CHAPITRE 11

L'océan pacifique déroule et soustrait inlassablement ses eaux du sable californien, tandis que les deux amants ne se quittent plus.

Dans leur attachement, Zack et Shaun dévoilent leur plastique remarquable : Leurs peaux sont douces et halées, leurs yeux d'un bleu limpide et profond, leur sourire transcende et embrase leur visage tandis qu'ils écoulent leurs heures, allongés, nus, dans le grand lit blanc de Shaun. Avec le seul plaisir d'être ensemble. La clarté du jour illumine la chambre. Rien d'autres ne compte à leurs yeux, que d'être là, si proche de l'autre, à partager ces moments intemporels ...

Juste se noyer dans le regard de l'autre. Juste se caresser tendrement. Juste frôler la peau de son amant pour en attiser le parfum. Juste provoquer le frisson avec douceur. Juste susciter l'apaisement de l'âme...L'oscillation de leur amour.

Des moments partagés avec une complicité infinie...

Sur la terrasse par une soirée plus fraiche, où les deux amants habillés chaudement observent le ciel étoilé. La brise du soir adoucie les heures qui s'égrènent, l'un contre l'autre, l'un avec l'autre.

Des instants après l'amour, où peau nue contre peau nue, vient le partage de confidences, la révélation de soi dans un doux murmure.

Des précieuses minutes volées, où Shaun, à pieds et mains fourrées dans les poches, accompagne Zack, sur son skate, paré se son équipement de graffeur. Bras croisés, il fait le guet tandis que le jeune artiste s'active à bomber d'une couleur froide un pochoir. Shaun observe apparaitre à chaque passage de l'aérosol, le paysage architectural maritime favori de son ami : des grues portuaires. Graffiti réalisé sur les parpaings abrupts des quais du port de L.A.

Des temps de badinage, où accoudés au comptoir d'un bar, le couple souriant échange des propos légers et complices, autour d'une pinte de bière. Les deux hommes, le cœur léger, se dévoilent peu à peu et partagent un peu de leur histoire personnelle pour mieux se connaitre. Et offrir à l'autre un peu plus de soi...encore.

Des secondes suspendues, où Shaun caresse le doux visage de son amant étendu à quelques centimètres de lui. Il ne sa lasse pas de découvrir le corps de son amant. Zack docile et les yeux fermés, savoure l'effleurement délicat sur sa joue et rouvre doucement ses yeux ténébreux, assombris par le désir.

Dans un même battement de cœur, le regard noyé de tendresse dans celui de l'autre, le souffle coupé d'émerveillement.

Sur la plage, une franche amitié lorsque les deux hommes se bousculent et se chamaillent, toujours enveloppés de leur combinaison de surf. Sur le sable chaud, les planches à l'arrière d'eux et les serviettes éparses, Ils combattent, cheveux encore mouillés, dans un semblant de corps à corps où l'étreinte est prédominante à la victoire.

Cody n'est pas étranger à leur fréquentation amoureuse. Un après-midi, habillé uniquement d'un bermuda tout comme les deux adultes, il voit se dévoiler une surprise derrière le rideau que forment les mains de Zack sur ses yeux. Posté parmi les planches de surf encerclant le palmier, Shaun en brandit une d'une main et de l'autre la combinaison indispensable à cette activité. Les deux équipements parfaitement ajustés à la petite taille du jeune garçon. Cody ouvre grand la bouche d'ébahissement devant ce cadeau et court se jeter dans les bras de Shaun qui l'attrape et le prend dans ses bras pour mieux le cajoler.

Instants de béatitude et de plénitude, où sur l'oreiller, le jeune homme serein, niche sa tête aux creux de l'épaule de son amant et enlacé, ne cesse de se laisser caresser.

Des moments de surf, où la douceur de l'eau n'égale en rien la tendresse de l'amant.

Soirées où le soleil couchant borde la terrasse sur laquelle s'appuie Shaun. A contre jour et torse nu, il se détourne du spectacle embrasé à l'approche de Zack, pour l'accueillir dans ses bras. Celui-ci, comblé, rejoint son bien aimé, l'enlace et l'embrasse langoureusement, en prenant le visage de Shaun dans ses deux mains pour mieux gouter à ses lèvres.

