Note de l'auteure :
Bonjour à tou(te)s,
Je suis navrée de n'avoir pas pu publier hier, mais je n'étais pas chez moi cette semaine et je n'ai pas trouvé le temps de le faire plus tôt.
Onzième chapitre aujourd'hui. Nous revenons au temps présent pour retrouver nos héros malmenés par leurs décisions ;). Et leur relation va continuer à évoluer.
Bonne lecture :)

Disclaimer :
Je précise que l'univers et les personnages appartiennent à leur auteure J K Rowling, je n'ai fait que les emprunter. Tous les éléments (ou presque) des livres ont été conservés, excepté l'épilogue.

Rating : M


Chapitre 11 — Abonnement à Sainte Mangouste

Deux semaines s'étaient écoulées et l'automne s'était bien installé avec le mois de novembre. La nature avait pris de belles teintes chaudes et les feuilles commençaient à recouvrir les trottoirs. La météo également était conforme à la saison, beaucoup de grisaille, de la pluie et du vent. Un temps à ne pas sortir dehors, et pourtant Harry était bien forcé d'aller au Quidditch tous les jours. Par ailleurs, la persévérance de l'équipe aux entraînements avait payé, les Canons avaient gagné le match contre le Club de Flaquemare. Harry avait également pris la mauvaise habitude de retrouver régulièrement son coéquipier chez lui pour se détendre à sa façon. Il savait que ce n'était pas une solution pour se sentir moins seul, mais il n'arrivait pourtant pas à s'en empêcher.

oOoOooOoOo

Il regarda l'heure à l'horloge de la cuisine, il allait encore arriver en retard ! Il venait juste de rentrer de chez Andromeda et rangeait dans ses placards des biscuits qu'elle avait préparés pour lui. Elle devait s'imaginer qu'il ne cuisinait pas ce genre de choses, ou qu'il ne mangeait rien, parce qu'il repartait fréquemment de chez son filleul avec des plats remplis de biscuits ou de ragout. Il commençait toujours par refuser, mais devant l'insistance de la vieille femme, il finissait toujours par accepter. Molly Weasley avait tendance à se comporter de la même façon. Cela agaçait Harry, mais il s'était fait une raison. Il prépara rapidement un plateau avec les restes de la veille et quelques biscuits et le monta à Kreatur. L'elfe de maison dormait, Harry ne le réveilla pas.

Il se dépêcha ensuite de prendre une douche et de s'habiller. Les cheveux encore humides, il fixait son placard rangé n'importe comment. Il faudrait qu'il y mette un peu d'ordre un de ces jours. Il enfila le premier t-shirt à manches longues qu'il trouva et un pull à col roulé vert foncé. Un jean noir et sa veste en cuir complétèrent sa tenue. Où avait-il rangé ses chaussures noires ? Après avoir fouillé dans le meuble à chaussures pendant cinq bonnes minutes, il les retrouva enfin.

Les cheveux toujours mouillés, il attrapa sa baguette et dévala les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée. Il se rua sur le perron, claqua la porte derrière lui et transplana aussitôt pour réapparaitre devant une porte en bois tout simple. Le cœur encore battant de sa cavalcade dans sa propre maison, il toqua. Il tenta de reprendre son souffle et se passa la main dans les cheveux, voulant vérifier qu'il était à peu près présentable. Il se rendit alors compte qu'il n'avait même pas pris le temps de les sécher correctement. À coup sûr, il allait avoir une remarque à ce sujet. Il se sentait stressé d'être encore en retard et le manque de nicotine n'arrangeait pas ses affaires, il n'avait pas eu le culot de prendre le temps de fumer avant d'arriver.

Le volume de la musique, qu'il entendait très distinctement depuis l'extérieur de l'appartement, baissa tout à coup, et la porte s'ouvrit.

— Bonsoir Potter. Tu t'es surpassé ce soir, ça fait trente minutes que l'heure du rendez-vous est dépassée !

— Bonsoir Malefoy. Je suis désolé, j'ai fait aussi vite que j'ai pu, mais Teddy ne voulait pas me laisser partir.

Harry afficha un sourire contrit et évalua le degré de colère de son interlocuteur. À sa grande surprise, il se rendit compte que celui-ci ne semblait pas vraiment fâché. Il pinçait les lèvres, comme il faisait toujours quand il était contrarié, mais ses incroyables yeux mercure ne laissaient pas transparaître le moindre mécontentement.

