XI.
Le temps était maussade et le ciel s'assombrissait de plus en plus au fil des heures qui s'écoulaient. Une légère bruine avait déjà commencé à tremper les routes et de légères flaques prenaient peu à peu formes sur le trottoir, prélude de la tempête qui n'allait pas tarder à déferler sur Beacon Hill. Stiles observait depuis bien cinq minutes le balancement de ses essuies-glaces, le léger chuintement donnant le rythme à la musique rock qui filtrait grâce à son vieil autoradio. Le léger tapotement de la pluie sur la tôle de sa voiture avait un petit quelque chose de mélancolique et il pencha la tête sur ses deux bras appuyés contre le volant. La portière côté passager s'ouvrit soudain et il entendit le poids d'une personne qui s'affaissait sur le vieux cuir du siège à côté du sien.
- Excuse-moi, j'ai eu un peu de mal à me débarrasser de Scott. J'ai dû sortir un prétexte bidon comme quoi j'avais mes règles pour qu'il me lâche aussitôt la grappe. Vu qu'il a la tête ailleurs, il n'y a vu que du feu.
Stiles lâcha un rire étranglé, partagé entre la gêne et l'amusement, mais il devait bien avouer que c'était bien joué de la part de la jeune femme. Scott avait dû se sentir aussi gêné que lui, prenant aussitôt ses jambes à son cou.
Il se tourna vers elle et l'observa alors qu'elle replaçait une mèche de cheveux derrière son oreille, admirant les boucles brunes cascadant le long de ses joues légèrement rosies par la fraîcheur qui régnait à l'extérieur. Dans l'espace réduit de sa voiture, la jeune femme paraissait petite et menue, mais c'était une erreur que de penser que c'était une description appropriée pour l'adolescente qui pouvait planter une flèche dans le cœur d'un démon à plus d'une quinzaine de mètres ou plaquer un loup-garou à terre et pointer une lame sur son cœur. Il comprenait mieux l'admiration de Scott pour sa petite amie et quand il se rappela toutes les fois où il avait pu voir Derek combattre, le même sentiment de fierté l'envahit et il sut que son meilleur ami avait eu raison, une fois de plus.
Allison plongea une main dans le sac qu'elle gardait sur ses genoux, mais hésita avant de se tourner vers Stiles, essayant de voir si ce dernier était bel et bien sérieux quant à ce qu'il lui avait demandé au téléphone.
- J'ai ce que tu m'as demandé.
Le sourire de Stiles se fana aussitôt et leurs regards se croisèrent dans un silence tendu. L'hyperactif baissa les yeux vers la main qu'Allison avait toujours à l'intérieur de son sac et son estomac se noua sous l'appréhension. Il ferma les yeux et inspira, invoquant dans son esprit toutes les raisons qui l'avait conduit à prendre cette décision et il hocha fermement la tête d'un mouvement sec, les poings serrés. Allison vit la résolution dans ses yeux et elle acquiesça, espérant que ni Scott ou le shérif ne fassent une crise cardiaque en l'apprenant. Stiles avait aussi parlé à Chris et ce dernier avait approuvé, la confortant dans le bien-fondé de sa décision d'aider Stiles à se défendre, admirant la détermination et la volonté du jeune homme à vouloir protéger les siens, alors qu'il n'était qu'un simple humain. Lentement, elle retira la main de son sac, faisant briller la lame d'un couteau hors de son fourreau de cuir dans l'ombre protectrice de l'habitacle. Stiles déglutit en voyant l'arme apparaître dans la main de la jeune femme, hypnotisé par le léger miroitement de son propre reflet à la surface.
Allison tint l'arme un moment dans la paume de sa main, l'expression nostalgique avant de se tourner complètement vers Stiles afin qu'il puisse la voir d'un peu plus près.
- C'est une dague, murmura-t-elle d'une voix empreinte d'émotion. Elle appartenait à ma mère. Et elle est à toi maintenant.
- Je ne peux pas, lâcha Stiles d'une voix choqué en se reculant, mais la jeune femme ne lui laissa pas le temps d'en dire plus et elle attrapa ses mains dans les siennes pour y poser doucement l'étui en cuir. C'est quelque chose d'important, Allison. Je ne peux pas l'accepter.
- Stiles, écoute-moi bien. Quand ma mère est morte, j'ai compris que les choses devaient changer. Ma rencontre avec Scott, ma condition de chasseuse, la meute et toi. J'ai dit à mon père qu'il était temps de prendre un nouveau départ, d'avoir une nouvelle ligne de conduite, un nouveau code d'honneur.
Allison leva les yeux et plongea un regard farouche dans le sien, ses yeux brûlants de passion et de rage.
- Nous protégeons ceux qui ne peuvent pas se protéger eux-mêmes.
Leurs poings se refermèrent d'un même mouvement sur l'étui de l'arme, comme s'ils prêtaient serment.
- C'est mon père qui l'a gardé jusqu'à maintenant et il a estimé qu'elle te revenait de droit et je suis d'accord avec lui. Quand tu m'as appelé hier et qu'il m'a donné la dague qui avait appartenu à ma mère pour que je te la donne, j'ai compris que c'était la meilleure chose que je puisse faire pour te protéger.
