(Chapitre dixième)
Animagi
« Hier soir, Sirius m'a raconté comment ils étaient devenus des Animagi, dit Dumbledore avec un sourire. Un exploit extraordinaire... ce qui est encore plus extraordinaire, c'est de l'avoir fait à mon insu. Je me suis alors rappelé la forme très inattendue qu'avait prise ton Patronus lorsqu'il s'est attaqué à Mr Malefoy déguisé en Détraqueur, le jour du match contre Serdaigle. C'est donc bien ton père que tu as vu la nuit dernière, Harry... Et c'est en toi que tu l'as découvert. » Dumbledore à Harry - Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban.
(Célibataire)
Installé à une table de la bibliothèque, James terminait de rédiger une charte pour son prochain cours d'Arithmancie. De sa place, il pouvait voir Lily et Peter travailler à une table non loin de celle qu'il partageait avec Rena. Il souriait inconsciemment lorsqu'il entendait le rire de sa jolie rouquine perturber le silence que faisait régner le bibliothécaire - un petit homme maigrichon et jovial du nom de Tarvano – et ne pouvait s'empêcher de se demander ce que Peter pouvait bien dire pour la faire rire. Il appréciait la compagnie de Rena, mais il aurait donné n'importe quoi pour échanger sa place avec celle de son ami. Il retourna à son devoir lorsqu'il réalisa qu'il fixait Lily Evans depuis cinq minutes, sans rougir le moins du monde de son comportement. Si quelqu'un l'avait surpris, ça n'aurait de toutes façons pas été la première fois. Ni la dernière, à vrai dire.
Toutefois, sa concentration fut une nouvelle fois interrompue, lorsque la voix chantante de Rena se fit entendre.
- James ?
- Hmmm ?
Il releva la tête de son devoir et posa son regard vers Rena. Elle mâchouillait sa plume et le fixait nerveusement.
- Tu sais que… Tu sais que je ne suis pas sortie avec un garçon depuis plus d'un mois ?
- J'ai remarqué, oui, répondit calmement James en hochant la tête.
Il reposa sa plume, conscient que Rena l'embarquait malgré lui dans une conversation qu'il redoutait d'avoir.
- J'ai fait ce que tu m'as dit. J'ai essayé de penser à moi d'abord, et j'ai arrêté de flirter avec des garçons qui avaient déjà des petites-amies…
- Je sais, oui.
- Est-ce que tu sais pourquoi ?
- J'ai une vague idée, avoua-t-il en repoussant ses lunettes sur son nez.
Rena rougit, tout en esquissant un sourire qui aurait fait fondre le cœur de n'importe quel garçon. James n'échappait pas à la règle. Comme tout adolescent de son âge, il était la marionnette de ses hormones.
- Alors pourquoi tu n'as toujours pas tenté quelque chose ?
James soupira, relâchant l'air comprimé dans ses poumons.
- Rena…, commença-t-il, mal à l'aise avant d'être interrompu par la jeune fille.
- Je sais que tu as ce béguin énorme pour Lily et que…
- C'est faux, réfuta-il en secouant la tête. Ça fait longtemps, c'est terminé.
- Bien sûr que non. Tout le monde le sait. La seule personne dans cette école qui croit que tu es passé à autre chose, c'est elle, James.
Il soupira, obligé de reconnaître que Rena avait raison.
- Ecoute…, reprit-elle d'une voix plus douce. Tu me plais, d'accord ? Je n'ai jamais été amie avec un garçon avant toi. Tu me fais rire, et tu fais attention à moi… Je voudrais… je voudrais vraiment être avec toi, James.
- Rena… je ne peux pas te donner ce que tu veux, souffla-t-il. Je suis désolé. Je ne suis pas aveugle. Je sais que tu attends plus de moi, mais…
- Mais quoi ? Je ne suis pas ton genre de filles ? Demanda-t-elle avec un sourire amusé.
Malgré lui, James sourit.
- Bien sûr que si. Tu es le genre de tous les garçons.
- Alors où est le problème ?
- Je ne sais pas, admit James.
Rena soupira et posa une main sur celle de James. La sensation était agréable. Pour être honnête, il se voyait très bien sortir avec Rena. Lui tenir la main, l'embrasser, la peloter un peu dans les couloirs. Mais aussi belle, intelligente, drôle, et pétillante qu'elle était, Rena Dearborn n'était toujours pas Lily Evans. Et même si James n'avait pas entièrement conscience que cela en était la raison, il se sentait incapable de donner à Rena ce qu'elle attendait de lui.
- Tu sais, reprit Rena, une des raisons qui fait que je t'admire autant, c'est cette constance avec laquelle tu aimes Lily…
- Je ne suis pas amoureux de Lily, l'interrompit-il en soupirant.
- James…
- Non, c'est vrai. Je ne dis pas… Je pourrais tomber amoureux d'elle si elle m'en laissait la chance, mais ça n'arrivera jamais.
- Et… et tu ne pourrais pas tomber amoureux de moi, alors que je suis prête à te laisser cette chance ? Demanda-t-elle d'une petite voix.
James surprit la douleur dans le joli regard chocolat de la jeune fille et se haït d'en être la cause. Pourquoi était-il incapable de se satisfaire de Rena ? Elle l'appréciait suffisamment et il aimait passer du temps avec elle. Alors qu'est-ce qu'il lui manquait ? La moitié des garçons de l'école aurait sauté sur l'occasion. Non seulement Rena Dearborn s'offrait à lui, mais en plus, elle avait pour lui de vrais sentiments. Pour une fois, elle ne jouait pas.
- Rena… Je suis désolé. Je ne sais vraiment pas quoi te dire. Tu es probablement la plus jolie fille de l'école…
- « Subjectivement » je ne suis que la seconde si mes souvenirs sont bons…
- …tu me fais rire, dit-il en ignorant sa remarque empreinte d'amertume, je peux parler de Quidditch avec toi pendant des heures sans avoir l'impression de t'ennuyer, je peux te dire ce que je pense sans avoir peur de te vexer, tu es intelligente… tu es probablement parfaite, en fait.
- Alors pourq…
- Je ne sais pas, admit-il en secouant la tête. Je ne sais vraiment pas.
Rena soupira et resta silencieuse un long moment. Elle se remit à mâchouiller sa plume, et James pouvait voir qu'elle était en pleine réflexion, comme si elle cherchait à faire le tri dans ses idées. Il détestait faire ça. Rena, en à peine un mois, était devenue son amie. En quelque sorte. Ils étudiaient ensemble, parfois. Ils discutaient lorsqu'elle avait besoin de quelqu'un à qui se confier. Il lui parlait de ses entraînements de Quidditch et de son père, toujours à l'hôpital. Et il l'aidait en métamorphose quand elle avait des difficultés.
Même s'ils passaient de plus en plus de temps ensemble, Rena n'était pas un Maraudeur. Ils avaient parfois du mal à se comprendre. Il y avait des barrières infranchissables entre eux. Il ne comprenait pas son obsession pour la perfection et elle trouvait ridicule qu'il gâche son talent et son génie dans des farces idiotes à travers le château. James savait qu'il ne pourrait jamais lui confier ses secrets – quelle que soit l'évolution de leur relation dans le futur. Non pas qu'il ne pensait pas pouvoir lui faire confiance ; Rena était honnête et digne de confiance. Seulement, il ne s'imaginait pas suffisamment proche d'elle un jour pour pouvoir lui révéler ce qu'il faisait une fois par mois pendant la pleine lune avec ses amis, ni comment il se débrouillait pour se faufiler en dehors du château sans jamais se faire prendre. Il ne pouvait tout simplement pas lui donner ce qu'elle voulait. Parce que viendrait un moment où elle en voudrait encore plus, et il ne pourrait définitivement pas lui donner « plus ». Il pouvait flirter avec elle, sortir avec elle, la rendre heureuse pendant un temps. Et après ? Sortir avec Rena ne pouvait que mal finir. Ça ne pourrait jamais rien être d'autre qu'une relation a durée limitée. Alors certes, il en avait envie. Un peu. Mais s'il se forçait à ne pas laisser le petit garçon pourri gâté et égoïste refaire surface, il ne pouvait pas faire autrement que de la repousser.
La voix de Rena brisa à nouveau le silence, rompant le fil de ses propres pensés, et il sut qu'elle avait pris sa décision.
- Très bien…, soupira-t-elle en posant sa tête sur sa main. Je ne peux pas dire que je sois surprise, à vrai dire. Ça fait un peu mal pour être honnête, parce que je n'ai pas l'habitude de me faire rejeter mais… mais j'imagine que c'est justement ce qui me plait chez toi. Ta loyauté.
