Chapitre 11 :

- Conformément à vos instructions, Commandant, une fois la journée d'étude terminée, nous avons laissé les portes ouvertes afin que votre nièce se rende…

Le directeur hésita : devait-il poser la question ouvertement, ou bien le vieil homme en face de lui allait-il enfin le mettre dans la confidence ? Il ne bougeait pas, laissant visiblement son interlocuteur mener la conversation. Déjà que celui-ci s'était imposé dans le bureau du plus haut gradé sous le prétexte fallacieux d'y faire son rapport… L'invité du commandant des armées de la Cour prit son courage à deux mains et continua plus avant :

- Se rende à son rendez-vous.

Là, le directeur marqua un temps, afin de jauger le pour et le contre de ce qu'il allait dire. Il observa un instant la tasse de thé du service anglais que le vice-Capitaine avait déposé devant lui quelques instants auparavant, avant de sortir discrètement de la pièce. Il savait très bien qu'il allait provoquer la colère du vieil homme mais il tenait à en avoir le cœur net, car tous les renseignements qu'il avait obtenus convergeaient tous dans le même sens.

Alors il se jeta à l'eau :

- Commandant, je sais que vous m'avez dit qu'elle était votre nièce, mais je voudrais néanmoins savoir une chose : de quelle branche est-elle issue ? Comme vous le savez, je suis moi-même votre neveu par alliance et j'ignorais que vous ayez un frère ou une sœur… Aurais-je manqué de saluer un membre éminent de notre famille, Commandant ?

L'interpellé ouvrit très lentement les yeux afin de regarder longuement son vis-à-vis. Celui-ci pâlit mais soutînt le regard du vieil homme silencieux en face de lui. Il était allé trop loin, il le savait, mais il voulait savoir. Il avait envoyé des messages durant la journée à tous les membres de sa famille afin d'avoir une réponse et toutes étaient identiques : le Commandant était fils unique. Il n'avait pas de nièce.

Alors, qui était cette fille ? Un leurre, pour tester ses propres capacités à gérer l'Académie ? Une astuce du Goteï 13 pour tester ses futurs membres ? A quoi cette situation rimait-elle ?

Le directeur de l'Académie ne pu pas continuer son questionnement intérieur car soudain, le Capitaine Yamamoto tendit le bras vers la théière et se resservit une tasse du liquide ambré, tout en ouvrant enfin la bouche.

- Il va dans l'intérêt de la Soul Society que certaines choses ne s'ébruitent pas. Votre attitude est tout à fait déplacée, Directeur. Qui êtes vous donc pour croire que je doive vous rendre des comptes ?

Devenu livide le directeur déglutit avec difficulté : il avait malgré ses précautions, réussi à déclencher la colère de son auguste cousin. Une séance de torture de l'inquisition allait être une agréable promenade de santé face à ce qui l'attendait à présent. Mais il se reprit. La curiosité était la plus forte. Il ne voulait pas qu'un accès d'humeur lui coute sa place, si chèrement acquise.

- Veuillez pardonner ma grossièreté, Commandant. Mais il est clair que je suis dans l'ignorance concernant votre… Nièce.

Il laissa trainer le mot volontairement. Même s'il était furieux contre lui, le Capitaine de la première division ne devait pas non plus le prendre pour un naïf qui serait dupe d'une aussi grossière supercherie.

« Étant une de mes élèves je suis responsable d'elle, devant vous comme devant l'ensemble du Goteï 13…

Yamamoto releva les yeux vers son lointain parent. Très pâle depuis la tirade assassine dont il avait fait les frais, il n'affichait pas moins une détermination farouche. Son regard était éloquent. Et il était moins bête que Yamamoto ne le pensait, car le directeur avait tout de suite compris que quelque chose clochait avec sa nouvelle recrue. Il avait été même jusqu'à interroger les membres de sa famille afin d'en avoir le cœur net. Aussi Yamamoto préféra changer son fusil d'épaule. Après tout, cela facilitera surement les choses…

- Les personnes dans la confidence sont très peu nombreuses, Directeur. Néanmoins, vu votre fonction et le poste que vous occupez, ce sera peut être plus simple si vous en faites également partie…

Le responsable de l'Académie ne répondit rien. Il attendait la suite, pressentant que quelque chose d'important était sur le point de lui être révélé et trop stupéfait de ce revirement pour le mentionner à haute voix. Aussi, le silence était de mise, afin de ne pas briser cet instant de grâce... Il en était convaincu, à présent. Il allait faire parti de ceux qui connaissaient la vérité. Et être intronisé par le plus célèbre membre de sa famille nécessitait un silence complet, à défaut de pouvoir poser des questions.