Stiles prit une grande inspiration et leva la dague devant lui, faisant miroiter la lame hors de son fourreau de cuir d'un mouvement lent et empreint de gravité. La dague était à double tranchant et avait des finitions assez simples. La poignée était faite d'un bois sombre et résistant, cerclé de bas en haut d'un cerceau d'or et d'un pommeau de la même matière de forme pentagonale et la garde se pliait de manière circulaire pour former la lettre C en direction de la lame. Seule la chappe semblait plus travaillée que tout le reste. Il y avait un saphir de forme ovale en son centre, cerclé par deux colonnes composées de trois plumes stylisées en or. La dague était magnifique, mais c'était une arme à n'en point douter, létale dans toute sa simplicité.
- Stiles, commença doucement Allison d'un ton qui donnait l'impression qu'elle savait à quoi il pensait. C'est à toi de voir ce que tu veux en faire. Est-ce que tu souhaites en faire une arme pour te défendre ? Ou une arme pour tuer?
- Quelle est la différence ?
- Je manie aussi des armes ne l'oublie pas. Avant, je m'en servais pour tuer, sans état d'âme. Aujourd'hui, je m'en sers pour protéger ceux qui ne peuvent se protéger eux-mêmes.
Allison esquissa un sourire triste avant de poser une nouvelle fois ses mains sur les siennes.
- Stiles, je sais que ça pourrait te paraître étrange dis comme ça, mais je t'ai toujours trouvé différent et je veux dire par là que c'est dans le bon sens du terme. Il y a énormément de bonté en toi. Je sais que tu te crois faible et que tu as constamment le sentiment que les autres se doivent de veiller sur toi, mais c'est tout le contraire. Je pense qu'ils ont besoin de toi. Ils te protègent parce qu'il y a comme une lumière en toi qui les guide et les rend plus forts. Comme avec Derek, par exemple.
Stiles laissa échapper un reniflement ironique et il regarda partout ailleurs, sauf dans sa direction uniquement pour ne pas avoir à lire la lueur de pitié dans son regard.
- Désolé de te contredire Allison, mais je ne vois pas de quoi tu peux bien parler. Je suis juste… moi.
- Scott m'a dit que Peter t'avait proposé de te mordre et que tu avais refusé. C'est vrai ?
- C'est vrai, mais je ne vois pas en quoi
- Stiles, tu ne comprends donc pas? Quelles que soient tes raisons, tu as refusé une morsure qui aurait pu t'offrir tout ce dont tu aurais pu rêver. Force, agilité, pouvoir. Et regarde-toi aujourd'hui.
- Stiles, hyperactif et sarcastique. Merci, mais tu ne m'apprends rien de nouveau.
- Cesse de faire l'idiot. Ce sont tes choix qui façonnent celui que tu es. Tu peux me croire, beaucoup de gens auraient accepté la morsure, mais tu ne l'as pas fait et c'est ce qui te rend différent. Et cette différence est ta force. Elle t'a amené à me demander de t'aider à te défendre, de protéger ceux qui te sont chers. En faisant cela, crois-moi, tu fais bien plus que n'importe qui dans ta situation. Beaucoup se seraient contentés de fuir. C'est pourquoi je t'admire Stiles.
Stiles inspira profondément et se tourna vers Allison et la manière qu'elle avait de le regarder droit dans les yeux sans fléchir, les joues rouges et le souffle court, lui montra à quel point elle pensait réellement ce qu'elle disait.
C'était spontané.
Impulsif.
Passionné.
- Stiles, je sais que tu as peur. Tu as l'impression que tout s'effondre autour de toi, tes certitudes ont été ébranlées et les fondations même de ton existence ne sont plus que les ruines d'une vie qui ne t'appartient même plus. Tu as le sentiment que rien ne sera plus jamais pareil, je le sais. Je suis passée par là. Je sais ce que tu ressens et c'est pour cette raison que je t'admire, car tu n'abandonnes pas et tu préfères de loin être un chasseur plutôt que la proie.
O-O
« Tu préfères être un chasseur plutôt que la proie. »
Les paroles d'Allison ne cessaient de tourner en boucle dans sa tête. Il savait qu'elle avait emprunté le terme de chasseur pour se référer au fait qu'il préférait de loin combattre plutôt que de se laisser faire, mais n'y avait-il pas un fond de vérité dans ces paroles ? Le fait qu'il ait refusé la morsure de Peter n'avait peut-être été que le prélude qui l'avait mené à cet instant précis de sa vie. Devait-il y voir un signe quelconque alors que sa relation avec Derek venait tout juste de prendre son envol? Malgré le fait que Scott et Allison soient ensemble en plus de leurs différences, cela ne fesait-il pas d'eux des « ennemis naturels »?
Cette perspective l'effraya grandement. Certes, il avait demandé à Allison de lui apprendre à se défendre et à combattre afin qu'il puisse se protéger en n'importe quelle circonstance. Qui sait ? Peut-être que les agresseurs de Derek étaient toujours dans les parages et ils pouvaient s'attaquer à n'importe lequel d'entre eux. Il devrait pouvoir apprendre à se défendre et à contre-attaquer si cela était nécessaire.
