Hello !

Je remercie tous les lecteurs qui continuent à suivre cette histoire ainsi que les personnes ayant eu la gentillesse de me laisser une review.

Pitchoune-Bella, Elena (Tu trouves les regrets de Percy étranges ? Je crois que tu n'as pas fini d'être intriguée ! Cependant, ce chapitre devrait répondre à certaines de tes interrogations... En fait, Percy est très complexe dans cette histoire, bourré de contradictions... et j'aime en jouer ! Un grand merci pour ta review...), Morrigane, Cissaspae, Cixy, Eileen19 : merci, vos encouragements me touchent beaucoup et me motivent pour la suite ! Je ne vous cache pas que cette histoire est difficile à écrire, tant par sa complexité que par sa noirceur... Voilà pourquoi je chéris chacune de vos reviews...

Pour répondre à la question d'Elena (et d'autres), non, je n'abandonne pas "Ma relative liberté". Je sais ce que je veux écrire et où je souhaite emmener cette histoire mais j'attends le bon moment... Le bon état d'esprit... En tout cas, promis, je continue cette fic !

Bonne lecture !


CHAPITRE 11 : L'ESPÉRANCE EST LE SONGE D'UN HOMME ÉVEILLÉ

Il est un arbre au cimetière
Poussant en pleine liberté,
Non planté par un deuil dicté,
Qui flotte au long d'une humble pierre.

Sur cet arbre, été comme hiver,
Un oiseau vient qui chante clair -
Sa chanson tristement fidèle.
Cet arbre et cet oiseau c'est nous :

Toi le souvenir, moi l'absence
Que le temps - qui passe - recense...

Ah, vivre encore à tes genoux !

- Hermione est vivante.

Drago vit le corps de Severus vaciller, avant que ce dernier n'agrippe le rebord de la table pour ne pas tomber sur le sol. Un coup de massue sur sa tête aurait certainement eu le même effet que cette révélation !

- Comment ! Hermione est… bredouilla Gabrielle dont le visage était soudainement devenu livide. Ce n'est pas possible… Il y avait des cendres… et sa médaille… Nous avons fouillé tout le manoir !

La jeune fille tremblait de tout son corps, ses traits étaient tirés et sa poitrine se soulevait rythmiquement. Drago aurait juré que sa réaction n'était pas due au soulagement de savoir qu'Hermione était sauve. Non, la terreur et l'angoisse se lisaient au fond de ses yeux…

Son parrain, quant à lui, était resté silencieux, le regard dans le vide. Il paraissait absent.

Le choc qu'il subissait en cet instant devait réellement être terrible. Depuis des mois, il croyait qu'Hermione était morte. Peut-être commençait-il seulement à l'accepter… Et lui qui venait lui annoncer que tout ce qu'il s'était efforcé d'oublier - son mariage, la vie qu'il partageait avec elle, son enfant qui allait naître - n'avait été qu'un long cauchemar !

- Severus… Est-ce que tu m'entends ? questionna t-il avec douceur.

Un sanglot à demi étouffé sortit de la gorge de Gabrielle.

- Je ne comprends pas… tremblota t-elle.

- Hermione… fut tout ce que prononça le Maître des potions.

Drago n'en attendait pas d'avantage. Il était normal que son parrain ait besoin de temps.

- Elle a réussi à sortir du manoir avant que ce dernier ne prenne feu, continua t-il calmement. Je ne connais pas tous les détails avec exactitude, mais je sais qu'elle s'est rendue au Terrier croyant y trouver refuge. Sauf que…

- Sauf que quoi ? demanda abruptement Severus, que l'hésitation du jeune homme semblait avoir sorti de sa torpeur.

- Il faut que tu saches qu'elle est prisonnière des Mangemorts. Weasley… Il l'a trouvée… et amenée au Maître…

Drago vit le corps de Severus se raidir et ses yeux noirs brûler d'un feu dévorant. Il n'avait que très rarement vu autant d'agitation chez cet homme ordinairement sombre.

- Est-ce que… demanda t-il d'une voix éraillée.

