NAUSICAA

"Ecoutez-moi, il y a autre chose là haut !"

La cacophonie des nains s'éteignit doucement. Nausicaa croisa les bras en haussant un sourcil intéressé. Que voulait-il dire ? Qu'y avait-il de pire qu'Azog et ses sbires ?

"Cela ressemble-t-il à un ours ?, demanda Gandalf."

"Oui, mais c'est gros, beaucoup plus gros !"

"Il y a une maison pas très loin d'ici où nous pourrions trouver refuge."

Gandalf expliqua à la compagnie que leur hôte potentiel pouvait décider de les aider ou de les tuer. Contre toute attente, Thorin accepta la suggestion du magicien gris. Nausicaa n'était pas convaincue. Elle aurait mille fois préféré une attaque frontale afin d'en finir le plus vite possible. Cependant, sa proposition avait été refusée à l'unanimité, exceptée par Dwalin.

Thorin donna le signal du départ et la troupe s'élança dans la nuit. Depuis que sa véritable identité avait été dévoilée, le nain l'évitait. Même la bataille contre Azog n'avait pas suffi à briser la glace. Au contraire, il ne lui adressait plus la parole si ce n'est pour lui donner des ordres. Visiblement, la belle amitié en laquelle elle n'avait cessé de croire, n'était qu'une illusion infantile. La jeune femme haussa les épaules. Après tout, cela lui était bien égal. Elle arracha le pendentif et le laissa glisser au sol.

Elle avait grandi et cette ridicule histoire de talisman n'était plus de son âge.

Durant son enfance, elle n'avait cessé de se raccrocher à ce symbole. Un attachement qui lui donnait confiance en l'avenir, qui lui disait « Il y a encore de l'espoir, tu peux changer ton destin si tu luttes avec acharnement ! »

Quelle naïveté !

Thorin ne l'avait peut-être pas obligée à partir, mais il semblait désormais que sa présence le révulsait. Nausicaa ne s'était jamais sentie aussi seule. Les distances qu'il avait prises avec elle, étaient bien réelles. Etait-ce dû au fait qu'elle était la fille de Fengel ou sentait-il qu'elle avait changé ? Que quelque chose la dévorait à petit feu et la transformait ?

Dans tous les cas il l'évitait, et c'était une vérité que personne ne pouvait nier.

"Courez ! La bête nous pourchasse !, hurla Fili."

Nausicaa prit ses jambes à son coup en essuyant les larmes qui coulaient sur son visage. Elle devait oublier tous ses sentiments contradictoires et se concentrer sur le présent.

Survivre.

La compagnie s'élança à travers bois. Bientôt, ils se rendirent compte qu'ils n'étaient pas seuls. Quelque chose les poursuivait. Nausicaa suspecta qu'il s'agissait de l'ours que Bilbo avait aperçu. Elle se retourna et constata avec stupeur que les arbres étaient déracinés par le passage de la bête qu'elle distinguait à travers les branchages.

Elle accéléra sans se préoccuper de la douleur qu'irradiait sa jambe. Alors que la jeune femme pensait être au maximum de ses capacités, elle regarda Bombur la dépasser avec incompréhension.

"Les nains, marmonna-t-elle. Les nains !"

Une maisonnette se dessina lorsqu'ils franchirent l'orée du bois. La compagnie se retrouva à découvert. Sans se concerter, chacun fonça en direction de la chaumière. La bête les talonnait de près et Nausicaa sentit ses poils se hérisser. Ils arrivèrent enfin face à l'immense portail de chêne. La panique se mêlant à l'empressement, aucun ne parvint à l'ouvrir. Nausicaa arriva à son tour, si essoufflée qu'elle ne fût pas d'une grande aide. Enfin, la porte céda lorsque Thorin explosa le loquet avec son épée. Comme un seul homme, la compagnie pénétra à l'intérieur. La gueule écumante d'un ours, munit de défenses d'oliphant, se profila dans l'embrasure. Les nains se jetèrent contre le portail et durent batailler quelques secondes avant que celui-ci ne se referme. Nausicaa était pétrifiée par cette apparition, et irrésistiblement attirée vers cette créature primitive.

Sauvage.

Elle dut lutter de toutes ses forces pour garder éteint le feu qu'elle sentait s'éveiller.

"Qu'est-ce que c'est ?, demanda Bilbo."

"Notre hôte, répondit le magicien gris."

"Que voulez-vous dire ?"

Gandalf se tourna vers Kili, en croisant les bras.