James ne dit rien.
Parce qu'il ne savait tout simplement pas quoi répondre.
Elle retourna à son devoir d'Arithmancie, et lui au sien.
En silence.
(Paris d'amis)
A quelques mètres de là, deux autres Gryffondor de sixième année travaillaient efficacement sur un projet de Métamorphose.
Si, la veille, Lily avait été soulagée de mettre un terme à son devoir de Potions avec Severus, elle ne pouvait s'empêcher de regretter, en revanche, que son travail avec Peter soit terminé. Il l'avait retrouvée en début d'après-midi, et il avait supporté sans broncher les moqueries de Sirius et James sur le fait qu'il aille à la bibliothèque un dimanche. Cependant, lorsque Peter avait malicieusement rappelé à ce dernier qu'il passerait l'après-midi avec Lily Evans, il s'était tu. Même si James n'avait pas parlé de son béguin pour Lily depuis plusieurs mois, il n'en restait pas moins que c'était un sujet sensible. (Moins d'une heure plus tard, ce même James faisait irruption dans ladite bibliothèque avec Rena Dearborn. En les voyant ensemble, Lily n'avait pu s'empêcher de sourire. Ils formaient un couple aussi surprenant que parfait, à son opinion.)
Peter appréciait le temps qu'il passait avec Lily, et c'était réciproque. A la grande surprise de leurs amis, ils étaient un duo efficace. Lily apprenait beaucoup de Peter, et Peter apprenait beaucoup de Lily. La métamorphose était un sujet sur lequel ils étaient étrangement complémentaires. Peter était doué en ce qui concernant les transformations humaines, ce qui était justement le sujet que le professeur McGonagall avait imposé à sa classe de sixième année.
Ils avaient décidé de terminer leur devoir sur les Animagi. Pas très original, mais terriblement efficace, même si trente élèves présentaient le même plan.
- En fait, expliqua Peter, tu ne peux pas choisir la forme que prendra ton Animagus. Tu peux l'anticiper, si tu te connais suffisamment bien, mais tu ne peux pas le choisir.
- Tu vois, c'est ça que je ne comprends pas, grogna Lily en fronçant les sourcils. Ou plutôt, je comprends, mais je trouve ça étrange. En métamorphose on est censé visualiser l'objet de la transformation. Pourquoi est-ce que ça serait différent en ce qui concerne les Animagi ? Tu sais ce que je pense ? C'est une règle faite dans l'unique but de m'ennuyer.
Peter éclata de rire.
- C'est un processus assez complexe, admit-il sans se défausser de son sourire. Mais ce qui le rend plus excitant, non ?
- J'imagine, grogna Lily.
- Tu ne sais pas en quoi tu vas te transformer la première fois, mais je pense qu'à ce moment là, lorsque tu prends forme, tu trouves ça évident. Tu te comprends mieux toi même. J'imagine que c'est un moyen d'apprendre à se connaître plus efficace que le jeu des dix vérités…
- Le jeu des dix vérités ? Questionna Lily avec curiosité.
- Je t'assure que tu ne veux pas savoir de quoi il s'agit, grogna Peter.
Cette fois, ce fut le rire de Lily qui résonna dans la bibliothèque. Monsieur Tarvano lui adressa un regard et elle mit une main devant sa bouche en s'excusant.
- Laisse-moi deviner, chuchota-t-elle sans se défausser de son sourire, c'est un jeu inventé par James ou Sirius, qui inclut peu de vêtements et une grande quantité d'alcool ?
- Presque, admit Peter en souriant. C'est Remus qui a inventé ce jeu lorsqu'on a découvert son grand secret. Il trouvait ça injuste qu'on en sache tant sur lui et lui si peu sur nous. Mais c'est Sirius qui a corsé les règles en ajoutant du Whisky pur feu, dès qu'il s'est rendu compte de ses atouts et qu'il a compris comment user de ses charmes sur les filles pour réussir à se faire vendre du Whisky Pur Feu par Madame Rosmerta.
Cette fois, Lily éclata bruyamment de rire et plusieurs têtes se retournèrent. Elle croisa brièvement le regard de James et lui sourit. Monsieur Tarvano l'avertit à nouveau et elle promit de demeurer silencieuse.
- Très bien, dit Lily en relisant en diagonale tout ce qu'ils avaient écrit. Je crois qu'on a terminé. Je n'ai plus qu'à finir de rédiger notre conclusion avec tout ce que tu m'as dit sur les Animagi, et ce sera bon.
- Merveilleux, souffla Peter en se laissant retomber contre le dossier de sa chaise.
Lily sourit et reprit sa plume. Elle la trempa dans l'encirer et posa devant elle les notes que Peter lui avait données.
- Comment en sais-tu autant sur les Animagi ? Tout ce que tu m'as dit, c'était vraiment brillant. J'ai vérifié dans les livres dont on s'est servis, et je n'ai pas trouvé la moitié de ce que tu m'as expliqué dedans.
Peter se contenta d'hausser les épaules.
- C'est juste un sujet que je trouve fascinant, dit-il en rougissant.
Lily hocha la tête en souriant.
- A croire que tu es secrètement un Animagus non enregistré, se moqua-t-elle en trempant une nouvelle fois sa plume dans son encrier.
Peter laissa échapper un petit rire nerveux et détourna les yeux, faisant mine de s'intéresser au livre ouvert devant lui.
- Faudrait vraiment être stupide pour faire un truc pareil, couina-t-il derrière son livre.
- C'est vrai, admit Lily en riant, c'est plus un truc que James et Sirius feraient, se moqua-t-elle en lui lançant un clin d'œil.
Peter eut une pensée pour ses amis et ne put s'empêcher de rire franchement avec Lily. Plus il passait de temps avec elle, plus il l'appréciait. Elle avait toujours été gentille avec lui – elle était gentille avec tout le monde de toutes façons – mais pour la première fois depuis qu'il l'avait rencontrée, il voyait exactement ce que James voyait quand il la regardait. Lily Evans était jolie, mais pas plus qu'une autre. Elle était quelconque à vrai dire, même si son regard pétillant attirait toujours l'attention. Pourtant, si on prenait le temps de la regarder, on tombait forcément amoureux. De son rire, de ses lèvres lorsqu'elle souriait, de son étrange humour qu'elle jurait tenir de son père, de sa façon d'aimer sa famille et ses amis sans conditions. Elle était intelligente. Elle était douée. Elle avait une façon bien à elle de s'exprimer avec la magie. Combien de fois l'avait-il vue accomplir de petits enchantements qui n'avaient de magique que ce qu'elle leur donnait ?
Peter n'était pas assez stupide pour réellement tomber amoureux de Lily Evans. Même si James n'avait aucune chance avec elle, elle était intouchable. Mais il pouvait tomber amoureux de l'idée de Lily Evans, et ça lui suffisait.
Après de longues minutes passées à l'étudier, il la vit relever la tête avec un grand sourire et poser sa plume.
- Terminé ! S'exclama-t-elle joyeusement en pointant sa baguette vers leur devoir.
Elle tapota le parchemin deux fois et les quelques fautes qui ponctuaient leur devoir furent éradiquées. Ils rassemblèrent tous les deux leurs affaires, rangèrent dans leur sac plumes, encre, livres et parchemins, et Peter prit leurs deux sac pendant que Lily alla ranger les livres dont ils n'auraient plus besoin.
Ils quittèrent la bibliothèque et retournèrent dans leur Salle commune, épuisés, mais ravis d'en avoir fini avec un devoir si difficile.
- Bridget Wenlock, souffla Peter à la Grosse Dame.
Ils aperçurent Remus, confortablement assis dans un fauteuil près du feu, un livre posé sur les genoux, et se laissèrent tomber dans le canapé en face de lui.
- Terminé ? Devina-t-il à leur mine réjouie.
- Oui ! s'exclama Lily en laissant tomber son sac à ses pieds. Il nous reste seulement notre présentation à préparer, mais notre devoir est bouclé.
Peter hocha la tête en souriant. Lily enleva ses chaussures et posa ses pieds sur la table basse, voutes plantaires tournées vers le feu qui brûlait dans la cheminée.
- C'était bien plus amusant que je ne l'avais imaginé, confia Peter en adressant un clin d'œil à Lily.
Remus leur sourit.
- Et vous, vous en êtes où avec James ? Demanda la jeune fille en étouffant un bâillement. Où est Sirius, au fait ?
- On n'a pas encore commencé, répondit Remus calmement. Et Sirius se balade à Pré-au-Lard. Il était de corvée Bière au beurre.
Peter pouffa tandis que Lily lui lança un regard stupéfait.