- Elle n'a pas été torturée ou quoi que se soit de la sorte, si c'est ce que tu veux dire, mais… Severus… elle ne va pas bien ! J'ai entendu dire qu'elle était tombée dans un coma magique et que personne n'avait pu l'en sortir… continua Drago en guettant la réaction du Maître des potions.

- Je ne comprends pas, par tous les diables ! s'énerva ce dernier, attirant sur eux tous les regards de la salle. Depuis quand le Seigneur des Ténèbres s'évertue t-il à garder en vie ses prisonniers !

En quelques minutes, Drago avait vu une multitude d'émotions se succéder sur le visage de son parrain : l'incompréhension, l'espoir, l'effroi, le soulagement et enfin la confusion. Bien sûr qu'il ne devait pas comprendre…

- Nous devrions parler de tout ça ailleurs, répondit-il en se levant.

- Je ne me bougerai pas tant que tu ne m'auras pas dit ce qui arrive à ma femme, siffla t-il dangereusement.

- Elle appartient à Weasley.

Le sang de Severus ne fit qu'un tour dans ses veines. Il se leva brusquement, sans un mot, faisant tomber sa chaise au passage, et se dirigea droit vers la sortie. Gabrielle, qui était restée silencieuse durant tout ce temps, se précipita aussitôt derrière lui.

Il ne devait surtout pas le quitter des yeux ! Severus ne savait rien de la prophétie et beaucoup de choses avaient changé depuis son exil. Il ne devait pas le laisser tenter quoique se soit d'inconsidéré. Il déposa quelques gallions sur la table, couvrit ses épaules de sa cape et partit à la suite du couple.

Dehors, la neige tombait toujours aussi fort, mais il n'eut aucun mal à repérer la haute silhouette noire du Maître des potions.

- Severus ! appela t-il avec plus d'assurance qu'il ne s'en serait cru capable. Avant d'agir, il y encore des choses que tu dois savoir. Ou tu risquerais de mettre des vies en péril.

- Je sais juste que je dois sauver ma femme, répondit-il en détachant chaque syllabe sans même se retourner.

- Et ton fils.

Severus Rogue se figea.

ooOoOoOoo

- Mon Seigneur, salua le Mangemort tout en s'inclinant, son genou gauche reposant sur le sol de la grande salle.

- Lucius, siffla Voldemort. Mon fidèle lieutenant…

- Maître… entama le blond d'un ton grave.

- Tu te permets de me déranger, Lucius. J'ose espérer que tu m'apportes de bonnes nouvelles…

- Je ne sais, Maître…

Le blond réprima un frisson au long sifflement de colère qu'émit Lord Voldemort.

- Et bien parle ! continua ce dernier, une pointe d'agacement teintant sa voix métallique.

- Il s'agit de Weasley, Mon Seigneur, poursuivit le Mangemort tout en gardant la tête inclinée vers le sol. J'ai de bonnes raisons de douter de son allégeance.

- Tu parles d'un de mes fidèles. Tes raisons ont intérêt à être justifiées.

- Elles le sont, Maître.

- Dois-je te rappeler ses mérites ? Il me semble que les tiens remontent à loin, Lucius…

Malefoy osa lever les yeux vers son Maître. Le visage de ce dernier transpirait de cruauté, s'amusant de la crainte que ses mots suscitaient en lui. Il tenta de maîtriser ses émotions et le tremblement soudain de ses lèvres, une faiblesse qu'il ne pouvait absolument pas se permettre de lui montrer.

- Son attachement à cette fille n'est pas digne d'un Mangemort, rebondit-il presque immédiatement. Fils d'une famille traitre à son sang, voilà ce qu'il est réellement !

Son visage avait presque retrouvé sa noble assurance en crachant l'insulte suprême.

- Je lui ai dit qu'il pouvait disposer de la fille comme bon lui semblait. Aurais-tu à redire contre ça, Lucius ?

- Bien sûr que non Mon Seigneur… Mais à ce rythme, nous commenceront à manquer de médicomages… A quoi bon s'acharner pour cette sang de bourbe maintenant que vous avez l'enfant ! Ce ne sont pas les prisonnières qui manquent…

Le visage de Voldemort se crispa alors que sa main décharnée caressait le corps froid et humide de Nagini.