Son hôte s'effaça et le laissa entrer. Harry s'avança dans le vestibule et retira ses chaussures, ainsi que sa veste qu'il accrocha dans un des placards. Il tourna la tête pour se rendre compte que Drago était déjà reparti dans l'autre pièce.

Harry se fit la réflexion que les choses avaient définitivement changé entre eux, mais il ne savait pas quand. Il réalisa qu'il venait de se comporter comme il le faisait chez ses amis, par automatisme, sachant exactement où mettre ses affaires. Cela faisait déjà plusieurs semaines qu'ils dînaient ensemble le dimanche, et Harry avait pris l'habitude de venir chercher Drago chez lui. Ce dernier n'avait jamais proposé de faire autrement, et cela soulageait Harry de savoir que le jeune homme ne l'attendrait pas dans le froid devant un quelconque restaurant puisqu'il était systématiquement en retard. Il le soupçonnait d'ailleurs de lui demander de venir en avance exprès. Tout en se rendant dans le salon, il se rappela que, dès la première fois, Drago avait réservé assez tard pour compenser son retard. Il lui avait même fait une remarque à ce sujet.

— Tu as les cheveux mouillés, dit une voix dans son dos.

Harry se retourna. Drago sortait de la cuisine avec deux verres à pied et une bouteille de vin. Harry se passa la main dans les cheveux et sentit qu'il rougissait. Cela fit sourire Drago.

— Pas eu le temps… Je ne voulais pas être encore plus en retard, répondit Harry en se maudissant silencieusement de rougir pour si peu.

Il eut à peine le temps d'inspirer qu'une petite bourrasque agita sa chevelure, la séchant instantanément. Drago avait posé les verres sur sa table basse et avait sa baguette à la main.

— Sort de séchage instantané, reconnut Harry. Je suppose que je devrais l'apprendre celui-là, ça t'évitera de le faire à chaque fois que je débarque trempé.

Drago rangea sa baguette et balaya l'air de sa main, en un geste nonchalant. Il s'installa dans son fauteuil et invita Harry à le rejoindre. Il le regarda s'avancer et s'assoir, les joues encore roses, les cheveux en bataille.

Quand Drago avait ouvert la porte et l'avait vu essoufflé, les joues rouges et les cheveux mouillés, son cœur avait manqué un battement. Il l'avait trouvé tellement sexy avec sa petite moue gênée qu'il n'avait pas pu rester en colère à cause de son retard. Il l'avait discrètement observé retirer ses chaussures et son manteau, s'apercevant qu'il portait un pull vert. À chaque fois qu'ils dînaient ensemble, il portait du vert. Le faisait-il intentionnellement ? Savait-il à quel point cela lui allait bien et combien Drago aimait le voir dans cette couleur ? Il était loin le temps où le vert était uniquement synonyme de Serpentard… Il portait encore son jean noir ajusté, qui mettait tellement bien en valeur ses fesses musclées. Drago l'avait regardé ranger ses affaires comme s'il était chez lui, sans se poser de question. Il avait l'impression qu'il allait devenir fou s'il continuait à voir Harry aussi régulièrement, mais il ne souhaitait pour rien au monde changer ce rituel hebdomadaire.

Il versa du vin dans les deux verres et poussa doucement l'un d'eux vers Harry.

— C'est un vin blanc français, Pinot Gris, annonça-t-il avant même que Harry ne pose la question.

— Tu as réservé pour quelle heure ? demanda Harry en prenant son verre.

— Comme d'habitude, vingt heures. Tu penses bien que je savais que tu arriverais en retard, répondit-il en lui faisant les gros yeux.

Harry pouffa. Il avait découvert que Malefoy pouvait vraiment être très drôle sans le vouloir. Comme à ce moment là où il tentait de lui faire comprendre que ça serait bien qu'il soit à l'heure, mais qu'il savait pertinemment que c'était une cause perdue.

Ils allaient s'habiller pour sortir quand un patronus de chien apparût dans le salon. La voix inquiète de Ron Weasley s'éleva dans la pièce.

— Harry, j'espère que tu es encore là. Nous sommes à Sainte Mangouste depuis déjà plusieurs heures. Il y a un problème avec le bébé. Peux-tu passer chez nous et nourrir Pattenrond ? Merci Harry.