- Vous n'avez pas commencé ? Mais on doit rendre nos projets vendredi et on passe à l'oral la semaine suivante ! D'autant plus qu'il y a le match Serpentard-Poufsouffle le week-end prochain, et James ne le raterait jamais pour terminer un devoir !
Remus se contenta d'hausser les épaules en souriant.
- Oh, je ne m'inquiète pas, on l'aura fini dans les temps.
- Mais c'est impossible ! Il nous a fallu un mois pour arriver à articuler notre devoir, et une semaine supplémentaire pour finir de le rédiger.
- Je te l'ai dit, James est doué en Métamorphose.
Lily leva les yeux au ciel.
- D'accord, mais même lui ne peut pas…
- Je t'assure que si, Lily, coupa-t-il avec un sourire tranquille. Tu serais étonnée de savoir à quel point, continua Remus d'un ton calme, sans lever les yeux de son livre.
- C'est impossible, persista Lily en fronçant les sourcils.
Remus leva enfin les yeux vers elle et lui adressa un sourire narquois en haussant un sourcil.
- Tu veux parier ?
Son ton était moqueur et Lily le regarda avec surprise, avant de hausser les épaules.
- D'accord. Vous n'avez aucune chance.
- Parfait. Un Gallion que James commence et termine notre devoir dans les temps et obtient un Optimal avec les félicitations de McGonagall devant toute la classe.
- Tenu, dit ferment Lily en serrant la main qu'il lui tendait.
Le pari fut scellé par les éclats de rires de Peter qui sortit une Patacitrouille de son sac et entreprit de la déballer.
- Oh, Lily ! Fit ce dernier entre deux bouchées. Tu n'aurais jamais dû faire ça ...
- Et pourquoi ?
- Premièrement parce qu'on ne parie JAMAIS contre un Maraudeur, dit-il en levant un doigt, et deuxièmement, dit-il en en levant un deuxième, parce qu'à la seconde où James apprendra que tu as parié contre lui, tu n'auras plus aucune chance de gagner.
Remus frappa dans la main tendue de Peter, au moment même où James franchissait le portrait avec Rena. Il s'approcha d'eux et se laissa tomber dans un des fauteuils tandis que Rena remonta dans le dortoir des filles en lançant un dernier sourire au jeune Gryffondor.
- James, tu tombes à la perfection, commença Remus avec un sourire amusé en direction de Lily.
- Qu'est-ce que j'ai encore fait ? Demanda-t-il avec amusement.
- Ce n'est pas ce que tu as fait, mais ce que tu n'as pas fait, cette fois, répondit la jeune fille en acceptant la Patacitrouille que Peter lui tendait.
- Lily ici présente, dit Remus en souriant malicieusement, a parié contre moi que tu ne serais pas capable de rendre notre devoir de Métamorphose vendredi et d'obtenir un O. Elle pense que, « même toi », tu n'es pas capable de pondre un devoir brillant en si peu de temps.
- Voyez-vous ça, fit James en se tournant vers la jeune fille, le regard pétillant, le sourire aux lèvres.
Lily leva les yeux au ciel et croqua dans sa Patacitrouille.
- J'espère que tu n'as pas parié ton poids en argent de poche, Princesse, parce que tu vas perdre.
- Dans tes rêves, Potter.
- Tu es sûre de gagner ce pari ?
- A cent pour cent.
- Parfait ! S'exclama-t-il en se levant d'un bon. Je n'ai plus qu'à m'y mettre !
- Tu n'oublieras pas de mettre mon nom sur le devoir.
- Bien sûr que non, Lunard. Quel genre d'ami je serais si je ne partageais pas mon génie avec toi ?
- N'en fais pas trop.
Il s'apprêta à rétorquer, lorsque Sirius Black fit bruyamment son apparition dans la Salle Commune. Il se dirigea vers eux et s'arrêta devant Peter en lui faisant signe de l'accompagner. Ils grimpèrent tous les deux dans le dortoir des garçons et redescendirent quelques instants plus tard. Sirius se laissa tomber dans le canapé près de Lily, là où Peter s'était assis un peu plutôt, et ce dernier se laissa tomber dans près de la cheminée.
- Une partie de Bavboules, ça vous dit ? Demanda Sirius en posant sur la table basse son plateau de jeu.
Remus refusa poliment, mais les trois autres acceptèrent avec enthousiasme. Sirius se retourna et interpella Hestia et Marlène, assises à une table en pleine conversation.
- Hey ! Les filles ! Une partie de Bavboules, ça vous dit ?
- Pourquoi pas, acquiesça Marlène.
Elles se levèrent toutes les deux et se placèrent autour du plateau. Lily alla chercher Emmeline et Dorcas, qu'elle soupçonnait d'être dans le dortoir, et redescendit deux minutes plus tard, suivie de ses amies. Remus finit par accepter de jouer – mais c'était surtout pour faire taire les suppliques de Sirius.
- Bouge, marmonna Dorcas à Sirius pour qu'il lui fasse une place sur le canapé.
- Le mot magique ?
- Dentesaugmento ? Proposa Dorcas avec un sourire sadique.
Sirius la regarda avec une expression horrifiée, plaqua une main contre sa bouche pour protéger sa dentition parfaite, et se leva d'un bon, laissant à Dorcas toute la place qu'elle désirait.
- Toujours aussi charmante, Meadowes, grogna-t-il en allant s'asseoir près de Lily, qui avait elle même pris place près de la cheminée, à coté de James et Peter.
- Quel gentleman tu fais, Black, répliqua la jeune fille avec un sourire mielleux.
Remus lui lança un clin d'œil amusé, mais Peter dut se retenir de rire quand Sirius lui jeta un regard noir.
(Bavboules)
Après deux parties, Peter et James se dévouèrent pour descendre en cuisine et rapporter chocolats chauds et gâteaux à la crème. Ils revinrent les bras chargés et démarrèrent une nouvelle partie, malgré l'heure tardive. Les autres Gryffondor étaient tous allés se coucher, et ils devaient faire attention à ne pas faire trop de bruit. Les exclamations bruyantes de Sirius rendaient cela complètement impossible.
- Je propose qu'on corse un peu les règles !
- Black, n'y pense même pas, le prévint Marlène.
- Il est une heure du matin, on a cours demain, je ne vais certainement pas boire une goutte d'alcool, ajouta Emmeline.
- Vous ne savez pas vous amuser, grogna Sirius.
- Emmeline n'a pas tort, Patmol.
- Remus, soit tu es un Maraudeur, soit tu ne l'es pas, choisis ton camp maintenant.
- Tu deviens ridicule.
- Je serais plus cohérent si j'avais un peu de Whisky-Pur-Feu dans le sang.
- C'est la chose la plus stupide que je n'aie jamais entendue !
- On ne t'a rien demandé, Jones.
- Est-ce tu essayes de rendre tout le monde furax, dans l'espoir de jouer la prochaine partie seul contre tous ?
- Oh ! S'exclama Sirius en souriant avec excitation. C'est une idée brillante !
- T'es pas sérieux ? Grogna Peter.
- Pourquoi pas ?
- Il est très sérieux, confirma James avec un sourire amusé.
- Qui est partant ?
- Pourquoi pas, fit Lily en haussant les épaules. Peut-être qu'à huit, on aura une chance de le battre cette fois.
- Lily, ne l'encourage pas, grogna Marlène. Tu flattes son égo.
- Imagine ce que ce sera quand j'aurai gagné cette partie…
- Tu ne vas pas gagner.
- On parie ?
- Deux gallions que tu ne…
- Tenu ! Coupa Sirius en frappant dans ses mains.
- Bien, dit Dorcas. Hestia, c'est toi qui arbitres cette fois.
- Pourquoi moi ?! Protesta-t-elle.
- Parce que je viens de le faire !
- Et alors ? Lily et Remus n'ont pas encore arbitré !
- Peut-être, mais la seule partie que Sirius a perdue, c'est celle que toi tu as arbitrée.
- Oh.
- Meadowes, intervint Sirius. Je vais gagner cette partie, quoi qu'il arrive. Je pourrais la jouer les yeux fermés, et je vous laminerais quand même un par un.
- Tu rêves.
- Faut quand même reconnaître qu'il en serait capable…
- Lily ! Grogna Marlène. Ne te laisse pas avoir par le charme de l'ennemi.
- Eh ! Ce n'est pas non plus une gu…
- Lily ! S'exclamèrent ses amis à l'unisson.
- Très bien, soupira la jeune fille avant de se tourner vers Sirius. Sirius, on va te faire ravaler ta fierté. Tu vas mordre la poussière. Tu vas…
- C'est bon, c'est bon ! On a compris. Merci, Lily.
