Wade se réveilla en premier. Ses yeux étaient collés de fatigue, mais un étrange bien être parcourait son corps par douces vagues, alors qu'il se souvint de la veille, ainsi que de la personne qu'il tenait à l'instant dans ses bras. Il resserra son étreinte avec un léger sourire et s'enfonça encore plus dans le coussin du canapé où les deux hommes avaient passé la nuit. Il porta une main discrète à la tête du garçon et joua avec les cheveux bruns éparpillés sur le crâne fin. Il massa la tête du jeune homme, qui soupira de plaisir et s'appuya encore plus sur le torse de l'écrivain. Celui-ci déposa quelques légers baisers sur le front dégagé, et fredonna un air calme qu'il sortit de sa mémoire, d'un moment lointain de sa vie. Il ferma les yeux à nouveau, prêt à se rendormir, quand il sentit le poids sur lui gigoter et un nez froid se coller dans son cou. Il attendit patiemment, sentant que le nez ne soufflait pas d'air. En effet, Peter s'était réveillé et se relevait maintenant, un rouge vif parcourant ses pommettes. Il baissa les yeux et rit nerveusement devant le sourire narquois de Wade.
« Eh… Bonjour… bredouilla-t-il.
-Hey. Tu te sens mieux ? Tu m'as fait une peur bleue hier. »
Peter fronça les sourcils alors que l'abus d'alcool remontait dans son cerveau et hocha lentement la tête, se massant la nuque avec profondeur.
« On te met au même régime que la dernière fois ? T'as l'air dans un sale état, commenta Wade en se levant souplement.
-C'est toi qui essayes d'abuser de moi en me faisant boire, dit Peter dans une tentative de faire de l'humour pour dégager la gêne qu'il ressentait.
-Alors je devrais faire ça plus souvent, les meilleurs instants de ma vie ! »
Ils prirent un petit déjeuner ensemble, qui ne fut aucunement grandiose étant donné le manque d'appétit de Wade et l'envie de vomir de Peter. Wade essaya de remettre le sujet Gwen sur la table, mais il fut balayé par un regard noir de Peter, signifiant qu'il ne voulait pas en parler. Alors Wade passa à une autre sujet, qui était celui de son livre.
« Tu sais, je l'ai fait pour m'oublier.
-…Quoi donc ? demanda Peter, craignant avoir raté un moment de la discussion.
-Deadpool. Je traversais une mauvaise passe quand j'étais ado, et je me suis rappelé qu'étant gamin je voulais être un super héros. Tu sais, être assez fort pour virer les inconnus qui passaient à la maison, et ramener mon père d'un claquement de doigts. Mais j'ai grandi, et j'ai eu une nouvelle définition du héros.
-Oh… Et maintenant, c'est quoi un héros pour toi ?
- Quelqu'un qui accepte d'avouer qu'il a peur. Qu'à un moment de sa vie, il a été foutrement incapable de joindre les deux bouts et d'être brave, mais qu'il sait que c'est grâce à ça qu'il sait à quoi s'attendre maintenant. Pour moi, un héros c'est celui qui bouge son cul alors que le radeau coule et sauve les miches des autres au lieu de s'apitoyer sur son sort quand il voit qu'il a l'eau jusqu'au torse. »
Après son explication, Wade osa lever les yeux vers Peter et vit que ces derniers brillaient d'une lueur qu'il ne connaissait pas encore chez le jeune.
« T'es passé par des moments durs, quand t'étais petit ? demanda le brun doucement, comme s'il avait peur de réveiller le squelette que Wade avait dans son placard.
-Tu n'en as même pas idée. Mais bref, passons ce n'est pas du joli ! Alors, toi, c'est quoi ta définition du héros ? »
L'étudiant sembla réfléchir quelques secondes, avant d'essayer une réponse :
« Je pense qu'être un héros, c'est facile. Fais quelque chose d'extraordinaire, sauve des vies et tu en es un sans question. Mais personne ne te demande si tu as voulu en devenir un, c'est évident pour eux que ça te convient. C'est ton boulot, c'est normal. Mais après, on en demande de plus en plus aux héros, et ils finissent submergés par leurs obligations de personnes vues comme parfaites. Mais ils ne diront jamais rien, car, après tout, un héros n'a pas besoin d'être sauvé. »
Alors qu'il parlait, le cœur de Wade se mit à tambouriner dans sa poitrine. Il ne savait aucunement si c'était une réaction chimique de son corps lui indiquant qu'il tombait toujours plus dans les filets du jeune aux yeux ambre, mais il se sentit assez courageux pour approcher doucement sa main de celle du garçon. Il la lui prit après une demi-seconde d'hésitation, et le contempla comme s'il avait peur qu'il ne disparaisse d'un moment à l'autre, comme un mirage. Il n'avait jamais autant cherché à connaitre quelqu'un après une simple exposition de point de vue.