Le patronus disparut et Harry resta complètement hébété.

— C'était le patronus de Ron, dit Harry à Drago, machinalement.

— Je m'en suis rendu compte, Potter.

Harry sembla soudain réaliser ce que Ron venait de lui apprendre par l'intermédiaire de son patronus. Son cœur s'emballa et il se précipita dans l'entrée. Il s'était mis à murmurer en boucle « non… non… pas le bébé… ». Il était tellement affolé qu'il n'arrivait pas à lancer le sort de laçage sur ses chaussures, réduisant en charpie les lacets.

— Ah merde ! jura-t-il.

— Potter… appela Drago qui l'avait suivi.

Harry ne l'entendit pas. Il avait abandonné le laçage des chaussures, et ouvrait le placard. Même s'il devait y aller pieds nus ça n'avait pas d'importance !

— Potter ! appela Drago une deuxième fois, plus fort, en l'attrapant par les épaules et le retournant vers lui.

Harry le regarda un instant, cligna des yeux, et essaya de se dégager en repoussant les mains de Drago.

— Potter ! Calme-toi !

— Malefoy, lâche-moi ! Mes amis ont besoin de moi, je dois y aller, répondit Harry hargneusement en poussant violemment Drago qui se cogna à la porte d'entrée.

Alors que Harry se retournait pour attraper sa veste, Drago leva sa baguette, demandant silencieusement à Harry de lui pardonner ce qu'il s'apprêtait à faire.

Petrificus Totalus !

Harry se figea, les bras en l'air, la main droite accrochée à un cintre. Drago soupira, rangea sa baguette et fit tourner sur lui-même un Harry immobile. Il le maintint debout par un bras. Il pouvait voir ses beaux verts devenus noirs de colère.

— Potter… tu ne m'as pas tellement laissé le choix. Écoute-moi tranquillement et je te libère.

Il fit une pause, attendant que le regard de Harry se fixe sur lui et qu'il ait toute son attention. Ce qui finit par arriver, inévitablement.

— Je ne peux pas te laisser partir dans cet état d'affolement. Si tu avais transplané, tu te serais complètement désartibulé. Regarde ce que tu as fait à tes lacets ! On dirait des confettis !

Une lueur de compréhension apparut dans les yeux verts au bout de quelques instants.

— Je vois que tu as compris. Je vais donc te libérer, et tu ne vas ni te venger ni transplaner. À la place, je vais t'accompagner. Je guide et tu t'accroches, c'est non négociable.

Drago attendit encore quelques instants, son cœur serré de voir Harry si inquiet pour son amie. Lui-même n'était pas rassuré par la situation, il appréciait Granger et ne voulait pas qu'il lui arrive quoi que ce soit. Quand il fut certain que Harry n'allait pas lui sauter à la gorge une fois libéré, il prononça la formule à voix basse et agita sa baguette.

Finite Incantatem.

Harry retrouva aussitôt sa mobilité. Il lança un regard noir à Drago, mais ne tenta pas de se venger. Il savait que l'ancien Serpentard avait raison, et qu'il ne serait pas très utile à Hermione s'il était désartibulé. Drago lui rendit sa veste, enfila son manteau et jeta un sort de réparation puis un sort de laçage sur les chaussures de Harry. Puis il lui tendit le bras.

— Où va-t-on en premier ? demanda-t-il.

— Ron veut que j'aille nourrir leur chat. 15 rue du chaudron, c'est à quinze minutes d'ici à pied.

Ils disparurent aussitôt dans un « crac » sonore.

Harry ouvrit la porte de la petite maison de ville de ses amis. Quand ils y avaient emménagé, Hermione avait insisté pour qu'il conserve un double des clés en permanence sur lui. Il se rendait compte ce soir-là qu'elle avait eu raison, comme toujours. Un gros chat roux les accueillit en miaulant, Harry se baissa pour le caresser. Pattenrond avait fini par accepter d'être touché par d'autres personnes que Hermione, son grand âge l'avait assagi. Harry se rendit dans la cuisine et remplit de croquettes la gamelle de l'animal. Il le regarda manger quelques minutes, cela apaisait son esprit.

— Comment Weasley a-t-il su où te trouver, Potter ?

