Voilà le dernier chapitre. J'espère qu'il vous plaira!

Un grand merci à Ploum, Fifi Brindacier, Maude et thegirloftheshade pour leurs reviews!

Remus, Tonks et Neville avançaient silencieusement dans l'un des mornes couloirs de Sainte Mangouste. De nombreuses chaises avaient été placées devant chaque chambre, afin de permettre aux familles d'attendre plus confortablement leur tour de visite. Les mines étaient sombres pour la plupart mais parfois un sourire venait illuminer un visage et semblait presque déplacé dans ce lieu aux tristes figures. Le couple avait croisé Londubat dans le hall d'entrée et lui avait annoncé le réveil de Sirius. Neville avait donc décidé de saluer Harry avant d'aller voir ses parents. L'adolescent tenait son bras gauche comme s'il ne savait plus quoi en faire. Il en avait perdu définitivement l'usage et son membre mort se balançait mollement le long de son corps au rythme de ses petites foulées.

Ils marchèrent encore quelques mètres puis arrivèrent enfin devant la chambre de Sirius. Logan était assise sur l'une des chaises présentes dans le couloir et se leva en souriant. Après les salutations d'usage, la jeune femme leur annonça qu'Harry se trouvait encore avec son parrain.

- Ca fait longtemps ? demanda Tonks.
- Près d'une heure et demi, répondit-elle. Ils ont beaucoup de choses à se dire.

Remus acquiesça.

- Merci de nous avoir prévenus, dit-il avec gravité. Nous avons appris la nouvelle pour Charlie dans la foulée. Je crois que maintenant, tous nos espoirs reposent sur Fred.

Un léger grincement empêcha toute réponse éventuelle. Harry sortait de la chambre. Les découvrant sur le seuil, l'adolescent leva un visage surpris puis souriant vers le petit groupe.

- Comment va-t-il ? s'enquit Remus.
- Bien. Il va très bien. En fait, il voulait parler à Logan mais il va être content de vous voir.

Lupin vit la jeune femme tressaillir et lui proposa :

- Allez-y. Nous patienterons ici.
- Non, non ! s'empressa-t-elle de répondre, les mains levées. Ça ne doit pas être très important de toute façon. Ça attendra. Vraiment.
- Hum… intervint Tonks, un sourire en coin. Vous préférez le voir quand nous ne serons plus dans le coin, c'est ça ?

Elle lança alors un regard amusé à Remus et celui-ci se sentit désolé pour Logan. Le penchant de cette dernière pour Sirius était plus qu'évident et Tonks était cruelle de jouer là-dessus au détriment de la jeune femme. Mais il connaissait suffisamment Nymphadora pour savoir que ses intentions n'étaient pas mauvaises. Elle voulait simplement rendre Logan plus… décontractée. Moins… coincée.

Moins comme moi, en fait, songea-t-il, non sans ironie.

Hélas, Tonks n'obtint pour seule réponse qu'un bafouillage inintelligible et Remus ouvrit la porte, afin de clôturer l'embarrassant sujet. Laissant Harry en compagnie de Neville, ils pénétrèrent dans la chambre silencieuse et s'avancèrent dans l'allée centrale. Les rideaux avaient tous été fermés et donnaient à la pièce une étroitesse oppressante, mais aujourd'hui, Remus ne la ressentit pas. Sirius était sorti d'affaire.

Lupin souleva la lourde tenture et pénétra sans attendre dans le petit espace improvisée. Black était assis, adossé à deux oreillers de taille impressionnante, et il leva un visage surpris face à cette arrivée massive.

- Lunard ! salua-t-il joyeusement.
- On peut dire que tu nous auras donné des cheveux blancs ! répliqua Nymphadora en entrant à son tour.
- Ne fais aucun commentaire sur cette remarque ! lâcha aussitôt Remus en voyant Sirius ouvrir la bouche tout en louchant sur ses cheveux parsemés de mèches grises.

Le sourire de Black s'accentua. Il jeta un bref coup d'œil à Logan qui se postait à son tour près de son lit puis se tourna vers Tonks.

- Comment va ta jambe ?
- Rien de grave. Je boite un peu mais tout va rentrer dans l'ordre d'ici quelques jours, dit-elle en s'asseyant sur la chaise la plus proche, le visage grimaçant malgré tout.
- Hum. Mais ne crois pas que je t'ai oubliée, lâcha Sirius, un sourire vengeur sur les lèvres. Je te dois toujours un sortilège impardonnable.

Le regard incrédule de Remus et de Logan se tourna vers la jeune femme, qui sentit aussitôt le rouge lui monter aux joues.

- Tiens donc, poursuivit Black avec amusement. Tu aurais oublié de leur raconter cette petite anecdote.

Tonks inclina la tête avec agacement et bougonna :

- J'étais obligée et tu le sais parfaitement.
- Tu aurais pu éviter de m'en balancer un vrai ! s'exclama Sirius, jouant les outragé. On s'était pourtant entraîné dans ma cellule !

La jeune femme émit un petit ricanement moqueur.

- Tu parles ! Tu riais à moitié au lieu de hurler !

Ils échangèrent un sourire amusé. Remus les regarda se chamailler en silence puis finit par demander, lorsque le calme revint :

- Tu as pu parler à Harry ?

Sirius se tourna vers lui, le visage plus grave.

- Oui. Je pense que ça devrait aller. J'ai fait un super speech, tu aurais été fier de moi. Evidemment, j'ai enrubanné ça à ma façon, finit-il, cherchant à dédramatiser.
- Pauvre Harry, intervint Tonks, acide.

Sirius lui envoya un regard meurtrier.

- Vous avez parlé de ce que vous alliez faire ? demanda Remus avant que les représailles ne soient lancées.
- Je vais vendre le 12 square Grimmaurd et acheter une propriété à la campagne.

Incrédule, Tonks se redressa vivement sur sa chaise.