- Je ne te demande pas ton avis Lucius !

- Évidemment, Mon Seigneur…

ooOoOoOoo

Hermione, sa femme, sa douce, était en vie.

Severus était resté sans voix pendant de longues minutes après que Drago avait prononcé ces mots. Il lui avait fallu du temps pour croire en cette nouvelle, priant de toutes ses forces pour ne pas se réveiller en pleine nuit le cœur battant et trempé de sueur, en se rendant compte que tout n'avait été qu'un rêve. Encore une fois.

Mais il n'avait pas rêvé, non. Ce qu'il vivait en cet instant était bien réel. Aussi réel que cette neige incessante qui transperçait ses vêtements.

Hermione est vivante. La vague d'émotions qui l'avait assailli avait été si forte qu'il avait dû se retenir à la table pour ne pas défaillir.

Il n'y avait aucun mot pour décrire ce qu'il ressentait au fond de lui. Il allait enfin la retrouver. La serrer dans ses bras. Goûter sa douceur et sa chaleur. Sentir son cœur battre contre le sien.

Mais, au moment où il s'autorisait enfin à y croire, voilà que Drago lui apprenait qu'Hermione était devenue la chose de ce Weasley. Sa prisonnière. Sa propriété.

Une haine sourde et profonde avait alors envahi son cœur, et, tant que ses jambes seraient capables de le porter, son existence ne se résumerait plus qu'à une chose : délivrer sa femme. Et même si cela impliquait de devoir étrangler Weasley de ses propres mains.

Severus n'avait pas tué depuis qu'il était venu demander le rachat de ses fautes à Dumbledore, pleurant alors la mort de celle qu'il aimait autrefois. Il en avait fait le serment au vieil homme : sa baguette ne tuerait plus. Et jusqu'à présent, il avait toujours su éviter de prendre une vie, usant de ruses et de subterfuges pour ne pas éveiller les soupçons du Seigneur des Ténèbres.

Mais aujourd'hui, il était prêt à briser son serment, et même à renoncer au salut de son âme si cela signifiait qu'Hermione soit libérée de ces monstres. Il était prêt à ça pour elle. Il était prêt à tout pour sa femme.

D'ailleurs, il serait déjà loin d'ici si Drago n'avait pas crié cette dernière phrase. Et ton fils.

L'émotion de savoir Hermione vivante avait été si vive qu'il en avait presque oublié l'enfant qu'elle portait en son sein. Leur enfant. Son fils. Un simple mot qui avait su le bouleverser au-delà de tout.

Il s'était retourné vers son filleul, comme pour vérifier qu'il n'avait pas rêvé cet instant. Encore éclairé par la lumière qui filtrait des fenêtres de l'auberge, le regard gris acier de Drago avait transpercé le sien. Et ton fils.

Le sol sous ses pieds n'était plus vraiment stable.

Et ton fils. Son cœur s'était mis à battre de plus en plus fort, si fort que l'air qu'il tentait d'aspirer ne rentrait plus dans ses poumons.

Il était père, par Merlin, il était père !

ooOoOoOoo

Un idiot, ça non, Percy n'en était pas un ! Il savait que son comportement envers elle, sa prisonnière, commençait à faire le tour du château. Il l'avait compris à leurs regards, aux chuchotements derrière son dos, mais aussi au dégoût parfois qui se lisait sur leurs visages. Et on ne pouvait faire confiance à un Mangemort… Lui-même n'avait-il pas trahi pour se hisser au plus haut rang ?

- Ce cher Severus a plus de goût que je ne le pensais, finalement.

Percy se figea en apercevant la scène qui se jouait devant lui.

Lucius Malefoy était dans ses appartements, assis sur un tabouret qui jouxtait le lit sur lequel Hermione était allongée. Du bout de sa baguette, il repoussait derrière l'oreille une mèche de cheveux qui avait glissé sur le visage de la jeune femme.

- Rogue est mort, répondit sèchement Percy.

