14.

Se retrouver devant les écrans de sa Centrale de Communications avait été une sensation familière pour Aldéran qui s'était retrouvé dans son élément, son plan parfaitement à l'esprit et pouvant enfin passer à l'action.

- C'est parti ! jeta-t-il à l'intention de ses Leaders de troupes. Et tâchez de ne pas tous vous faire tuer…

Il bascula son oreillette sur sa seconde fréquence.

- A vous aussi de jouer, les trois comiques de l'Ouest.

Il se tourna ensuite vers Jelka.

- Tu me les suis sur les écrans que je t'ai demandé de me réserver ?

- Tout est en place, Aldéran.

Il revint sur la fréquence des Polices afin de rectifier les ordres et les actions de ses équipes en fonction des événements qui se déroulaient devant ses yeux et ayant été prêt à donner ses étoiles pour pouvoir être sur le terrain !


Skyrone s'était précipité à la Clinique Sperdon quand son père lui avait appris l'agression d'Albior.

- Tu es sûr que tu as appelé le fils qu'il fallait ? fit-il, une fois rassuré quant au sort de son neveu qui poursuivait paisiblement son interminable sommeil.

- Et toi, tu n'as pas écouté le dernier flash d'informations ! rétorqua Albator avec une sècheresse qui fit sursauter l'aîné de ses fils.

- Papa ! ? protesta-t-il.

- Aldéran a rejoint son QG, il semble être rentré en grâce car son nom a été cité, et il vient de lancer sa troisième et dernière offensive contre les Seigneurs. Tout le Sud de RadCity est sens dessus-dessous, voit l'affrontement entre ces fous furieux et les troupes des Polices et les régiments de l'Armée mobilisés par ton cadet roux… Et ça va se propager à toute la galactopole !

Atterré par cette violence dont il n'était guère coutumier, Skyrone porta les mains à sa bouche.

- Mais, que va-t-il se passer ?

- Deux options : soit Aldie a suffisamment bien monté son coup et il va avoir le dessous, soit il a mésestimé ses adversaires – tous ses adversaires – et il va se faire submerger et là l'état de siège des derniers mois ne sera rien en comparaison de la loi de tous ces Seigneurs et Rois !

- Qu'y a-t-il à faire ?

- Delly et toi, ta sœur et ton frère, devriez aller sur l'Arcadia.

- Et ça nous avancera à quoi ? soupira Skyrone. Si ce que tu prédits arrive, nous ne pourrons jamais revenir sur ce sol. Et il est hors de question de l'envisager !

- Je constate qu'Aldie et toi êtes sur la même longueur d'onde, malheureusement.

- Dépêche-toi de filer, papa. Tu as suffisamment vu ce genre de choses. Ce n'est pas nécessaire d'en ajouter une de plus.

- Cela fait un bon petit moment que je dis que je ne vous abandonnerai plus. On dirait que personne ne veut me croire quand je profère une vérité ! Je reste auprès de vous. Et il y a Albior à continuer de protéger.

- Qui avait envoyé ce commando ?

- Aucune idée. Ce ne sont pas ses membres qui pourront dire quoi que ce soit…

- C'est toi, et seulement toi qui les as tous… ?

- J'ai dû agir un peu dans l'urgence. Mais il était de toute façon hors de question que je les laisse approcher Albior !

- Tu as très bien fait ! décréta un peu sauvagement Skyrone, à la surprise de son père. Heureusement que c'était toi qui étais auprès d'Albior !

- Chacun de vous l'aurait défendu, selon ses moyens, assura Albator en étreignant l'épaule de l'aîné de ses fils. Par contre, c'est vrai que j'étais le mieux armé, au propre comme au figuré, pour régler cette histoire. J'espère que dans son coma, Albior n'a rien perçu de tout cela !

- Nul ne saura jamais le dire, sauf s'il le révèle. Aldéran avait perçu certains de nos propos quand, après l'accident de voiture, nous nous relayions à son chevet, et toutes les fois où il faisait un de ses « voyages »…

- En ce cas, j'ai pollué son âme si pure, s'attrista le pirate à la chevelure de neige.

- Il sait sûrement que tu l'as sauvé, et c'est tout ce qui importe !