- Tu vas vendre la maison des Black ? Elle est dans ta famille depuis des siècles !
- Je déteste cette vieille baraque poussiéreuse, et Harry aussi ! Je ne vois vraiment pas pourquoi je la garderais, expliqua-t-il en haussant les épaules. Et puis j'ai envie d'espace et de tranquillité, et surtout ne plus voir la tête de ma mère le matin au réveil…
- Et Kreattur ? s'enquit Remus.

Le regard de Sirius se fit plus froid.

- Ce traître ? Je vais m'en débarrasser une bonne fois pour toute.
- Patmol… tenta de le tempérer Lupin.
- Quoi ? s'exclama celui-ci. Je vais juste le libérer ! Après tout, c'est ce qu'il veut, non ? Par contre, tu ne m'empêcheras pas de lui faire la réputation qu'il mérite. M'est avis qu'il aura du mal à trouver une nouvelle famille.

Remus ne put retenir un sourire. Sirius avait la rancune tenace et il ne se voyait pas l'empêcher d'agir comme il le désirait. Il ne l'avait jamais fait jusqu'ici et il n'allait pas commencer maintenant.

- Harry va aller vivre avec toi, j'imagine ? poursuivit Lupin.
- Ouaip ! Et l'année prochaine, il retournera à Poudlard pour obtenir ses ASPIC.
- Je crois que ces quelques mois avec vous lui feront du bien, intervint Logan pour la première fois dans la discussion.

Sirius se tourna vers la jeune femme et lui sourit, étirant les bras afin de les croiser sous sa nuque.

- Et à moi aussi ! soupira-t-il. En attendant, j'aimerais bien trouver un moyen de le dérider un peu. Rester ici, dans cet hôpital ne l'aide pas à passer à autre chose. Surtout avec ce que la famille Weasley est en train de traverser.

Un silence méditatif se fit puis Logan finit par lancer :

- J'ai peut-être la solution.

Black, qui observait déjà la jeune femme, se contenta de lui sourire et Remus sourcilla.

- J'ai droit à un indice ? demanda Sirius.
- Vous verrez bien ! répliqua-t-elle en se levant. J'aurais en revanche besoin d'aide.
- Suis partante ! s'exclama aussitôt Tonks en se redressant à son tour, une nouvelle grimace sur le visage. Remus ?
- Pareil.

Tous les trois se dirigèrent sans attendre vers le rideau et disparurent bientôt derrière.

Le petit groupe n'était parti que depuis quelques minutes lorsqu'un léger brouhaha se fit à l'entrée de la chambre. Sirius entendit Remus recommander le silence par respect pour les autres patients mais Tonks semblait avoir toutes les difficultés du monde à lui obéir. Le rideau finit par se soulever et un Harry souriant fut le premier à apparaître, des ballons de toutes formes dans les mains. Derrière lui, flottaient divers paquets de tailles imposantes et parfois étrangement remuants. Ceux-ci vinrent rapidement s'empiler dans un recoin de la chambre permettant enfin à Tonks, Logan et Remus d'entrer à leur tour, portant dans leurs bras fleurs, sacs et boîtes en tout genre.

- Qu'est-ce que c'est que tout ça ? demanda Black, incrédule.
- Tes admirateurs, apparemment ! répondit Tonks en riant. C'est hallucinant tout ce que tu as reçu !
- Pardon ?

Pendant que le petit groupe déposait par terre la plupart des paquets, Remus lança un sort afin d'insonoriser la pièce. Lorsque ce fut fait, Logan expliqua :

- Depuis votre arrivée ici et dès que les premiers bruits ont couru sur votre retour et votre intervention lors de la bataille contre Vous-Sa… Voldemort, le courrier a commencé à affluer. Nous n'avons pas pu les laisser dans votre chambre, il n'y avait pas assez de place… Ce que vous voyez là ne représente qu'un quart de ce que vous avez reçu.

Abasourdi, Sirius balaya la petite pièce du regard à présent noyée sous les paquets de toute taille au papier écarlate et les ballons multicolores. Harry était en train d'attacher les derniers à l'un des barreaux du lit et lança :

- C'est moi qui ai vaincu Voldemort et c'est toi qui a les ballons en forme de cœur ! J'ai aussi reçu ma dose de courrier mais pas de ballons en forme de cœur !

Sirius observa le visage amusé de son filleul, heureux de le voir parler d'un sujet si grave de façon si légère.

- L'expérience, Harry ! répliqua-t-il avec une fausse suffisance. L'attrait de l'expérience !
- Tu as quand même quelques années de retard, maintenant… le taquina Tonks.
- J'avais pris beaucoup d'avance ! s'indigna Sirius.

Black jeta un coup d'œil vers Logan mais celle-ci semblait affairée à extraire d'un sac de toile une quantité impressionnante de lettres. Remus fit apparaître quelques chaises supplémentaires et tous prirent bientôt place autour du lit de Sirius. Les premières enveloppes furent alors distribuées et la lecture commença dans un silence léger.

- J'ai une mamie qui se repent de t'avoir cru coupable, indiqua Remus en levant la première lettre.
- Et moi un homme qui était persuadé de ton innocence ! répliqua Tonks. L'hypocrite… Quoiqu'il en soit, il est content de te savoir vivant et…

La jeune femme fouilla dans l'enveloppe.

- … et t'envoie une photo de lui, finit-elle un sourire goguenard sur les lèvres.

Elle tenait à présent entre ses doigts un cliché qui ne fit guère long feu. Sirius avait saisi sa baguette et la petite feuille de papier glacée disparut dans un nuage d'étincelles violettes. Tonks et lui échangèrent un regard amusé mais Harry leva à son tour une autre photo.

- Celle-ci devrait te plaire davantage. La femme est pas mal… sans parler du fait qu'elle est folle de toi, rajouta-t-il en parcourant la lettre des yeux.
- Elle est folle tout court, se permit sobrement Remus, faisant mine d'être accaparé par un autre courrier.