- Mr. Stilinski, le fait que vos connaissances soient à un niveau un peu plus au-dessus de la moyenne par rapport à vos camarades ne vous abstiens pas d'ignorer mon cours. Je vous prierais donc d'être un peu plus attentif.
Stiles sursauta et releva les yeux pour voir le professeur Harris planté devant son bureau, le regardant d'un air blasé. L'hyperactif ne put s'empêcher d'esquisser un sourire ironique.
- Donc vous admettez enfin que je suis un génie ?
- Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit Mr. Stilinski et veuillez prêter attention à ce que j'étais en train de demander à chacun de vos camarades. Avez vous oui ou non choisis votre binôme pour votre projet en chimie ?
Stiles se releva sur son siège et regarda lentement autour de lui pour voir que la plupart des élèves s'étaient regroupés par groupe de deux tandis que d'autres essayaient encore de trouver leur binôme.
- Ben, je vais me mettre avec Sc
- Mis à part Mr. McCall bien entendu, le coupa Harris en levant les yeux au ciel, sous les grognements combinés des deux adolescents. Et inutile de protester, vous savez très bien pourquoi.
Pinçant les lèvres de dépit, Stiles regarda une nouvelle fois autour de lui quand une voix s'éleva derrière son dos.
- Si ça ne vous dérange monsieur, j'aimerais bien être son binôme. Stiles est le meilleur élève de la classe et je pense qu'il pourrait m'aider à remonter ma moyenne.
Les deux hommes se tournèrent et la mâchoire de Stiles se décrocha légèrement quand il vit Allison lui adresser un sourire timide. Harris leur jeta un bref regard suspicieux avant de hocher la tête d'un mouvement sec.
- Très bien. Si chacun d'entre vous a maintenant trouvé son binôme, je vais vous demander de vous placer à la même table que celui-ci et de commencer à travailler sur l'organisation et la répartition des tâches.
Dans une cacophonie de raclements de chaises et de brouhaha, chacun se plaça à côté de son camarade, Allison se plaçant à coté de lui avec un léger sourire. Alors qu'elle replaçait ses livres sur la table, elle en profita pour glisser discrètement son carnet de notes dans sa direction. Du coin de l'œil, il put voir qu'un mot avait été griffonné dans la marge de la première page.
« J'ai pensé que ce serait plus facile pour qu'on puisse aussi travailler sur ce que tu sais.»
Stiles esquissa un sourire. Allison avait eu une excellente idée. En étant dans le même groupe de chimie, elle pouvait en même temps lui apprendre à manier sa dague sans que personne ne se doute de quoi que ce soit. Aussi discrètement que possible, il prit un stylo et écrivit à sa suite.
« Je me demandais justement quand on allait pouvoir planifier notre première cession. »
« Ce soir c'est la pleine lune. Je suppose que tu n'es pas de la partie ? »
« Non. »
« Ils risquent d'être tous occupés. Après les cours ?
« Sans problème. Chez toi c'est bon ? »
« Ce serait bien. »
Stiles n'était pas emballé par l'idée de faire quoi que ce soit chez lui. Il voulait se convaincre que c'était pour éviter de se faire surprendre par son père, mais il mentirait. La vérité, c'était qu'il ne se sentait pas en sécurité chez lui. Il n'arrivait plus à se défaire de cette sensation d'être constamment observé et ça l'obsédait.
Secouant la tête pour chasser les idées noires qui commençaient à obscurcir ses pensées, il ouvrit son propre carnet de notes et il se pencha vers Allison avec un sourire enjoué.
- Alors, par quoi est-ce que tu veux qu'on commence ?
O-O
- Harris est vraiment trop con ! Je sais pas ce qui me retient de l'étriper parfois !
- Peut-être le fait qu'on soit à l'école, qui plus est devant une centaine de témoins ? Mon père est peut-être le shérif, mais si tu vas en prison pour meutre, je suis pas certain que je pourrais faire quelque chose pour toi mon pote.
Scott esquissa un sourire amusé, mais quand il leva les yeux, une lueur assassine se mit soudain à briller dans son regard et il laissa échapper un grondement bas du plus profond de sa gorge, sous les regards à la fois médusés de Stiles et Allison. La jeune femme s'empressa de vérifier que personne n'avait rien remarqué, mais il était tout les trois assis à une table à l'extérieur et il n'y avait personne à moins d'une dizaine de mètres au moins. Stiles observa son ami, complètement déboussolé par son changement d'attitude et alors qu'il se tournait vers Allison en espérant qu'elle en saurait plus que lui, le grondement se fit soudain beaucoup plus fort. D'instinct, Stiles et Allison qui s'étaient assis l'un à côté de l'autre s'écartèrent d'un même mouvement. Scott se calma aussitôt et dans la même seconde, il sembla se rendre compte de ce qu'il venait de faire et le choc s'inscrivit sur son visage, suivi par la culpabilité et la honte.
- Merde. Stiles, je suis vraiment désolé
- Mon pote, t'as pas à t'excuser.
