Bonjour mes petits lamas en sucre !
On a presque fini la publication de la partie 1, moi j'ai presque fini la correction définitive de la partie 2, et mes bêtas celle de la partie 3 ! Tout cela avance bien, donc ;)
Comme d'habitude, gloire/disclaimers/remerciements à mes bêtas/dieux/lecteurs et revieweurs, et surtout bonne lecture ! ;)
Chapitre 11
Malgré leurs positions inconfortables respectives, ils finirent par s'endormir, écrasés par une éprouvante journée pour leurs nerfs. Cela aurait pu être une nuit relativement calme si, vers le coup des quatre heures du matin, Sherlock ne s'était pas mis à tousser.
Au début, ce n'était rien. Une simple toux, à peine consciente dans le sommeil de l'un et de l'autre. Cela avait réveillé John, qui dormait comme il l'aurait fait lors d'une nuit de garde de ses années à l'internat de médecine, prêt à sursauter et être disponible et réveillé à la moindre alerte d'un des patients. Entendant que Sherlock ne faisait que tousser quelque peu, il avait fermé les yeux, et s'était tourné de l'autre côté. Il n'y avait rien d'alarmant.
Mais la toux ne s'était pas arrêtée, bien au contraire. Elle avait achevé de réveiller Sherlock, qui faisait de plus en plus de bruit. Il se forçait à tousser, sentant dans sa gorge quelque chose qui le bloquait, qui le grattait, et qu'il ne parvenait pas à stopper.
Il se força à expectorer plus fort encore, mettant logiquement sa main devant sa bouche. Ce fut quand il sentit quelque chose sur ses doigts qu'il commença à paniquer. Le clair de lune lui permettait de suffisamment bien voir les ombres, et donc de distinguer le clair du foncé. Il gémit et paniqua complètement. Sur ses doigts blancs, il y avait de grandes tâches sombres : il crachait du sang.
- John ! gémit-il.
Contre sa volonté, Sherlock sentait sa raison s'amenuiser de seconde en seconde, et ses inquiétudes grandir de manière inversement proportionnelle. Une peur panique s'infiltra dans ses veines et le fit trembler. Il n'avait jamais été aussi mal dans sa vie depuis certaines nuits de sa jeunesse, où les doses habituelles de drogue ne suffisaient pas, et qu'il en abusait une fois de plus, une fois de trop.
- John ! recommença-t-il, un peu plus fort.
Il avait la sensation d'hurler, mais le peu de rationalité qu'il lui restait l'informait qu'il murmurait à peine. Il toussa de nouveau, regarda de nouveau ses doigts si sombres, recouverts de sang. Ce n'était pas bon signe, tout le monde le savait. Les gens normaux le savaient à cause des séries télés policières et médicales. Quand le héros, ou son ami, ou un personnage lambda qui servait l'intrigue se mettait subitement à cracher du sang, la scène suivante incluait généralement des hurlements, de la panique, des mesures prises en urgence, et quelques phrases sans aucun sens jetées à tout va : « on est en train de la perdre ! » « il me faut 2.5g de clorazépate ! Maintenant ! ». Sherlock, qui lui, n'était pas une personne normale, avait des connaissances médicales, et cela changeait rien à la finalité de l'histoire : son savoir l'informait qu'avoir du sang dans les poumons ou l'estomac était que très rarement une bonne nouvelle. Perforation de l'estomac, de l'intestin, décollement des poumons, caillots passés dans le tube digestif, Sherlock listait mentalement les options avec une horreur grandissante. Pour l'une des rares fois de sa vie, il aurait voulu ne pas être aussi intelligent, ne pas avoir autant d'informations dans sa tête. Et surtout, ne pas être aussi conscient dans un moment de crise : il aurait voulu éteindre son cerveau, ne pas générer toutes les affolantes possibilités que ces caillots impliquaient. Il voulait juste avoir peur. Pas avoir peur ET réfléchir à pire encore simultanément, accroissant ses angoisses.
- John ! recommença-t-il.
Et cette fois, il sut qu'il avait réellement haussé le ton car son ami s'agita sur son lit de fortune.
- Sher'ock ? grommela la voix ensommeillée de John.
Le soulagement du détective fut presque immédiat et tangible. C'était parfaitement ridicule, mais la simple preuve que John était là l'aidait à se re-concentrer sur sa panique pour ne pas se laisser submerger. John avait cet effet là sur sa tête, et sur son cœur.
