Episode 10 : Hide & seek
Par Mastroyal
Hoan, Janet, David et Brooke étaient perchés sur l'avion encastré dans la tour de contrôle. Au pied de l'appareil, les morts-vivants, bien que moins nombreux qu'à l'extérieur du bâtiment, commencèrent à s'agiter et à remarquer la présence de chair fraîche. En face d'eux, Andrew les rejoignit en s'éloignant du cadavre de son ravisseur qui finissait de se vider de son sang, après le retournement de situation provoqué par son otage… Le vietnamien, quant à lui, se tenait la jambe avec une expression de douleur, le saignement ayant repris de plus belle…
Andrew s'éclaircit la gorge et commença à parler :
"On a été capturé par des membres du truc qu'ils appellent "Le futur". Ils sont armés… Ils sont même bien armés et bien entraînés. Ils ont de l'équipement militaire, pour le coup. Donc, il va falloir faire attention. Ils ont emmené le bus au Nord-Est d'ici, près d'un espèce de cinéma. Je les ai entendu parler… C'est côté Nord-Est, c'est pas très très loin… C'est à quelques pâtés de maison d'ici.
- Bon, soupira David. On devrait peut-être reprendre le temps de se regrouper, de réfléchir et de se poser un instant… Je sais que l'endroit grouille, mais ici, on est en sécurité, là, pour l'instant…
- Attends… l'interrompit Janet. Qu'est-ce que tu faisais là, Andrew ?
- En fait, répondit celui-ci, parmi le groupe des Survivants, comme j'étais plus calme que les autres, ils ont jugés bon de m'éloigner et de me mettre à part.
- Parce que tu étais trop calme ? répéta Janet, incrédule. On n'emmène pas l'élément dissident, alors… "Tu es trop calme ! Tu es puni !".
- En fait, reprit Andrew, de ce que j'ai compris, j'étais le bon candidat pour devenir une "sentinelle", c'est-à-dire, quelqu'un qu'on accroche quelque part et qui se fait manger par les zombies pour voir s'il y a des zombies qui arrivent.
- Mais du coup, demanda Hoan, où sont les autres occupants du bus, en fait ? Ils les ont virés, ou…
- Dans un cinéma, répéta Andrew. Au Nord-Est d'ici. Ils doivent les retenir en otage, quelque part. J'ai entendu parler de leur chef qui s'appelait "Isaac" ou quelque chose comme ça.
- Brave gens, déclara David, je sais qu'on aurait envie de se lancer tout de suite à l'aventure, et de foncer, et de les sauver, et des tas de choses… Mais là, pour l'instant, rien ne presse. On est à-peu-près en sécurité ici…
- Si, ça presse… l'interrompit Hoan. Je suis en train de perdre mon sang, et en plus, on a attiré les zombies. On est rentré par la porte principale du bâtiment, je te rappelle…
- Dans ce cas-là, reprit David, on est dans une situation qui est très très précaire… Parce qu'on Hoan qui est blessé, qui a perdu beaucoup de sang, qui a déjà eu du mal à se déplacer… Moi, je vais commencer à fatiguer aussi, à force de transporter des gens toute la journée sur le dos… Sans qu'on se pose…
- Mais déjà, demanda Janet, par où t'es passé, Andrew ? Vous êtes arrivés par où ?"
Andrew leur montra le chemin que lui et ses ravisseurs avaient emprunté, puis entreprit de trouver un endroit à l'abri pour faire les premiers soins à Hoan, tout en sachant qu'il ne fallait pas traîner. David se chargea d'appliquer des soins rudimentaires, une fois qu'ils eurent trouver refuge sur l'avion. Cependant, l'appareil, bien que encastré dans la tour de contrôle, était en équilibre fort précaire, et à chaque minute qui passait, le plongeon dans le vide semblait se rapprocher inexorablement. Plus le temps de traîner, les Survivants partirent immédiatement.
Ils finirent par sortir de la tour de contrôle en suivant un chemin plus tranquille, et en arrivant dehors, ils ne virent pas de morts-vivants… Ni à gauche, ni même à droite. Le vieillard hésita légèrement avant de se décider à ouvrir la marche en compagnie de Janet, suivis de David qui transportait Hoan sur son dos et de Brooke qui assurait leurs arrières. Ils se dirigèrent vers l'arrière du bâtiment tandis que l'ex-prostituée, ayant senti l'hésitation d'Andrew, décida de redoubler de prudence. Et elle fit bien car arrivés derrière la tour de contrôle, des groupes entiers de zombies erraient ici et là, attendant patiemment de trouver quelque chose à se mettre sous la dent.