Stiles avait déjà les mains devant lui en signe de paix, sa posture légèrement défensive malgré le grand sourire qu'il affichait et qu'il espérait rassurant. Devant l'expression dépitée d'Allison, il comprit qu'il s'y prenait très mal parce que Scott semblait être au trente-sixième dessous. Il avait la tête baissée et sa respiration était hachée comme s'il faisait une attaque de panique. Le premier instinct de Stiles aurait été de chercher son inhalateur, mais Scott était un loup-garou à présent, il n'en avait plus besoin. L'hyperactif suspectait même que son loup devait affleurer à la surface à la façon dont ses yeux passaient continuellement du marron à l'ambre doré. Alors, même si c'était complètement imprudent de sa part au vu de la situation, il se leva d'un bond sous le regard hésitant d'Allison.
- Stiles
Secouant la tête dans sa direction, il s'assit tout contre Scott et posa un bras en travers de son épaule, guidant le visage de ce dernier dans le creux de son cou.
- Je suis là, tout va bien Scott. Prends une grande inspiration. Et expire doucement.
Il répéta cette phrase autant de fois qu'il le fallut, sous les yeux d'Allison qui les observait en souriant doucement. La respiration de Scott se cala à la sienne et petit à petit, il sembla reprendre son calme, les tremblements n'étant plus qu'un douce pression contre son épaule.
- Je suis vraiment désolé, murmura Scott d'une voix rauque. Je suis un peu sur les dents avec la pleine lune de ce soir. Je voulais pas m'en prendre à vous comme ça.
Allison se leva à son tour et se rassit de l'autre côté de Scott, l'enlaça et déposa un tendre baiser sur ses lèvres alors qu'il lui rendait son étreinte à son tour. En temps normal, Stiles aurait lâché un joyeux « Câlin de groupe ! », mais pour une fois il préféra simplement se taire et se recula légèrement, veillant d'un regard protecteur sur le couple qui se tenait à ses côtés.
OOO-OOO
- Je suppose que ça ne sera pas possible, même pour 5 petites minutes ?
- Non.
Stiles soupira, ne s'offusquant nullement du ton laconique de son quoi. Petit ami ? Il gratta simplement une tache imaginaire sur son pull, alors qu'Allison patientait un peu plus loin avec Scott.
- Demain, si tout va bien. Je t'enverrais un message.
Un sourire illumina le visage de Stiles et il acquiesça d'un mouvement de tête, oubliant que Derek ne pouvait pas le voir à l'autre bout du fil.
- Pas de soucis. Scott s'apprête à partir et il te rejoindra un peu plus tard.
- Et toi, qu'est-ce que tu comptes faire ?
- J'ai des devoirs à faire, répondit Stiles, une douce chaleur le gagnant à l'idée que Derek puisse vraiment s'intéresser à ce qu'il pouvait faire de son temps libre. J'espère que tout se passera bien ce soir.
- Tu n'as pas de soucis à te faire. Concentre-toi sur tes cours et je te verrais demain.
- Okay. À plus tard.
Derek raccrocha et Stiles en fit de même avant de revenir vers ses deux amis qui le regardaient d'un air entendu. Allison était continuellement en train de caresser le bras de Scott de long en large.
- Tu n'en es pas à ton premier round, le rassura-t-elle afin d'ôter le sourire crispé qu'il avait vissé aux lèvres. Ne force rien, d'accord.
- Je sais.
Scott esquissa un sourire qui se voulait rassurant et il se tourna vers Stiles, agrippant doucement son bras.
- Que tu sortes avec Derek n'est pas un prétexte pour draguer ma petite amie c'est clair ?
- On va juste avancer notre projet en chimie, promis.
Stiles laissa échapper un rire incrédule, regrettant presque d'avoir avoué à son meilleur ami qu'il avait suivi son conseil et que lui et Derek étaient en bonne voie pour former un « couple ». Il prédisait qu'il en entendrait certainement parler pendant un long moment, espérant seulement qu'Allison ait pitié de lui et ne se ligue pas avec Scott pour se moquer de lui. La lueur amusée qu'il perçut dans le regard de la jeune femme lui prouva qu'il avait du souci à se faire et il leva les yeux en l'air.
- On y va? Il ne faudrait pas que je rentre trop tard.
- Pas de soucis. On se voit demain si tout va bien ?
Scott confirma d'un hochement de tête et embrassa Allison une dernière fois , avant de se tourner vers Stiles et de lui délivrer une dernière étreinte.
- Je suis content pour toi mon pote. Tu le sais pas vrai?
- Je le sais, murmura Stiles en lui tapotant l'épaule. Bonne chance pour ce soir. Si ça ne va pas, tu sais que je suis là.
Il serra sa nuque d'une main en le regardant droit dans les yeux et le sourire que lui délivra Scott était tellement lumineux qu'il aurait pu chasser les sombres nuages qui assombrissaient le ciel grisâtre au-dessus de leur tête.
O-O
- Qu'est-ce que tu veux faire ?
Stiles était assis dans la cuisine de la maison de la famille Argent, un verre d'eau qu'Allison lui avait versé entre les mains. Cette dernière voyait bien qu'il était indécis et elle se contenta de s'assoir à côté lui, ne voulant rien forcer, mais tentant de lui montrer que peut importe ce qu'il décidait, elle se rangerait à sa décision.
- J'aimerais, commença Stiles d'une voix rauque avant de s'éclaircir la gorge. Je voudrais apprendre à m'en servir. S'il te plait.
