Béatrice arpentait les couloir de l'hôpital, elle savait bien que cela lui était interdit en temps que moldue, mais la curiosité la poussait à désobéir. Elle marchait en s'appuyant sur des béquilles depuis quinze jours, Marie de son côté était complètement guérie, cela avait été un jeu d'enfant, n'ayant subit que des blessures infligées par des procédés non magiques.

Mais pour Béatrice, les sortilèges de doloris avaient laissé des traces dont certaines seraient indélébiles, elle doutait même de pouvoir un jour remarcher normalement. De temps à autres, ses jambes étaient prises de tremblements et pouvaient devenir très douloureuses. Ce genre de crises était celui le plus fréquent et pouvait durer jusqu'à une heure. Il lui arrivait aussi d'avoir de la nausée, des brulures dans les membres ou des migraines. Les guérisseurs semblaient penser que ses symptômes iraient en diminuant pendant un an, avant de se stabiliser. Quoi qu'il en soit ils ne pouvaient plus rien faire pour elle et Béatrice serait de retour chez elle le lendemain.

Elle se rappela qu'elle était invitée chez Seb et Mary, c'est comme cela que tout le monde les appelait en fait. Il fallait qu'elle trouve quelque chose à amener, peut-être des viennoiseries ou une boite de bonbons, ou une bouteille de vin. Ça ferait un peu quiche mais bon... Elle n'avait pas eu de vie sociale depuis bientôt quatre ans, forcément cela ne pouvait que se sentir.

Béatrice redoutait que Mary ne l'aie invitée que par devoir, bien qu'elle refuse de l'avouer, cette amitié tout juste naissante lui tenait particulièrement à cœur. La jeune fille avait quelque chose de plus que les autres, elle avait été franche dés le début. « Je ne parle pas aux racistes » raisonnait encore dans la tête de la jeune femme. Les autres s'étaient contentées de prendre un air gêné avant de l'ignorer totalement, certaines l'avaient regardée avec mépris. Béatrice et son regard assombri par l'excès de maquillage, son visage décoloré, ses cheveux mal coupés... Encore elles ne l'avaient pas vue au pire moment, lorsqu'elle ne pesait que trente neuf kilos pour un mètre soixante et un.

Ce que personne n'arrivait à comprendre, c'est que les personnes qui l'avaient tirée du trou étaient précisément ceux que l'on appelait « bones-head » ou « skin-head ». Andrew qui avait commencé par la taquiner sur son travail à mac-do, puis lorsqu'elle avait accepté de travailler pour eux, à s'inquiéter de son état. Il avait commencé par lui laisser une viennoiserie sur son bureau le matin, puis à l'emmener boire un café ou prendre un sandwich au snack soit disant pour « continuer à causer boulot ». évidemment les conversations avaient vite touché d'autres domaines que la paperasse et le site internet. Andrew venait d'une famille américaine qu'on pouvait qualifier de bourgeoise, un père avec un métier confortable et très bien payé, une mère au foyer, un frère et une soeur très corrects. Lui avait quelques problèmes de scolarité, à vingt trois ans il n'avait toujours pas son bac. Il était pompier volontaire mais sa famille n'était pas au courant, de toute façon elle refusait qu'il se réoriente dans une filière professionnelle. Béatrice avait songé non sans sourire, que ce gars ne paraissait pas avoir trois ans de plus qu'elle, toutefois il la réconfortait chaque fois qu'il le pouvait. Comme il multipliait les attentions envers elle, la jeune femme avait commencé à se refaire une santé, la brume autour d'elle s'était peu à peu dissipée. Elle avait recommencé à parler, elle s'était mise à se laver régulièrement, poussée par Andrew toujours.

Au partit comme ailleurs cela s'était vu, son ami ne s'en était montré que plus enthousiaste. Mais d'autres problèmes avaient surgit, en prenant à nouveau conscience du monde qui l'entourait, Béatrice s'était sentie moins à l'aise, certains membres du partit lui étaient devenus peu sympathiques. Le chef s'était mis à s'intéresser à elle, au début elle avait pensé qu'il vérifiait simplement son travail, quoi de plus normal. A présent elle en était beaucoup moins sûre, ce gars avait passé la cinquantaine, mais elle savait qu'il était sortit avec des mineures. Elle s'était mise à l'éviter.

Andrew avait était arrêté par la police, trois mois avant que Béatrice ne se fasse enlever, pour avoir tracé des croix gammées sur la porte d'un garage. La jeune femme avait encaissé le choc le plus dignement possible, elle était allée le voir une fois mais il lui avait dis de cesser, de peur qu'on ne la soupçonne.

Travailler au partit ne lui apportait plus autant de réconfort qu'auparavant, la brume finissait de se dissiper autour d'elle. Andrew en avait pris pour quatre mois ferme, elle savait qu'elle risquait bien plus pour ce qu'elle faisait.

Le soir où Bellatrix l'avait capturée, Béatrice venait de détruire son site internet et de brûler une bonne partie de sa paperasse. À présent elle hésitait, devait-elle retourner au partit et prétendre que celui qui l'avait enlevée était à l'origine de ces actes? Ou devait-elle définitivement couper les ponts? Ne devait-elle pas même les dénoncer?

Le chef était criminel, il lui ferait la peau si elle tentait quoi que ce soit. Il fallait qu'elle disparaisse une fois pour toute.

Une voix sévère la coupa dans ces réflexions:

Que faites vous là? Cet endroit est interdit aux moldus!

Professeur Mac-Gonnagal...