- Peut-être bien. Mais qui sait… Il était plus que vivant la dernière fois que je l'ai vu, grimaça t-il en jetant un regard oblique vers son bras qui portait encore les stigmates du sortilège cuisant du Maître des potions.

- Que faîtes-vous ici, Malefoy ?

- Ses traits ne sont pas trop disgracieux. Enfin, pour ceux qui aiment ce genre de beauté et qui ne répugnent pas à mélanger leur sang à ceux de son espèce.

Il avait craché ces mots avec dégoût, la mâchoire contractée et les traits déformés par la haine.

- Comment êtes vous entré ici ? insista Percy.

- Mais Rogue n'était qu'un sang mêlé, après tout.

- Sortez !

- Et vous n'êtes pas vraiment mieux, ajouta t-il en levant enfin les yeux vers lui.

- Comment osez-vous…

- Après tout, votre famille entière a renié son sang pour suivre Potter, continua t-il d'une voix suave et mesurée.

- Assez ! Cette fille est ma prisonnière et je dispose d'elle comme je l'entends.

- Je n'ai pas à redire contre ça, continua le Mangemort en faisant lentement courir sa baguette de la clavicule à la naissance de la poitrine.

Lorsque Malefoy écarta le fin tissu de la chemise de nuit d'Hermione, Percy serra les dents pour ne pas crier sa rage.

- Ne la touchez pas. Elle est à moi et à moi seul !

- Je ne discute pas les décisions du Seigneur des Ténèbres, ironisa le Mangemort. Mais je n'ai pas confiance en vous, Weasley.

La baguette brandie, Percy lui indiqua la sortie gardée par la grosse dame. Mais sa main tremblante ne trompa pas son visiteur, dont le rire haut et clair eut presque raison de ses nerfs.

- Et soyez certain que je vous surveillerai, ponctua t-il alors d'une voix veloutée en se penchant vers le corps inerte d'Hermione.

Les yeux à demi clos, les lèvres entrouvertes, Lucius respira la jeune femme. Sa peau qui frissonnait sous son souffle devenu pressant, ses cheveux déployés sur ses épaules, sa nuque offerte. Comme un prédateur.

Percy fit un pas en sa direction, mais le blond finit par se redresser complètement, un sourire féroce étirant ses lèvres fines avant de quitter prestement ses appartements.

Debout au milieu de la pièce, Percy suffoquait. Lucius Malefoy avait pénétré dans ses quartiers à son insu et s'était approché très près d'Hermione. Bien trop près, cela était certain. Ce monstre ne devait plus jamais entrer ici. Encore moins en son absence ! D'ailleurs, sa baguette le lui avait fait comprendre, et il ne devrait rien tenter de sitôt, non ?

- Vous ! hurla alors Percy à l'attention de la grosse dame. Que quelqu'un entre dans cette salle sans que je n'en aie été averti au préalable, ne serait-ce qu'une fois, et je vous donne comme simple support pour les apprentis de Maître Aquarelus !

- Mais il avait le mot de passe ! se défendit le portrait d'un air courroucé.

- Peu importe, insista le Mangemort. Je suis le seul à pouvoir pénétrer en ces lieux !

- Le seul, ricana t-elle, visiblement excédée. Je pense que vous oubliez votre maître !

Rouge de colère, Percy pointa sa baguette vers la grosse dame qui agrippa soudainement son cou de ses deux mains. Une suffocation plaintive sortit de sa gorge.

- Arrêtez… souffla-elle d'une voix éraillée. J'étou… Je ne peux plus respirer…

- Je pense que vous avez compris qui est le Maître ici, non ? Ou dois-je maintenir le sort ? demanda t-il alors qu'elle acquiesçait d'un signe de tête.

Sans lui accorder d'avantage d'attention, Percy se détourna du portrait et claqua des doigts. Aussitôt, un petit elfe chétif habillé de haillons fit son apparition.

- Que peut faire Dufy pour servir le Maître ? couina la petite créature.

- Je veux que tu restes à son chevet lorsque je ne suis pas là et que tu empêches quiconque tenterait de l'approcher. Est-ce clair ?