Peter s'était arrêté de parler quand il sentit une main fraîche se poser sur la sienne et lier leurs doigts ensemble. Il regarda Wade, surpris, et finit par retirer sa main après une légère pression et un sourire gêné.
« Désolé, je crois que des fois je m'emporte… soupira-t-il, passant la main ayant été en contact avec celle de l'écrivain sur ses yeux, la laissant ensuite retenir son menton.
-Ne t'excuse pas, j'adore ton point de vue, je le trouve… unique. »
Peter le fixa encore des yeux, et sourit gentiment.
Peter prévint Wade qu'il allait passer à son appartement chercher quelques affaires, et sûrement s'installer quelques temps chez sa tante May qui habitait de l'autre côté de sa ville. Wade lui dit qu'il pouvait passer quand il voulait, même rester chez lui si le cœur lui en disait. L'étudiant était malheureusement trop timide pour accepter si rapidement. Ils sortirent tous les deux de l'appartement aux alentours de 12h, Wade ayant un rendez-vous dont il ne parla que vaguement à son ami. En se quittant, le blond ne put s'empêcher de déposer un baiser sur la joue cramoisie du garçon. Quand il s'éloigna vers sa voiture, Peter posa sa main à l'endroit où il sentait encore les lèvres sèches du blond.
L'hôpital n'était décidément pas l'endroit qu'affectionnait le plus Wade. L'odeur insupportable de désinfectant irritait ses narines, et le regard morne des personnes sur les sièges d'attente le rendaient plus que nerveux. Tout était stressant dans un tel environnement, de la simple annonce de la voix monotone des haut-parleurs aux plaintes déchirantes venant des urgences. Malheureusement pour l'écrivain, on lui avait demandé d'attendre le médecin dans la salle d'attente la plus proche des urgences, ainsi il put profiter de tout le spectacle des cas extrêmes de maladies poignantes et de membres disloqués dans tous les sens. Il se demanda comment les gens en venaient pour se retrouver ici en plein milieu d'après-midi, alors que même le soleil n'osait s'éclipser pour gâcher la journée.
Bientôt la salle fut presque vide, mis à part lui, et une jeune femme rachitique avec un foulard sur sa tête pale, laissant à peine percevoir les veines bleutées de son crâne.
« Il prend beaucoup de temps », rechigna le blond à voix basse.
La jeune femme le regarda de ses grands yeux gris, comme surprise qu'il prenne la parole. Elle finit par relâcher sa tête avec un petit sourire, retournant au magazine dans ses mains.
« Il est toujours long, les examens prennent du temps. Je m'appelle Raven.
-Wade, se présenta-t-il avec un hochement de tête poli. Vous.. Venez souvent ?
-Assez, oui. Pas comme si j'avais le choix, je préférerais largement être avec mon fils, au lieu de le laisser à la garderie… »
Le regard de la femme se voila, et certaines rides de contrariété firent leur apparition sur son front, lui donnant une expression de vieillesse qu'elle n'avait certainement pas.
« Comment s'appelle-t-il ? Demanda doucement Wade.
-Kurt. Il.. Il a huit ans. Son papa est parti quand il n'était encore qu'un petit bébé… Je tiens à lui comme à la prunelle de mes yeux, c'est un petit ange. »
Elle sortit son portefeuille, et en extirpa une petite photo issue d'un photomaton, qu'elle tendit au blond. On l'y voyait, avec de longs cheveux roux lisses ramenés sur son crâne, une expression de pur bonheur aux lèvres et les yeux pétillants. Elle devait avoir quelques années de moins, et de nombreux kilos de plus sur l'image, et elle tenait dans ses bras un petit garçon brun aux yeux aussi gris que les siens, un sourire béat et une dent en moins. Wade sourit, mais sentit en lui une lame sifflante de peine pour la femme.
« J'aurais souhaité bien mieux pour lui, il ne mérite pas ça…
-Personne ne mérite… Et vous semblez être une femme très brave, je sais que vous faites de votre mieux pour le rendre heureux, et je suis convaincu qu'il l'est. J'aurais aimé avoir une mère aussi heureuse en ma présence que vous avec ce p'tit gars. »
Une flamme illumina le regard fatigué de Raven, et un doux sourire fit son apparition. Ils discutèrent le temps de patienter, et enfin le docteur arriva pour le tour de Wade. Il se redressa lentement, et fixa la femme.
« Voulez-vous passer en premier ? Je crois que j'ai mon temps. Je n'ai personne qui m'attend à la maison. »
Elle avait toujours cette étincelle dans les yeux, mais refusa néanmoins la généreuse offre de Wade.