- Et ben, on peut dire que j'attendais notre tour de pied ferme, fillette. J'espère que tes leçons avec Ukitake et Kyoraku ont servi à quelque chose, parce que j'ai pas l'intention de te faire de cadeaux !

Le dingue qui vient de me sortir cette tirade éclate de rire, ignorant au passage qu'il vient de me terrifier en une phrase au point que j'en oublie de respirer. Mon adversaire de ce soir, celui que je redoutais tant de rencontrer, ne déroge pas à sa réputation.

Zaraki Kenpachi, le capitaine de la 11ème division lui-même.

Celui pour qui un combat contre trois Capitaines simultané n'est qu'une « petite gymnastique ». Et c'est celui-là même que je dois affronter ce soir. Dire que je n'ai même pas eu le temps de faire de testament… quelle gourde.

Et voilà qu'en à peine trois minutes, il fait prendre à ma terreur la taille d'un gouffre abyssal. Ce colosse à l'apparence mi-clown- mi-monstre de la crypte, à la pression spirituelle terrifiante et dévastatrice, a l'intention de « ne pas me faire de cadeaux ». Est-ce que si je me fais pipi dessus de peur, ça favorisera à le faire changer d'avis ?

Pendant ce temps, il a fini de se marrer et m'observe en inclinant les clochettes de ses cheveux sur le côté, signe d'une profonde réflexion, relativement rare de sa part. Qu'attend t-il de moi, nom d'un chien ?

- Alors ? tu dors ? Ou t'as pas envie de te battre ?

Histoire de ne pas lui montrer à quel point il me file la trouille, j'essaie de l'amadouer en montrant un sourire penaud :

- Bien sûr que non Capitaine. C'est juste que ma journée à été très éprouvante et que je tombe de sommeil. Alors un combat contre vous après ça, je ne suis pas sûre d'être en mesure de vous empêcher de me tailler en petits morceaux.

Kenpachi éclate de rire une nouvelle fois. La perspective de pouvoir me hacher menue ne semble pas l'inquiéter outre mesure :

- Te tailler en morceaux ? Mais d'après ce qu'on dit de toi, même si je voulais, je pourrais pas ! Je veux juste un bon combat ou tu donne tout ce que tu as contre moi et pour le reste…

Il a un geste négligeant de la main, qui fait entrechoquer mes genoux de peur. « Le reste » n'est juste que ma vie, mais cela n'a pas l'air de peser beaucoup face à l'envie du Capitaine de la onzième division de s'éclater un peu en combattant. Malgré son air faussement débonnaire et le fait qu'il m'appelle « fillette » afin de me montrer qu'il m'aime bien, ce fou furieux va me transformer en marmelade, mais toujours avec le sourire.

Il interrompt ma frayeur en me mettant au pied du mur :

- Allez, on y va, sinon demain on sera toujours là à papoter et il est tard : Yachiru doit aller se coucher…

Et sans autre forme de cérémonie, il brandit son Zanpakutô d'une main devant moi, son éternel sourire carnassier rivé sur le visage. Alors, pour faire bonne figure je dégaine lentement Hoshi en essayant de déglutir malgré la pelote de laine qui vient tout à coup de se loger dans ma gorge.

Malgré l'explosion de reiatsu que notre combat ne va pas manquer de provoquer, personne ne viendra nous interrompre, je le sais. J'ai intérêt à sortir de ce duel en gagnante si je ne veux pas repartir les pieds devant.