Depuis quelques temps, les morts-vivants avaient tendance à se rassembler en troupeaux. Ils ne se contentaient plus de déambuler au hasard, et se regroupaient en marchant de façon uniforme… Rien qui ne puisse rassurer le groupe, en soi. Toutefois, le tarmac de l'aéroport était assez bien dégagé, ce qui leur permit de quitter les lieux en toute sécurité et de rejoindre le quartier adjacent en empruntant les ruelles.
Plusieurs dizaines de minutes passèrent… Les Survivants progressaient toujours dans le dédale de ruelles et de petites allées en direction du cinéma où le bus et les autres Survivants étaient retenus en otages par le groupe du Futur. Une seule ruelle les séparait désormais de leur objectif… C'est alors que Brooke s'éclaircit la gorge et se mit à parler :
"On peut vraiment avoir confiance en… En Andrew ? J'ai l'impression qu'ils nous suivent, depuis tout-à-l'heure."
Par réflexe, le groupe entier regarda par-dessus son épaule… Et remarqua une véritable vision de cauchemar. 10… Non, 20… 30 ? En tout cas, un nombre incalculable de créatures s'avançaient vers eux, ayant visiblement suivi leurs traces. L'espace où les Survivants se tenaient était plus que dégagé et, pour couronner le tout, le Soleil commençait à se lever, les rendant aussi visibles que s'ils étaient sous les projecteurs d'une scène de théâtre. En fin de compte, le chemin que le vieillard avait choisi était peut-être pas le plus sécurisé pour rejoindre le bus, même s'il était le plus court.
"Peut-être pas en termes tactiques, répondit David, mais je lui fais confiance dans tous les cas. Au moins, ils nous a menés jusqu'au pâté. Et si on se presse, on devrait pouvoir les semer.
- Mais vous vous rendez compte qu'on peut pas faire demi-tour ? insista la jeune femme, tripotant son arc nerveusement.
- Oui, de toute façon, on peut pas faire demi-tour… approuva Janet. Donc, qu'est-ce qu'il nous reste à faire, maintenant ?
- Pour retourner où ? souligna le pompier. Dans un tarmac rempli de zombies avec des avions qui vont s'écrouler et tout le reste ? Non. On est obligé d'avancer…"
Brooke sembla sur le point de répliquer de manière particulièrement bruyante, mais Andrew la fit taire d'un geste, lui rappelant que des morts-vivants les entouraient et que c'était plutôt le moment d'être discret.
Le groupe reprit sa progression avec la plus grande prudence, en tâchant de faire le moins de bruit possible. Une manœuvre bienvenue car les ruelles adjacentes étaient pleines à craquer de créatures guettant l'arrivée d'une proie… Mais ils réussirent même à passer DEVANT un regroupement de ces monstres sans provoquer leur ire, ni attirer leur attention. Une bonne baffe dans la figure de la définition même de la vigilance…
Ils finirent par arriver à mi-chemin en restant parfaitement groupés… Mais alors qu'ils passaient derrière un container, ils entendirent un sifflement qui semblait provenir du sommet d'un bâtiment voisin. Puis, une voix les interpella :
"Hé ! Psst... Hé ! Venez m'aider. Y'en a partout. Ils ont investi le bâtiment. Venez m'aider !
- Ferme-la, déjà ! gromella Hoan à voix basse.
- Aidez-moi… Aidez-moi !"
En regardant mieux, les Survivants remarquèrent un homme qui les interpellait depuis une fenêtre au cinquième étage du bâtiment. Le volume de sa voix montait de plus en plus, à mesure que la panique le gagnait :
"Aidez-moi ! AIDEZ-MOI ! Ils sont à l'intérieur des murs ! Ils sont dans le bâtiment ! Il y a une agitation depuis la nuit dernière ! Ils sont pleins, ils ont investi la ville ! Apparemment, une immense horde ! Aidez-moi ! Je vous serais reconnaissant ! S'il vous plaît, faites quelque chose !"
Les membres du groupe échangèrent un regard. Andrew était partisan de laisser les zombies s'occuper de lui pour pouvoir avancer, ce que les autres ne semblaient pas désapprouver. Janet prit la parole :
"Si vous voulez qu'on vous aide, il nous faut un plan. Allez de l'autre côté du bâtiment et faites beaucoup de bruit. Et on arrive."