Béatrice ne sut quoi dire de plus, Minerva Mac-Gonnagal était l'une des plus vieilles membre de l'ordre du phoenix et de l'AD, les deux se confondaient. Que faisait-elle ici elle-même?

Je vous retourne la question finit-elle par dire, je me suis perdue...

La vieille femme et Béatrice échangèrent un regard, de tous les sorciers qu'elle avait rencontrés, Mac-Gonnagal était la plus stricte et l'une des plus courageuses, elle était, paraissait-il, incroyablement douée.

Je connais votre situation mademoiselle Nagin et je vous cherchais, répondit-elle, j'aurais un marché à vous proposer.

De quoi voulez vous parler? s'enquit poliment la jeune femme

Du danger de mort que vous courrez, Béatrice.

Je ne cours plus de danger à présent.

Vous ne pourrez pas faire croire à ces abjectes personnes que vous êtes toujours dans leur camps. Ils savent déjà que vous avez trahi leur... Cause.

Béatrice se sentit assez mal, elle avait appris que les sorciers pouvaient, du moins certains d'entre eux, lire dans les pensées. Qu'est-ce que Minerva Mac-Gonnagal savait exactement de sa vie?

Je n'irai pas par quatre chemins, continua la vieille femme, je sais à quel mouvement vous adhérez et j'ai aussi su ce que vous aviez fait la nuit de votre disparition. Je connais une partie de votre histoire, vous n'avez plus nulle part où aller. Vos parents accepteraient peut-être de vous accueillir mais cela les mettrait en danger, non?

J'ai Andrew! C'est un de mes amis.

Le seul, si je puis me permettre, Béatrice.

C'est suffisant, et d'abord cela ne vous regarde pas! Vous ne croyez pas que j'ai suffisamment bouffé de sorcellerie pour le restant de mes jours?

Non.

Et bien moi, oui!

Ce que j'ai à vous proposer vous aidera.

Pourquoi feriez vous cela?

Minerva poussa un soupir agacé. Elle chercha des yeux un siège et s'y assit, invitant Béatrice à faire de même sur celui d'en face.

Je cherche un ou une moldue pour venir enseigner à Poudlard, nous avions des enseignants qui se spécialisaient dans l'étude des moldus, mais une personne réellement intégrée à cette société nous serait d'un meilleur secours. Il faut savoir que certains de nos élèves ont des préjugés quant aux non-sorciers. C'est dans cette visée que je vous propose ce poste. Vous seriez capable de pousser les élèves à découvrir votre civilisation.

Est-ce que j'ai une tête d'audio-guide? Vous me voyez trimballer une classe de cas sociaux en plein milieu d'un supermarché pour leur apprendre à faire les courses?

Vous voyez? Vous envisagez déjà des méthodes. En outre je ne suis pas sans savoir que vous avez aidé votre soeur à être une excellente élève, vous êtes ce que je recherche et...

Ne me parlez pas d'elle!

Excusez moi, je ne voulais pas vous offenser.

Béatrice tremblait de rage sur son siège, Mac-Gonnagal sembla sincèrement désolée et attendit que son interlocutrice se calme. Cela n'arriva pas, la jeune femme se mit soudain à se balancer d'avant en arrière, perdant visiblement le contrôle de ses nerfs.

Il est temps que vous fassiez votre deuil Béatrice, dit plus doucement la sorcière, vous êtes trop jeune pour rester aigrie comme cela. Si vous acceptez de vous éloigner et de tourner la page cela sera moins difficile. Si vous restez là où vous êtes, en admettant que vous surviviez, vous n'aurez aucune chance de recommencer à vivre, trop de choses se sont passées dans cette ville.

Je ne connais rien de votre monde même si j'ai saisi le marché que vous me proposez. Et puis Andrew va sortir de prison dans cinq jours, je ne peux pas l'abandonner comme une voleuse. Si vous me connaissez aussi bien que vous le dites, alors vous le savez.

Je pense sérieusement que vous survivrez une semaine chez Maryline et son copain, les nazillons ne viendront pas vous y chercher. Quand à votre ami, il a tout intérêt à les fuir également, il vous rejoindra chez eux et je passerais vous chercher.

Pourquoi feriez vous cela? vous n'y trouvez aucun intérêt!

Que je transporte une ou deux personnes ne change pas grand chose, Andrew trouvera sans peine sa place à Poudlard.

Vous ne le connaissez pas.

Si encore mieux que vous, à vrai dire il s'est plus facilement laissé convaincre que vous.

Béatrice comprit que non seulement elle l'avait rencontré, mais qu'en plus lui même avait dut lui demander pas mal de choses. Elle rougit violemment. Quand à Maryline, il n'était pas impossible qu'elle soit dans le coup elle aussi. Après tout, « passer un moment » couvrait un vaste laps de temps. Combien de match de l'équipe de France féminine de Volley-ball allait-elle endurer? Et si son « amie » la mettait au footing? Ou aux échauffements?

Vous devriez aller à cette invitation, dit Mac-Gonnagal, et au fait, Sebastien et Maryline aiment beaucoup les truffes en chocolat, ou les nougats blancs.

Moi je pensais leur amener une bonne bouteille de vin à ouvrir en amoureux.

Ils ne boivent pas d'alcool, simple information.

Ah, merci.

Béatrice prit congé et partit finir de ranger ses affaires. Il y avait peu à faire d'ailleurs, lorsqu'elle se ramena avec son sac dans le hall, Mac-Gonnagal l'attendait.

Merci, murmura t-elle, soulagée de ne pas devoir se trainer en béquilles jusqu'à la gare la plus proche.

D'autant plus qu'une crise s'annonçait, il faudrait faire vite.