Sirius lança un regard noir à son ami, jeta un bref coup d'œil sur la photo que lui tendait son filleul mais se détourna.

- Je n'aime pas les blondes, dit-il simplement en observant le manège de Logan. Qu'est-ce que tu fais ?

La jeune femme mit quelques secondes à comprendre qu'il s'adressait à elle étant donné le tutoiement utilisé. Elle leva un regard troublé vers lui puis glissa nerveusement une mèche derrière son oreille.

- Euh… Je trie les lettres, bredouilla-t-elle, avant de poursuivre d'une voix plus assurée. Ici, le courrier d'excuses. Là, celui de remerciements. Et ici… celui de fans.
- De fans ?
- De femmes… fans, dit-elle en souriant.

Sirius grommela mais ne dit rien. Il n'était pas vraiment ravi de cette popularité soudaine et espérait que Logan ne se sentirait pas mal à l'aise à cause de tout ça.

- J'ai une brune, lança brusquement Harry en lui montrant une nouvelle photo.
- Je n'aime pas les brunes, répondit-il machinalement avant de voir les sourcils de Tonks se hausser.
- Tu aimes quoi, alors ? Les rousses ? s'enquit-elle.
- Non plus.
- Je ne me souvenais pas que tu étais si difficile, intervint Remus, un fin sourire sur les lèvres.

Tonks glissa une main volontairement coquette dans ses boucles et demanda :

- Tu aimes les cheveux mauves ?
- Oula non ! s'exclama un peu trop vivement Sirius.

Harry, Logan et Remus ne purent retenir un sourire amusé et Nymphadora se redressa sur sa chaise, vexée. Black en profita pour lancer d'une voix neutre, tout en ouvrant négligemment une autre lettre.

- J'aime bien les cheveux de Lunard… Mais sans les mèches blanches.
- Merci Patmol, maugréa celui-ci, se replongeant dans sa lecture.
- Mais de rien.

Tonks jeta machinalement un œil sur Remus puis observa sa voisine.

- T'aimes les cheveux de Logan, en fait, remarqua-t-elle.

Sirius joua les surpris puis se tourna vers la jeune femme en question. Il profita de l'opportunité qui lui était offerte et l'observa tranquillement. Les joues écarlates, Logan rassemblait nerveusement quelques lettres devant elle et il ne put contenir plus longtemps un sourire amusé.

- J'aime beaucoup oui, se contenta-t-il de répondre doucement.

La jeune femme lui jeta une œillade surprise mais lorsque leurs regards se croisèrent, elle reporta vivement son attention sur son ouvrage.

Un brin dépité, Sirius se remit à sa lecture mais s'interrompit en remarquant l'agitation soudaine de Tonks.
Celle-ci fronça brusquement son petit nez et ses cheveux mauves prirent une teinte vert pomme.

- Tu préfères comme ça ? demanda-t-elle à Lupin.
- Euh… Comment ? bredouilla-t-il, perplexe.
- Les cheveux, insista-t-elle. Je croyais que tu les aimais mauves. Mais tu les veux d'une autre couleur ?

Les boucles de Tonks devinrent d'un rouge écarlate et les sourcils de Remus se haussèrent d'inquiétude. Sirius et Harry échangèrent un sourire amusé.

- Et ça ? s'enquit-elle vivement.
- Nymphadora…
- Non mais dis-moi !
- C'était parfait avant, répondit-il le plus sincèrement possible.
- Avant ? En vert, tu veux dire ?
- Non ! … En mauve, ça te va très bien.
- Mais tu es sûr ? Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ?
- Non, je t'assure, dit-il, en rougissant brusquement devant l'expression narquoise de Sirius. Mais on ne pourrait pas parler de ça plus tard ?

Ainsi donc, voilà à quoi ressemblait un Lunard amoureux. Eh bien… Il était vraiment content de pouvoir le voir de ses propres yeux. C'était à mourir de rire. Il n'y avait pas plus dissemblables que Tonks et Remus et pourtant tous deux semblaient étonnamment compatibles.

Son regard accrocha celui de Logan et il soupira d'impatience.

Ils poursuivirent leur tri postal dans la bonne humeur, lisant à haute voix les courriers les plus extravagants. L'heure s'écoula rapidement et lorsque toutes les lettres furent ouvertes et classées sous le modèle de Logan, le tas le plus conséquent était sans nul doute celui des « fans ».

- Eh bien… lança Tonks, impressionnée. Tu es sûr qu'ils ont mis une photo de toi dans la Gazette du sorcier ? Ils ne se seraient pas trompés ?
- Occupe-toi de tes cheveux, railla Sirius.

Logan venait de rassembler les lettres en question dans un des trois sacs de toile.

- Voilà ! De la lecture en perspective ! dit-elle d'une voix qui se voulait enjouée.

Sirius tendit la main vers les sacs mais ne prit que les deux moins remplis, ceux contenant les excuses et remerciements.

- Tu peux jeter l'autre, dit-il négligemment. Je ne répondrai qu'à celles-ci.

La surprise de Logan fut totale et celle de Tonks… spectaculaire.

- Attends… Je rêve ?

Elle s'interrompit un instant puis se tourna vers Remus, le regard soudain larmoyant.

- Voldemort s'est trompé. Il n'a pas ramené le bon Sirius Black ! On nous a trompés sur la marchandise !

Elle fut contrainte au silence par un oreiller transformé en cognard fou et le rire d'Harry retentit dans la pièce. L'adolescent était resté relativement silencieux pendant leur petite réunion mais Sirius avait vu son regard se faire plus vivant à mesure que les minutes s'écoulaient. Black avait parfaitement conscience que quelques secondes de fou rire ne pourraient pas faire disparaître le souvenir de Voldemort mais le fait de savoir Harry capable de s'amuser d'un rien le rassurait. Il avait plusieurs mois devant lui pour redonner un certain équilibre à la vie de son filleul et il allait faire son possible pour y parvenir.