- De rien.
- Tu ne sais vraiment pas comment lancer une vraie insulte, dit James en souriant à la jolie rouquine assise à côté de lui. Faudra que je t'apprenne un jour.
- Tu as la mémoire courte, dit-elle avec un sourire sadique. Je me rappelle avoir été particulièrement inventive, pourtant. Si mes souvenirs sont bons, une fois je t'ai traité d' « abominable petite brute arrogante », Potter. C'est quand même drôlement poétique, tu ne trouves pas ?
- Tu sais frapper où ça fait mal, Evans, grimaça-t-il en posant la main sur son cœur.
Mais le sourire qu'il lui adressait traduisait son amusement. Il se rappelait parfaitement des mots qu'elle lui avait balancés au visage quelques mois plus tôt, et pour la première fois, il réalisa que ça ne faisait plus aussi mal.
- Très bien, que la partie commence ! S'exclama Hestia, brisant ainsi l'échange silencieux que James et Lily venaient de partager.
Une demi-heure plus tard, il ne restait plus que trois participants. Sirius, qui menait la partie, Emmeline, qui venait en second, et Marlène, qui venait de se faire asperger le visage par sa dernière bille.
- Tu as triché ! S'exclama Marlène pour la centième fois en frappant Sirius dans l'épaule, après s'être essuyé le visage.
- Ce n'est pas de la triche si tu ne te fais pas prendre, protesta-t-il en souriant avec arrogance.
- Mais je viens de te voir !
- Non !
- Si !
- Non !
- Si !
- No-
- Les enfants ! Intervint Hestia en levant la main.
Ils se turent aussitôt.
- Marlène, tu es éliminée, ne sois pas mauvaise perdante. Quant à toi, Sirius, si tu recommences à tricher, tu es banni !
- Tu ne peux pas me bannir ! C'est mon jeu !
- Je peux, je suis plus âgée que toi !
- Quoi ? C'est ridicule comme règle.
- Non.
- Très bien. Alors tu ne peux pas me bannir parce que je suis le plus beau.
- Tu n'es certainement pas le plus beau ! Protesta Hestia en croisant les bras sur sa poitrine.
- Si.
- Non !
- Si !
- No-
- Les enfants ! Intervint Remus avec un regard amusé.
Hestia rougit et croisa les bras sur sa poitrine.
Lily se pencha discrètement vers James en souriant.
- Il est toujours comme ça ? Souffla-t-elle.
- Non, il est pire en général. Là, il se tient bien parce qu'on a de la compagnie.
Lily éclata de rire et ses cheveux retombèrent sur le bras de James avec légèreté. Il sentit ses poils se dresser sur sa peau et ignora l'envie douloureuse qui lui crispait l'estomac. L'envie d'oublier qu'ils n'étaient pas seuls. L'envie de la toucher, de l'embrasser. Il aimait passer du temps avec Lily, l'avoir à ses côtés, la faire rire, la voir sourire… Mais c'était également un calvaire. Elle n'avait pas la moindre idée de l'effet qu'elle avait sur lui. Il avait passé les trois dernières heures entouré par ses amis, mais la seule personne dont il avait conscience de la présence, c'était elle. Il ne voyait qu'elle, n'entendait qu'elle. Il était sourd aux chamailleries de Marlène et Sirius, sourd aux protestations d'Hestia, sourd aux commentaires sarcastiques de Dorcas.
Ce n'était pas de l'amour. C'était une obsession.
Et il fallait qu'il mette un terme à tout ça.
Même s'il ne savait foutrement pas comment.
(Une Semaine Interminable)
Inutile de préciser que le réveil fut difficile pour les neuf Gryffondor le lendemain matin. Lorsqu'ils se retrouvèrent au petit-déjeuner ce matin-là, même Sirius eut du mal à afficher son habituelle mine irréprochable. Lorsqu'Emmeline et Dorcas descendirent, personne ne fut surpris de ne pas les voir accompagnées de Lily, qui dormirait probablement jusqu'à huit heures moins dix, sauterait dans la douche, et arriverait en cours in extremis, les cheveux mouillés, la cravate de travers.
Et effectivement, Lily fut la dernière à arriver en cours de Défense. Ses cheveux étaient visiblement encore humides, mais elle avait pensé à les attacher dans un chignon pour ne pas qu'ils gouttent. Elle se laissa tomber à coté d'Emmeline, qui lui avait gardé une place, et accepta en riant la pomme qu'elle lui tendit. Le professeur Oldman leur annonça que ce serait la dernière séance pendant laquelle ils étudieraient les Patronus. La moitié des élèves – dont Lily – n'arrivait toujours pas à donner un aspect corporel au leur, mais il les rassura en disant que c'était de toutes façons un exercice très difficile, et que ça n'affecterait pas leur note.
A la fin de l'heure, Emmeline dut supporter Lily se plaindre de son incapacité à produire un Patronus digne de ce nom, et eut besoin de toute l'aide de Dorcas pour la convaincre que ce n'était pas la fin du monde.
A la fin de la journée, ils furent tous contents de pouvoir se laisser tomber dans les fauteuils moelleux de leur Salle commune. Lorsque Sirius proposa une partie de Bavboule avec un sourire goguenard, Hestia lui présenta son majeur, Peter grogna, Lily et Emmeline éclatèrent de rire, James le frappa à l'arrière de la tête, Remus soupira, Marlène lui tira la langue, et Dorcas lui jeta un maléfice de Jambencoton. Personne ne se sentit coupable de l'abandonner à son sort dans la Salle Commune, et tous remontèrent dans leur dortoir respectif.
Lorsqu'ils regagnèrent leur chambre, Peter et James s'écroulèrent sur leur lit sans ménagement.
- Je crois qu'il est temps que je me mette au devoir de Métamorphose, soupira James en se frottant les yeux par-dessous ses lunettes.
Peter pouffa, mais Remus ne réagit pas. James se redressa, de façon à être assis, et regarda son ami en fronçant les sourcils.
- Remus ?
Mais le loup-garou ne répondit rien, les yeux perdus dans le vague, la mine grise. Il était plongé dans ses pensées, et quoi qu'elles fussent, elles avaient un impact néfaste sur son humeur. D'une manière générale, Remus était toujours le moins optimiste, le plus triste, et le plus silencieux des quatre. Toutefois, James savait toujours quand quelque chose n'allait pas. La plupart du temps, Remus faisait semblant, il faisait des efforts pour montrer que tout allait bien. Mais lorsqu'il était vraiment préoccupé, il en était incapable. Les soucis se lisaient sur son visage, dans ses yeux fatigués, sur ses lèvres crispées.
James attrapa une paire de chaussettes qui trainait près de son lit et l'envoya en plein dans la tête de Peter qui releva les yeux en couina d'indignation. James fit un signe de tête vers leur ami, et il comprit aussitôt. Ils échangèrent silencieusement des regards pleins d'interrogations, jusqu'à ce que James fasse une nouvelle tentative.
- Remus ?
- Hmmm ?
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
Remus soupira et secoua la tête.
- Rien que tu ne puisses arranger, James, dit-il en esquissant un sourire tendu.
- Essaye toujours, je suis plutôt doué à ce jeu-là.
- Non, vraiment tu ne pourras ri…
- Okay, interrompit James en se tournant vers Peter. Pete, tu prends la carte et la cape, tu vas chercher Sirius, et on se rejoint devant le portrait dans cinq minutes.
Peter s'exécuta et sortit aussitôt.
- James, je sais ce que tu as en tête, et ça ne marchera pas.
- On parie ?
- J'ai fait assez de paris depuis hier. D'ailleurs, tu as intérêt à commencer ce devoir, sinon, je devrai un Gallion à Lily Et je n'ai pas un Gallion à lui donner.
James balaya sa requête d'un geste de la main.
- Je ne vois vraiment pas pourquoi tu t'en fais pour ça, ce sera terminé dans les temps. Et n'essaye pas de changer de sujet. On va dans la clairière, un point c'est tout.
- Tu crois vraiment que quelques licornes vont suffisamment influencer mon humeur pour que je me mette à tout déballer ?
- Oh… si ça ne suffit pas, je glisserai quelques gouttes de filtre d'euphorie dans ton jus de citrouille. Mais à quoi bon en arriver à une méthode aussi drastique ?
- Parce que me traîner de force dans la forêt interdite, ça n'a rien de drastique, peut-être ? Grommela froidement Remus.
- Du calme, Princesse, fit James en levant les mains.
- Je ne suis pas Lily, ne m'appelle pas princesse ! Protesta Remus avec un air dégouté.