Skyrone s'approcha d'une des fenêtres du salon d'attente où son père et lui avaient discuté tranquillement. Il fixa longuement les immeubles et avenues de la galactopole, caressant machinalement sa courte barbe d'or roux striée de gris en son geste habituel de contrariété et d'incompréhension.

- RadCity semble si calme… Et tu m'affirmes que ce sont les enfers de toutes les mythologies qui se déversent dans les rues ?

- Ca viendra jusqu'ici…

- En ce cas, sauve Albior !

- Comme tu voudras, Sky.

Skyrone reporta son attention sur la vue de sa fenêtre.

- Je me demande comment Aldéran s'en sort…


- Général, viens voir ça, ce n'est pas normal !

A l'appel de Pyatte, Aldéran se dirigea vers les claviers et écrans qu'elle contrôlait. Cette dernière lui en désigna trois.

- Le Roi Ouchan a quitté sa position !

- Ici, Général ! pria Jelka en l'interpellant à son tour.

Aldéran la rejoignit.

- Oui ? Tu me confirmes l'info de Pyatte ? Où est-ce qu'il court se planquer ?

- Il ne se replie pas, Aldéran : il a fait rejoindre les positions de ses deux pairs, en scindant ses propres troupes, et il les attaque !

Le grand rouquin balafré tressaillit un peu violemment.

- Ouchan est le plus jeune et le plus puissant des trois Rois. Mais, jamais je n'aurais songé qu'il se retourne contre les siens ! En même temps, quelle meilleure opportunité pour s'emparer des deux autres territoires que ce chaos absolu ! ? Il avait une chance, et il l'a saisie !

Aldéran éclata d'un rire assez faux.

- Ca m'aide, je ne vais pas me priver de m'en servir ! Garde-le à l'œil, Jelka, je dois continuer à superviser mon opération.

Depuis son fauteuil, où tout comme Jarvyl et Soreyn, Kycham qui n'avait pas quitté la Centrale de Communications, se tourna vers son Général.

- Trois de dix-sept zones d'Interventions sont perdues.

- Combien ont été gagnées ?

- Treize.

- Il ne reste donc que la poche des cabarets. Quelles sont les chances des Unités sur place ?

- Quasi complètes ! fit Soreyn. Mais les pertes seront sévères, à nouveau…

- Je sais… Jarvyl, les statistiques ?

- Nous sommes à 80% de réussite, avec des pertes sévères… Nous progressons, Général, tu vas gagner. Et, maintenant ?

- Jelka, donne-moi les coordonnées exactes d'Ouchan, je vais le rejoindre !

- Aldéran ! protestèrent d'une voix, et en se levant à l'unisson, ses trois subordonnés.

- Je n'aime pas qu'on me tire dans les pattes, et je vais régler cette question. Vous trois, finissez le ménage et ne laissez rien de vivant sur place !

- A tes ordres…


- Pas eu le temps de revêtir ton uniforme de parade, Général ? ironisa Ouchan quand Aldéran avait stoppé son tout-terrain devant le sien, sortant lance-missiles de poche à l'épaule pour dégommer les véhicules d'escorte du Roi de l'Ouest pour le tête-à-tête.

- Je suis des Polices avant tout, et mon uniforme est effectivement pour la parade, pas pour l'action… Ouchan, tu t'es retourné contre tes pairs, tu les as tués !

- Oui, RadCity est désormais à moi ! A présent, vas finir ton « nettoyage », nous nous reverrons ensuite, une dernière fois.

- Et là, je te jure que je ne te louperai pas, Roi d'opérette !

- Oh que oui : à bientôt pour le final !

- Pour toi, ou pour moi ? grinça Aldéran.

- Aldéran, fais gaffe ! hurla Jelka dans l'oreillette de son Général, lui indiquant dans la foulée les positions de trois tueurs dans les ruelles adjacentes.

Mais, avant même qu'Aldéran puisse réagir, Ouchan avait dégainé son fusil à pompe et dégommé les trois menaces !

- A bientôt, Général, persifla-t-il à nouveau, laissant derrière lui un Aldéran interloqué, alors que parvenaient à ses oreilles les échos des fusillades des dernières prises de poches tenues par les Seigneurs, sonnant le retour d'un certain équilibre à RadCity !