- Bon sang, Sirius ! Arrête ça ! s'exclama Tonks, tandis qu'un second oreiller venait porter main forte au premier.

ooo

Lorsqu'Harry sortit de la chambre de son parrain et retrouva les mornes couloirs de Sainte Mangouste, il perdit de son bel enthousiasme. Le malaise qu'il traînait depuis plusieurs jours revint l'assaillir mais avec cependant moins de force. Un guérisseur était passé quelques minutes auparavant et avait annoncé que Sirius pourrait sortir dans quatre jours. Et dans quatre jours, lui aussi quitterait enfin cet endroit.

Dans un premier temps, tous deux seraient contraints de vivre au 12 Square Grimmaurd mais Sirius lui avait affirmé qu'il mettrait la maison en vente le jour même de leur arrivée. Une vente qui se ferait certainement vite, étant donné son incroyable et inattendue popularité.

- Tu ne crois pas que le tableau de ta mère risque de freiner les acheteurs potentiels ? avait-il demandé à Sirius.
- Tu plaisantes ? C'est l'attraction de la maison ! Ils seront ravis !… Au pire, s'ils veulent vraiment s'en débarrasser, ils n'auront qu'à raser la vieille bicoque et reconstruire par-dessus.

Harry n'était guère surpris de voir son parrain si empressé de vendre cette demeure qui était pourtant dans la famille Black depuis une éternité. Elle devait compter pour lui autant que le 4 Privet Drive comptait pour Harry. Bien que sachant son parrain fort riche, il avait demandé à investir un peu de son argent personnel dans l'achat de leur nouveau foyer et Sirius n'avait pas protesté, comprenant son besoin de se sentir chez lui, dans une maison où il ne serait plus un invité.

Harry savait qu'il n'habiterait pas longtemps avec son parrain. Après l'obtention de ses ASPIC, il entrerait dans la vie active et s'installerait certainement ailleurs afin d'avoir son indépendance. Mais il était rassurant de se dire qu'au moindre coup dur, il avait quelque part où aller. Une maison dont les portes lui seraient toujours ouvertes. Un chez-lui.

C'était quelque chose qui semblait si normal de posséder aux yeux de la plupart des gens. Aussi normal qu'avoir une famille. Et lui, Harry, allait enfin bénéficier des deux.

Un soupir s'échappa de ses lèvres et le jeune homme se dirigea vers la chambre de Fred. Il retrouva Ron et Hermione dans le couloir, assis côte à côte mais silencieux, et Ginny, installée juste en face. La jeune fille ne leva pas les yeux à son approche et Harry sentit les remords l'envahir. Bien sûr, il regrettait d'avoir fui alors qu'elle avait eu besoin de lui mais il n'avait pas eu le choix. Il n'aurait jamais pu l'aider. Il n'aurait jamais pu trouver les mots pour l'apaiser.

Le cœur lourd, Harry rejoignit ses deux amis et s'assit à côté de Ron. Un long silence se fit mais Harry y était dorénavant habitué, aussi fut-il surpris de voir le rouquin se tourner vers lui, quelques minutes plus tard.

- J'ai appris pour Sirius, dit-il d'une voix rauque, comme s'il n'avait plus parlé depuis des jours. Je suis content pour toi. Vraiment.
- Merci, Ron.

Celui-ci acquiesça puis replongea peu à peu dans sa léthargie. En passant devant ses deux amis, tout à l'heure, Harry avait vu leurs doigts enlacés et le souvenir de cette vision furtive l'apaisa soudain. Son regard se posa sur le visage pâle de Ginny et, se sentant certainement observée, la jeune fille leva les yeux vers lui. Il fut surpris de ne pas la voir se détourner de suite mais resta, malgré tout, incapable de faire le moindre geste afin d'excuser sa précédente fuite. Peut-être n'était-il pas encore prêt ? Peut-être avait-il besoin de régler certaines choses… Il n'aurait su le dire avec exactitude mais en croisant le regard constant de la jeune fille, une certitude vint le saisir.

Tout n'était pas gâché, entre eux. Il sut que tout pouvait être pardonné, que la douleur rendait excusable des actes qui ne l'étaient pas, en temps normal.

Lorsque Ginny se détourna enfin, ils n'avaient rien échangé de plus qu'un bref regard mais il avait suffi à rassurer Harry. D'une façon ou d'une autre, dans un avenir proche, il en était à présent certain, tout s'arrangerait.

Pas tout de suite. Pas encore.

Mais bientôt.

ooo

Logan referma le dernier tiroir de son bureau et son regard se posa sur la photo de sa mère. Une page de sa vie allait bientôt être tournée et la jeune femme se sentait un peu perdue. Qu'allait-elle faire à présent que sa longue quête était arrivée à son terme ?

Se saisissant du cadre, Logan observa le visage figé de sa mère puis rangea la photo dans sa sacoche et referma celle-ci d'un geste déterminé. Peut-être qu'une fois rentrée en Ecosse, tout lui semblerait plus aisé. Ici… Son nom revenait sans cesse dans les conversations. Son visage était à la une de tous les journaux. Elle ne pouvait faire un pas sans se retrouver confrontée à Sirius Black.

La jeune femme soupira.

Sa lourde cape sur les épaules, sa sacoche bien en main, elle examina la longue pièce autrefois grouillante de vie et à présent dramatiquement déserte. Peu d'Aurors avaient eu la bonne fortune de s'en sortir et les quelques chanceux étaient occupés à rechercher les Mangemorts en fuite. Elle aurait aimé aider mais Sirius quittait Sainte Mangouste aujourd'hui et elle n'avait pas très envie de devoir expliquer les raisons qui la pousseraient à le fuir, si elle choisissait de rester. En effet, depuis le jour de son réveil, elle n'était plus retournée le voir.