Son sac semblait pesait une tonne sur ses genoux, mais en réalité, il savait très bien que ça venait uniquement du fait que la dague était à l'intérieur et qu'elle n'avait cessé d'être dans un coin de son esprit tout le long de la journée. Allison resta silencieuse un moment, fixant le mur devant elle avant de se relever et se tourner vers lui.
- Suis-moi, dit-elle simplement.
Stiles se leva à sa suite et la suivit vers une porte qui ouvrait sur un escalier semblant mener au sous-sol. Son sac sur l'épaule, il la suivit jusqu'à ce qu'ils arrivent dans une immense salle composée de plusieurs pièces, dont la plupart semblaient avoir été aménagés comme salle de sport et d'entraînement. L'un d'entres-elles en particulier faisait penser à une salle de judo, des tapis de mousse recouvrant le sol sur toute sa surface. Allison se dirigea vers ce qui ressemblait à un vestiaire avec des bancs et ouvrit un casier duquel elle sortit un pantalon de jogging et un tee-shirt.
- Enfile ça. Ce sont de vieilles fringues que personne n'utilise. Ça devrait aller, au moins pour aujourd'hui.
- Merci.
Allison quitta la pièce et Stiles se changea, observant les pièces autour de lui. Il y avait de tout et ça allait des tapis de courses, du ring, des machines pour la musculature jusqu'à un stand de tir. Il évita de regarder celle-ci en particulier, un léger sentiment de malaise l'envahissant, mais il se reprit rapidement. S'il commençait à avoir des doutes maintenant, tout ce qu'il allait entreprendre n'allait mener qu'à un échec cuisant et il s'y refusait. D'une main ferme, il sortit la dague qui était toujours dans son étui et il s'assit sur un banc, posant l'arme à côté de lui et quand Allison revint, s'étant changé elle aussi, ils se dirigèrent ensemble vers la salle avec les tatamis.
- Pose la dague sur le côté, nous n'en aurons pas besoin pour le moment. Je veux avant tout voir ce que tu vaux en combat singulier.
Devant l'hésitation de Stiles, Allison esquissa un sourire amusé.
- Je ne te demande pas à ce que tu la joues Matrix hein.
Les deux adolescents éclatèrent de rire alors qu'ils se plaçaient l'un en face de l'autre.
- Agis à l'instinct. Je veux voir ce que tu vaux dans l'immédiat.
La jeune femme plaça ses deux mains serrées en poing devant elle, comme lors d'un match de boxe et Stiles ne put s'empêcher de copier son mouvement, mais au même moment, Allison se baissa soudainement et lui crocheta les pieds d'un ample mouvement de jambe. Stiles poussa un cri surpris et serra les dents pour éviter de se mordre la langue alors qu'il tombait lourdement par terre.
- J'ai dis que je voulais voir ce que tu valais dans l'immédiat, lâcha Allison pour se justifier, ses épaules tressautant alors qu'elle riait. Je n'ai jamais dit qu'on irait doucement ou que je t'épargnerais.
- Ouais j'ai compris.
Stiles soupira alors qu'il était toujours à terre et il accepta la main tendue d'Allison non sans lui avoir jeté un regard suspicieux avant, mais alors que leurs mains se liaient, il tira d'un coup sec, entraînant la jeune femme dans sa chute et la plaquant au sol pour se retrouver au-dessus d'elle, ses deux mains de chaque côté de son visage. Une lueur espiègle brilla dans son regard en réponse à son expression malicieuse.
- Je vois que tu apprends vite.
- Il semblerait que j'ai un bon profess, oumph !
Stiles s'écarta précipitamment d'Allison, le souffle légèrement coupé alors qu'elle venait de lui donner un coup de poing dans l'abdomen.
- C'était vicieux ça !
- Première leçon Stiles. Dans cette nouvelle réalité qui est la tienne, ton adversaire n'attendra pas gentiment que tu viennes lui taper dessus. Il ne se laissera pas faire et tous les coups seront permis. Tu te dois d'anticiper ses mouvements et à défaut, délivrer les coups le premier afin de prendre l'avantage.
Reprenant rapidement son souffle, Stiles se releva en baissant les yeux, légèrement embarrassé alors qu'il saisissait parfaitement ce qu'Allison essayait de lui faire comprendre. Implicitement, c'est un peu comme si elle lui avait : « Fais-le aux autres avant qu'ils ne le fassent eux-mêmes ». C'était loin d'être éthique, mais dans un combat où la mort pouvait être la seule issue, les questions de morale ne se posaient plus trop en général, surtout si elles impliquaient des créatures surnaturelles. Quand il se remit en position, Allison remarqua le changement dans sa posture et approuva d'un léger signe de tête avant de lui faire face.
- Cette fois-ci c'est du sérieux. Prépare-toi.
Ils continuèrent ainsi pendant longtemps. La chasseuse alternait entre attaque et défense, corrigeant ses mouvements ou lui en apprenant de nouveau. Il récoltait plus de bleus qu'il n'en donnait, sua à grosses gouttes, mais sa détermination quant à elle était encore à son top niveau malgré l'état de grande fatigue qui commençait à lui peser sur les épaules. Allison le remarqua et elle l'arrêta d'une main sur l'épaule, le souffle court.