"Nous sommes dans la maison de Beorn. C'est un changeur de peau Son peuple vivait autrefois dans ces montagnes. Cet homme a la capacité de se transformer en ours. Si la bête est imprévisible, l'homme l'est tout autant."

Un changeur de peau. Jamais Nausicaa n'avait entendu parler d'un peuple possédant une telle faculté. Cela l'intriguait au plus haut point.

"Sommes-nous en sécurité ?"

"Je l'espère, Nausicaa."

"Dans ce cas, dormons tant que nous en avons l'opportunité, conclut Thorin."

"""""

« J'ai pas sommeil. »

La jeune femme se retourna sur sa paillasse et fixa le plafond, les yeux grands ouverts. Les ronflements de ses compagnons emplissaient l'espace. Il faisait si chaud dans cette chaumière qu'elle transpirait à grosses gouttes. Nausicaa rejeta sa couverture et s'assit en tailleur. A travers les petites ouvertures dans les murs, elle constata que le jour n'allait pas tarder à pointer le bout de son nez. Elle se leva et traversa la pièce en évitant d'écraser les pieds, les doigts ou la barbe des nains. Le loquet de la porte levé, avec plus ou moins de difficulté, Nausicaa se glissa dehors en silence.

L'air nocturne lui fit du bien et le changement de température la fit frissonner. La princesse rohirrim fit quelques pas dehors, lorsqu'un bruit de pas attira son attention. Ses réflexes guerriers reprirent le dessus et elle se mit en garde. Un poignard apparut dans sa main.

La silhouette colossale d'un homme se profila dans l'obscurité. Nausicaa s'approcha avec précaution en plissant les yeux. Une crinière animale cascadait sur des épaules puissantes, tandis que des muscles saillaient à la lumière des étoiles.

Un homme aussi sauvage qu'un ours.

"Qui êtes vous et que faites vous chez moi ?, grogna Beorn."

Nausicaa savait qu'il était impoli de fixer quelqu'un. Surtout, quand ce « quelqu'un » pouvait vous arracher la tête avec son petit doigt. Cependant, c'était plus fort qu'elle. Tout en lui l'attirait comme un aimant. Elle était littéralement hypnotisée par le change-peau.

Elle voulut parler, mais elle n'en eut pas l'opportunité.

Une crise sans commune mesure lui déchira les entrailles. La jeune femme se plia en deux, lâchant son arme en passage. Un gémissement franchit ses lèvres tandis que des gouttes de sueur perlaient sur son front. Une écume rouge au goût ferreux, lui monta à la bouche.

"Forcez vous à respirer, la douleur va disparaître. Ne résistez pas à la souffrance, acceptez là comme si elle faisait partie de votre corps. Voilà, comme cela."

Nausicaa se détendit tout en prenant de profondes inspirations. Elle cracha le sang qui inondait sa gorge. Le feu qui la dévora s'apaisa et la brume qui obscurcissait son esprit se dissipa lentement. Lorsque sa vision s'éclaircit, elle remarqua avec effroi que Beorn était encore plus effrayant vu de près. Cependant, son regard était étonnamment doux.

"Vous vous sentez mieux ?"

"Je crois, merci."

L'homme-ours s'était accroupi à côté de la jeune femme. Celle-ci se releva doucement sans cesser de respirer avec application.

"Ces crises sont-elles fréquentes ?"

"Oui, depuis quelques temps..."

Nausicaa secoua la tête pour se remettre les idées en place. Il était hors de question qu'elle parle de ce « feu », à un parfait inconnu aussi dangereux qu'imprévisible.

"Ce n'est rien, c'est sûrement dû à la fatigue. Il faut que je me repose et ça passera."

"Je n'en suis pas certain."

La jeune femme épousseta ses vêtements tout en détaillant Beorn. Elle éprouvait une certaine empathie à son égard. Tout en lui émanait tristesse et solitude. Sans qu'elle ne se l'explique, elle n'aspirait qu'à l'aider et le consoler.

"Je m'appelle Nausicaa."

"D'où venez-vous ?"

Beorn toisa la demoiselle de toute sa hauteur. Cette dernière ne parvenait pas à cacher son embarras mais, contre toute attente, le change-peau lui inspirait confiance.

"Du Rohan, lâcha-t-elle avec appréhension."

Elle guetta la réaction de l'homme-ours. Celui-ci resta de marbre. Il croisa les bras sans cesser de fixer son interlocutrice.