Quelques journées consacrées à Cody, comme cette matinée de courses complices dans un supermarché où les emplettes sont prétextes au jeu entre l'oncle et le neveu. Entre un aliment confisqué, une course poursuite aux milieu des articles, un simulacre de football américain, Zack attrape Cody et le fait virevolter dans les airs au milieu des rayons. Une autre fois, il le tient par les pieds et c'est l'enfant, suspendu, qui attrape les fruits de ses mains libres, dans un éclat de rire enfantin.

Zack n'a jamais été aussi apaisé et sa créativité artistique prend son envolée. Il poursuit sa fresque murale. Armé d'une échelle et des matériaux adéquats, il colle quelques affiches parsemées dans l'arbre peint. Les branchages s'étoffent et des ramifications nouvelles viennent charger l'ensemble. Il déborde d'énergie et son enthousiasme est sans limite. Sa réalisation s'enrichie d'une nouvelle couleur. Il avait laissé une ébauche de végétal noir et blanc et voilà qu'un lumineux orange ondule dans les arabesques de l'œuvre gargantuesque. Une création peaufinée et achevée se révèle aux passants. Un cœur coloré à l'intérieur duquel tout observateur peut lire l'inscription "LOVE" parachève l'ensemble.

Quelques soirées, où le couple assis sur un banc, au bord d'une falaise profite du panorama de l'océan sous un ciel nuageux et s'enlace tendrement.

Un autre fois encore, les deux amants étendus sous la couette, échangent avec langueur un baiser. Les yeux fermés pour mieux se confondre dans leur amour. Zack étanche sa soif de désir et embrasse Shaun avec douceur. Il caresse de ses lèvres sensuelles la bouche de son amant . Au contact de ses baisers, celui-ci frémit, comme aspiré, lascif et comblé de tendresse.

Aucun mot, aucune parole ne viennent troubler ces moments de parfaite communion.

Ce matin lumineux, Zack et Shaun sont, comme il leur plait de l'être, allongés et presque nus sous la couette, à se contempler dans le miroir limpide des yeux bleus de l'autre.

Zack sourit et caresse le torse de Shaun, qui se laisse faire, attendri. Zack aimerait ne pas imaginer que ces instants magiques puissent prendre fin. Mais le jeune homme est un être qui a les pieds sur terre. Il a besoin de savoir quand il devra s'éveiller de ce rêve sensuel. Un voile de mélancolie assombrit ses yeux clairs, il demande alors dans un soupir :

- Tu comptes retourner à L.A., bientôt ?

- Mmm... Suis plutôt heureux ici, murmure Shaun.

Une affection évidente illumine son visage lorsqu'il répond à son amant, avec un regard noyé de tendresse. Pourquoi est-ce que ce bonheur d'être ensemble devrait il prendre fin ?

Le visage de Zack est sombre. Il baisse les yeux , triste soudain, et commente :

- Mmmouais...

La sérénité n'est pas son domaine de prédilection. C'est un être tourmenté, qui rarement se laisse approcher par le bonheur. Il est si facile pour Shaun d'être heureux. Bien plus que cela ne l'a jamais été pour lui. Et c'est vrai, celui-ci, voyant son ami pensif et chagriné, lui propose spontanément :

- Hé... Pourquoi ne viendrais-tu pas avec moi ?

- Oui, c'est ça, ricane Zack en levant les yeux vers lui.

Trop facile... Trop beau pour être vrai... Shaun, plus souriant encore, insiste :

- Je suis sérieux... Venir vivre avec moi... Je vis à côté de Cal Arts.

Sa proposition est simple et si réjouissante. L'éventualité d'un avenir commun qui prolonge tous leurs instants de bonheur partagé. Mais Zack soupire encore plus profondément et baisse à nouveau les yeux, en silence. Son regard perdu dans les méandres de la résignation. Que peut-il répondre à cette suggestion ? Ce monde là n'existe pas. Cet avenir commun n'est qu'une chimère. Shaun caresse délicatement ce visage attristé. Zack relève les yeux et offre un sourire à son doux amant. Il est si bon de rêver. Le cœur de Shaun s'emballe et déborde d'amour pour lui :

- Tu es tellement beau.

- Tais-toi ! ordonne Zack en riant.

Shaun a réussi à lui arracher un peu de gaité. Mais son éducation est à parfaire :

- Hé, apprends à accepter un compliment.

Alors Zack caressant le visage de son amant, le remercie, tendrement. Tout n'est que douceur chez Shaun :

- Merci.

Shaun pose sa main sur la sienne pour la garder tout contre lui et ajoute, avec bonheur :

- Si content que tu sois là.