- Arrêtons pour aujourd'hui, on en a déjà fait assez.
- Il n'est pas si tard, je peux encore
- Il est presque sept heures. Je pense qu'on a largement fait assez.
Stiles écarquilla les yeux de surprise et leva les yeux vers l'écran du téléphone que la jeune femme agitait dans sa direction avec un sourire. Il attrapa la serviette propre qu'elle lui jeta et essuya la sueur qui lui coulait du front.
- Bon sang, je n'ai pas vu le temps passé.
- Je suis fière de toi. Ça voulait dire que tu étais vraiment concentré sur ton entraînement, c'est bien.
Se sentant rougir, le jeune homme se détourna en espérant que si Allison devait le remarquer, elle l'attribuerait à l'effort qu'il avait fourni durant les dernières minutes. Il passa la serviette sur ses cheveux et avisa la dague qui n'avait toujours pas bougé de l'endroit ou il l'avait initialement posé. Allison suivit son regard et remarqua l'arme à son tour.
- Tu veux que je t'apprenne quelques mouvements avant de partir?
- Je veux bien. Je pense que je me sentirais plus rassuré sur le fait que j'arriverais plus ou moins à m'en servir. Au cas où.
Allison sortit la dague de son étui et s'approcha de lui. Elle lui tendit l'arme et alors qu'il essayait de la placer correctement dans sa main, elle se glissa dans son dos et son bras se plaça en parallèle du sien alors que sa main qui tenait le couteau venait se superposer à la sienne.
- Il ne faut pas que tu penses à la dague comme à un objet à part entière, mais plutôt comme à un prolongement de ton bras.
Elle imprima une légère pression sur sa main et lui fit exécuter quelques mouvements souples du bras, lui faisait penser à de l'escrime.
- Il n'est pas necessaire que ce soit une arme pour tuer, murmura-t-elle soudain à son oreille et au fond, il lui fut reconnaissant de le préciser. Mais elle te permettra de faire pas mal de dégâts si tu t'y prends bien. Tu n'as pas besoin d'être au corps à corps pour porter un coup. Pour garder un certain périmètre de sécurité, parfois un simple mouvement du bras suffit.
Elle lui fit imprimer un ample mouvement circulaire du bras.
- Ou une rapide attaque frontale.
Puis un gracieux, mais énergique mouvement vers l'avant, semblable à une estocade.
- N'oublie pas Stiles. La dague n'est pas à considérer comme un objet à part entière, mais
- Plutôt comme à un prolongement de ton bras, finirent-ils dans un même ensemble.
Ils s'observèrent un bref instant avant d'éclater de rire et de s'écarter l'un de l'autre.
- Tu t'es vraiment bien débrouillé pour une première séance. Tu es doué. Tu as déjà fait de la lutte ou quelque chose comme ça auparavant ?
- Pas du tout, répondit Stiles en se tournant vers elle alors qu'ils se dirigeaient vers les vestiaires. Mais je regarde pas mal de films et de vidéos sur Internet et j'ai une excellente mémoire donc je suppose qu'instinctivement je me suis basé sur leurs contenus. Et avec le lacrosse, j'arrive à me maintenir plus ou moins physiquement en forme.
- C'est bien, mais rien de tel que la pratique pas vraie ?
- Ce n'est pas moi qui vais te contredire. Au fait, en ce qui concerne la dague, est-ce qu'il y a un moyen de la garder sur soi sans que ce soit gênant ? Disons que je me vois mal la garder dans mon sac de cours à chaque fois.
- Change-toi et je te montrerais.
Le jeune homme s'exécuta pendant qu'Allison disparaissait à l'étage avant de revenir quelques minutes plus tard avec ce qui ressemblait à une sorte de bande de ceinture noir avec un scratch.
- On dirait une sorte de brassard qu'utilisent les sportifs pour transporter leur lecteur de musique.
- C'est ça, mais disons que celui-ci est revisité. Tends la jambe droite.
Stiles s'exécuta et remonta la jambe de son jean pour qu'elle puisse attacher le brassard à sa cheville. Elle tendit ensuite la main vers lui et il lui passa la dague qu'il avait rangé dans son étui. Elle plaça l'arme sur le brassard, ce qui faisait que la dague reposait maintenant le long de sa cheville. Il bougea le pied d'avant en arrière sans qu'il se ne se sente gêné, bien que le léger poids supplémentaire soit perturbant au début.
- Ça s'enlève et se décroche facilement. Le plus simple si tu veux bien la cacher, c'est de porter des bottes. Des Rangers feraient très bien l'affaire.
- Je crois que j'ai une paire qui doit traîner à la maison.
La jeune femme se releva et Stiles récupéra son sac et ils remontèrent à l'étage pour rejoindre l'entrée. Une fois sur le pas de la porte, Stiles s'approcha d'Allison et la prit spontanément dans ses bras.
- Merci, pour tout ce que tu as fait pour moi. Tu n'étais pas obligé.
Après tout, même si la jeune chasseuse sortait avec son meilleur ami, elle n'était pas dans l'obligation de l'aider en quoi que ce soit. Personne ne lui en aurait voulu si elle avait refusé. Son père et elle avaient été jusqu'à lui offrir une arme ayant appartenu à une personne chère à leur cœur. Il était déjà plus que reconnaissant.