"Et vos compagnons, qui ronflent aussi fort qu'une meute de wargs, viennent-ils également du Rohan ?"

"Non, ce sont des nains. Il y a également un hobbit et un magicien."

Beorn poussa un grognement bestial qui fit frissonner Nausicaa. Elle sentait qu'elle avait commis une erreur, mais elle ne parvenait pas à comprendre ce qui avait provoqué sa colère.

"Je déteste les nains. Ils sont cupides et orgueilleux. Il n'ont aucun respect pour les formes de vies qu'ils jugent inférieur à la leur."

"C'est faux !"

Nausicaa porta une main à sa bouche mais, encore un fois, sa langue avait dépassé sa pensée.

"Les nains sont braves, déterminés et loyaux. Toutefois, je vous accorde que leur entêtement et leur susceptibilité peuvent parfois être agaçants. Alors... Euh.. Ne soyez pas trop dur avec eux. Et surtout, ne nous tuez pas. Il y a déjà une horde d'orques ainsi que des gobelins hystériques et d'autres créatures plutôt affreuses qui veulent nous voir six pieds sous terre. Donc, euh.. Ce serait vraiment gentils de ne pas nous mettre dehors. S'il-vous-plaît ?"

Beorn fit mine de réfléchir tandis que Nausicaa attendait sa réaction avec angoisse. A cet instant, elle aurait mille fois préféré retourner dans la caverne des gobelins.

"Très bien. Pour le moment, ils peuvent rester ici."

"Merci, répondit Nausicaa sans dissimuler son soulagement. Je me souviendrai de ce geste."

Beorn se saisit de la hache qui pendait dans son dos et, avant que la jeune femme n'ait eut le temps de reculer, il coupa en deux une énorme bûche.

"La douleur a-t-elle disparue ?"

"Oui, je crois que vos conseils sont très efficaces."

Le change-peau leva sa hache et fendit en deux un autre bout de bois.

"Croyez-moi, elle reviendra en redoublant de vigueur."

"Comment le savez-vous ?"

"Je le sais, c'est tout. Vous n'atténuerez pas aisément de ce feu qui vous dévore. Ces maux font partie de vous."

Nausicaa regarda l'homme-ours, complètement bouche bée.

"Qu'en est-il de cette « maladie » ? Peut-on s'en débarrasser ?"

"Non."

La jeune femme haussa un sourcil perplexe.

Encore des réponses laconiques !

Elle se rapprocha de Beorn jusqu'à sentir son souffle dans son cou.

"Dites-moi ce qu'il m'arrive. Si vous en avez la moindre idée, je dois savoir !"

L'homme-ours se redressa de toute sa hauteur. La princesse rohirrim ne se laissa pas impressionner. Il lui fallait des réponses. Maintenant.

Sinon, elle finirait par devenir folle !

Elle agrippa la tunique en peau de bête, à la propreté douteuse, et la serra à s'en faire blanchir les phalanges.

"Je ne peux malheureusement pas vous aider. Lorsque vous aurez découvert l'origine de ce feu, alors tout deviendra clair."

"Comment... Comment dois-je m'y prendre ?"

Beorn posa une main rassurante sur l'épaule de la demoiselle, qui desserra ses doigts à regret.

"Lorsque le temps sera venu, vous comprendrez. Jusque là, pratiquez ces exercices de respiration. Les crises s'amplifieront, soyez en certaine."

Nausicaa acquiesça avec dépit. Des mots, encore des mots ! Quand lui expliquera-t-on quel est le mal qui la dévore ?

"Jeune fille, peut-être m'avez vous apporté l'espoir. Une petite lumière vacillante entourée par des nains bruyants, un hobbit et un magicien. Nous nous reverrons, je n'en doute pas un instant."

"Quoi ? Je ne comprends pas. Expliquez-vous..."

"Hum Hum !, toussota une voix masculine."

Gandalf le gris s'approcha, suivit de près par Bilbo. Le magicien semblait plutôt étonné de la voir en grande conversation avec l'hôte qui était supposé les tuer.

"Ce n'est pas un nain ?, demanda Beorn brusquement."

"Non, je suis un hobbit de la Comté., répondit Bilbo avec empressement."

"Nausicaa, que faites-vous ici ?"

La jeune femme haussa les épaules en s'accoudant contre un arbre.

"J'arrivais pas à dormir, alors je suis sortie. Puis, j'ai rencontré notre généreux hôte."

Gandalf ne savait quelle attitude adopter, ce qui l'amusa énormément.

