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Abby Sciuto aspira longuement à la paille de son grand gobelet en carton et l'envoya d'un geste précis dans la poubelle la plus proche. Puis elle ramena les pieds sous elle et adressa un grand sourire à Tim qui termina lentement son café. Le gobelet alla rejoindre celui d'Abby. Il lui avait tout raconté, zappant sur l'histoire du chalet dans les bois. Ça c'était entre lui et Tony. Il se sentait un peu fleur-bleue mais c'était quelque chose qu'il ne voulait partager qu'avec Tony seulement. Leur secret en quelque sorte.

-Je me doutais de quelque chose, quand même, avoua Abby gentiment.

-Comment ?

-Dans le sas, quand vous discutiez Tony et toi. Je sais un peu lire sur les lèvres.

Tim rougit.

-Merde !

-C'est pas grave, Tim, tu sais que tu peux me faire confiance, tu me connais. Parles-moi un peu de votre relation. Tu me dis que Tony est très...directif, c'est ça ?

-Oui, c'es toujours lui qui décide. Quand on le fait et comment on le fait. Tim rougit de plus belle. Il prend les initiatives, c'est pas que je m'en plaigne parce que c'est super. Mais j'ai l'impression qu'il n'y a pas de vrai échange et question sentiment je donne mais sans rien attendre en retour. Je me sens...vidé. Sur le coup j'ai ressenti le besoin de prendre du recul. Tu comprends ?

Abby avait les yeux fixés sur la statue équestre du Président Jackson. Elle observa le silence pendant un long moment. Tim le respecta. Il savait qu'elle réfléchissait. Ils étaient pareils dans leur besoin d'analyser.

-Tim, je peux te parler franchement ?

-Vas-y Abby, je peux tout entendre.

-Voilà, tu te plains que Tony est un peu directif au lit mais est-ce un hasard ? Tous les deux, toi et moi ça ne te gênait pas que ce soit moi qui "domine". D'ailleurs rappelle-toi que nous en avons parlé et que tu as admis que c'est comme cela que tu aimes avoir des relations sexuelles.

-Oui mais...

-Je te connais par cœur, Tim, je crois que tu connais la réponse.

-Je...Tim se tut, la gorge nouée.

-Tony est un homme, c'est ça ?

Merde! Abby avait le don de vous mettre à découvert, de vous obliger à reconnaitre qui vous étiez vraiment. Elle n'était pas seulement franche, elle était honnête. Il se souvint comme il s'était senti mal à l'aise en demandant à Tony d'inverser les rôles. Ce n'était pas ce qu'il voulait vraiment mais il avait eu peur que Tony prenne comme une...faiblesse le fait qu'il aimait être "dominé" au lit ou bien se moque de lui. Putain, il avait été vraiment con. Tony lui ne s'était pas trituré les méninges, il l'avait senti instinctivement et avait fait avec.

-Oui, c'est vrai, tu as raison, admit-il, je me suis senti obligé de proposer à Tony d'inverser les rôles parce que je me suis dit qu'il allait penser que j'étais un faible ou un truc comme ça. J'avais honte de mes désirs. C'est incroyablement con, je m'en rends compte maintenant. C'est assez paradoxal parce qu'avec toi qui est une femme je n'ai jamais eu ce sentiment. Mais quand même, tu trouves normal toi que ce soit lui qui décide de nos rendez-vous?

Abby sourit.

-Non, bien sur que non, mais sois honnête, Tim, tu as laissé faire. Tu aurais peut-être dû être plus ferme de ce coté-là. En ne disant rien tu lui as implicitement donné le pouvoir de le faire.

Tim soupira. S'il avait pensé se faire plaindre par son amie il en était pour ses frais. Mais il lui en était également reconnaissant parce que cela l'aidait vraiment à y voir plus clair. Oui, c'était vrai, il avait laissé Tony prendre les rênes de cette relation, dans tous les sens du terme, parce que ça l'arrangeait bien. Et maintenait il était là à gémir...

Abby respecta son silence. Elle se leva pour s'étirer et fit quelques pas dans le parc. Des enfants jouaient autour de la statue. Elle sourit. Elle adorait les gosses. Elle connaissait des adultes qui étaient de vrais enfants à quelque part, comme cet adorable Tim là, sur le banc aux prises avec ses sentiments ou encore Tony qui lui était resté un vrai gamin...ou un ado attardé par certains cotés. Mais elle les adorait tous les deux. Peut-être un peu pour cela, d'ailleurs. Elle prit le temps d'admirer les jolies maisons du 19ème siècle qui bordaient Jackson Place et retourna s'assoir. Tim avait l'air un peu moins tendu.

-Tu aimes Tony ? Lâcha t-elle abruptement.

-Je...enfin, j'en pince pour lui, je suis attiré par lui.

-Tu n'as pas répondu franchement à ma question, Tim. Tu aimes Tony ?

-Ça va, Abby, j'ai compris, soupira Tim. J'aime être avec lui, j'aime ce que nous faisons ensemble mais je ne connais pas vraiment la profondeur de mes sentiments. Nous sommes bien ensemble. Nous nous accordons, comme il dit.

-Alors profitez-en.

-Oui mais...

-Tu as peur que ce soit des sentiments à sens unique, c'est ça ?

-Oui.

-Qu'est-ce qui te fait penser ça ? Tim, je te demande si tu l'aimes et tu me réponds que tu en pinces pour lui. Tu viens également de me dire que tu te sens attiré par lui. Mais lui aussi est attiré par toi sinon crois-moi qu'il n'aurait pas poursuivi votre relation après la première nuit. Excuse-moi mais à la lumière de ce que tu viens de me dire tes sentiments ne me semblent pas plus forts que les siens. Je te signale que tu ne m'as pas répondu que tu l'aimais. D'accord, ce n'est pas le coup de foudre mais vous vous connaissez depuis trop longtemps pour ça. Attends de voir comment vos sentiments vont évoluer. Vous vous sentez bien ensemble, c'est déjà pas mal. Tu voudrais partager sa vie ? Vivre avec lui ?

-Euh...non.

-Alors ? Il te plait, tu lui plais. Arrête de te casser la tête et profite de l'instant présent.

Tim éclata de rire. Abby le regarda intrigué.

-C'est...c'est ce qu'il m'a dit la première fois que nous avons fait l'amour, hoqueta t-il, je...j'ai cru qu'il me sortait une de ses répliques de cinéma et je lui ai cité le film. Tu...tu te rends compte, on était au lit et...

Il ne put continuer sa phrase tant il riait. Abby se mit à rire à son tour. Des larmes coulèrent le long de ses joues.

-Merde, mon maquillage! S'exclama t-elle pliée en deux sur le banc.

Quelques passants regardèrent intrigués cette jolie jeune femme gothique avec des nattes, en mini jupe à carreaux et collier à pointe prise de fou-rire avec son compagnon sur un banc de Lafayette Square puis ils continuèrent leur chemin. On était à Washington, à deux pas de la Maison Blanche alors des gens bizarres ce n'était pas ce qui manquait dans le coin.

Ils finirent par reprendre leur sérieux. Abby voulut de nouveau un soda et Tim courut lui en chercher un.

-Il faut que tu ailles le voir maintenant et que vous en parliez tous les deux, déclara Abby en sirotant.

-J'en ai pas le courage, pas après ce que nous nous sommes dit.

-C'est le type qui a dit à la secrétaire d'Etat du pays d'aller se faire voir qui me sort ça?

-C'était Gibbs qui me l'avait ordonné.

-Et là c'est un ordre d'Abby !

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À suivre pour le dernier chapitre