- J'ai un code d'honneur Stiles. Il était de mon devoir de t'aider et je te considère comme un ami. Je viendrais toujours en aide à mes amis.
Le choc qu'il ressentait du s'inscrire sur son visage, car Allison éclata de rire en le regardant.
- Ne fais pas cette tête ! Qu'est-ce qui te surprend dans le fait que je te considère comme un ami ?
- Et bien, c'est juste que
- Si tu commences à me parler de Scott, je t'arrête tout de suite. Tu as plus d'une fois prouvé que tu étais une personne de valeur, avec des principes. Une personne de confiance sur qui on peut toujours compter. Je n'ai pas besoin de plus et je suis fière de te compter parmi mes amis.
- Je le suis aussi. Je veux dire, je suis fier de pouvoir de considérer comme une amie, même si tu es une chasseuse.
- C'est trop d'honneur, laissa échapper Allison avec un léger rire et une révérence.
- En parlant de chasseurs, est-ce que vous avez du nouveau concernant ceux qui nous ont attaqués ?
- De quoi est-ce que tu parles ? Derek et Scott ne t'ont rien dit ?
- Me dire quoi ?
Allison resta interdite devant l'étonnement sincère de Stiles et elle se demanda rapidement pourquoi diable il n'était pas encore au courant et ce qu'elle pourrait bien lui dire après coup, mais la lueur d'agacement qu'elle vit dans son regard et la façon dont ses épaules se tendirent lui soufflèrent qu'elle ferait mieux de lui dire la vérité. Si Derek ou Scott avaient omis de prévenir Stiles, c'était à eux d'assumer leur faute. Elle se refusait à mentir à ce dernier.
- Le soir même où Derek a été blessé, nous avons trouvé trois chasseurs qui se vantaient d'être l'auteur de sa tentative de meurtre. Nous les avons interrogés et ils ont tout avoué.
Stiles ferma les yeux en essayant de juguler la colère et la déception qui le traversèrent. Derek avait-il simplement oublié de lui en parler ou avait-il estimé qu'il n'était pas nécessaire de le tenir au courant de quelque chose d'aussi important ?
- Et où sont-ils maintenant ? Vous les avez laissés repartir ?
Le silence de la chasseuse était inquiétant et quand il leva les yeux vers elle, ce fut pour la voir se mordre les lèvres d'un air coupable, son jolie visage déformé comme si elle souffrait.
- Qu'est-ce qui se passe Allison ?
- Je... je ne veux pas que tu me regardes différent.
- Je ne vois pas pourquoi
- On s'est débarrassé d'eux. Dans le sens définitif du terme j'entends.
Allison avait littéralement craché cette phrase comme si elle avait été empreinte de venin et elle l'avait fait tellement rapidement que pendant un moment, il eut peur d'avoir mal compris, mais à la façon dont elle refusait de regarder dans sa direction, il sut qu'il avait bien entendu.
- Pourquoi est-ce que tu agis comme si tu avais honte ?
- Ils… c'était des hommes. Des êtres humains. Nous nous sommes permis d'être à la fois, juge, jury et exécuteur.
- Je sais que tu ne l'as pas fait de bonté de cœur. Tu l'as fait pour nous protéger, tu l'as fait pour Scott. Pas vrai ?
Malgré le ton monocorde de Stiles qu'elle trouva plus qu'inquiétant, la jeune chasseuse ne put s'empêcher de trouver du réconfort dans ses paroles, comme si en ayant dit à voix haute ce qu'elle n'avait cessé de penser tout bas à l'intérieur, cela minimisait la gravité de son acte. Stiles s'approcha d'elle et d'une petite pression sur son menton, il l'incita à relever la tête et à le regarder dans les yeux. L'absence de jugement dans son regard lui arracha quelques larmes et elle laissa échapper un souffle tremblant.
- N'aie pas honte de ce que tu fais pour le bien de tous. Tu l'as dit toi-même. C'est notre réalité à présent et je suppose que nous ne pouvons nous permettre de fermer les yeux et de faire comme si tout était beau et rose.
- Non. Nous ne pouvons pas.
OOO-OOO
Dire qu'il était en colère aurait été un euphémisme. Il se sentait à la fois envahi par la tristesse, la déception, la colère et la peine. Alors que l'eau s'écoulait le long de son corps, effaçant la sueur de l'entraînement et apaisant les courbatures dans ses bras et ses jambes, il pensa à Derek et à toutes les fois où il aurait pu lui dire en ce qui concernait les chasseurs. Surtout le moment où il avait voulu s'assurer qu'il ne restait rien de sa blessure.
Pourquoi ne pas lui avoir dit qu'ils ne craignaient plus rien ?
Qu'ils étaient hors de danger grâce à Allison et sa famille ?
Stiles se refusait à croire qu'il ait simplement pu oublier d'en parler. Pas pour une chose aussi importante.
La seule conclusion qu'il lui restait, c'était qu'il avait omis de lui en parler volontairement et quel que soit ses raisons, elle le plongeait dans une profonde tristesse teintée d'amertume.