- John !
Et cette fois, au-delà de la panique, il y avait une certaine forme de plaisir à prononcer le nom. John qui le connaissait si bien entendit dans cette simple variation le besoin de lui et jaillit de son lit comme un diable de sa boîte. La comparaison fit presque rire Sherlock, reléguant ses angoisses un peu plus loin encore.
- Je suis là, Sherlock, qu'est-ce qu'il y a ? demanda aussitôt John.
Dans le même temps, il s'était approché du lit, veillant à ne pas se mettre sur la trajectoire de la fenêtre et de la pâle lumière lunaire afin de pouvoir observer son ami sous toutes les coutures en guise de pré-examen. S'il le fallait, il allumerait la lumière mais il connaissait son ami, et par extension tous les patients d'hôpital. Personne n'appréciait une crue lumière allumée sans prévenir. Le docteur en John chercha immédiatement à comprendre d'où venait le malaise de son ami, et palpait déjà la poitrine de celui-ci par des brefs attouchements, parfaitement justifiés sur un plan médical. Il ne constatait rien d'anormal quand Sherlock reprit la parole :
- Mes mains... je... crache...
Il butait sur les mots, hésitait, angoissait. John ne le laissa même pas finir qu'il avait saisi les longues mains pâles de son ami en se demandant bien ce qu'il avait bien pu leur arriver. Il comprit immédiatement en sentant une substance gluante se déposer sur la pulpe de ses doigts.
- Tu craches du sang. Quand tu tousses, annonça John d'un air docte, infiniment soulagé.
Le regard perdu de son ami, peu visible vu l'absence de luminosité mais parfaitement compréhensible pour le médecin, lui fit écho.
- Ce n'est rien Sherlock. Cela fait partie des conséquences postopératoires possibles, fréquentes et absolument sans danger.
La voix de son ami détendait le détective. Il écoutait à peine les mots, seul comptait le ton d'assurance et de tranquillité qui s'en détachait, prouvant que tout allait bien. Quand John parlait ainsi, Sherlock l'aurait cru à propos de n'importe quoi et l'aurait suivi au bout du monde. Il ignorait que l'inverse était tout aussi vrai : quand Sherlock employait son baryton profond pour expliquer un crime, une lueur de fierté dans les yeux, John buvait du petit lait.
- Essuie-toi, poursuivit John.
D'une main experte, il attrapa une serviette en papier qui traînait là et s'appliqua à enlever les caillots de sang de la main de son ami. Une fois celle-ci relativement propre, ou du moins bien moins sombre que précédemment, il reprit la parole
- Tousse encore. Doucement. Dans ta main, ordonna le médecin.
Sherlock obéit.
- Regarde, regarde ta main. Il n'y a presque plus rien. À peine une légère tâche.
Absolument fasciné par ses longs doigts blancs à peine obscurcis, Sherlock les contempla avec un air d'émerveillement total, comme si John avait fait un tour de magie particulier.
- Expectorations de sang consécutives à une opération des poumons. Probablement dû à un léger décollement du poumon. Rien de grave. Survient dans un peu plus d'un tiers des cas. Rien à faire sinon rassurer le patient.
John sourit. Il avait son ton professionnel, le même qu'il prenait quand il remplissait les dossiers de ses patients, parlant au fur et à mesure qu'il écrivait.
- Je devrais leur dire, demain matin. Aux infirmières. Il faut que toutes les conséquences de l'opération soient dans ton dossier médical. Ce n'est pas un moyen de te fliquer, mais il faut tout noter. En cas de complications différentes ou plus sérieuses, ou simplement lors du dosage de tes médicaments par la suite, cette information peut avoir son importance. On ne peut pas s'en passer. Et puis, c'est pour les statistiques. Si je peux affirmer que cela n'arrive que dans un cas sur trois, c'est bien qu'ils l'ont trouvé quelque part avant de l'écrire dans les revues médicales. Mais tu peux dormir cette nuit. Je les préviendrai demain.
John parlait trop et trop vite, Sherlock hochait la tête en rythme pour montrer qu'il avait compris et qu'il ne s'y opposait pas.
- Merci John, finit-il par murmurer. Pas pour ça... enfin si, pour ça aussi, mais pour le tout. De rester, de comprendre quand je panique, et savoir quoi dire pour me rassurer et...