"Cher Beorn, je souhaiterais vous présenter certains de mes compagnons. Ce sont..."

"Des nains. Laissez tomber, il le sait déjà."

"Très bien, très bien, marmonna Gandalf."

Quelques secondes plus tard, les nains quittèrent la maison. Ils avançaient deux par deux en redoublant de courbettes et de « à votre service ».

"Sont-ils tous ici ?, demanda Beorn en grognant."

C'est alors que Thorin apparut, dans l'ombre de la chaumière. L'homme-ours sembla se tendre à son arrivée. Il savait qui était Oakenshield, elle en aurait mis sa main à couper ! Nausicaa sentit ses mâchoires se contracter. Elle croisa les bras et attendit.

"Puisque nous somme tous réunis, allons parler à l'intérieur."

C'est ce qu'ils firent.

"Vous êtes le dernier ? Il n'y a aucun autre change-peau ?"

"Non, répondit Beorn. Autrefois, je fus prisonnier de celui qui vous pourchasse. Torturer et mettre en cage des changeurs de peau l'amusait énormément."

"C'est affreux !"

Nausicaa tapa du poing sur la table. Les agissements, passés et présents, d'Azog le Profanateur la mettaient hors d'elle, et elle sentait que son « feu » n'allait pas tarder à s'éveiller. Elle se força à respirer profondément et lorsqu'elle parla, sa voix ne trembla pas

"Il devra payer pour ce qu'il a fait à votre peuple. Il faut qu'il meurt. Pour de bon, cette fois-ci !"

"Un peu de tempérance jeune fille, dit le magicien gris."

"La tempérance, c'est pour les lâches et les femmes faibles, marmonna-t-elle."

Thorin avala une gorgée de bière et reposa bruyamment sa chope.

"Nous devons gagner la montagne avant le dernier jour de Durin."

"Pour cela vous devrez traverser la forêt de Mirkwood. Mais qu'importe ! Les orques infestent la région, vous ne parviendrez jamais jusqu'à la forêt."

Le nain grinça des dents.

"Il le faut pourtant !"

Beorn se leva et avança au centre de la pièce. La compagnie, assise autour d'une table démesurée, le suivit du regard.

"Je n'aime pas les nains. Mais, les orques je les déteste encore plus ! Que vous faut-il ?"

Un sourire froid se dessina sur le visage de Thorin.

"""""

"J'aurais préféré seller Eona, marmonna Nausicaa dans sa barbe."

Fili s'approcha et son rire énerva d'autant plus la jeune femme. Celle-ci tira violemment sur les sangles.

"Cessez donc de rire ! Il n'y a rien de drôle."

"Vous autres, humains, êtes très étranges ! Vous donnez des noms aux chevaux et les traitez comme vos semblables."

"Je suis une Eorlingas. Nous dressons les chevaux depuis l'aube des temps. Il est normal que nous les traitions avec respect et attention. En retour, ils sont braves et endurant lors des batailles."

"J'imagine que vous avez connu de très nombreuses batailles !, rétorqua Fili avec ironie."

"Je vous retourne le compliment. D'après votre oncle, vous n'avez jamais affronté d'orques avant que ne débute cette aventure. Ce n'est pas mon cas. J'ai accompagné Thengel de nombreuses fois lorsqu'il chassait ces créatures hors de nos terres."

Le nain s'empourpra et posa rageusement la main sur son poignard. La jeune femme avait touché une corde sensible, appelée « inexpérience ». Corde qu'elle n'allait pas lâcher si facilement.

"Et c'est maintenant, face à une femme, que vous comptez prouver votre valeur ?"

"Vous ne savez rien, cracha Fili."

"Au contraire, j'en sais suffisamment !"

La discussion s'envenimait et elle risquait de dégénérer. Nausicaa posa une main sur l'épée que lui avait donnée Beorn. S'il le fallait, elle n'hésiterait pas à frapper la première. Son feu commença à bouillonner.

C'est alors que Kili intervint.

"Que vous arrive-t-il ?, demanda-t-il en s'interposant entre son frère et Nausicaa."

"Rien. J'écoute les exploits guerriers de Fili. Ah, non, j'oubliais. Il n'y a pas d'exploits !"

"Elle va trop loin, grogna le nain aux tresses blondes en se jetant en avant."

"Me traiterais-tu de menteuse ? Tu n'avais jamais vu d'orques avant de partir pour cette aventure. C'est une vérité... Que personne ne peut nier !"

"Calmez-vous ! Quelle folie vous a pris ?"