- Parfaitement Monsieur. Dufy ne la quittera pas des yeux. Monsieur peut compter sur Dufy.

- Bien. Hors de ma vue maintenant !

L'elfe cligna plusieurs fois des yeux, puis disparut dans un plop sonore, laissant le Mangemort seul avec ses réflexions.

Cependant, Percy ne se méprenait pas. Malgré les précautions prises, le blond ne lâcherait pas aussi aisément l'affaire. Ne lui avait-il pas clairement fait comprendre ? Et ce ne seraient ni sa main tremblante – quelle honte pour un Mangemort de son rang ! - ni sa rage, qui l'aideraient à tenir tête à Malefoy !

Il devait absolument se reprendre et ne pouvait plus laisser ses sentiments transparaître aussi facilement. Il n'avait pas fait tous ces efforts et ces sacrifices pour rien, pour que cet homme vienne détruire ce qu'il avait mis tant de temps à bâtir ! Des mois pour casser son image de traitre à son sang, et des mois encore pour siéger à la droite du Maître !

Non, rien ni personne ne se mettrait au travers de son ascension. Ni lui. Et ni elle…

Elle. Hermione. L'instrument de sa réussite.

Elle qui représentait tout ce qu'il haïssait le plus. L'impétuosité, l'effronterie, la fatuité. Et cette honnêteté à la limite de la bêtise.

Elle qui représentait tout ce qu'il convoitait tant… L'intelligence, l'esprit, l'opiniâtreté. Et cette douceur si salvatrice.

Tout ce qu'il avait cherché à fuir pendant des années. Et tout ce dont il ne savait plus se passer aujourd'hui.

ooOoOoOoo

Il était là, assis dans ce vieux fauteuil, incapable de bouger.

- Quelques jours après l'incendie de Searing Moor, le Seigneur des Ténèbres nous a fait part d'une prophétie qui ferait de lui le sorcier le puissant de tous les temps.

- Encore une prophétie, ricana amèrement le Maître des potions.

- Je n'en connais pas les détails, mais elle évoque un jeune enfant capable d'écraser les dernières résistances de Potter.

- Et pourquoi mon fils ! se révolta le sorcier.

- Je n'en sais rien, admit Drago à regret, mais le Seigneur des Ténèbres en semble persuadé. Il y a un rituel qui doit se passer au crépuscule de ses sept mois…

Severus ne put réprimer un frisson à l'évocation de ce jour bien trop proche. Il ne restait plus que quelques semaines pour sortir son enfant des griffes de Voldemort. Sans compter ce rituel… Il avait souvent vu le Maître en réaliser, tous plus effroyables les uns que les autres. Une sueur froide coulait maintenant le long de son échine, collant sa robe contre sa peau.

- Quel rituel ? osa t-il d'une voix éteinte.

- Il ne nous en a pas fait part. Bien trop suspicieux pour ça…continua le blond, d'avantage pour lui-même.

- Comment ?

- Comment quoi ?

- Comment a-t-il eu cette prophétie ?

- Trelawney… C'est Weasley qui a rapporté la prophétie au Seigneur des Ténèbres…

Severus ferma les yeux et serra les poings contre ses cuisses.

- Merlin tout puissant…

Des années après, voilà que cette femme bouleversait à nouveau son existence. Était-ce écrit ? Était-ce sa destinée de voir les seules personnes ayant jamais compté dans sa vie détruites par des brides de phrases incohérentes ! Comme il la haïssait pour ça… Comme il se haïssait pour ça…

- Et toi… tu as une idée de ce que pourrait être ce rituel ? demanda Drago en baissant les yeux. Je veux dire… tu as côtoyé le Seigneur des Ténèbres pendant des années... Tu as vu plus de choses que beaucoup d'entre nous…

- Des idées, je n'en ai que trop ! s'exclama vertement Severus, les poings toujours serrés contre ses cuisses.

- Comme…

- Il pourrait le… supprimer, commença t-il, visiblement troublé. S'il le voit comme une menace…

Évoquer la mort de son enfant était une chose horrible, presque inqualifiable. Si douloureusement infâme qu'il n'avait su en prononcer le mot.

