envie. Je rappelle d'ailleurs, à toutes fins utiles, que ce n'est pas moi mais Conan Doyle qui a écrit cette histoire à la base. Pour toute réclamation, vous pouvez essayer de faire tourner les tables (il était spirite convaincu, ce qui semble d'ailleurs un peu contradictoire avec un Sherlock super-rationnel...) pour entrer en communication avec lui ! Pour ceux qui ont déjà lu la nouvelle, j'espère ne pas trop vous décevoir... Ah, et aussi : je n'ai pas vu la série en français, mais en anglais, donc je ne sais pas comment fonctionnent le tutoiement et le vouvoiement (notamment entre Lestrade et Sherlock et Lestrade et John), j'ai donc utilisé ce qui me semblait le plus approprié.

VENDREDI

Inspiration. Expiration. Ne pas tomber dans les pommes maintenant. Respirer calmement. Il semblait à John qu'une masse d'armes lui était tombé sur la poitrine, l'empêchant d'accomplir les fonctions vitales de base. Pas d'hyperventilation maintenant, ce n'est pas le moment. Pas le moment d'être malade non plus, ajouta-t-il en sentant monter en lui une violente nausée qu'il ne parvint à maîtriser qu'au prix d'un immense effort. Qu'avait dit Sherlock ? Quoi qu'il arrive, ne sors pas. Laisse-moi jouer la partie à ma manière. Mais il ne s'agissait pas d'un jeu.

- Dans ce cas, poursuivit Mrs Culverton-Smith (et sa voix sembla à John très, très, très lointaine), pourquoi m'avez-vous fait venir ? Rien ne peut plus vous sauver, vous le savez. Vous êtes un peu stupide, mais très courageux, M. Holmes, je ne le nie pas. Mais quel est le but de... Oh, ça fait mal ?

John entendit Sherlock gémir. Il voulut se lever, sortir de l'armoire, mais ses jambes refusèrent de lui obéir.

- Alors ? Pourquoi ?

- Vous ne maîtrisez rien, docteur, murmura Sherlock. Rien du tout. Si la contagion échappait à votre contrôle, vous ne pourriez pas endiguer une épidémie. Vous devez arrêter votre petite guerre bactériologique.

- Deux médecins sont morts dans l'hôpital où Victor a été transporté. Je l'ai pris en compte et réduit la nocivité de mon virus. La contagion n'est plus à craindre.

Elle parlait sur un ton de supériorité, absolument certaine de sa victoire, avec encore cette pointe de tendresse dans la voix lorsqu'elle évoquait son virus. Complètement cinglée, estima John, incapable pour le moment de porter un jugement plus complexe.

- Vous jouez à l'apprenti sorcier, répondit Sherlock en toussant de nouveau. Vous vous croyez très forte, mais cela se retournera un jour contre vous.

- Vous ne m'avez pas fait venir pour me faire une leçon de morale, tout de même ?

- Non, juste vous informer que je suis en train d'enregistrer tout ce que vous me dites sur mon portable.

Il y eut un nouveau silence, pendant lequel John ne put s'empêcher de se demander quelle était, dans ce cas, l'utilité de l'avoir enfermé dans une penderie avec un dictaphone.

- Et vous comptez partager cette information avec la police ?

- Exactement.

Mrs Culverton-Smith se mit à rire.

- Sincèrement, M. Holmes, vous croyez que je n'avais pas prévu cela ?

- Que vous l'ayez prévu ne l'empêchera pas d'arriver.

- Vous me décevez beaucoup. Peut-être votre cerveau a-t-il subi quelques dommages à cause de la fièvre ?

- Je... ne... comprends pas.

- Je vois ça. Si vous envoyez cet enregistrement à qui que ce soit, M. Holmes, votre cher ami le docteur Watson mourra dans une semaine.

- Je peux le prévenir.

C'était une réponse stupide. Mrs Culverton-Smith avait certainement également prévu cela. Or, Sherlock ne faisait pas de réponses stupides. La fièvre devait être montée bien trop haut, en effet.

- Faites-le si ça vous chante. Vous ne savez pas comment le poison est entré dans votre système, vous me l'avez avoué tout à l'heure. Votre ami ne pourra pas être constamment sur ses gardes. Sa mort est déjà en marche et je suis la seule à pouvoir l'arrêter. Et je ne le ferai certainement pas depuis une cellule de prison.

- Vous avez des complices ?

- Vous me croyez assez sotte pour vous le dire ?

- Promettez-moi que vous ne vous attaquerez pas à John.

- Si vous n'alertez pas la police, il ne craint rien. S'il me laisse tranquille, je le laisserai tranquille. Cela me semble assez honnête.

Pendant le silence qui suivit, John entendit la respiration douloureuse de Sherlock s'accélérer. Il voulait vraiment agir, il voulait vraiment faire quelque chose, mais son esprit ne maîtrisait plus rien. Il se contentait de tenir le dictaphone en essayant de contrôler ses propres inspirations.

- Vous avez bien calculé votre coup, murmura Sherlock.

- Et vous, vous êtes si prévisible ! Vous avez la possibilité de m'arrêter, mais vous ne le faites pas. Et tout ça pour la vie d'une seule personne... Comme c'est touchant ! Que dites-vous ?

La voix de Sherlock était à présent réduite à un murmure inaudible.