Kili retint son frère d'une poigne ferme. La jeune femme sentait monter son agressivité et elle faisait de gros efforts pour la juguler. Elle s'emportait inutilement. Elle n'avait aucune raison de provoquer Fili.

C'était plus fort qu'elle.

Quelques grandes inspirations plus tard, Nausicaa sentit sa colère s'évanouir aussi vite qu'elle était venue.

"Pardon Fili. Je n'aurais pas dû me montrer si irascible. Excuse-moi."

"Attends une sec..."

La princesse rohirrim s'éloigna, les rênes du poney dans sa main. Elle ne se contrôlait plus et cela l'effrayait au plus haut point.

"Nous partons, tonna Thorin. Gandalf, nous vous attendons."

Le magicien gris était en grande conversation avec Beorn. Nausicaa les regarda distraitement, avant d'enfourcher sa monture. Lorsque Gandalf l'eut rejoint, la compagnie s'élança à travers la plaine.

Un regard en arrière lui apprit que l'homme-ours la fixait avec insistance.

Ils se reverraient, elle en avait l'intime conviction.

Quelque chose les liait, bien qu'elle ignorât l'origine de ce lien.

La lisière de la forêt se dessina à l'horizon. Nain, hobbit, magicien et humaine mirent pied à terre. Gandalf s'aventura entre les arbres.

L'air de la forêt était vicié et tout semblait irréel.

Les branchages ressemblaient à des griffes qui voudraient les happer.

Les feuilles étaient poisseuses et puantes.

Tout était destiné à les piéger. Cette forêt était une prison végétale, un véritable labyrinthe. L'instinct de Nausicaa lui criait de ne pas s'y aventurer. S'ils entraient dans cet écrin boisé, jamais il n'en sortiraient. Jamais plus ils ne verraient la lumière du jour. Tout n'était que ténèbres et obscurité.

Un mal était à l'œuvre. Un mal puissant qui les détruirait tous !

"Nous ne devons pas traverser cette forêt. Il y a quelque chose à l'intérieur. Quelque chose de mauvais."

"Si nous la contournons, jamais nous ne parviendrons à la montagne avant le jour de Durin."

"Thorin, cet endroit respire les maléfices. Gandalf, vous devez vous en rendre compte, tout de même ! Gandalf ? Que faites-vous, par Eorl ?"

"Détachez les chevaux, mais pas le mien. J'en ai besoin."

"Vous nous quittez ?, demanda Gloïn avec angoisse."

"Si je vous laisse, c'est que j'y suis contraint. Je dois vérifier certaines affirmations. Si les morts se lèvent, alors un fléau sans commune mesure s'abattra en Terre du Milieu."

Nausicaa fronça les sourcils. Pourquoi les abandonnait-il alors que le voyage s'annonçait rude et dangereux ? Que s'était-il passé avec Beorn ? Thorin, tout comme ses compagnons, paraissait désemparé par cette histoire de revenants.

Le magicien pensait-il que leur aventure était sans espoir ?

"Où allez-vous ? Dans un cimetière ? Ce qui est mort ne saurait revivre. Les nécromanciens ne sont que des légendes, rien d'autre."

"Je ne peux vous en parler, jeune fille. Vous devez continuer votre voyage. Je vous retrouverai sur le promontoire rocheux au-dessus de la ville de Dale. N'entrez pas dans la montagne sans moi."

"Si on parvient jusque là, grogna Nausicaa."

Gandalf enfourcha sa monture avec adresse, sous les regards sombres des nains et celui, angoissé, de Bilbo.

"Ce n'est plus le Vert-Bois d'antan. L'air lui même est chargé d'illusions. Il vous troublera l'esprit et tentera de vous fourvoyer. Restez sur le sentier. Ne le quittez pas ! Si vous le quittez, jamais vous ne le retrouverez !"

Le magicien éperonna son cheval et s'éloigna au galop.

"En route, clama Thorin. Nous devons trouver la porte secrète dans la montagne avant le coucher de soleil du jour de Durin. C'est notre seule chance de pénétrer dans la montagne solitaire."

Nausicaa crut entendre le rire de la forêt lorsqu'ils pénétrèrent dans ses obscures frondaisons.

"Le vent souffle fort, aujourd'hui, lâcha Bofur."

"Ce n'est pas le vent, grogna Nausicaa. Mirkwood se moque de nous."

"Que dites-vous ?"

"Rien, avançons puisqu'il le faut."

« Je ne me laisserai pas piéger par cet endroit ! »