« Je préfère que vous preniez soin de vous, mon frère va ramener Kurt, et ils m'attendront au chaud devant la télé, comme à leur habitude ! »
La mère lui adressa un clin d'œil complice, que l'écrivain lui retourna comme s'ils partageaient un secret, bien qu'il n'ait aucune idée de ce que ça pouvait être, d'attendre impatiemment sa mère avec une famille aimante autour de soi. En passant à côté d'elle, il lui serra la main franchement, lui souhaitant bonne chance pour la suite.
Il entra dans une pièce espacée aux murs café au lait et au sol en moquette verdâtre, meublée d'objets diverses en bois noir. Il prit siège dans une chaise en cuir très usé, et fixa anxieusement ses alentours.
« Alors, on procède comment, doc' ? On m'ouvre en deux et voit ce qui ne va pas chez moi ? plaisanta-t-il, un faux air de défi sur le visage
-Haha, non je ne crois pas monsieur Wilson. J'aimerais déjà vous poser quelques questions, puis nous procéderons aux examens dans la salle d'à côté. »
Le docteur, un homme sec avec des lunettes carrées fines s'assit dans un siège ample, et fixa ses notes sur son bureau parfaitement ordonné.
« Bien. Monsieur Wade Wilson, âge : 34 ans situation professionnelle : écrivain sédentaire Profil psychologique établi : agoraphobie contrôlée, antécédents de schizophrénie traitée sur le long terme, dépressions saisonnières. Avez-vous déjà été dans un hôpital psychiatrique, monsieur Wilson ?
-Je déteste les hostos. Tout a été fait à la maison, et je me porte tout à fait mieux depuis que je prends mes cachetons régulièrement. Je ne rate pas une date, doc'. Pas besoin de maison pour zinzins pour le taré ci-présent.
-Je vous prierai de montrer du respect pour les personnes atteintes de troubles mentaux, monsieur Wilson. Il n'y a aucune honte a avoir besoin d'aide, et encore moins à la trouver dans une maison spécialisée. Et il faudrait également vous traiter vous-mêmes avec plus de respect.
Ces maux de tête que vous avez décrits à mon assistante par téléphone, les avez-vous déjà ressentis auparavant ?
-Jamais. Je pensais au départ que c'était à cause de mon temps passé à écrire, ça me fatigue des fois. Mais non, là j'étais avec mon frère et j'ai… pété un câble. La douleur était insupportable… Wade eut un frisson en y repensant, tout cela était un mauvais souvenir qu'il n'aimait pas se remettre en mémoire.
-Bien. Je lis dans votre dossier médical… »
La conversation tordait les entrailles de Wade, qui s'imaginait mille et une raisons de ses maux. La peur s'insinuait au fur et à mesure qu'il renseignait le docteur, et la panique s'empara complètement de lui alors qu'il fut obligé d'avancer vers l'autre pièce où il allait se faire examiner.
« Nous allons procéder à un Scanner de la boite crânienne, puis sûrement à un IRM. Ne vous en faites pas, monsieur Wilson, c'est la procédure habituelle, c'est pour nous assurer que tout va bien. Je vous laisse entrer dans la cabine, déshabillez-vous, allez aux toilettes pour votre confort. Une assistante en radiologie s'occupera de vous préparer pour l'examen. »
Quand la porte fut fermée derrière lui, Wade se tint nerveusement les bras, laissant libre cours aux frissons secouant son corps. Il se sentait faible en cet instant, et sentit son mal de tête revenir au galop alors que ses pensées fusaient en tous sens. Il prit une grande inspiration quand il arriva à contrôler son corps, et se déshabilla lentement, sentant la morsure du froid faire réagir son corps entier et hérisser ses poils. Le blond enfila la longue chemise en papier posée sur le banc en bois (ce dernier lui rappela les vestiaires du lycée, et cela ne le rassura pas du tout). Quand il se sentit prêt, l'écrivain ouvrit la porte et trouva non loin une jeune brune aux cheveux courts arborant un tatouage en forme de rose rouge surplombée d'un éclair sur le bras, à peine caché par son haut médical. Elle lui offrit un sourire serein, et le guida vers une grande machine ressemblant à un tube, et le fit s'asseoir sur le grand lit médical supposé aller dans le tube.
« Je vais vous injecter un fluide qui nous permettra de voir ce qui se passe dans votre cerveau monsieur, pourriez-vous me tendre votre bras ? »
Il s'exécuta sans un mot, et la vive douleur de l'aiguilla passa rapidement, alors qu'une sensation de chaleur envahit son être, en même temps que le liquide semblait se répandre en lui. Cela prit environ cinq minutes pour qu'il soit prêt, minutes durant lesquelles la femme lui expliqua la démarche et lui donna précisément les instructions. Ainsi, quand elle retira précautionneusement l'aiguille, Wade s'allongea sans faire d'histoire, et essaya de se calmer au maximum. Il ramena ses bras au-dessus de sa tête et les croisa comme l'assistante lui avait indiqué.