Une fois sa crise de panique passée et ses tremblements atténués, Sherlock avait retrouvé la brillance de son cerveau, et ne pas parvenir à finir une phrase si simple ni même savoir ce qu'il disait, pourquoi il le disait, et encore moins pourquoi il n'arrivait pas à achever sa pensée, c'était éminemment frustrant. Il en aurait grogné. Ce fut d'ailleurs probablement ce qu'il avait dû faire car John laissa échapper un bref rire un peu moqueur.
- C'est normal Sherlock. C'est à ça que servent les amis, surtout docteur. Surtout quand ils sont aussi fous que toi. Allez dors espèce de taré. Je reste là.
Le détective referma les yeux immédiatement. John avait les mots exacts qui savaient le rassurer et l'apaiser. John l'appelait taré sur un ton tellement affectueux que cela n'avait rien en commun avec le mépris de la voix de Sally Donovan ou d'Anderson. Pour un peu, il en aurait apprécié le surnom.
Quant au médecin, il s'assit sur le lit aux côtés de son ami et faute de pouvoir faire mieux, se contenta d'appuyer dans sa paume de manière circulaire avec son pouce pour rassurer son ami. Il aurait voulu pouvoir glisser les doigts dans ses cheveux et lui masser la boîte crânienne et son trop plein d'informations, mais il ne s'en sentait pas encore le droit. Pourtant, dieu seul savait que Sherlock en aurait eu bien besoin. S'il existait une limite au nombre de connaissances qu'un humain pouvait avoir, Sherlock serait nécessairement la personne qui l'atteindrait, de cela John en était persuadé.
Il attendit que la poitrine de son ami se soulève et s'abaisse de manière régulière et profonde pour doucement ôter sa main de celle du détective, puis remonter le drap sur le haut de son corps. Il s'attarda encore un instant devant le tableau, sans raison valable. Il y avait quelque chose de bizarrement fascinant au jeu d'ombres et de lumières que la lune blanche dessinait sur le corps d'une pâleur irréelle de Sherlock. S'arrachant avec difficulté à son indécente contemplation, John s'en retourna à son canapé.
Le lendemain vint plus rapidement qu'ils ne l'auraient voulu. L'un et l'autre s'étaient profondément rendormis et il leur fut difficile de s'extirper des limbes du sommeil. Fort heureusement, ce fut la lumière du soleil qui les réveilla et non pas une quelconque infirmière un peu trop joyeuse avec un plateau de petit déjeuner. Cela aurait mis Sherlock d'une extrême mauvaise humeur, et tout le monde souhaitait l'éviter.
Ils ne virent pas Madeline ce matin-là. Elle était soit en repos, soit occupée ailleurs. De toute manière, sa présence n'était pas requise. Les infirmières de nuit furent informées des crachats sanglants, vers quatre heures du matin, au vu de la luminosité de la lune, précisa Sherlock. Il eut le droit en réponse des regards perplexes et vaguement effrayés de la part des membres de la clinique, et celui éperdu d'admiration de John. Sherlock prit le parti de considérer que seul John avait une réaction normale et que les deux autres étaient des idiots.
L'incident fut consigné dans le dossier du patient, et transmis aux infirmières de jour, qui réalisèrent après le petit déjeuner des examens de contrôle rapides. Il était prévu que Sherlock, s'il se sentait bien et si tout se présentait normalement, puisse sortir aux alentours de midi. Le détective avait craint qu'ils le retiennent encore une nuit, ce qui l'aurait profondément agacé, mais ce ne fut pas le cas.
Ils vérifièrent les constantes, la tension, les réflexes, le pansement. Le firent tousser, palpèrent la poitrine, lui demandèrent s'il avait la moindre gêne lorsqu'il respirait.
- Et vous, vous en avez, des gênes, quand vous essayez de penser avec le poids chiche qui vous sert de cerveau ? répondit Sherlock.
- Il veut dire non, traduisit John immédiatement.
Les toubibs s'en contentèrent.
- Aucune raison de vous garder ici, Monsieur Sherlock, finit par conclure l'infirmier en chef en garde ce jour-là. A fortiori si le docteur Watson peut vous surveiller dans les prochains jours. N'hésitez pas à appeler si vous avez des questions, des problèmes, des inquiétudes.
- Bien sûr, répondit le détective d'un ton qui exprimait « plutôt mourir que vous avouer mes faiblesses ».
- Si vous voulez bien signer la décharge, tout sera parfait.