- Alors n'oppose pas de résistance, et suis-moi. Si on n'est pas en bas dans deux minutes, Sirius va venir te chercher lui-même.
Remus grimaça et James sourit.
- Exactement. Alors viens.
- On y est, fit Sirius en rangeant sa baguette dans la poche de sa robe.
Les trois autres l'imitèrent aussitôt, et lorsqu'il fit un pas en avant et disparut dans l'épais brouillard glacé qui assombrissait la forêt, James, Peter et Remus avancèrent à leur tour. Ils traversèrent d'un pas la frontière magique qui entourait la clairière, et furent instantanément enveloppés dans un voile invisible et chaleureux. Ils se sentirent aussitôt plus détendus et ouvrirent leurs yeux sur la petite clairière enchantée, qui existait dans un cadre spatio-temporel différent. Il était difficile de croire qu'ils étaient en plein cœur de la forêt interdite, mais c'était pourtant le cas.
Sirius était déjà assis au pied d'un vieil arbre dont les branches retombaient gracieusement au sol et les trois autres le rejoignirent aussitôt.
Des licornes, des lutins des bois et toutes sortes d'autres espèces, de créatures magiques connues ou inconnues, partageaient l'endroit avec eux sans s'enfuir. Il régnait ici une harmonie qui ne pouvait être brisée.
- Tu te sens d'humeur de partager ce qui te tracasse maintenant ?
Remus soupira mais hocha la tête. Ce n'était pas tant la clairière qui le faisait se confier, mais ses amis, prêts à tout pour lui remonter le moral.
- Depuis que je suis entré à Poudlard, souffla-t-il d'une voix à peine audible, je suis toujours rentré pour Noël…
Personne ne l'interrompit. Ils savaient tous qu'il avait besoin d'aller jusqu'au bout pour se confier.
- Mais cette année, j'ai demandé à McGonagall de m'inscrire sur la liste de ceux qui restent et j'ai envoyé un hibou à mes parents pour leur dire que je restais au château.
James fronça les sourcils et échangea un bref regard avec Sirius qui arborait la même expression que lui.
- Ce sera la première fois en six ans…
- … que Noël tombe un soir de pleine Lune, comprit Sirius en laissant sa tête retomber sur l'arbre contre lequel il s'était assis.
Remus hocha la tête et les deux autres le regardèrent en silence, attendant qu'il poursuive.
- Je ne vais pas infliger ça à mes parents. Pas un soir comme celui-là. Ce serait injuste.
Ils restèrent muets un long moment, laissant le chant des lutins apaiser les mœurs.
- Très bien, finit par souffler James en regardant durement son ami. Si tu restes, je reste.
Peter et Sirius hochèrent la tête pour montrer qu'ils partageaient l'avis de James, mais Remus secoua vivement la tête.
- C'est hors de question, James. C'est pour ça que je ne voulais rien dire. Tu rentres chez toi. Ton père rentre de chez Saint Mangouste pour les fêtes, et tes parents ont besoin de toi.
- Pas plus que toi, s'obstina le jeune homme en redressant ses lunettes sur son nez.
- James, c'est non.
- Tu ne peux pas prendre cette décision à ma place.
- Si, je le peux !
- James a raison, fit Sirius. Et franchement, ce n'est pas comme si j'étais particulièrement excité à l'idée de rentrer chez moi. Tu viens de me donner une excellente excuse pour rester ici.
- Idem, ajouta Peter en souriant. Je préfère passer Noël en compagnie d'un loup-garou qu'en compagnie de mes parents si c'est pour les entendre se disputer et se rejeter la faute de mon horrible éducation.
Sirius leva sa main en riant, et Peter frappa dedans en lui adressant un clin d'œil. Malgré lui, Remus leur accorda un sourire.
- Admettons que vous n'avez pas la moindre envie de rentrer chez vous, dit-il à Sirius et Peter. Mais toi, James, tu ne peux pas rester. Tes parents te manquent et tu t'inquiètes pour ton père.
- Mais je…
- Non, coupa Remus sur un ton définitif. Tu rentres chez toi.
James n'était pas vraiment habitué à ce qu'on lui dise quoi faire et il détestait ça. Mais il savait que s'il restait à Poudlard malgré les protestations de son ami, Remus se sentirait coupable de le priver de Noël et de ses parents, et c'était la dernière chose qu'il souhaitait.
- Très bien, capitula James. Je rentre chez moi pour les vacances, mais à minuit le 24 décembre, je transplane à Pré-au-Lard et je vous rejoins à la Cabane.
- Tu ne peux pas transplaner, James, répondit Remus en secouant la tête.
- Légalement, peut-être, rétorqua-t-il avec un sourire plein d'arrogance. Mais physiquement, si.
- Parfois je déteste que tu sois si borné, grommela Remus, qui avait tout le mal du monde à s'empêcher de sourire.
- Je sais.
- Tu es absolument imbuvable.
- Je sais.
- Maintenant je comprends pourquoi Lily n'a jamais accepté de sortir avec toi.
- … je l'ai probablement mérité, celle-là, reconnut James avec une grimace amusée.
- Oh que oui ! S'exclama Peter en riant.
Le reste de la semaine fut tout aussi long et laborieux.
Mardi, Emmeline rompit avec Simon et Dorcas dut s'empêcher de lui dire « je te l'avais dit », tandis que Lily fit son possible pour réconforter son amie en pleurs.
Mercredi, Lily se fit à moitié dévisager par un Hypogriffe et Madame Pomfresh fut navrée de lui dire qu'elle garderait une cicatrice à l'épaule jusqu'à la fin de sa vie.
Jeudi, les antidotes furent testés pendant le cours de Potions. Lily et Severus ne s'adressèrent pas un mot de toute l'heure. Lorsqu'ils terminèrent leur antidote, le professeur Slughorn leur fit boire une gorgée d'Amortentia chacun. Severus rougit beaucoup et évita le regard de Lily comme la peste avant de boire une goutte de leur antidote. Lily reconnut une odeur de livre ancien, de bois, et de réglisse qui lui chatouilla délicieusement les narines. Son regard gazouilla vers leur professeur de potions avec amour, et tous les élèves rirent beaucoup. Elle avala une gorgée de leur antidote à son tour, et fut soulagée de voir les effets de la potion s'évanouir. Elle rougit beaucoup, mais sourit chaleureusement lorsqu'il leur donna un « O ».
Vendredi, ils rendirent au professeur McGonagall leur devoir, mais Lily refusa de donner le Gallion promis à Remus tant qu'ils n'auraient pas leur note. Il se contenta de hausser les épaules en souriant et lui dit que ce n'était plus qu'une question de temps.
Samedi, les Poufsouffle et les Serpentard s'affrontèrent sur le terrain de Quidditch. Le match fut bref et sans appel. Serpentard remporta la partie en moins d'une heure, 240 à 30. James fut d'humeur exécrable tout le reste du week-end, et obligea ses joueurs à s'entraîner jusqu'à l'épuisement le jour suivant.
La semaine se termina comme elle avait commencé : dans le brouillard.
La dernière semaine avant les vacances ne fut pas beaucoup mieux.
Le lundi, Emmeline se réconcilia avec Simon, au grand désespoir de Dorcas qui enferma ce dernier dans l'armoire à disparaître au cinquième étage après avoir appris la nouvelle. Elle écopa d'une retenue, et dut affronter la mauvaise humeur d'Emmeline pendant deux jours. Lily abandonna l'idée de jouer l'arbitre lorsqu'elle reçut un sortilège de Furonculus en pleine figure après avoir cherché à s'interposer entre ses amies.
Mardi, Marlène apprit que Benjamin avait embrassé Amelia avant le cours de Sortilèges. Elle pleura pendant des heures dans son dortoir, et même Hestia fut incapable de faire quoi que ce soit pour la réconforter. Sirius proposa de faire une descente en cuisine pour lui ramener plein de gâteaux et de chocolat chaud qu'ils pourraient déguster en faisant une partie de bavboule, et à sa grande surprise, tout le monde accepta pour remonter le moral de la jeune fille. Sirius la laissa même gagner deux parties d'affilées.
Mercredi, ils eurent un peu de répit.
Jeudi, James et Sirius firent exploser le chaudron de Rogue en Potions et écopèrent de retenues tous les soirs de la semaine jusqu'aux vacances. C'est à dire seulement deux. Ça ne plut pas beaucoup à Lily, qui refusa de leur adresser la parole de la soirée. Lors de sa ronde avec Sebastian Fenwick ce soir-là, celui-ci lui demanda finalement de sortir avec elle, mais elle refusa poliment.