- Non… Il n'aurait pas fait tant de cas de sa santé, réfléchit Drago.

- Il pourrait aussi le… sacrifier… pour un filtre ou un sortilège, continua difficilement le Maître des potions. Ou pire… Faire de lui un horcruxe…

Drago leva subitement les yeux vers lui, incapable de cacher son désarroi.

- Ce n'est pas possible, murmura t-il d'une voix blanche.

- Rien n'est impossible avec lui. Je n'en ai que trop souvent fait l'expérience, répondit Severus, amer. Mais je ne lui laisserai pas mon fils et ma femme ! Il ne me les prendra pas !

- Je comprends...

- Tant mieux, car je pars les rejoindre ! s'exclama Severus en se levant du fauteuil.

- Je n'en attendais pas moins de toi, sourit tristement le jeune homme. Mais avant toute chose, il faut sortir Granger de son coma. Je crains qu'elle ne tienne plus très longtemps… expliqua t-il dans un murmure. Les filtres, les potions, les enchantements. Tout ce que Weasley a tenté a échoué...

En temps normal, Severus aurait certainement fait remarquer à son filleul que Granger portait son nom depuis qu'il l'avait épousée. Seulement là, il n'avait retenu qu'une seule chose : sa femme était en train de mourir à petit feu.

- Mais j'ai trouvé ceci dans la réserve de Poudlard, ajouta Drago en tendant un vieux rouleau de parchemin au Maître des potions.

- Le dieu-médecin Diancecht, souffla ce dernier après l'avoir brièvement parcouru, une ferveur toute neuve attisant son regard.

- Je n'ai pas réussi à traduire le sortilège, mais apparemment, il permettrait d'invoquer une banshid… dit-il en cherchant une explication dans le regard de l'homme.

- Une messagère du Mag Meld… L'autre monde des dieux.

- Qui pourrait elle-même te mener à Diancecht, si j'en crois le parchemin. Mais tu devras prouver quelque chose et… je n'ai pas compris la suite. Et cette magie là n'est pas vraiment blanche...

- Le texte est en vieux celtique et certaines runes ont été effacées avec le temps… Je dois voir le professeur Macgonagall, décida Severus qui faisait maintenant les cent pas au travers de la pièce.

- Aux dernières nouvelles, elle était au quartier général de l'Ordre.

- Le temps de rassembler mes effets…

- Et elle ? demanda Drago en tournant la tête vers la porte de la chambre de Gabrielle.

- Je ne peux pas l'abandonner ici. Et il lui reste de la famille…

ooOoOoOoo

- Pitié… arrêtez… je vous en prie…

- Regarde la façon dont elle se tortille. Comme de la vermine. C'est plutôt drôle, s'amusa Crabbe.

- Endoloris, cracha Pettigrow.

La femme, dont le corps nu était recouvert d'ecchymoses et de lacérations, se contorsionna de douleur sous la baguette des deux hommes. Percy observait cette scène qui lui paraissait presque irréelle.

- Non… supplia t-elle à nouveau.

- Endoloris ! Endoloris ! Endoloris ! répéta Pettigrow, grisé par la puissance du sort.

Le roux fit quelques pas pour rejoindre l'homme. La main qu'il posa sur l'avant bras de l'animagus fit sursauter ce dernier qui, surpris, suspendit son geste.

- Qu'est-ce qui te prend, Weasley ?

- Laisse-la moi. Tu t'es suffisamment amusé, murmura t-il en s'approchant de la prisonnière qui se recroquevilla sur elle-même.

Comme ça, ils raconteraient au Maître de quelle façon il traitait les sang de bourbe et comment il avait terminé celle-ci. Comment elle avait crié et supplié pour qu'il la tue…

Et ils oublieraient le reste. Oui, après une telle démonstration, ils ne penseraient plus à elle

- Pas ça… Pitié…

ooOoOoOoo

Elle était lasse de courir et de ne jamais trouver d'issue.