Harry se retourna, Drago était appuyé au chambranle de la porte du salon, à quelques mètres de lui. Il ne remarqua pas l'air légèrement soucieux de l'ancien Serpentard, trop ébranlé lui-même.

— Ron et Hermione savent que toi et moi dînons ensemble le dimanche. Tu ne vas pas me dire que Nott n'est pas au courant ? répliqua Harry en se rapprochant de lui.

— Il l'est, répondit Drago avec un sourire énigmatique.

Drago pensait que Théodore savait même bien plus que le simple fait qu'il dîne avec Potter tous les dimanches. Mais il ne pouvait certainement en parler à l'intéressé. Il regarda Harry, celui-ci avait les traits tirés. Il tentait visiblement de cacher son inquiétude, probablement par peur d'être de nouveau immobilisé.

— Maintenant que tu as nourri le chat, tu veux aller à Sainte Mangouste ?

— Oui.

Ils ressortirent, Harry referma la porte à clé. Drago tendit son bras et ils transplanèrent directement dans l'aire réservée à ce mode de transport, à l'accueil de Sainte Mangouste.

— Merci Malefoy. Je suis désolé pour cette soirée fichue en l'air, mais je ne peux pas aller dîner avec toi, tu comprends ?

— Je comprends tout à fait Potter, je ne suis pas un monstre, tu sais. Je vais appeler pour décommander le restaurant pendant que tu te renseignes à l'accueil.

— Tu restes ?

— Je vais t'accompagner jusqu'à eux, et ensuite je te partirais.

Harry se dirigea vers l'accueil, pour demander où se trouvait son amie, tandis que Drago appelait le restaurant moldu dans lequel il avait réservé. Depuis qu'il sortait dans des endroits moldus, il avait investi dans leur technologie et ne se séparait plus de son téléphone, même s'il l'utilisait peu. Il était en effet peu pratique de contacter un restaurant moldu en y envoyant sa chouette.

Ils se rendirent au deuxième étage, Harry devançant Drago. Ils déambulèrent dans les couloirs, cherchant la porte portant le numéro 29.

Une fois devant la chambre, Harry toqua, attendit qu'on lui réponde, puis ouvrit en grand. Ron était assis dans un siège et avait la tête tournée vers la porte. En voyant Harry, il se leva. Harry se précipita aussitôt dans la pièce et prit son ami dans ses bras. Il dirigea ensuite son regard vers le lit unique de la chambre, Hermione y était allongée, visiblement endormie. Il relâcha son étreinte.

— Comment va-t-elle ? Que s'est-il passé ? demanda-t-il à voix basse, inquiet.

— Elle… commença Ron. Qu'est-ce qu'il fait là ?

Harry se retourna pour constater que Drago était resté dans le couloir, et la porte de la chambre était toujours ouverte en grand. Ron l'avait aperçu par-dessus l'épaule de Harry.

— Malefoy m'a fait transplaner. J'étais tellement paniqué par le message de ton patronus que je me serais sûrement désartibulé s'il n'avait pas été là. Il était inquiet aussi, tu sais, même s'il ne l'a pas dit.

— Désolé, Harry, je suis un peu à cran. Je sais bien que vous êtes devenus amis tous les deux, j'ai juste du mal à m'y habituer.

— Est-ce qu'il peut entrer ? demanda Harry à Ron.

Ron acquiesça d'un hochement de tête et Harry fit signe à Drago de les rejoindre. Il se dirigea vers Ron et Harry et tendit la main au rouquin.

— Bonsoir Weasley. Je suis navré de te revoir dans de pareilles circonstances. Comment va-t-elle ?

Ron serra la main de Drago, l'étonnement se lisant sur son visage. Ses a priori sur l'ancien Serpentard étaient restés vivaces, malgré les récits de Harry et Hermione à son sujet. Il était pourtant bien forcé d'admettre qu'il semblait sincère en demandant comment se portait Hermione.

— Elle a eu de violentes contractions dans l'après-midi. On est directement venu ici, mais ils ont mis du temps à la stabiliser. Apparemment, ça serait dû à une accumulation de stress et d'efforts trop importants. Elle a obligation de garder le lit plusieurs jours, et si ça ne se reproduit pas elle reviendra à la maison. Le médicomage lui a interdit de reprendre le travail jusqu'à l'accouchement.

— Le bébé va bien ? demanda Harry.

— Oui, le bébé va bien. Et elle aussi.