Zack acquiesce des yeux :

- Moi aussi.

La tendresse les laisse ici. Il sont tous deux au creux du lit, un bras sous leur tête et un tatouage couvre leur épaule dénudée, face l'un à l'autre, les yeux noyés dans le regard de leur amant, un doux sourire sur leur visage.

Un claquement de porte provenant du rez-de-chaussée vient troubler cette quiétude amoureuse. La voix de Gabe se fait alors entendre :

- Yo, frérot, tu sais quoi?

Les deux hommes, soudainement affolés, reconnaissent Gabe. Ils se précipitent avec une même inquiétude, hors du lit en se jetant mutuellement la couette :

- Vite !

- Vite !

Gabe vient de rentrer de son séjour et pénètre bruyamment dans la villa. Il monte rapidement les marches, tout en criant à l'intention de son frère :

- Shaunonet ! ...Ton petit frère Gabe est de retour !

Tandis que les deux hommes, sortis du lit avec précipitation, rassemblent les divers vêtements et affaires de Zack, dont son cahier de dessin, dans la pièce d'à côté. Gabe poursuit son avancée dans l'escalier en insistant bruyamment:

- Où est ma princesse de grand frère ?

Puis, il frappe à la porte verrouillée de la chambre de Shaun. Celui-ci, a revêtu en urgence un maillot gris sur un caleçon bleu et vérifie que Zack est bien caché dans la pièce contigüe, juste derrière la cloison blanche.

- Quoi, t'es avec un mec ici, ma salope ?

- Non ! répond Shaun en s'avançant vers la porte.

- Houuu... Une fille ?

- Oui, t'as raison.

Shaun ouvre à son frère.

Zack est caché juste le long de l'ouverture qui sépare la pièce où il se trouve de la chambre de Shaun. Il écoute, paniqué leur conversation fraternelle :

- Est-ce que j'ai interrompu ta branlette? Ou quoi ?

- Non, je dormais.

- Tu dormais ? Porte fermée ?

- Ouais.

Shaun s'avance vers le lit, en se frottant les yeux et jette au passage un coup d'œil vers l'encadrement de la porte contre laquelle se dissimule Zack. Celui-ci a fini d'enfiler la dernière manche du premier teeshirt trouvé dans l'affolement. C'est celui de Shaun, le vert avec des motifs éparses blancs, celui que portait son amant lorsqu'il est venu le rejoindre pour leur première nuit de désir. Gabe suit son grand frère. Mais soudainement, il détourne son parcours et se dirige vers Zack, sans le savoir. Shaun le rattrape par son polo, et lui ouvre grand les bras, prétextant une accolade :

- Hé, viens là !

- Hey ! bizarro.

- Ho, content de voir, frérot!

- Waouh, tu m'as tellement manqué!

Zack entendant les tapes faites à l'occasion de ce chaleureux accueil, lève les yeux, désespéré puis après vérification par un bref coup d'œil sur les deux frères, se lance à traverser la chambre de Shaun pour se sauver.

L'ainé retient son frère détourné de la vue du fuyard. Il profite de son bras libre de l'étreinte pour faire signe à Zack du champ libre à son passage furtif. Zack n'est encore habillé que du teeshirt sur son caleçon. Il a dans ses mains, d'un côté son sac à dos et de l'autre, son jean et ses baskets.

Gabe après avoir serré son frère dans ses bras, se jette sur le lit en désordre et s'installe, en s'asseyant, face à Shaun :

- Mec, qu'est ce que tu fous là, man ? Tu devais emménager cette semaine.

Shaun surveille la porte ouverte et l'air de rien, se retourne vers son frère :

- Non, non, tu sais, l'idée... d'emménager dans un endroit vide est... déprimante. Tu sais, dit Shaun avec une mine affectée.

- Ouais ? c'est plutôt vide, ici. Tu t'en sors ?

Gabe jette un coup d'œil autour de lui. Pas grand chose dans cette chambre que ce grand lit blanc.

- Oui, je suis bien.

- T'es sûr ?

- Mmm..., acquiesce l'intéressé, en posant ses mains sur sa taille après avoir discrètement recouvert d'un vêtement un affaire appartenant à Zack.

- Ça a été dur pendant un moment ?

- Oui, c'était... dur.