Le fait qu'il n'ait pas énormément d'ami et qu'il ne lui restait plus que son père pour seule famille lui avait fait comprendre que le mensonge n'avait pas de place dans sa vie.
De dépit, il sortit de la douche et enfila une tenue propre, un sweat gris clair avec l'inscription Fort Lauderdale, Florida inscrite dessus. Il enfila un jean foncé légèrement déchiré au niveau des genoux, les questions tourbillonnant dans sa tête au point qu'il envisagea de prendre un peu d'Aderall, mais il s'y refusait.
S'il voulait que ça cesse, il lui fallait partir en quête de réponse.
Et pour ça, il lui fallait aller à la source elle-même.
Il s'approcha de la fenêtre de sa chambre et constata qu'il ne faisait pas encore totalement nuit. Il avait cessé de pleuvoir, mais l'orage continuait de gronder. La lune n'était pas encore à son apogée dans le ciel. Il avait donc une petite marge de manœuvre pour agir.
Sans tarder, il se précipita pour rejoindre sa voiture, mais il freina du pied avant de se reculer et tendre la main vers la dague qui reposait sur son lit. Il l'observa un instant avant de s'assoir sur la chaise de son bureau et d'attacher le brassard à sa cheville pour y rattacher l'arme. Il passa son jean par-dessus et enfila les Rangers d'un brun foncé qu'il avait réussi à retrouver au fond de son armoire. Il en profita pour enfiler par-dessus son sweat un blouson style aviateur d'un vert kaki et il récupéra ses clés sur le meuble de sa table de nuit.
D'un pas décidé, il monta à l'intérieur de sa jeep et conduisit en direction du loft de Derek, fort de sa décision. Quand il arriva, il leva les yeux vers l'immense fenêtre, pareille à une baie vitrée qui donnait sur la pièce principale. Dans l'obscurité qui commençait à tomber, il réussit à distinguer un peu de lumière et il se sentit rassuré malgré son cœur qui battait la chamade à l'idée de la confrontation à venir. Alors qu'il montait les marches qui menaient à l'étage de Derek, ignorant l'ascenseur, il commença à hésiter.
Était-il prudent de confronter le loup-garou un soir de pleine lune ?
Derek avait semblé nerveux et stressé hier et il se demanda finalement si c'était une si bonne idée que ça que de venir chercher des réponses alors que le loup-garou devait littéralement être sur les dents. Mais quand il finit par atteindre le dernier palier, sa résolution reprit le dessus et il prit une grande inspiration pour se redonner un peu de courage.
Il entendit soudain la voix de Derek. Ce dernier semblait parler à quelqu'un. Était-il en compagnie de Scott ou de quelqu'un d'autre de la meute ?
Alors qu'il s'apprêtait à frapper, un éclat de rire retentit à travers la cloison et il se figea.
C'était clairement un rire féminin et pour une raison inconnue, il eut soudain l'estomac noué.
Le rire retentit une nouvelle fois et il essaya de ne pas y prêter attention, mais quand il retrouva un peu de courage pour tenter une nouvelle fois de toquer à la porte, ce fut cette fois le rire de Derek qui le paralysa.
Sa main se dirigea automatiquement vers la poignée. Vu que l'immeuble entier appartenait à Derek, ce dernier devait estimer qu'il n'était pas nécessaire pour lui de fermer la porte à clé, car cette dernière n'opposa aucune résistance quand il l'actionna.
Il l'ouvrit lentement et il resta interdit devant la scène qui s'offrait à lui.
Derek était assis sur le canapé.
Une femme à la peau couleur chocolat au lait et aux longs cheveux noir corbeau était juchée sur ses genoux, ses bras autour de sa nuque.
Et ils riaient. Il riait à quelque chose qu'elle disait.
Et son sourire révélait les fossettes qu'il adorait tant.
Il était venu en étant en colère. Triste. Peiné.
Il avait espéré repartir heureux. Rassuré. Et encore plus amoureux qu'il ne l'était déjà.
Mais seul un sentiment de trahison le ravagea comme une vague déferlant sur les côtes un jour de tempête., balayant tout le reste.
Ce fut sûrement le son que fit son cœur, se brisant en mille morceaux à ses pieds qui attira l'attention de Derek, car ce dernier perdit soudainement son sourire et il leva lentement les yeux dans sa direction, ses yeux s'écarquillant sous le choc et la surprise.
- Stiles ?
Mais ce dernier avait déjà disparu.
Bien que ce fut en mode pilotage automatique, Stiles qui avait brusquement fait demi-jour eut cette fois l'intelligence de prendre l'ascenseur et quand il se retrouva de nouveau à l'air libre, c'est d'un mouvement brusque et hâtif qu'il remonta dans sa jeep et enclencha le contact.
- …iles !
Stiles ferma brièvement les yeux et s'immobilia une brève seconde avant d'appuyer sur l'accélérateur, afin de s'empêcher de regarder dans le rétroviseur et malgré le grondement du moteur, il l'entendit encore l'appeler.
- Stiles !
Mais déjà Stiles n'écoutait plus. Tout ce qu'il lui restait alors qu'il conduisait sans savoir où il allait, c'était ce bourdonnement dans ses oreilles.
Et son cœur en miette.