Cette décision s'était imposée d'elle-même à la lecture des lettres que Black avait reçues. Malgré les pitreries de Tonks, Logan avait vécu cet épluchage de courrier comme une épreuve. Peut-être qu'une partie d'elle, une toute petite partie avait espéré quelque chose. Mais la popularité de Sirius lui avait rapidement remis les idées en place.

D'un pas ferme, Logan traversa la salle silencieuse et vit Maugrey Fol Œil la rejoindre en claudiquant.

- Olds ! salua-t-il avec sa brusquerie coutumière. Alors vous partez !
- Oui, répondit-elle en esquissant un sourire forcé.
- Aucun moyen de vous retenir ? On manque de bons éléments maintenant et vous avez été très efficace pendant la bataille.

Un peu surprise, Logan observa le visage défiguré de l'Auror. Ils n'avaient guère eu l'occasion de discuter tous les deux et la jeune femme ne pensait pas avoir retenu son attention.

- Merci mais ils ont besoin de moi à Edinburgh.
- Vous êtes pourtant d'origine anglaise, non ? Vous n'avez pas d'accent.
- Oui, mais ma famille se trouve en Ecosse. Ma vie se trouve là-bas.

Fol Œil acquiesça.

- Dommage ! Il y a encore quelques Mangemorts que j'aimerais attraper.
- Vous avez eu des nouvelles de Severus Rogue ?
- Aucune. Il a réussi à s'enfuir avec le jeune Malefoy. Merci Sirius Black, grommela Maugrey.

Et voilà... Encore une fois, Sirius revenait s'immiscer dans la conversation.

- Mais Rogue était de notre côté, se permit Logan malgré l'air bourru de son interlocuteur.
- Oui eh bien… Moi, tant que je n'ai pas de preuve autre que la certitude d'un seul homme, on peut me raconter tout ce qu'on veut, je ne marche plus.
- Albus Dumbledore avait confiance en lui. Il devait savoir quelque chose que nous ignorons.
- Et je découvrirai ce que c'est ! Il est hors de question que je laisse filer Rogue aussi facilement, bougonna-t-il avant d'enchaîner brusquement : Bon ! Si jamais vous changez d'avis, vous serez la bienvenue ici, Olds !

Et sans un mot de plus, il s'éloigna de son pas chaloupé.

- Au revoir, murmura-t-elle en soupirant.

Mais elle eut à peine le temps de faire quelques mètres supplémentaires qu'une voix familière l'interpellait.

- Logan !

La jeune femme leva les yeux et vit Tonks foncer tout droit sur elle.

- Par pitié, dis-moi que tu vas voir Sirius !

A l'initiative de ce dernier, tout le monde s'était finalement mis à la tutoyer, comme si soudainement, elle avait obtenu un laissez-passer lui permettant de faire partie de leur communauté restreinte.

- J'y allais oui, répondit-elle.
- Merci ! s'exclama Tonks avec un soulagement exagéré. Je ne supporte plus ses fichues sautes d'humeur ! Il est insupportable !

Devant l'exaspération évidente de la jeune femme, Logan songea que le soulagement en question n'était peut-être pas si exagéré que cela.

- Je ne sais vraiment pas comment Remus le supporte ! Ni comment toi, tu as pu tenir plusieurs semaines d'affilées !

Un fin sourire vint éclairer le visage de Logan et son estomac se contracta. Sirius n'était pas un homme facile, mais comment le lui reprocher ? Il fallait juste savoir comment le prendre.

- Il vaut mieux le laisser tranquille lorsqu'il est d'humeur taciturne, expliqua-t-elle simplement.
- Oui, mais moi, ça m'exaspère. Je ne suis pas très patiente.

Logan sourit de nouveau, songeant que les deux cousins avaient plus de traits en commun qu'ils ne le pensaient.

- Quoiqu'il en soit, il est d'une humeur exécrable et je crois que ton absence n'arrange pas les choses. Tu aurais au moins pu lui rendre visite une fois, ça l'aurait un peu calmé.
- Je suis désolée, j'ai eu beaucoup de choses à préparer avant mon départ.

Un silence se fit et le regard de Tonks se posa sur la lourde sacoche que Logan tenait dans sa main.

- Tu t'en vas ?
- Oui, je rentre chez moi.

Une grimace contrariée apparut sur le visage de Nymphadora.

- Oula… J'en connais un à qui ça ne va pas plaire, si tu veux mon avis…

Logan ne trouva rien à répondre à cela et préféra changer de sujet :

- Je viendrai vous saluer, Remus et toi, après mon passage à Sainte Mangouste.
- Très bien ! Mais tu aurais du nous prévenir avant, on aurait fait une petite fête, quelque chose…
- C'est inutile, vraiment, répondit Logan. Mais merci.

Prolonger des adieux avec Sirius Black à proximité ne faisait pas parti de ses plans. Elle ne se sentait pas le courage de s'attarder davantage.

Prenant finalement congé de Tonks, Logan quitta enfin le Ministère et arriva à Sainte Mangouste dans la foulée. Si elle avait pu éviter cette dernière confrontation, elle l'aurait fait, mais partir de Londres sans avoir salué Sirius aurait été plus qu'impoli. Et puis, en son fort intérieur, elle avait très envie de le revoir une dernière fois.

Lorsque Logan parvint devant la chambre de Sirius, elle y découvrit Harry qui attendait patiemment assis dans le couloir. Il leva les yeux vers elle, marqua un bref temps d'arrêt puis lui sourit.

- Bonjour, la salua-t-il.
- Bonjour Harry. Je ne dérange pas ?
- Pas du tout. Il finit de se préparer. Allez-y.

La jeune femme acquiesça puis pénétra dans la chambre. Un des petits box improvisés avait les rideaux ouverts et présentait un lit vide. Sainte Mangouste commençait peu à peu à se désemplir. Silencieuse, Logan longea lentement l'étroit couloir et parvint enfin devant la lourde tenture la séparant de Sirius. Posant son sac à ses pieds, elle inspira profondément dans le vain espoir de calmer les battements précipités de son cœur puis souleva le rideau.