Le premier examen se déroula en trente-six minutes, et Wade sentait déjà une certaine lassitude à rester dans cet engin sans rien faire, à écouter le bruit de la machine qui observait consciencieusement son cerveau. Il se demandait ce qu'ils voyaient derrière ses écrans, et il se surprit à penser à son propre ordinateur, ce qui le fit se sentir mal de ne pouvoir écrire la suite de son livre.
Quand il sortit du scanner, la même femme le guida vers une autre salle où il fut accueilli par une machine médicale encore plus importante. Le fluide de scanner étant encore dans son corps, ils l'allongèrent directement après lui avoir demandé s'il avait quelque chose de métallique en lui et après avoir eu sa réponse négative. La brune installa une grande antenne blanche qui engloba sa tête, ce qui le rendit très mal à l'aise, car il se sentit instantanément piégé par les médecins. Elle lui glissa un bouton d'alerte dans la main droite, puise se recula dès que la marche fut enclenchée. Il entra dans le tube métallique, et une étouffante sensation de claustrophobie l'étreignit violemment, et ne le quitta pas jusqu'à ce que les bruits infernaux de l'IRM ne cessent, il ne se sentit complètement libéré que quand il eut posé les pieds à terre.
Il avait eu beau remuer ses méninges toute la journée, pas une seule explication plausible ne se manifesta. Il s'énervait de plus en plus, pour enfin renoncer à batailler, renonçant par la même occasion à appeler sa tante May pour passer la nuit chez elle. Cependant, quand il regarda les alentours, le vide se fit pesant dans le studio étudiant, et les larmes lui montèrent aux yeux. Il voulut tout détruire, devenir une tornade qui ne laisserait aucune trace d'ordre dans cet appartement où il avait vécu avec Gwen. Il se sentait ravagé intérieurement, et il désirait plus que tout que l'endroit exprime son mal être. Mais il ne pouvait se résoudre à tout briser sur le sol, à anéantir les seuls souvenirs de sa relation avec la blonde. Peter prit un cadre photo où il posait avec Gwen, mais ce qu'il sentait auparavant avait totalement disparu. Il se rendit compte que l'amour n'était plus le sentiment qui le dominait alors que ses yeux fixaient leurs regards amoureux figés dans le temps. Ce fut une rage sourde et un désespoir profond qui annihilèrent toute envie de rester ici une minute de plus. Le brun se dirigea vers la sortie avec son sac rempli d'affaires personnelles, et claqua la porte sans ménagement.
Wade avançait lentement dans l'allée de son immeuble, évitant les ordures jonchant le trottoir ainsi que les tâches douteuses au sol. Il regarda longuement les marches extérieures avant de les gravir une à une dans un silence morne. Quand il arriva devant sa porte, il aperçut une forme humaine assise devant, les jambes ramenées vers le torse.
« ..Petey ? Je croyais que t'étais partie chez ta grand-mère ? fut-il étonné.
-Ma tante. Et non, j'ai changé d'avis. Je peux pas la rendre triste et rester de mauvaise humeur, ça lui ferait du mal.
-..Alors tu es venu ici, pour que je sois ton souffre-douleur ? ne put s'empêcher de conclure Wade, une expression indéchiffrable au visage.
-Non… Je pensais que.. Peut être… Ton offre tenait toujours ? Je pourrais sûrement mieux m'en sortir avec toi, enfin t'es plus apte à me contrôler qu'une vieille femme… »
Wade réfléchit et prit le temps de détailler son ami. Il était habillé en jean simple foncé qui laissaient deviner la forme de ses genoux, ainsi que d'un sweatshirt rouge délavé trop grand pour lui et lui arrivaient bien après ses doigts, le faisant ressembler à un petit enfant perdu. Vaincu, Wade lui offrit une main et l'aida à se relever.
« Allez, entre. Mi casa es tu casa. »
Et le garçon le suivit sans discuter, son sac à la main et son cœur meurtri au bord des lèvres.
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VOILA LE CHAPITRE 11 LES ENFANTS! Très long comparé aux précédents, beaucoup de médical (vous ne savez pas les recherches de malade que j'ai fait, je pourrais presque aller en médecine xD) En tous cas j'espère que ça vous a plu et que vous êtes toujours contents de l'enchaînement, n'hésitez pas à me laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé, ça me ferait énormément plaisir :3
Allez, à la semaine prochaine, Bisous xx
MathBeth