Le regard de l'homme pris au piège montra une profonde consternation. Visiblement, il semblait ne pas vraiment apprécier ce qu'il venait d'être dit…
"Vous allez m'aider… Tout de suite ! tonna-t-il en sortant une arme et en la pointant sur les Survivants. Allez ! Deux d'entre vous, là… Qu'ils rentrent dans le bâtiment ! Débarrassez le couloir ! Je veux que vous me libériez, sinon, j'abats l'un d'entre vous ! Si je meurs, au moins, j'emporterai l'un d'entre vous. Je veux que vous veniez me sauver !"
Devant cette curieuse façon de demander un sauvetage, le groupe se cacha derrière le container, tandis que David lança un "Gardez votre balle pour vous !". Mais l'homme, non seulement ne l'écouta pas, mais en plus, lui tira dessus… Mais il manqua sa cible et le projectile vint se loger dans le plastique du container.
Pendant que le pompier poussait un soupir de soulagement, un court moment de silence tomba sur l'allée, seulement troublé par les claquements de l'arme de l'homme qui appuyait vainement sur sa détente… Visiblement, il avait gâché sa seule et unique balle. Puis, un puissant râle collectif retentit. Les zombies, alertés par le coup de feu, commencèrent à déferler en masse dans la ruelle où le groupe se trouvait.
"Oh, putain… COUREZ ! beugla David."
Pas besoin de le répéter, les Survivants prirent leurs jambes à leurs cous ! Ils se mirent à courir comme des dératés en direction du bout de l'allée, tandis que des ruelles adjacentes, les créatures surgissaient en grognant et en poussant de profonds râles ! Mais Brooke, visiblement pas aussi agile que les autres, resta en arrière. Elle rangea son arc, se plaqua contre le mur du bâtiment de l'homme qui poussait à présent des cris d'horreur et de douleur, et adressa un dernier regard froid au reste du groupe.
"Tu passeras le bonjour à ton frère ! lui cria Hoan, visiblement toujours en colère contre elle après qu'elle s'en soit prise à Britney."
Tandis que les yeux de Brooke disparaissaient dans l'obscurité, les autres se remirent à courir en évitant les morts-vivants qui tombaient des étages supérieurs de part et d'autre de la ruelle. Autant ne pas avoir un deuxième Nathan sur la conscience.
Quelques dizaines de mètres plus tard, ils arrivèrent en vue du cinéma de Northswood, l'endroit où le bus et ses occupants étaient censés être retenus en otage, selon les dires d'Andrew. In extremis, les Survivants se mirent à couvert. En effet, ils avaient remarqué un homme, posté en sentinelle sur une sorte de tour d'observation improvisée, une arme à feu dans les mains. Le groupe analysa la situation. Devant eux, un tunnel d'accès (gardé par l'homme armé) permettant d'arriver au cinéma en arrivant au niveau supérieur de la ville. Sur leur droite, des bâtiments devaient également leur permettre de rejoindre le niveau supérieur de façon plus ou moins discrète… Et derrière eux, bien sûr, la horde de zombies qui s'avançait en n'attendant qu'une seule chose : une ouverture pour passer à l'attaque et faire un bon festin.
Andrew leur informa que le tunnel ne donnait pas accès directement au camp du "Futur". Il ne s'agissait que d'un avant-poste et la sentinelle qui le gardait était toute seule. Il imagina alors un plan pour la forcer à descendre. Il s'avancerait seul, prétextant que son ravisseur (Cortez) aurait été tué, et qu'il avait récupéré son arme avant de revenir ici pour savoir quoi en faire. Un plan très risqué, car il ferait une cible de choix pour les tirs de l'homme. Ses compagnons le lui firent remarquer, mais le vieillard balaya leurs objections en disant que, de toute façon, il était vieux et passerait plus facilement pour inoffensif. Le groupe finit par adopter un compromis en lui donnant les munitions de leur seule arme à feu plutôt que de sacrifier l'arme proprement dite.
Andrew s'avanca, leva les mains en signe de reddition et déclara :
"Excusez-moi… Là-haut… Je viens de la part de Cortez. On s'est fait attaquer par des morts-vivants. Il y en a plein et ils sont en train de se diriger vers nous. J'ai récupéré des… Des munitions. Est-ce que je peux retourner au camp, s'il vous plaît ? J'ai peur, je suis vieux et… Et j'ai mal au cul…"
À peine eut-il fini son petit discours que la sentinelle se retourna vers lui, le braqua avec son arme et lança :
"Toi, t'es mort !"