- Tout cela m'a l'air vraiment douloureux. Maintenant, si vous le permettez, je vais prendre ceci...

John entendit un froissement de tissu. Le médecin avait probablement pris le portable du détective.

- ... Merci. Et à présent, je vais vous regarder mourir. Rassurez-vous, vos souffrances seront bientôt terminées. Une heure, deux tout au plus. J'attendrai le retour de votre ami Watson pour lui dire combien je suis désolée de ne pas avoir réussi à vous sauver... J'espère d'ailleurs que l'accouchement de sa sœur se passe bien. Il serait terrible pour lui de perdre deux personnes qui lui sont chères le même jour.

- A votre place, je ne compterais pas trop là-dessus, docteur. Vous permettez ?

John sentit son cœur s'accélérer dangereusement. La voix de Sherlock avait repris sa tonalité normale, un peu plus faible qu'à l'ordinaire peut-être, mais parfaitement audible et non plus cassée par la toux. Il lui sembla que le malade s'était levé.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? s'écria Mrs Culverton-Smith.

- Que vous allez bientôt vous retrouver inculpée pour meurtre et tentative de meurtre, répondit Sherlock joyeusement. Je viens de faire signe aux deux inspecteurs de police qui attendaient sous la fenêtre.

John entendit un cri de rage, suivi d'un bruit de martèlement, et en déduisit que la femme avait cherché à détruire le portable de Sherlock. La porte de la chambre s'ouvrit. Il y eut un temps de silence, puis la voix de Lestrade retentit, emplie d'inquiétude :

- Sherlock, comment allez-vous ? Vous avez l'air...

- Je survivrai, coupa le détective avec brusquerie. Vous pouvez arrêter cette... dame pour meurtre et tentative de meurtre, sur ma personne. Et, accessoirement, pour détérioration de biens personnels. Je tenais à mon téléphone.

Mrs Culverton-Smith éclata de rire.

- Meurtre ? Tentative de meurtre ? Que voulez-vous dire ?

- Oh, j'oubliais. Ce n'est pas parce que vous avez totalement détruit mon portable et son contenu que je n'ai plus de preuve. John ! Tu peux sortir maintenant !

La porte de la penderie s'ouvrit et le visage de Sherlock apparut, illuminé par un large sourire. John, trop choqué pour protester, se leva comme un automate et sortit de sa cachette.

- Espèce de...

- Voyons, Mrs Culverton-Smith, pas d'insultes, vous pourriez les regretter ! John, le dictaphone ! ordonna Sherlock.

John, totalement abasourdi, ne bougea pas. Son regard se posa alternativement sur tous les personnages de la scène qu'il avait sous les yeux.

Mrs Culverton-Smith, tremblante de rage, semblait sur le point de se jeter sur Sherlock pour l'étrangler ; à ses pieds gisaient les restes du portable du détective, réduit en miettes par ses coups de talon.

Lestrade paraissait partagé entre deux sentiments contradictoires : la volonté d'arrêter la meurtrière et celle de porter secours à Sherlock, qui, toujours anormalement pâle, ressemblait plus que jamais à un fantôme.

Ce fut Donavan qui se reprit la première ; debout près de la porte de la chambre, elle semblait confuse et désorientée, et peut-être même légèrement inquiète ; mais ce fut elle qui posa sa main sur l'épaule de Mrs Culverton-Smith pour l'empêcher de sauter sur le détective.

Quant à Sherlock, debout près de John, il semblait au comble de la joie. Agacé par l'apathie de son colocataire, il lui arracha le dictaphone des mains, sauta par-dessus le lit et tendit l'objet à l'inspecteur principal.

- Sa confession, pleine et entière, expliqua-t-il. Elle reconnaît avoir assassiné quatre personnes, essayé de me tuer, et envisagé d'empoisonner John également. Nous devrons régler ce problème, d'ailleurs. Elle était si contente de me prouver qu'elle avait été la plus forte ! Voilà le problème des génies, ils ne peuvent pas se taire...

Tu peux parler, pensa John. Mais ce n'était pas le moment. Il n'avait pas besoin de mots, mais de preuves. Deux minutes auparavant, Sherlock était mourant. A présent, il semblait prêt à courir un marathon. Le médecin marcha mécaniquement jusqu'à son ami, qui n'opposa aucune protestation (et la contagion, alors ? demanda la petite voix de la rationalité tout au fond du cerveau de John) et lui appliqua la main sur le front. Pas la moindre hausse de température. Il lui prit le pouls. Régulier, parfaitement normal.

Sherlock, qui jusque-là avait l'air de s'amuser comme un petit fou, croisa le regard de son ami et s'arrêta net dans son explication.

Pas mourant. Même pas malade. Même pas vaguement. Rien du tout. Sherlock avait tout feint. John voyait à présent très clairement les traces de maquillage sur le visage du détective.

Le soulagement qu'aurait dû éprouver le médecin ne vint pas. La colère, en revanche, montait irrésistiblement. Sherlock dut s'en rendre compte, car il recula légèrement.

- John... John, je... commença-t-il.

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase. Le poing de son colocataire partit malgré lui et atteignit Sherlock sur le maxillaire droit. Le détective vacilla et dut se retenir au mur pour ne pas tomber.

Sans ajouter un mot, sous les regards stupéfaits de Lestrade et de Donovan, John quitta la pièce sans se retourner.