Ce n'était pas de la fatigue physique. Non, son corps ne la faisait pas souffrir outre mesure, au contraire, et s'en était presque effrayant. Elle ne ressentait aucune faiblesse, aucune douleur…

Mais son esprit… Son esprit était une toute autre histoire ! Elle ne cessait de penser à son bébé, à une façon de réintégrer son corps et de le sauver. Elle avait réfléchi, encore et encore. Avait tourné le problème sous tous les angles et rassemblé tout ce qui lui restait de force. Mais rien n'y faisait. Lorsqu'elle rouvrait les yeux, elle se retrouvait enveloppée de cette brume éthérée qui n'en finissait pas. Et elle allait finir par en devenir folle !

Pourtant, elle ne voulait pas abandonner. Jamais ! Il y avait encore de l'espoir. Tant que son esprit hurlerait sa douleur. Tant qu'elle se sentirait encore capable de pleurer. Tant que son cœur meurtri continuerait à saigner.

Oui, l'espoir était permis… Percy…

Certainement à jamais, l'âme et le cœur de Percy s'étaient assombris. Mais le jeune homme avait toujours des sentiments au fond de lui. Durant ces mois de captivité, elle avait souvent eu l'occasion de l'observer à ses dépens. Il n'avait surement jamais surpris ses regards furtifs... Et heureusement, car quelle aurait été sa réaction à la savoir témoin de ses démons intérieurs, de cette bataille qu'il se livrait à lui-même ? Il ne cessait de lutter contre ses propres contradictions. N'en était-elle pas la preuve vivante ? Ne le lui avait-il pas prouvé en la protégeant des autres Mangemorts et de son Maître, en dépit de ses convictions ?

Quelque chose en elle, un instinct comme seules les femmes s'en sentent investies parfois, lui disait qu'il ne la laisserait pas mourir. Peut-être finirait-il pas trouver une solution…

Oh, elle ne l'en détestait pas moins ! Il était l'œuvre de son malheur… mais il était peut-être son dernier espoir...

ooOoOoOoo

La peur au ventre, l'estomac serré, Gabrielle rassembla le peu d'effets personnels dont elle disposait et les rangea dans une vieille valise qu'elle réduisit d'un mouvement de baguette, avant de la glisser au fond d'une des poches de sa cape.

Elle rentrait en Angleterre ! Par Merlin… Elle n'y était pas du tout préparée. Non, elle n'était pas prête à affronter le regard des autres et encore moins le sien…

Comment réagirait Nymphadora face à elle, l'assassin de ses parents ? Comment pourrait-elle seulement se tenir dans la même pièce qu'elle sans éprouver cette honte qui ne l'avait pas quittée depuis cet événement tragique ? Comment ferait-elle…

Comme pour retarder encore un peu cet instant, la jeune fille balaya la pièce du regard pour vérifier qu'elle n'avait rien oublié, puis se dirigea vers la fenêtre pour tirer une dernière fois le rideau. Mais, au moment où sa main se saisit de l'épaisse tenture, Gabrielle se figea.

De l'autre côté du carreau, dehors, au milieu de la neige qui s'envolait en formant de gigantesques tourbillons, se tenait le Maître des potions. Lui, était prêt. Lui, n'avait aucune peur de rentrer au pays. Lui, n'avait plus que ce seul but en tête…

Les cheveux au vent, il les attendait, serrant entre ses doigts le médaillon d'Hermione.

Merlin… Elle avait si mal… Tellement mal…

Elle ne put empêcher un petit cri étouffé de sortir de sa gorge lorsqu'elle le vit porter à ses lèvres le bijou, le pressant dévotieusement.

- Si tu es prête…

Gabrielle se retourna brusquement, sa main gauche essuyant maladroitement une larme qui avait coulé sur son menton, pour découvrir un Drago Malefoy, tout aussi perplexe.

- Excuse-moi, bredouilla t-elle, confuse. Oui, je suis prête…


Le poème au début est un extrait de Dernier espoir de P. Verlaine.

Voilà, un chapitre de plus... Je sais qu'il n'y a pas beaucoup d'action, mais il était nécessaire à la suite de l'histoire. Un peu comme une sorte de transition... J'espère que vous avez aimé, tout de même ?

Merci d'avoir lu et à bientôt^^

Bises

khalie