John signa, s'engageant à prendre soin de son ami. Sherlock signa. Alors enfin, ils purent quitter les couloirs aseptisés et se retrouvèrent dans l'air froid et vivifiant de Londres.
Sherlock inspira un grand coup, semblant se purifier par ce geste, et ses joues rosirent. Attendri John le regardait. Il ne savait pas très bien ce qui se passait en ce moment. Juste que Sherlock était malade, qu'il avait terriblement besoin de lui et de son soutien. Cela n'aurait pas dû réjouir le médecin autant, mais il ne pouvait pas s'empêcher de songer que le crabe favorisait une proximité rêvée entre lui et Sherlock, et qu'il n'effacerait cela pour rien au monde.
Sherlock craignait que rentrer à Baker Street soit immensément difficile, que le souvenir de l'hôpital, des résultats prochains et de la convocation qui suivrait nécessairement n'entachent leur relation et leurs habitudes, mais comme toujours, John fut parfait.
Il était évident que le retour chez eux ne serait pas facile. Le crabe ne disparaissait du simple fait qu'ils quittaient la clinique. Pour autant, le laisser gangrener leurs vies par le biais de leurs esprits alors que jusqu'à présent, il n'attaquait que le corps de Sherlock n'était pas la seule chose à faire. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire. Le détective savait tout cela, et les pensées tournoyaient dans sa tête, s'agitaient sur le bout de sa langue, cherchant à s'exprimer, sans qu'il y parvienne. Mais il n'en eut nul besoin.
John savait, John comprenait sans prononcer de mot. Simplement parce qu'il était John, le meilleur ami de Sherlock, et qu'il savait prévenir ses moindres désirs comme personne.
Alors une fois qu'ils furent rentrés, tout se déroula comme d'habitude. Sherlock jeta son manteau à la va-vite, n'importe comment et John râla de son manque d'organisation. Sherlock fit du bazar et John rangea. Sherlock fit exploser quelques substances plus ou moins légales, et John râla. Sherlock joua du violon et John écouta. Longtemps.
Tout était normal et tout était bien. De point de vue de Sherlock, c'était même meilleur puisque son ami avait démissionné de son emploi de médecin généraliste dans son affreux cabinet, et il accompagnait désormais le détective sur toutes les scènes de crime. Ce qui avait de multiples avantages : John et ses connaissances médicales étaient à portée de main. Sherlock pouvait se faire servir et réclamer n'importe quoi, son ami le lui apportait, les yeux levés au ciel mais sur les lèvres un sourire fantôme qu'il essayait de cacher. John s'occupait de tout le relationnel avec les clients ou Scotland Yard. Il essuyait les pots cassés et savait comment éviter les susceptibilités. Il parvenait même à trouver des explications aux questions gênantes de Lestrade, qui regardait le bleu de la main de Sherlock, celle qui avait eu un cathéter, avec un air un peu trop appuyé. Le policier était rompu aux blessures, et il était parfaitement capable d'identifier ce dont il s'agissait.
- Y'a des gens, dans la vie, ils se cognent le petit orteil dans les meubles. Sherlock lui, il se cogne les mains. Parce qu'il met trop de choses entre le chemin de son microscope et de sa tasse de thé. Et puis il pense trop vite pour que ses mains aient le temps de suivre le rythme, avait décrété John avec un aplomb surprenant.
Lestrade avait accepté l'explication comme une lettre à la poste. Sherlock avait béni intérieurement son ami.
Lorsqu'ils enquêtaient, leur entente était parfaite. Durant les dix jours où ils attendirent les résultats et le programme de la suite des évènements, Scotland Yard fit appel à eux pas moins de trois fois, et Sherlock résolut quatre cas rapides et faciles que John piochait au hasard parmi les mails reçus dans sa boîte, et qui imploraient leur aide.
Une part de l'esprit du détective devinait que son ami le maintenait volontairement occupé pour qu'il ait de quoi penser et ne rumine pas sa maladie, et en temps normal, il se serait insurgé qu'on le materne ainsi, mais l'attention était touchante. Cela lui prouvait que leur vie n'était pas définie par le cancer, mais uniquement par ce qu'ils choisissaient d'en faire.
Et Sherlock avait une idée assez précise de la manière dont il entendait poursuivre son existence, et cela n'incluait en aucun cas un lit d'hôpital, une tombe, ou des capacités physiques diminuées.
Prochain chapitre le Me 20 Avril, pour la fin de la partie 1 de cette histoire ! ;)
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