Shaun semble essoufflé et désorienté. Il l'est, car il lui faut gérer simultanément l'interrogatoire dynamique de Gabe et le départ précipité de Zack. Tout cela dans un tourbillon de questions quelques secondes après avoir partagé un moment serein et paisible avec son amant. De plus, il n'aime pas mentir à son jeune frère. Gabe se fourvoie sur les raisons du désarroi de Shaun et se veut rassurant :

- T'inquiète, Roméo. T'en trouveras un autre.

- Oui... Merci.

- Alors, t'es prêt à raccrocher ton Gucci rose pour venir barboter avec tes amis ?

- Oui, Ok !

- Super! j'appelle Zack, s'enthousiasme Gabe, en se levant du lit avec cette vivacité qui le caractérise.

- Ok, appelle-le !

Les deux frères se donne une poignée de mains ainsi qu'une tape dans le dos. Gabe s'apprête à sortir de la pièce, lorsqu'un nouveau claquement de porte résonne dans la maison. Gabe, surpris, fait volte-face vers son frère :

- C'était qui ?

Shaun reste silencieux deux secondes de trop, en manque d'inspiration puis suggère, en pointant la porte du doigt :

- June fait sûrement le ménage, aujourd'hui.

- Mais, euh...June vient les mardis.

- Oui, c'est vrai...Le pisciniste ? je ne sais pas... Ah ! Ah !...

Shaun se met à rire comme s'il se moquait de son frère, pour masquer sa confusion. Le comportement de Shaun interroge Gabe, qui ne l'a jamais vu perturbé ainsi.

- Tu vas bien ?

- Oui.

- Tu as l'air de flipper.

- Non, je suis juste fatigué...

- Ok

- ... juste fatigué, explique Shaun, l'air abattu.

Gabe, sort de la chambre, à reculons - à croire que c'est une habitude chez lui - toujours très rapide, déjà un pas en marche vers l'action suivante alors qu'il n'a pas encore fini la précédente, il demande :

- Y a quelque chose à manger dans le frigo ou que de la bouffe allégée de tapette? Par-ce que je suis un putain d'homme affamé.

Shaun murmure plus pour lui-même qu'en réponse à son frère, qui est déjà dans l'escalier.

- Que de la bouffe de tapette.

Et se retourne, les mains toujours sur la taille.

Zack a, depuis un moment, repris son poste au grill au "PACIFIC DINER" quand Gabe débarque dans la cuisine du restaurant. Toujours volubile, il s'annonce en claironnant :

- Yo, Burger boy!

Zack se retourne, feint la surprise et demande à son ami :

- Quoi de neuf ?

- Wasabi!

Les deux amis se cognent les poings, en un salut amical. Zack, qui n'a pas eu le temps de passer chez lui pour se changer, ne porte pas de tablier sur "son" teeshirt vert. Il poursuit la cuisson de la viande sur le grill et continue de garnir des assiettes tandis que son ami, affamé, se confectionne sans plus de cérémonie, un hamburger avec les ingrédients du restaurant. Zack demande :

- Qu'est-ce que tu fais là?

- Oh...Euh...Cherry est revenue en ville pour le weekend. Je lui ai dit que je descendrai. Eh oui...

Gabe se tortille les fesses en une démonstration évocatrice...

- Mais, il y a plein de chattes à Santa Barbara...

- Oh oui, mais rien que des putains d'allumeuses... Peu importe, c'est la fête, ce soir. Tout le monde vient. On se fait une rapide session de surf, avant. Tu te prépares ?

Zack a croisé les bras, attentif aux propose de son ami. A la proposition de celui-ci, Zack hésite, se penche en arrière pour regarder la pendule du restaurant. Les aiguilles indiquent 14h30. Alors il précise :

- Humm...pas avant une demi-heure.

- T'inquiètes. J'ai réparé la bosse de ta planche.

- Quoi ?

Zack jette un regard inquiet à son ami. Celui-ci poursuit tranquillement la préparation de son sandwich et continue d'expliquer :

- Celle que tu as laissée à la maison. Je l'ai poncée et fixée. Attrapée et réparée.

Zack n'identifie pas immédiatement la planche dont il parle. L'air innocent, il reconnait :

- Peu importe. Je te vois aux environs de 17 heures, ce soir ?

- Ok.

- Cool.

Gabe enfourne une grosse bouchée de son hamburger et observe, un instant, son ami qui se remet au travail.

- Super teeshirt, au fait.

Puis Gabe se retourne et ne voit donc pas son ami baisser les yeux vers le vêtement concerné et ouvrir grands les yeux et la bouche, totalement décontenancé.

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