Harry expira bruyamment, il se sentait beaucoup mieux. Drago sembla également plus détendu, mais personne ne s'en rendit compte.

— Harry, la bonne nouvelle de la journée, c'est que nous avons appris que c'est une fille, dit soudainement Ron, un large sourire sur le visage.

— Félicitations, Ron. C'est une excellente nouvelle ! Je sais que tu voulais une fille, répondit Harry en riant.

— Merci, Harry, dit Ron en posant sa main sur l'épaule de Harry.

— Félicitations, Weasley. Puisque tout le monde se porte bien, je vais partir. Potter, ça ira pour rentrer chez toi ? demanda Drago.

— J'habite tout près d'ici, je rentrerais certainement à pied. Merci encore.

Drago ne répondit pas et garda un visage impassible, mais il se sentait heureux d'avoir pu l'aider. Il tendit la main à Ron et Harry, et il partit en refermant doucement la porte de la chambre derrière lui.

oOoOooOoOo

Un « crac » résonna à l'extérieur du bâtiment. Harry se rua sur la porte pour entrer dans les vestiaires et se retrouva face à l'intégralité de l'équipe le scrutant curieusement. Il était en retard à l'entraînement, et cela était très inhabituel, voire carrément inédit.

Il se dirigea vers son casier et commença à sortir sa tenue de son sac alors que certains continuaient à le dévisager. Il y eut des échanges de regards, que Harry ne vit pas. Il était fatigué et stressé et n'avait pas envie de les regarder l'observer comme un monstre de foire.

— Harry, est-ce que tu vas bien ? demanda Jack Parker en s'approchant de lui.

— Bonjour Jack. Je suis désolé d'arriver en retard, je me suis rendormi après le réveil ce matin. Mais ça va, je suis juste fatigué.

Jack lui jeta un regard dubitatif, pas du tout assuré que son attrapeur allait aussi bien qu'il le disait. Harry montrait en effet un visage très fatigué, bien plus que d'habitude. Jack haussa les épaules et s'éloigna pour retourner dans le bureau, il pouvait bien laisser passer ce retard, et même si Harry avait toujours l'air fatigué ses performances restaient bonnes. Après tout, personne n'était parfait, pas même Harry Potter apparemment.

— Courte nuit, Harry ? demanda Bartholomius d'un ton suggestif.

— Pardon ? répondit Harry en relevant la tête vers lui.

— Je disais, courte nuit ? insista-t-il d'un air entendu. C'est plutôt bizarre, Will est aussi arrivé en retard ce matin, et il se trimballe la même tronche de zombi que toi.

Harry cessa aussitôt de se déshabiller, restant torse nu, pour affronter le poursuiveur. Ce dernier avait un air goguenard et satisfait de lui-même.

— Qu'est-ce que tu insinues, Bart ? demanda Harry. William arrive en retard presque tous les jours.

Bartholomius se mit à ricaner, son regard allant de Harry à William.

— On est tous au courant que vous êtes ensemble, Harry, dit-il. Inutile de faire semblant.

Harry dirigea son regard vers le batteur blond, le questionnant silencieusement. Ce dernier lui répondit en articulant sans bruit « je n'ai rien dit ». Harry ne savait plus comment se comporter, devait-il nier ? Visiblement, quelque chose avait dû lui échapper. L'autre batteur de l'équipe répondit à ses interrogations.

— Harry… commença Sara. Je suis désolée, mais ça doit être ma faute.

Il la regarda sans comprendre.

— La semaine dernière, je ne sais plus quel jour, je suis revenue aux vestiaires une quinzaine de minutes après être partie. J'avais laissé mon écharpe dans mon casier. J'ai entendu du bruit dans les douches, et je voulais vérifier que personne n'avait oublié d'éteindre l'eau. Je vous ai surpris tous les deux, répondit-elle, sa peau noire rougissant de honte sous l'aveu.

— Et tu t'es sentie obligée de le raconter à tout le reste de l'équipe ? répliqua Harry, énervé. Vous avez tous bien profité de détails croustillants, j'espère !

Harry était hors de lui. Il était particulièrement en colère contre sa coéquipière, qui n'avait pas su se taire, mais surtout après lui-même d'avoir été si peu prudent. Il se rappelait très bien avoir fait l'amour avec William sous la douche le lundi précédent. Comment avait-il pu être aussi stupide ? C'était évident que n'importe qui pouvait les surprendre. La fatigue qu'il ressentait, et la colère le firent complètement craquer. Il se mit à hurler.

