Vers le milieu de la nuit, alors qu'elle allait réveiller Dean pour un énième contrôle, elle remarqua qu'il frissonnait un peu. Touchant son front, elle le trouva brûlant. Tout de suite, elle prépara de quoi faire baisser la fièvre et y ajouta un petit coup de pouce de son cru, espérant que ça suffirait.
Alors que le jour se levait, un bruit la sortit de son demi-sommeil et elle vérifia par reflexe l'état de ses patients. Pour voir que Sam venait de se lever et se dirigeait à petits pas vers la porte. Il lui sourit en voyant qu'elle était réveillée mais continua son chemin, probablement en direction de la salle-de-bains qu'il connaissait bien. A son retour, elle était debout à côté du lit de Dean, un stéthoscope sur les oreilles, en train d'écouter quelque chose d'un air concentré.
Elle finit par poser l'instrument et, regardant Sam, lui indiqua la direction de la cuisine en haussant un sourcil interrogateur. Il comprit le message et la précéda pour aller s'asseoir à la grande table.
- "Alors Sam, comment tu te sens?
- Mon bras me fait mal, mais ça va.
- Tu peux bouger les doigts pour voir?"
Il grimaça en le faisant, mais tout semblait fonctionner normalement.
- "Ton frère m'inquiète un peu, il a de la fièvre depuis cette nuit et sa respiration est un peu trop laborieuse pour être honnête.
- C'est grave?
- Pas encore non, mais si ça ne s'améliore pas dans les heures qui viennent, ça pourrait le devenir oui.
- Mais tu peux le soigner?"
Il y avait de l'angoisse dans le ton, et presque de la panique dans ses yeux quand il lui posa la question.
- "Evidemment que je peux le soigner, mais vu comment il est gracieux en ce moment, je doute qu'il apprécie d'être coincé au lit quelques jours.
- Il est comme ça depuis la mort de papa…
- J'ai appris oui, je suis désolée Sam, vraiment…"
Au moment où elle finissait sa phrase, ils entendirent un grand bruit venant de la chambre et sans réfléchir, se précipitèrent pour voir.
Dean était étalé par terre. Visiblement, il avait voulu se lever, mais n'était pas en état de le faire, il avait même arraché sa perfusion en tombant. Aussitôt, Emily alla l'aider, et il l'insulta pendant qu'elle le redressait. Finalement, même Sam, malgré son bras cassé, dû mettre la main à la pâte pour remettre son frère au lit. Puis elle reprit une nouvelle tubulure et lui réinstalla la perf en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
- "Putain Dean, tu pensais à quoi en te levant comme ça, t'as pas senti que tu n'étais pas en état?
- Besoin de pisser…
- Oh…"
Elle réussit à se retenir de rire, et ouvrant un placard, sorti un engin allongé fait pour ce genre de problèmes.
- "Pourquoi tu n'as pas demandé au lieu de prendre le risque de t'assommer à nouveau ou de rouvrir toutes tes plaies, hein?"
Il ne répondit rien, mais la toisa d'un regard furieux jusqu'à ce qu'elle finisse par comprendre le message et, laissant l'urinal sur le lit, sorte de la pièce pour lui laisser un peu d'intimité.
Elle revint un moment plus tard, et fut soulagée de constater que la fièvre avait légèrement baissé et que sa chute n'avait pas eu d'autres conséquences fâcheuses qu'un accroc dans son égo. Au moins, elle avait une bonne nouvelle à lui annoncer.
- "Bon, Dean, si ça continue à ce rythme, tu devrais pouvoir te lever un peu ce soir. Genre pour venir manger à table. Mais entre ta fièvre et ta commotion, ne t'étonnes pas si on te surveille comme le lait sur le feu. Et surtout, interdiction de sortir de ce lit jusqu'à mon feu vert ok?
- Ça va, j'ai pas besoin de deux nounous, je vais très bien."Grommela Dean.
- "Non, tu ne vas pas très bien comme tu dis, alors prends ton mal en patience et crois bien que vu ton humeur, on te laissera jouer les grognons dans ton coin autant que possible."
Il ne répondit même pas et lui tourna le dos, sûrement pour commencer d'ores et déjà à bouder. Elle soupira, entre amusement et exaspération, et se tourna vers Sam.
- "Bon, fais voir ton bras Sam, si tout va bien, je vais pouvoir te faire le plâtre."
Il ne dit rien non plus, mais contrairement à son frère, lui sourit et s'assit sur son lit, son bras déjà tendu devant lui.
- "Tu veux encore un peu de morphine?
- Je veux bien oui, j'ai pas très envie de recommencer la séance de torture d'hier."
Elle lui fit donc une injection, puis s'attaqua à la préparation du nécessaire. Dès que l'antidouleur commença à agir, elle enleva l'attelle, vérifia le gonflement des tissus et, satisfaite, se mis en devoir de lui réaliser un beau plâtre tout blanc, non sans lui avoir demandé s'il le voulait en rose, juste pour le voir sourire encore et entendre le ricanement de Dean derrière elle.
La journée s'écoula lentement, rythmée par les contrôles de l'état de Dean, qui oscillait entre insultant et mutique, mais dont heureusement la santé s'améliorait petit à petit. Emily finit par s'attaquer à la confection d'un bon gros ragoût pour le repas du soir, en puisant largement dans ses réserves d'épices et de simples. Ça avait le mérite de la garder occupée.
Mais en fin de journée, la fièvre remonta, et elle décida qu'ils mangeraient tous autour du lit de Dean, comme la première fois. Il ne parvint pas à finir son assiette, mais manger lui redonna quelques couleurs, ce qui était rassurant.
La seconde nuit fut heureusement meilleure que la première, et au matin, la fièvre était vraiment tombée. Dean put même sortir du lit et participer, toujours un peu grognon, au petit déjeuner. Même la vue de la tarte ne lui rendit pas totalement le sourire, mais on sentait quand même une certaine détente arriver petit-à-petit.
Ils restèrent cinq jours cette fois, puis finirent par partir suite à un appel de Bobby pour éclaircir une histoire de disparition inexpliquée d'enfants. Quand ils quittèrent le Fort, Dean était presque complétement remis, et semblait même être plus en paix avec lui-même, ayant troqué un peu de sa colère contre une certaine acceptation de la disparition de leur père. Bien sûr, il faudrait encore beaucoup de temps pour qu'il s'y fasse, mais il était sur le bon chemin. Décidément, les séjours au manoir ressemblaient de plus en plus à des moments de répit pour les deux frères, même s'ils y étaient toujours arrivés dans des circonstances désagréables.