Vendredi matin en revanche, elle retrouva James et Remus devant la salle de Métamorphose et les accueillit avec un sourire excité.
(Queudver, Patmol, Lunard et Cornedrue)
- Toujours aussi sûre de toi, Princesse ? Demanda James lorsqu'elle prit place à coté de Peter, juste devant Remus et lui.
- Je n'ai pas peur. C'est absolument impossible que tu aies réussi à faire un tel devoir en deux jours et aies quand même réussi à obtenir un « O ».
- Prépare-toi à pleurer.
- Dans tes rêves, dit-elle en lui adressant un sourire en coin.
- T'es jalouse seulement parce que tu n'arrives pas à faire briller les yeux de McGonagall comme moi.
- La taille de ton égo m'impressionnera toujours.
- Oh, j'ai bien peur que ce soit justement ce qui l'encourage, fit Peter en riant, tandis que James adressait à Lily son plus beau sourire arrogant.
Lorsque le professeur McGonagall entra dans la Salle de classe, le brouhaha cessa aussitôt, et Lily se retourna vers le tableau en levant les yeux au ciel après que James lui ait lancé un clin d'œil. Le professeur McGonagall se dirigea vers on bureau, et pointa sa baguette sur une pile de devoirs entassés sur son bureau ils s'envolèrent aussitôt pour se poser devant leurs auteurs.
Lily et Peter se réjouirent en voyant le « E » tracé à l'encre rouge sur le leur et se retournèrent en entendant un claquement de mains sonore derrière eux. James et Remus leur adressèrent un sourire d'une arrogance démesurée et Lily les regarda, les yeux écarquillés. Remus lui montra leur devoir, la mine satisfaite.
- Je crois que tu me dois un Gallion, Lily…
- Co-comment est-ce que c'est possible ? Demanda-t-elle dans un souffle.
James tenta de hausser les épaules de manière nonchalante, mais son sourire en coin le trahissait.
- Monsieur Potter, Monsieur Lupin ! Les interpella le professeur McGonagall avec un sourire – un vrai sourire. Si vous pouviez venir devant la classe et nous présenter votre devoir !
- Avec plaisir, professeur, dit James d'une voix forte en lançant un clin d'œil à Lily qui la fit grimacer.
- Je n'arrive pas à le croire, marmonna Lily en s'enfonçant dans sa chaise.
Peter lui tapota gentiment l'épaule avec un sourire amusé.
- J'ai appris il y a longtemps qu'on ne parie pas contre James.
- Je le saurai à l'avenir.
Peter pouffa, et ils se turent lorsque Remus prit la parole. Plus il se lançait dans des explications, plus Lily était forcée de reconnaître que leur devoir était solide et bien plus intéressant que toutes les banalités que Peter et elle avaient évoquées.
- Je n'arrive toujours pas à croire qu'il ait réussi à faire tout ça en si peu de temps. Il a forcément triché ou…
- je t'assure que non, dit Peter en secouant la tête, un sourire accroché aux lèvres. Premièrement, parce que James ne triche jamais. Deuxièmement, parce que je l'ai vu faire. Il est resté toute la soirée dans le dortoir et n'a pas levé les yeux de son parchemin avant d'avoir fini. Il y a passé presque six heures, et même Sirius n'a pas réussi à le faire bouger.
- Il a fait ça d'une traite, en une seule soirée, alors qu'il nous a fallu plus d'un mois ? Grogna Lily.
- Et il n'a même pas ouvert un livre, dit Peter en secouant tristement la tête.
- Peter, je te jure que je pourrais commettre un meurtre, tellement je crève de jalousie, avoua-t-elle, les dents serrées.
Peter éclata de rire et le sourire du professeur McGonagall s'effrita aussitôt. Elle tourna la tête vers lui et lui lança un regard agacé. Elle n'omit pas de retirer cinq points à Gryffondor pour « interruption d'un camarade », et pressa Remus de continuer. Peter rougit et se retourna vers Lily avec un sourire au coin des lèvres.
- Je vais prétendre que je n'ai rien entendu, sinon je serais forcé de le répéter à James, et on sait tous les deux que ça ne ferait que donner à son égo des raisons supplémentaires d'enfler comme un ballon.
Lily approuva et ils reportèrent leur attention sur Remus, qui concluait ses explications sur les transformations humaines. Ce fut le tour de James, qui s'éclaircit la gorge et adressa un sourire franc et assuré à son public. Son regard dévia une brève seconde vers Lily, et il dut retenir un rire en la voyant lever les yeux au ciel. Encore une fois.
- …Lorsqu'on choisit de devenir un Animagus, on doit réfléchir à toutes les conséquences que cela implique. Les sorciers qui se sont tués ou gravement mutilés en essayant d'y parvenir sont nombreux, et c'est pour cela le Ministère de la Magie contrôle de très, très près ceux qui y en font la demande. Il n'y aujourd'hui que sept sorciers enregistrés comme tel, dont le professeur McGonagall.
Il se tourna légèrement vers elle et elle lui sourit avec fierté. Elle n'aurait jamais pu être aussi peu transparente : James avait beau être son élève préféré, elle refusait de faire du favoritisme en temps normal. Il devait avoir rendu un devoir particulièrement brillant pour obtenir autant de sourires de sa part aujourd'hui.
- Jusqu'au treizième siècle, poursuivit-il, les Animagi étaient très répandus. Vous devez comprendre que c'est de la très vielle Magie, qui ne nécessite pas l'utilisation d'une baguette. Aujourd'hui, les sorciers ne se fatiguent plus à devenir Animagus, d'une part parce que c'est dangereux, et d'autre part, parce que s'ils sont suffisamment doués en Métamorphose, il leur suffit d'utiliser leur baguette pour prendre la forme de n'importe quel animal. La différence entre une transformation de ce genre et les Animagi, c'est que l'Animagus est indissociable du sorcier. Il fait parti de lui. Ils sont une même et seule entité. La forme Animagus représente le sorcier. Voyez-ça comme une réincarnation, dit-il en utilisant ses mains pour expliquer ses propos. Oubliez votre apparence humaine et ne gardez que ce que vous êtes à l'intérieur. Qui seriez-vous ? Ou quoi ?
Il s'arrêta un bref moment, et Lily ne put s'empêcher de le regarder et de l'écouter avec attention. Elle était fascinée par sa manière de s'exprimer, son enthousiasme, son aisance à l'oral, ses explications, ses connaissances poussées. Il avait l'air passionné par ce qu'il disait, et Lily était tout simplement admirative. Elle savait que James Potter ne faisait jamais les choses à moitié. Mais pour la première fois depuis longtemps, elle se rappela du petit garçon qu'elle avait rencontré dans le Poudlard Express. Celui qui brandissait une épée invisible au dessus de sa tête avec tout l'enthousiasme et l'innocence d'un garçon de onzeans.
Et elle sourit, parce que c'était vraiment tout ce qu'elle pouvait faire lorsqu'elle posait ses yeux sur James ces derniers temps.
- Lorsque vous devenez Animagus, reprit-il, vous n'avez pas la possibilité de choisir la forme que vous prendrez, comme vous le savez déjà, je pense. Et c'est fascinant. Vous vous exercez pendant des mois sans avoir ce en quoi vous allez vous transformer. Un peu comme la loterie moldue. Si vous avez de la chance, vous serez peut-être un lion ou un cerf, fier et courageux…
Lily fronça les sourcils, se demanda vaguement « pourquoi un cerf », ne vit pas le sourire en coin de James, ne vit pas Remus lever les yeux au ciel, mais entendit distinctement Sirius éclater de rire au fond de la classe. James l'ignora et poursuivit calmement.
- Et si vous êtes infortuné, vous vous transformerez peut-être en chien plein de puces.
Cette fois, Sirius toussota bruyamment, mais tout le monde l'ignora, à l'exception du professeur McGonagall qui lui lança un regard exaspéré.
- Quoi qu'il en soit, continua James comme si de rien n'était, votre Animagus reflétera seulement ce que vous êtes au plus profond de vous. Il vous révèlera vos plus grandes qualités et soulignera vos plus grands défauts. Il sera votre image, votre égal.
Lorsqu'il eut terminé, Lily se demanda vaguement comment il pouvait en savoir autant s'il n'avait même pas ouvert un seul livre, mais chassa ses interrogations de son esprit, lorsque McGonagall félicita vivement les deux garçons pour leur « excellent » travail, et les pria de retourner s'asseoir. Elle fit passer un second groupe à l'oral, mais Lily n'écouta que d'une oreille.
- Franchement, je ne vois même pas pourquoi elle insiste pour nous faire passer après eux, souffla Lily à Peter. Après une telle présentation, on va tous être ridicule.