— POUR VOTRE GOUVERNE, J'AI PASSÉ LA MOITIÉ DE LA NUIT À SAINTE MANGOUSTE. AU CHEVET DE MA MEILLEURE AMIE QUI A MANQUÉ PERDRE SON BÉBÉ. MA FUTURE FILLEULE N'EST MÊME PAS NÉE QU'ELLE A FAILLI MOURIR HIER. ALORS OUI JE SUIS ÉPUISÉ ET JE N'AI PAS ASSEZ DORMI. ET CE QUI SE PASSE ENTRE WILLIAM ET MOI NE CONCERNE QUE NOUS ! LAISSEZ MA VIE PRIVÉE TRANQUILLE !

À bout de souffle, les joues rouges, Harry reprit sa respiration. Il bouillait intérieurement, sa magie pulsait hors de lui, il le sentait, il risquait de blesser quelqu'un. Tous les visages le regardaient avec étonnement et un peu de frayeur. Dans un sursaut de colère, il frappa son casier du poing, de toutes ses forces, trois fois. Un bruit d'os qui se brise accompagna le grincement du métal qui se tordait sous les impacts.

— Putain de merde ! s'écria Harry en se tenant la main.

Au même moment, Jack sortit de son bureau. Et William se dirigea vers Harry, posant une main sur son épaule.

— Qu'est-ce qui se passe ici ? demanda l'entraîneur.

Il observa la scène, Harry recroquevillé sur sa main droite et William à ses côtés, semblant lui parler à voix basse, les autres joueurs avec un air effaré.

— Un léger différend entre Harry et moi, répondit Sara, la tête basse.

— C'était une question rhétorique, Sara. Il était difficile de ne pas entendre les hurlements depuis le bureau. Harry, tu t'es fait mal ?

— J'ai cogné le casier, je pense que ma main est cassée, répondit Harry, le visage déformé par la douleur.

— Bien. Tu vas aller directement à Sainte Mangouste, William t'y accompagne. Vous autres, si vous êtes prêts, on va commencer l'entraînement. Harry et William, vous êtes tous les deux dispensés pour aujourd'hui. Dernière chose, si l'un d'entre vous a de nouveau une attitude irrespectueuse envers la vie privée de Harry, il aura affaire à moi. Et si jamais cette histoire apparaît dans la presse, le ou la responsable est viré de l'équipe, est-ce clair ?

Les membres de l'équipe attrapèrent leur équipement et sortirent rapidement du vestiaire, la tête basse. Des murmures semblaient être échangés sur le favoritisme dont bénéficiait Harry, mais pas assez fort pour que ce dernier soit certain d'avoir bien entendu.

Jack s'approcha de Harry et lui posa la main sur l'épaule dans un geste réconfortant.

— Harry, je me fiche de ce qui se passe entre vous deux. Mais si vous pouviez être plus discrets, si vous ne voulez pas que ça se sache, ça serait pas mal, tu ne crois pas ? Ne revient pas à l'entraînement avant d'être complètement rétabli, et dort un peu, tu en as visiblement besoin. Will me tiendra au courant.

Harry hocha la tête et Jack sortit du vestiaire pour rejoindre le reste des joueurs. Harry s'assit sur un banc, la main droite blottie contre son ventre. Ses pensées étaient encore incohérentes, mais il avait senti sa magie s'apaiser. Il sentit qu'on lui déposait un tissu sur les épaules. Il baissa la tête pour constater que William l'avait vêtu de sa propre cape de sorcier. Il passa devant Harry pour la boutonner à sa place.

— Je ne voulais pas que tu te balades à Sainte Mangouste à moitié déshabillé, tu risquais d'avoir froid. Allez on y va, prend mon bras.

oOoOooOoOo

Drago ressortait du petit bureau, où il avait rencontré le médicomage en chef, avec un sentiment de satisfaction intense. Sa visite de la veille, pour accompagner Harry, lui avait donné une occasion de nouer de nouvelles relations professionnelles. En quittant la chambre de Hermione Granger, il avait croisé le médicomage de la jeune femme qui venait vérifier que tout allait bien. Ils avaient discuté quelques instants et le guérisseur avait été intéressé par les compétences de potionniste de Drago. En effet, nombre de ses patients se fournissaient en potions directement à l'hôpital, même après leur séjour, mais cela n'était pas très pratique pour un traitement au long court. Or il ne savait jamais vers quel endroit les rediriger, ne connaissant pas de sorcier ayant les compétences pour préparer sur mesure des potions médicales. Ils avaient décidé que Drago devait rencontrer le médicomage en chef pour discuter de partenariat professionnel.