Sirius était debout et lui tournait le dos, finissant selon toute vraisemblance de boutonner sa chemise. Le vêtement était aussi noir que ses cheveux et rendait l'homme imposant dans ce décor immaculé. Les mains tremblantes, Logan les cacha dans les poches de sa cape puis se racla doucement la gorge afin de signaler sa présence. Sirius tourna négligemment la tête vers elle et se figea.

Son regard perçant la dévisagea quelques secondes et la jeune femme tenta de lui sourire mais sans grand succès.

- Bonjour, parvint-elle finalement à articuler.

Les bras de Sirius retombèrent lentement le long de son corps et il se tourna complètement vers elle. Il ne souriait pas. Ses traits étaient durs, ses yeux froids. En temps normal, elle se serait installée dans un coin en attendant de le voir revenir à de meilleures dispositions mais aujourd'hui, elle n'avait guère le choix. Aussi, comme il ne semblait pas pressé de parler et se contentait de l'observer en silence, Logan fit un pas vers lui.

- Alors c'est aujourd'hui que tu sors.
- Comme tu peux le constater.

Sa voix n'avait rien de chaleureux et le visage de la jeune femme pâlit. Elle n'avait pas prévu de lui faire des adieux dans une ambiance si glaciale mais cela n'allait-il pas lui faciliter la tâche, finalement ?

- Pourquoi as-tu tant tardé ? demanda-t-il, tout à coup. Tu viens tous les jours quand je suis dans le coma et puis brusquement… impossible de mettre la main sur toi.
- J'ai eu beaucoup de travail, je suis désolée. Et comme tu allais mieux, j'ai pensé que ce n'était plus vraiment utile.
- Plus vraiment utile ? répéta-t-il, avec une pointe de sarcasme. Je suis enfermé ici depuis quatre jours, dans cette fichue pièce de cinq mètres carré et tu pensais que ce n'était plus vraiment utile ?

Logan tressaillit. Elle n'avait pas pensé que Sirius verrait son séjour à Sainte Mangouste comme une nouvelle forme de séquestration.

- Je croyais qu'au moins toi, tu le comprendrais, finit-il dans un soupir.

Il se détourna et la jeune femme sentit sa gorge se serrer.

- Je suis sincèrement désolée. Mais tu avais Harry… Et Tonks, Remus… Tu n'étais pas seul.

Sirius lui jeta un bref coup d'œil et glissa les mains dans les poches de son pantalon. Il sembla hésiter puis, contre toute attente, un fin sourire vint étirer ses lèvres.

- Le souci, c'est que c'est toi, que je voulais voir.

Malgré elle, une bouffée de plaisir vint la saisir. Ce n'était pas grand chose, mais au moins avait-il un peu besoin d'elle. Tout du moins le crut-elle jusqu'à ce qu'il dise :

- Alors… Tu m'en as caché des choses. Pourquoi ne m'as-tu rien dit pour Pettigrow ?

Son euphorie soudaine disparut aussitôt. Voilà donc pourquoi il voulait tant la voir. Pour parler de Peter Pettigrow.

- C'était personnel, expliqua-t-elle avec raideur.
- Je comprends. Mais j'étais plus ou moins impliqué dans tout cela.

Elle ne répondit pas. Elle n'avait pas envie de replonger dans ces souvenirs. Ils étaient encore trop vivants et trop douloureux pour pouvoir en parler ainsi. Même avec lui.
Il interpréta donc seul son silence et finit par lancer, d'une voix radoucie.

- Tu sais, il a mérité son sort.

Cela, elle le savait.

- Je ne regrette pas d'avoir tué Pettigrow, dit-elle d'une voix ferme. Je regrette juste d'avoir tué.

Ce fut au tour de Sirius de rester silencieux. Qu'aurait-il pu répondre, de toute façon ? Il se contenta donc de l'observer avec gravité et Logan sentit sa propre gêne s'accentuer. Il était grand temps de mettre un terme à tout cela.

- Je suis venue te dire au revoir, annonça-t-elle. Je pars demain.

Les sourcils de Sirius se froncèrent.

- Tu pars ? Où ça ? demanda-t-il, perplexe.
- Je rentre chez moi, en Ecosse.

Il l'observa avec une telle incrédulité qu'elle crut un instant avoir omis de lui dire d'où elle venait.

- Pourquoi partir ? finit-il par s'enquérir.
- Eh bien… Ma vie est là-bas. Mon travail…
- Demande ton transfert ! proposa-t-il brusquement. De mon côté, je ferai appel au Ministère. Après tout ce qui s'est passé, ils me doivent bien un ou deux services. Et au pire, je ferai intervenir Harry. Je doute qu'ils puissent lui refuser quoi que ce soit.

Logan ferma les yeux un bref instant. Les bonnes intentions de Sirius ne l'aidaient pas du tout.

- Mais il n'y a pas que ça… balbutia-t-elle, cherchant une raison valable de se défiler.
- Sans vouloir t'offenser, je doute qu'il y ait beaucoup de monde qui t'attende là-bas.

De pâle, Logan devint écarlate et lança un regard noir à Sirius. Celui-ci s'empressa donc de rajouter :

- Je ne voulais pas prétendre que… tu ne côtoies personne mais, j'ai bien vu que tu n'étais pas très à l'aise avec les gens. Et puis j'imagine que ton désir de vengeance t'a un peu éloigné… Que tu t'es un peu renfermée.

Il se tut un bref instant.

- Je sais ce que c'est. Crois-moi.

Et elle le croyait. Mais elle n'avait aucune envie de faire la liste de leurs points communs. Elle n'avait aucune envie de le voir se montrer si attentionné et compréhensif. La seule chose qu'elle désirait, c'était mettre un terme à tout cela. Il fallait qu'elle sorte d'ici.