Peter ne put qu'approuver, et lorsque James et Remus retournèrent à leur place en leur adressant des sourires victorieux, Lily plaça à contrecœur un Gallion dans la main tendue de Remus, qui lui adressa un sourire arrogant.
En se glissant dans son lit ce soir-là, Lily repensa à la prestation de James et Remus en métamorphose, et une fois de plus, un sentiment d'admiration l'envahit. Elle avait toujours su que James était intelligent, mais là, son devoir était carrément brillant. Il avait réussi à obtenir l'attention de la classe en quelques mots et tous leurs camarades l'avaient écouté, fascinés.
Elle se demanda encore comment il pouvait en savoir autant sur les Animagi sans jamais avoir ouvert un seul livre, puis se rappela que ça devait être une passion qu'il partageait avec Peter, puisque Peter aussi avait semblé en savoir beaucoup à ce sujet. Elle sourit en pensant à la drôle d'amitié qui liait ces quatre garçons si différents. Elle essaya de se rappeler la présentation de Sirius. Il était passé à l'oral avec Brutus Flint, un Serpentard peu enthousiaste. Leur présentation était moins saisissante que celle de James et Remus. En y repensant, elle réalisa que Sirius aussi avait semblé en savoir beaucoup sur les Animagi. Il avait même fait le rapprochement entre l'Animagus et le Patronus du sorcier capable de se transformer.
Ils en savaient tellement, à vrai dire, qu'ils auraient très bien pu être effectivement des Anima…
Lily se releva brusquement, le cœur battant la chamade. Le dortoir était plongé dans le noir, et les filles qui partageaient sa chambre dormaient déjà, à l'exception de Rena, qui n'était pas rentrée après le couvre-feu.
Des Animagi. Ils étaient des Animagi.
Elle ne voyait pas d'autre explication. C'était forcément le cas. Comment pourraient-ils en savoir autant dans le cas contraire ? Ça ne pouvait pas être un coïncidence.
Elle se laissa retomber mollement sur son oreiller.
Elle essaya de chasser l'idée, de la trouver absurde, mais elle revenait la hanter à chaque fois. Elle aurait aimé se tromper, mais le doute ne subsistait plus dans son esprit. James, Remus, Sirius et Peter étaient des Animagi.
Non, pas Remus. Elle se rappela d'une chose que James avait dit pendant sa présentation. Les Loup-garous ne peuvent pas se transformer. Mais si Remus n'en n'était pas un, pourquoi les autres le seraient-ils devenus ? Ils ne faisaient jamais rien les uns sans les autres.
- Quelle bande de crétins, souffla-t-elle, ses lèvres s'étirant vers le haut lorsqu'elle comprit enfin.
Ils l'avaient fait pour Remus.
C'est ce que lui avait dit Peter une fois, sans le vouloir, lorsqu'ils discutaient dans la salle commune après que Lily ait découvert la vérité sur Remus et sa lycanthropie. Il lui avait dit que les loups-garous étaient inoffensifs pour les animaux et ne représentaient un danger que pour les humains. Alors ils avaient trouvé le moyen d'être avec leur ami, malgré les risques, malgré les conséquences. Et ils l'avaient fait parce que c'est ce que font les amis. Parce qu'ils étaient fidèles, loyaux, et solidaires. Parce qu'ils étaient frères et qu'ils n'hésiteraient surement pas à mourir les uns pour les autres.
Des gosses de seize ans, prêts à tout pour l'un des leurs.
Seule dans son lit, Lily commença à les comprendre un peu mieux.
Elle comprit pourquoi Peter regardait toujours James et Sirius avec admiration. Pourquoi Remus respectait ses amis plus que n'importe qui d'autre au monde. Pourquoi Sirius considérait Remus, Peter, et surtout James comme des frères. Pourquoi James, malgré ses caprices de petit garçon égoïste, était prêt à tout pour ses amis.
Ils partageaient plus que les autres adolescents de leur âge. Ils partageaient les retenues, les blagues débiles et les cartes de Chocogrenouilles. Mais surtout, ils partageaient la vie.
Vers deux heures, Lily entendit Rena rentrer et se glisser dans son lit, mais ne put toujours pas fermer l'œil. Elle ressasse tout ce qu'elle savait d'eux, tout ce qu'elle avait appris sur eux ces dernières années. Elle se rappela la fois où James était revenu à demi-conscient, la jambe ensanglantée. Elle réalisa qu'il devait probablement s'agir d'un soir de pleine lune et se demanda en frissonnant, si c'était Remus qui l'avait blessé.
Les heures s'effilochaient, mais Lily ne dormait toujours pas. Elle essaya d'imaginer à quoi ils ressemblaient quand ils se transformaient. Elle se demanda si elle serait capable d'en faire autant pour Emmeline ou Dorcas dans la même situation. C'était peu probable.
Un peu avant sept heures, elle se leva, bien avant que le réveil de Dorcas ne sonne. Elle glissa hors de son lit, s'enferma dans leur salle de bain, et laissa l'eau chaude la réveiller, bien qu'elle n'ait pas dormi.
Lorsqu'elle en ressortit quelques minutes plus tard, elle fit le moins de bruit possible en quittant le dortoir. Comme un zombie dans un mauvais film moldu, elle descendit les escaliers en colimaçon, traversa la salle commune, et franchit le portrait de la Grosse Dame.
Elle déambula dans le château, les yeux à peine ouverts, et fut surprise d'arriver aux portes de la Grande Salle sans s'être cognée contre une armure ou avoir traversé un fantôme. Elle frissonna en y pensant, et resserra les bras sur sa poitrine, comme si elle voulait emprisonner la chaleur.
Lorsqu'elle s'approcha de la table des Gryffondor, elle y trouva les quatre adolescents qui l'avaient, bien malgré eux, empêchée de fermer l'œil de toute la nuit. Elle se laissa tomber sur le banc à côté de James, et remarqua à peine l'expression étonnée qui se lisait sur le visage des Maraudeurs.
- Tombée du lit Evans ?
- Ou seulement impatiente de rentrer chez toi ? Le train n'est qu'à onze heures tu sais, tu aurais pu dormir encore… (il regarde sa montre), au moins trois heures, se moqua James en mordant dans un toast.
- C'est l'aube pour toi, ajouta Remus en souriant. Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Je crois que c'est la première fois que je te croise au petit déjeuner, en six ans, approuva Peter qui se servait de saucisses.
Voyant qu'elle ne réagissait pas, James en conclut qu'elle était toujours endormie. Il sourit devant son regard perdu et entreprit de lui servir un thé, dans lequel il ajouta trois cuillères de miel avant de lui tendre. Elle le regarda, perplexe, puis se rappela que ce n'était pas la première fois qu'il faisait cela. Elle leva les yeux vers lui et le vit sourire. Elle se figea un moment puis tourna la tête vers Sirius.
Puis Peter.
Puis Remus.
Et enfin, son regard glissa à nouveau vers James.
- Vous êtes des Animagi, souffla-t-elle d'une voix faible.
Elle vit James blêmir, Peter recracher le jus d'orange qu'il avait entreprit de boire, Sirius s'immobiliser et lancer un regard paniqué vers Remus, et Remus … Remus était livide. Il y avait dans son regard un mélange du panique et de culpabilité qui la rendit malade.
- Non, non, non, s'écria-t-elle doucement en tendant sa main pour la poser sur celle du jeune homme. Ecoute, ce n'est pas de ta faute, je ne suis pas là pour… je ne vous juge pas, au contraire.
- Comment tu l'as deviné ? Demanda James d'une voix blanche.
Elle reporta son attention vers lui et son cœur tomba lourdement dans sa poitrine. Jamais elle n'avait vu James Potter aussi… fragile. Sa voix était tremblante, son regard était paniqué, et il venait d'être dépouillé de son habituelle assurance, de son habituelle arrogance.
Il ne chercha même pas à la contredire. Il savait que ce serait inutile. Il y avait eu une telle finalité dans sa voix lorsqu'elle avait formulé à voix haute ce qu'elle avait passé la nuit à réfuter en se tournant et retournant dans son lit... Ce n'était même pas une question. C'était une affirmation. Elle savait. Point final. Son ton était neutre, ses lèvres pincées, sa tête légèrement penchée sur le côté. Il n'y avait aucun jugement dans sa voix.
Elle aurait pu leur annoncer qu'il allait pleuvoir tout le trajet du retour vers Londres, son attitude n'aurait pas été beaucoup plus différente.