Drago était donc ravi, l'entrevue s'était déroulée à merveille, et il était persuadé que certains guérisseurs de Sainte Mangouste feraient appel à lui à l'avenir. Le jeune médicomage de Granger lui avait même glissé qu'il était bien pratique que la boutique de Drago se trouve si près du domicile de la jeune femme.

Perdu dans ses pensées, il se dirigeait vers l'aire de transplanage de l'accueil de l'hôpital quand il vit Harry. Celui-ci sortait de la zone de transport, le visage crispé de douleur. Drago nota qu'il était vêtu curieusement, une lourde cape d'hiver boutonnée à moitié laissant apercevoir la peau nue de son ventre. Il était accompagné par un jeune homme blond assez costaud qui avait passé un bras autour de sa taille, habillé de pied en cap pour un match de Quidditch. La vision de cet homme soutenant Harry l'énerva.

— Potter ! Qu'est-ce qui t'est encore arrivé ? l'apostropha-t-il en se portant à sa hauteur.

— Un accident à l'entraînement ce matin. Je pense avoir la main cassée.

— Ça me rappelle des souvenirs… dit Drago en se remémorant leur dernière année à Poudlard.

— À moi aussi, répondit Harry. Au fait, que fais-tu là ?

— Je suis venu pour le travail. Tu as besoin de quelque chose ?

— Non, je te remercie, je ne suis pas tout seul, comme tu vois.

Drago regarda de nouveau l'accompagnateur de Harry. Il lui semblait qu'il l'avait déjà croisé quelque part. À tous les coups, c'était ce nouveau membre de l'équipe des Canons. Il avait dû voir sa photo dans la Gazette quand il avait été recruté. Plutôt pas mal dans son genre, mais beaucoup trop blond. De toute façon, à côté de Harry il ne tenait pas la comparaison.

— C'est ce que je constate. Drago Malefoy, se présenta-t-il en tendant la main à William, le visage fermé, impassible.

— William Grant, je suis batteur dans l'équipe des Canons, répondit William de façon plus chaleureuse.

Drago se fit un plaisir de serrer un peu fort, rien que pour le voir réprimer une grimace.

— Je vais y aller, puisque tu es entre de si bonnes mains. Hiboutes moi si tu as besoin d'une potion. On se voit dimanche ? demanda Drago chaleureusement à Harry, ignorant l'autre homme.

— Oui, on se voit dimanche. Merci Malefoy.

Drago fit un signe de tête à William, posa sa main un instant sur l'épaule de Harry, et se dirigea vers l'aire de transplanage. Il tendit l'oreille alors qu'il s'éloignait, espérant capter un échange entre les deux hommes.

— C'est un ami à toi ? demanda William à Harry.

— Oui, c'est un ami.

— Il a pas l'air commode, dis donc.

— C'est parce que tu ne le connais pas, c'est tout, répondit simplement Harry.

Puis Drago fut trop éloigné pour entendre la suite de la discussion. Il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir continuer à les écouter. Il pensa un instant à se jeter un sort de désillusion pour les suivre discrètement, mais revint rapidement à la raison. Cette idée était complètement idiote et ne lui ressemblait pas du tout. Il avait autre chose à faire que de s'occuper de Potter à l'instant. Son obsession allait finir par lui jouer des tours. Il était pourtant enchanté du peu qu'il avait perçu, son cœur avait bondi dans sa poitrine quand Harry avait répondu qu'il était son ami. Seulement un mois après le premier dîner à Paris, en quelques semaines, il était devenu plus proche de l'ancien Gryffondor qu'il ne l'aurait jamais imaginé. Un espoir un peu fou le taraudait, pourrait-il réussir à se rapprocher encore plus de lui ?


Voilà, ce chapitre est terminé, j'espère qu'il vous a plu.

J'attends vos retours avec impatience !

A la semaine prochaine :)