- Ecoute, Sirius. Ça ne rime à rien tout cela. Je suis juste venue te dire au revoir. Je ne changerai pas d'avis.
- Je sais très bien que tu ne veux pas vraiment partir, répliqua-t-il d'un ton abrupt. C'est pour cela que j'insiste.
- Et pourquoi donc je ne voudrais pas partir ? demanda-t-elle sur un ton de défi.

Un sourire suffisant vint lentement étirer les lèvres de Sirius et le cœur de Logan manqua un battement.

- Parce que tu es amoureuse de moi.

La jeune femme aurait reçu un seau d'eau glacé en pleine figure, elle aurait fait à peu de chose près la même tête. Mais de blême, elle devint rapidement écarlate.

- Qu'est-ce que… Qu'est-ce qui peut te faire penser une chose pareille ? bredouilla-t-elle, lorsqu'elle eut recouvré l'usage de la parole.
- La liste serait beaucoup trop longue à donner ! dit-il, un sourire constant sur les lèvres. Désolé, mais c'est tellement évident.

Elle eut soudain l'impression d'étouffer.
Jamais elle ne s'était sentie aussi mal, aussi humiliée de sa vie. Et jamais elle n'avait rencontré un homme aussi arrogant ! Comment pouvait-il lui sortir cela, comme s'il parlait de la pluie et du beau temps ?

Le teint écarlate, le visage soudain en sueur, elle fit un pas pour s'échapper mais Sirius lança :

- Tu fuis, maintenant ? Ce n'est pourtant pas ton genre.

L'amusement contenu dans sa voix chassa brusquement la gêne de la jeune femme au bénéfice d'une colère salutaire, et elle se retourna.

- Tout ça est ridicule. Si tu prends ma présence à tes côtés pour…

Elle hésita sur le mot à employer et Sirius lui vint en aide avec un empressement évident.

- De l'amour ?
- Une attirance quelconque, corrigea-t-elle. Eh bien, tu te trompes. Tu es la seule personne que je connaisse ici, voilà l'une des deux raisons.
- Et la seconde ?

Un sourire, qui n'atteignit pas les yeux de la jeune femme, apparut sur son visage.

- La culpabilité. Je me sens coupable de t'avoir maudi pendant la moitié de ma vie alors que tu étais enfermé à tort à Azkaban. Voilà tout.

Sirius fit mine de réfléchir, les sourcils froncés, une main devant sa bouche. Mais, mortifiée, Logan vit de nouveau sa bouche se tordre en un sourire éclatant.

- Non. Tu es amoureuse de moi. Je le sais. Je le sens, dit-il avant de reconnaître : Mais la tentative était belle.

La jeune femme comprit qu'elle était arrivée à bout de sa patience lorsqu'elle sentit ses propres doigts se resserrer autour de sa baguette magique. Qu'allait-elle faire au juste ? Lui jeter un sort d'amnésie ?

Elle était si agitée, si irritée que la tête lui tournait. Dans un état second, elle se détourna de nouveau mais la voix de Sirius s'éleva pour la seconde fois dans son dos.

- Est-ce que je vais devoir te courir après, Logan ? demanda-t-il.

La jeune femme se figea. Ce ne furent pas ses paroles qui l'y incitèrent mais le ton employé. Il n'était plus ni moqueur, ni arrogant.

- Parce que tu peux bien retourner en Ecosse, si tu le veux… mais j'irai te chercher.

Malgré sa raison qui lui dictait de fuir à toutes jambes, la jeune femme se retourna et découvrit Sirius juste devant elle. Son cœur se mit à tambouriner violemment dans sa poitrine.

Que se passait-il, au juste ?

Mais elle n'eut guère le temps de se poser davantage de questions car il glissait déjà une main dans ses cheveux et, d'une légère pression, l'incitait à reculer. Trop abasourdie pour songer à se dégager, elle se laissa guider jusqu'à sentir son dos s'affaler contre le mur de la chambre.

- … Qu'est-ce que tu fais ? balbutia-t-elle, égarée.
- Ça me semble évident.

Peut-être à lui, mais pas à elle. Du moins, jusqu'à ce que Logan le voit se pencher et frôler sa bouche. Ses lèvres étaient douces et son souffle brûlant. La jeune femme avait cessé de respirer. Elle avait même cessé de penser. Seule la chaleur de sa main dans ses cheveux, celle de son autre main sur sa joue et la caresse de ses lèvres retenaient à présent son attention. Un gémissement s'échappa de la gorge de Logan et la bouche de Sirius se fit plus pressante.

Le corps parcouru de frissons de plaisir, la jeune femme ne retrouva ses esprits que lorsque Black voulut approfondir leur baiser.

Elle posa une main tremblante sur son torse et le repoussa. Il émit tout d'abord un grognement protestataire mais consentit finalement à s'écarter.

- Qu'est-ce qu'il y a ? souffla-t-il contre ses lèvres.

Logan sentait la chaleur de son corps à travers le fin tissu de sa chemise et elle retira vivement sa main, les joues brûlantes. Ce geste dut l'inquiéter car il redressa légèrement la tête afin d'observer le visage troublé de la jeune femme.

Pourquoi faisait-il cela ? songea la jeune femme, évitant sciemment son regard. Par gratitude ou par réelle envie ?

Comment le lui demander ?

- Je… Je ne comprends pas… ne put-elle que bredouiller.

Ce dut être suffisant car, d'une pression sous son menton, il l'incita à lever les yeux vers lui.

- Ecoute, il ne me viendrait jamais à l'esprit de demander ton transfert à Londres si je n'étais pas sérieux.

Logan mit quelques secondes avant de laisser ses doutes peu à peu disparaître. Son cœur, qui battait à se rompre dans sa poitrine depuis quelques minutes maintenant, semblait se dilater à n'en plus finir. Son bonheur tout neuf dut se lire sur son visage car un sourire apparut sur les lèvres de Sirius et il l'embrassa de nouveau sans lui laisser la moindre possibilité de protester.