Elle semblait réfléchir à sa question pourtant. Comme s'il s'agissait d'un exercice particulièrement intéressant ou qu'un professeur l'interrogeait sur ses recherches pour un devoir.
- Hier, en cours, avoua-t-elle. Au début, je me disais que Peter était fasciné par le sujet, et je ne me suis pas posé de question. Mais quand tu es passé à l'oral avec Remus et que … James tu étais captivant. Et j'ai su… Enfin, je n'ai pas réalisé tout de suite, mais… Mais j'ai fini par comprendre. L'autre jour, quand je t'ai surpris devant le portrait de la Grosse Dame, c'était la pleine lune… et tu as dit que je ne pourrais pas t'empêcher de ressortir. Tu allais rejoindre Remus, n'est-ce pas ? Remus et les autres.
Il hésita, mais finit par hocher la tête.
- Je suis désolée d'avoir été si exécrable, s'excusa-t-elle en faisant la moue.
- Tu ne pouvais pas savoir, dit-il en haussant les épaules. Et tu avais raison, de toutes façons.
- L'année dernière, commença-t-elle, sa voix tremblant légèrement, c'est pour ça que tu étais blessé ?
Remus blêmit, et James hocha lentement la tête.
- C'était de ma faute. Remus continue de s'en vouloir, mais c'était de ma faute. C'était seulement la deuxième pleine lune qu'on se transformait et on a voulu aller dans la forêt. On faisait un peu les fous. On était fiers de notre exploit, et on ne faisait pas vraiment attention. On se croyait invincibles, en quelque sorte. Seulement, on est tombés sur un troupeau de sangliers-à-pointes et lorsque j'ai voulu distraire Remus, trois d'entre eux s'en sont pris à moi.
Malgré elle, Lily sentit ses épaules retomber avec soulagement en réalisant que Remus n'avait pas attaqué James ce soir-là.
- On a été plus prudents depuis cette fois-là. On a rarement quitté la Cabane, ajouta Sirius pour rassurer Lily.
Elle hocha la tête. Malgré les apparences, elle avait du mal à encaisser toutes les informations nouvelles qu'elle apprenait. Tout cela lui semblait un peu surréaliste, et pourtant ça ne la surprenait pas plus que ça. Une fois de plus, l'amitié des quatre adolescents devant elle la surprenait. Elle allait au-delà de tout ce qu'elle avait pu imaginer jusque-là, et elle comprenait enfin la raison pour laquelle ils étaient si soudés.
- Quelle forme prenez-vous lorsque vous vous transformez ? Demanda-t-elle avec une curiosité sincère.
- Tu te souviens de nos Patronus ? Demanda Sirius.
- Oui, dit-elle en hochant la tête. Oh … !
Les trois Animagi lui adressèrent un sourire satisfait.
- Quoi qu'il en soit, dit-elle, ses lèvres s'étirant lentement vers le haut, tu me dois un Gallion, Remus.
- Pardon ? Demanda-t-il sans comprendre.
Les trois autres garçons arboraient la même expression d'incrédulité que lui.
- Hm, hm, fit-elle en hochant la tête. On avait parié que James ne réussirait pas à obtenir un « O » en ne se mettant à bosser qu'au dernier moment. Sauf que d'après ce que je viens d'apprendre, il a commencé à se renseigner su le sujet il y a plus d'un an.
- Ça ne compte pas ! S'offusqua Remus en fronçant les sourcils.
- Je crois que si…, fit Peter d'une voix songeuse.
Elle lui adressa un sourire resplendissant et tendit la main vers lui. Il grogna, s'avoua vaincu et sortit de sa poche deux Gallions ; celui qu'elle lui avait donné la veille et celui qu'elle avait finalement gagné.
- …Est-ce que je rêve où elle vient de marauder un Maraudeur ? Demanda Sirius, les yeux écarquillés.
- Ça ne veut rien dire « marauder un maraudeur », Sirius, grommela James.
- Si tu as compris, ça veut forcément dire quelque chose, protesta-t-il avec un sourire arrogant.
L'atmosphère fut tout à coup plus légère. Maintenant que les quatre adolescents ne craignaient plus de voir Lily leur hurler dessus pour leur irresponsabilité et leur stupidité, ni les dénoncer, ils étaient en mesure d'apprécier franchement la situation en souriant.
- Comment tu as su que c'était pour Remus ? Demanda soudain James à voix basse après un moment de silence. Tu n'as pas… Tu n'as pas pensé qu'on faisait ça juste pour s'amuser ou…
- Non, dit-elle en secouant vivement la tête. Si ça avait été n'importe qui d'autre, peut-être, mais pas toi. Pas vous. Dès que j'ai compris ce que vous aviez fait, j'ai fait le lien avec la lycanthropie de Remus.
James ouvrit la bouche avec surprise et regarda Lily comme s'il la voyait pour la première fois.
- C'est de ça que tu parlais, Remus, n'est-ce pas ? Lorsque vous m'avez parlé de vos souvenirs, quand on a travaillé sur nos Patronus. C'était ça ton souvenir ? C'est ça, ce qu'ils ont fait pour toi ?
Remus soupira, et un sourire contrit glissa sur ses lèvres.
- Tu es vraiment trop perspicace pour ton bien, Lily.
- Ma sœur trouve ça effrayant, admit-elle en hochant la tête. Quand j'étais petite, je savais toujours quand elle essayait de me mentir, et ça la rendait folle.
- Je suis obligé d'être d'accord avec elle, dit Sirius avec un sourire figé. Je ne sais pas… Je sais qu'on peut te faire confiance, Lily, mais si jamais tu…
- Je ne dirai rien, le rassura Lily. Promis.
- Bien. Parce que je ne voudrais pas avoir à te faire de mal. James me tuerait.
- Probablement vrai, reconnut ce dernier avec un rire nerveux.
- Moi aussi, dit Peter en adressant un clin d'œil à Lily. Tu es plus jolie que lui de toutes façons, alors le choix est vite fait.
- Et moi aussi, ajouta Remus avec un sourire plus franc.
Lily leur sourit avec chaleur et entendit Sirius murmurer quelque chose comme « bande d'ingrats », mais elle n'en n'était pas certaine. Une humeur plus légère s'installa et ils déjeunèrent en riant et en échangeant des histoires. Lily écouta Sirius lui raconter toutes sortes d'aventures extraordinaires vécues par les Maraudeurs, tandis que Remus intervenait régulièrement pour rétablir la vérité et ne pas laisser son ami trop extrapoler. Ils furent rejoints par Emmeline et Dorcas qui s'étonnèrent de voir Lily descendue si tôt. Dorcas passa même dix minutes à bouder, furieuse que Lily n'ait pas pensé à laisser un mot pour les prévenir. Apparemment, en ne la voyant pas dans son lit, elle avait cru à que son amie avait disparu.
Un peu plus tard, Rena et Mary s'approchèrent de la table des Gryffondor à leur tour, et lorsque Rena se pencha vers James pour lui murmurer quelque chose à l'oreille, Sirius et Peter grimacèrent. James se leva aussitôt, les salua d'un geste de la main et suivit la jeune fille qui sortait de la Grande Salle. Mary était déjà allée s'asseoir à coté de son petit-ami, et Lily les regarda s'éloigner en souriant avant de se retourner vers le reste de ses amis.
- Je trouve qu'ils iraient bien ensemble, fit-elle remarquer d'un air songeur. Non ?
Ils la regardèrent tous les cinq comme si elle était particulièrement dérangée – même Remus ne parvint pas tout à fait à cacher sa grimace - et décidèrent d'ignorer totalement sa question.
Elle haussa les épaules, et termina son petit-déjeuner sans y penser davantage.
N/A :
Si vous êtes venus à bout de cet interminable chapitre félicitations. Dites vous que ça a été mille fois pire pour DelfineNotPadfoot, qui elle, a dû le corriger. On l'applaudit pour son courage - des deux mains.
En parallèle avec ce chapitre, vous trouverez un petit OS sur mon profil "La Clairière". Rien ne vous oblige à aller jeter un coup d'oeil, mais je vous le dis, au cas où vous vous ennuyez et que vous n'avez rien de mieux à faire.
Je vous souhaite à tous un bon week-end,
Lp.
PS : à Mea95Gryffondor, bonsoir à toi ^^ Merci pour ta review. Je peux t'avouer que moi aussi ça m'a fait du bien d'envoyer ses quatre vérités à Rogue, même si c'est un personnage que j'aime beaucoup. Peu importe à quel point ses sentiments pour Lily étaient sincères, ses choix ont été les mauvais, et sa relation avec Lily n'était pas saine pour elle. Enfin bref, je suis contente que ce chapitre t'ai plu. A bientôt ;)