Histoire de ne pas perdre tout de suite et complètement la face, j'essaie de me calmer et d'envisager un instant ce massacre programmé comme une authentique passe d'armes avec un haut gradé. Je respire à fond et tente de me remémorer mes combats précédents avec les autres Capitaines. J'en ai déjà combattu trois, après tout… Bon, le premier a été incohérent, les deux suivant très gentils et m'ont plus fait une leçon de base que de vraiment me taper dessus. Mais là…

Allez, Kei, respire : tu es une guerrière céleste, après tout ? Ok, j'avoue, à l'heure actuelle j'aimerais bien que la fameuse guerrière sorte de là où elle est planquée afin de mettre Kenpachi au tapis et ce rapidement, merci bien. Connaissant le cinglé en face de moi, je sais très bien que malgré son sourire il est très sérieux quand il parle de ne pas me faire de cadeaux.

C'est clair, je vais mourir.

Mais Hoshi ne semble pas l'entendre de cette oreille, car je la sens palpiter dans ma main, comme pour m'engueuler d'être négative à défaut de pouvoir me mettre un coup de pied au cul. Ce faisant, elle remet un peu d'ordre dans les idées noires que m'a inspirées le colosse à moitié (si ce n'est plus) taré qui me fait face.

C'est vrai, j'ai mes deux Zanpakutôs avec moi, il faut que je compte avec elles aussi, ce combat ne sera pas solitaire. Je respire plus profondément afin de me calmer complètement et raffermi ma prise sur Hoshi. Puis je regarde Kenpachi qui m'observe toujours avec ce sourire de dément vissé à ses lèvres. Il s'avance vers moi en ouvrant les pants de son haori et je ne peux m'empêcher d'avoir un petit sourire en repensant à son premier combat avec Ichigo.

Je le laisse poursuivre malgré tout :

- Vas-y fillette, tape de toutes tes forces, fais-toi plaisir.

Puisque que c'est si gentiment demandé… Je brandis Hoshi au dessus de ma tête et frappe avec toute l'énergie que la peur m'a filée. Evidemment, Kenpachi est trop aguerri pour ne pas contrer une attaque aussi simpliste, mais je suis surprise de voir qu'il a encaissé le choc et non pas qu'il soit resté immobile sans rien sentir comme je m'y attendais.

Il relève son Zanpakutô émoussé afin de m'obliger à lever les bras moi aussi, mais je suis plus rapide : j'ai baissé ma lame pour me libérer et envoie Hoshi en direction de ses côtes. Il me contre instantanément.

Son sourire s'intensifie encore plus et s'il continue, il va faire le tour de sa tête :

- Ouais, ça va être un chouette combat, je sens.

Je lève la tête vers le Capitaine et tente de capter son regard, même s'il le dissimule en partie derrière son bandeau de pirate. Voilà un point commun entre nous non négligeable : nous portons tous deux un objet qui tronque notre reiatsu afin de ne pas trop causer de dégâts si notre vraie puissance était libérée. Alors un combat entre nous deux sans nos artifices, je n'ose même pas imaginer l'état dans lequel on laisserait la Soul Society toute entière.

Mais en attendant, il dégage un reiatsu tellement monstrueux, tellement gigantesque, qu'on va pouvoir jouer le remake de « la puce et l'éléphant ». Avec moi dans le rôle de la puce.

Le vent souffle doucement dans la futaie et le murmure qui en résulte semble m'encourager. Je sais que les arbres sont nos seuls témoins, à l'exception de Yachiru qui n'est jamais loin de son Capitaine bien aimé et qui vient de se percher sur un rocher non loin de là.

Elle nous observe avec des yeux plus brillants qu'un chat : elle a senti que « Keni » s'impliquait dans son combat et me regarde d'un air ravi en riant doucement. Maintenant elle m'aime bien, puisque je suis la source du contentement de Kenpachi. Je me demande lequel des deux est le plus atteint, en définitive. Mais je ne m'inquiète pas trop pour elle, même si elle est cinglée elle aussi, cette gamine est effrayante de puissance, elle ne sera pas affectée par notre duel.

Donc, retour à notre combat, Kenpachi et moi. Cette attaque qui a porté ses fruits plus rapidement que prévu m'a galvanisée, on dirait : je me sens plus en confiance et finalement, trouve que Kenpachi a raison : c'est sympa, un bon petit combat.

Avec un petit sourire, je brandi Hoshi de nouveau.