Sa bouche se fit plus avide que lors de leur précédent baiser et elle y répondit tout d'abord avec timidité. Mais impatiente de sentir de nouveau la chaleur de son corps sous ses doigts, elle posa ses mains sur son torse, caressant doucement les muscles longs et tendus à travers le tissu de la chemise. Le gémissement qui s'échappa des lèvres de Sirius l'électrisa. Il se pressa contre elle avec une telle impatience qu'une vague de plaisir traversa le corps de la jeune femme. Elle se cambra à sa rencontre, enroulant ses bras autour de sa nuque pour l'attirer plus près, et ses lèvres s'ouvrirent enfin.

Leur baiser devint plus intime. Leurs caresses plus fiévreuses. Les mains de Sirius courraient sur son corps avec une impatience presque douloureuse et un besoin d'elle irréfléchi. Noyée sous des sensations de plus en plus violentes, elle s'arqua contre lui… mais un bruit lointain les ramena brusquement à la réalité et ils s'écartèrent légèrement, le souffle irrégulier. La même envie se reflétait sur leurs deux visages et ils se sourirent.

- C'était Harry ? demanda-t-elle, inquiète cependant.
- Peu importe, répondit-il en frottant doucement son nez contre celui de la jeune femme. Il est au courant. Je devais lui en parler.

C'était stupide après ce qui venait de se passer entre eux, mais la simple idée que Sirius ait parlé d'elle à Harry la fit sourire de plaisir. Elle n'arrivait pas encore à réaliser.

- Par contre, il faut que je te parle d'une petite chose, commença-t-il avec plus de sérieux.

L'estomac de la jeune femme se crispa aussitôt à l'idée de perdre ce qu'elle venait à peine d'avoir. Elle l'encouragea d'un regard inquiet.

- Je ne vais pas avoir beaucoup de temps pour nous, au début, dit-il. Je dois m'occuper d'Harry en priorité mais si tu es prête à attendre quelques mois…
- Bien sûr, répondit-elle avec empressement.

Bien sûr, qu'elle attendrait.

Un sourire détendit le visage de Sirius et il caressa tendrement une mèche de ses longs cheveux.

- Mais je compte bien te voir le plus souvent possible, malgré tout. Harry voudra sûrement passer un peu de temps avec ses amis.

Logan sourit à son tour et Black émit un grognement impatient. Il semblait saisi d'une brusque envie de l'embrasser.

- Allez ! Sortons d'ici, lança-t-il en s'écartant à contrecœur.

ooo

Lorsqu'Harry, Sirius et Logan sortirent de Sainte Mangouste, un groupe assez conséquent de journalistes les y attendait. Harry n'avait donné aucune interview jusqu'ici, se réservant pour le Chicaneur le jour où il se sentirait suffisamment prêt pour donner sa version de l'histoire. Aussi, lorsqu'il apparut en haut des marches de l'hôpital, les questions fusèrent. Le jeune homme, ragaillardi par la présence de son parrain à ses côtés et le soulagement de quitter ce lieu empli de mauvais souvenirs, consentit à répondre à certaines d'entre elles. Celles ayant uniquement trait à l'avenir.

Logan s'était discrètement éloignée afin de laisser Sirius et Harry seuls sur le devant de la scène.

- Qu'allez-vous faire, maintenant ?
- Allez-vous vivre avec votre parrain ?
- Retournez-vous tout de suite à Poudlard ou attendrez-vous l'année prochaine ?

Sirius rajusta sa cape autour de ses épaules, écoutant d'une oreille distraite les réponses d'Harry. Son regard s'éleva par dessus la foule. Un soleil lumineux brillait en cette matinée d'hiver, donnant à la neige un scintillement aveuglant, et se voir debout, à la vue de tous, sans déguisement ni subterfuge lui parut presque déplacé. Il lui faudrait certainement un peu de temps pour perdre ce besoin presque vital de se cacher.

Il se tourna vers Logan, seule à l'écart. Elle lui sourit avec chaleur et il se détendit presque aussitôt. Ces quatre jours sans elle lui avaient semblé interminables et Sirius n'avait pu s'empêcher de se montrer injuste avec la jeune femme, tout à l'heure. Certes, cet enfermement forcé avait été désagréable mais bien moins qu'il l'avait sous-entendu. Elle lui avait manqué. Voilà ce qui s'était passé.

Il ne savait pas exactement en quoi, ni comment, mais Logan lui faisait du bien et l'idée de l'avoir enfin pour lui tout seul dans un avenir proche le fit sourire à son tour.

Il reporta son attention sur Harry et observa son visage détendu et souriant. La veille au soir, Fred s'était enfin réveillé. La guérison serait lente et douloureuse mais nul doute que toute la famille Weasley serait à ses côtés pour l'aider. « Le miraculé », comme ils se plaisaient tous à le nommer. Plus jamais on ne pourrait le confondre avec George mais après tout, qui s'en souciait ?

Alors Harry souriait. Les souvenirs, les cauchemars étaient encore là mais son visage se fendait d'un sourire dès qu'un journaliste prononçait le nom de Sirius Black.

Un soupir s'échappa de ses lèvres. Etait-ce du soulagement ? De l'impatience ? Peut-être un peu des deux.

Sirius laissa son regard se perdre dans les rues immaculées de Londres et imagina un bref instant la ville faire place à un paysage verdoyant. Peut-être était-il devenu un peu claustrophobe mais il ne rêvait plus que de champs à perte de vue, sans rien pouvant freiner son regard. Un lieu où le mot liberté prendrait tout son sens.

Parce qu'il était libre, à présent.

FIN

Voilà ! Ma plus longue fic à ce jour !

Certains trouveront sûrement qu'il y a finalement peu de morts du côté des gentils ... C'est vrai. Mais je pense que Rowling va être suffisamment cruelle avec nous, inutile d'en rajouter. lol Voili voilou! Merci de m'avoir lu!