Chapitre 9 : Conseil d'ami.

Ichigo s'ennuyait à mourir.

Cela faisait maintenant vingt bonnes minutes que Kyouraku-san et Nanao étaient entrés dans un restaurant avec leur client et qu'ils n'en étaient plus ressortis. Et voilà qu'il était là sur le trottoir, seul comme une âme en peine, mis à l'écart par le reste des gardes du corps sous les ordres de Kyouraku. Ceux-ci formaient un groupe compact et hermétique duquel le rouquin était exclu, et bien entendu il en savait pertinemment la - ou les, d'ailleurs - raison.

Sans doute parce qu'il était nouveau, ou parce qu'il s'appelait "Kurosaki" au choix. Mais à bien y réfléchir, le roux aurait préféré ne pas avoir à choisir entre ces deux solutions.

Il leur jetait quelques regards discrets, ne voulant pas qu'ils comprennent qu'il se sentait rejeté ou même qu'il désirait un peu de compagnie. Mais c'était peine perdue puisque ces derniers ne le remarquaient pas du tout... Exaspéré, il soupira profondément et s'adossa aux grandes baies du restaurant, juste à côté de la porte.

En réalité, il n'avait même pas envie de se mêler à ces sous-fifres, il était bien trop préoccupé pour cela! Ça oui, préoccupé il l'était, et par une seule personne : Kensei. Lorsqu'il repensait à son attitude d'imbécile de la veille, le jeune homme ne pouvait qu'en ressentir une honte affreuse et ineffaçable. Et ce stupide baiser... Pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher d'y penser encore et encore. Kensei avait investit son esprit comme une abeille butinant une fleur.

_Ah les voilà!

Le commentaire d'un garde du corps faisant partie du groupe de Kyouraku le sortit de ses songes, et le jeune homme aperçut à l'intérieur du restaurant que la table s'était libérée. Kuchiki était en train de payer au bar suivit religieusement par Kyouraku-san et Nanao.

L'orangé resta à sa place, près de la porte, attendant patiemment leur sortie. Un peu plus loin, le groupe de Kyouraku continuait à discuter avec enthousiasme, même pas un peu de sérieux dans leurs conversations, Kurosaki trouvait ça affligeant.

Au moment où la main de Kyouraku-san ouvrit la porte de l'enseigne pour que Kuchiki puisse en sortir Ichigo posa à nouveau ses yeux sur l'individu qu'il avait déjà sortit du lot. Cet homme étrange qu'il avait remarqué adossé contre la boîte aux lettres non loin, ses mains dans ses poches et ses vêtements sombres ordinaires. Il n'avait pas bougé depuis de longues minutes, pas une seule fois n'avait-il observé sa montre comme s'il attendait quelqu'un ou bien autre chose... Ichigo n'avait rien noté dans son attitude qui puisse laisser entendre que son placement fut justifié. Non, il était là et n'avait rien d'autre à faire que d'être là. Le jeune homme avait donc continué à le suivre du regard, même si l'homme ne bougeait pas beaucoup.

Soudain, il déserta son poste au moment même où la porte du restaurant s'était ouverte, poussée par Kyouraku. Et maintenant, à la plus grande appréhension d'Ichigo, il avançait droit dans leur direction.

C'était comme une bombe à retardement. L'orangé savait qu'il venait vers eux, il le voyait se rapprocher inexorablement et pourtant, il ne pouvait rien faire pour l'en empêcher. La main de l'inconnu était maintenant sortit de sa poche et tenait dans sa main une fine lame brillante que les yeux du roux ne manquèrent pas de remarquer. Les secondes filaient, le temps s'échappait sans qu'il ne puisse le retenir, sans que son cerveau n'ait le temps de réfléchir clairement à ce qu'il aurait été bon de faire mais...

La panique envahit le jeune homme qui n'avait maintenant plus le choix; Kyouraku était sortit le premier du restaurant, en file indienne dernière lui, Kuchiki sortit, suivit de près par Nanao. Mais le laps de temps pendant lequel ils conservèrent cette disposition en file indienne fut bien trop longue! Personne ne pouvait protéger Kuchiki d'une quelconque attaque provenant de la gauche ou de la droite.

Le corps de Kuchiki était bien trop exposé et l'homme était bien trop rapide...

Ce fut sans vraiment réfléchir que Kurosaki se précipita aux côtés de Byakuya au moment même ou l'individu entamait son geste pour poignarder ce dernier. Ce fut presque un coup de chance si l'orangé put ainsi se jeter entre la lame et le client, avant que le coupable ne le comprenne... et même avant que lui-même ne le comprenne.

_ICHIGO!

Il le comprit au moment ou une affreuse douleur lancinante traversa son flanc et lorsque le cri de Kyouraku retentit à ses oreilles. Mais il était trop tard.

Kurosaki ne se souvint pas de l'impact en lui-même, du moment où le poignard pénétra ses chairs pour le blesser profondément. Il ne se souvint que du cri de Kyouraku, criant son prénom, puis des bruits de pas précipités, la horde de garde du corps du numéro un lancée à la poursuite du coupable s'enfuyant à toute vitesse.

_Vite, Nanao-chan!

Kyouraku empoigna l'orangé par le bras. Le sang s'échappait de sa blessure à une allure vive et ses vêtements en avaient été imbibés en quelques secondes. Des suées atroces lui montaient à la tête, son esprit ne parvenait plus à distinguer les visages, tout ce qui se trouvait autour de lui : personnes, objets, ect. n'était que flou. Seule son ouïe semblait encore fonctionner correctement, il discernait très clairement toutes les voix autour de lui et les bruits.

Il entendit les portes de la berline claquer et Kyouraku ordonner de partir sur les chapeaux de roue. Assis sur la banquette au beau milieu de Kyouraku et de Kuchiki, Ichigo tenait son flanc dans une grimace des plus douloureuses. Byakuya, bien que conservant son air inexpressif et froid, conseilla qu'ils se rendent immédiatement à l'hôpital le plus proche.

_C'était complètement irresponsable, Kurosaki-kun! lança Kyouraku avec un très léger froncement de sourcils.

_Oui mais... au moins... notre client est en sécu... rité...

Byakuya haussa un sourcil, visiblement surpris par la sollicitude du jeune homme. Pour tout dire, le brun n'avait même pas relevé la dangerosité de la situation. Au moment où Kurosaki s'était jeté sur lui de tout son poids, il n'avait qu'à peine compris ce qu'il se passait. Il n'avait rien vu venir, il n'avait même pas eu le temps de regarder le visage de l'homme qui avait cherché à le tuer...

_Vous feriez mieux de ne pas parler, Kurosaki Ichigo, lui conseilla Kuchiki en posant une main sur l'épaule du jeune homme. Je vais appeler une connaissance qui est chirurgien pour vous prendre en charge le plus rapidement possible...

_Merci beaucoup Kuchiki-dono mais ce n'est pas à vous de...

_Je décide seul de ce que j'ai envie de faire ou non, Kyouraku. Maintenant un peu de silence je vous prie.

Ichigo ne se rappela que très vaguement la suite du voyage en voiture. Il se remémora la voix de Kuchiki s'exprimant tout haut, répondant au silence, certainement était-il au téléphone mais dans son état il ne s'en était pas rendu compte.

Ensuite, il ne se souvint pas de grand chose, à part avoir été balancé dans tous les sens, avoir senti cette odeur infecte, celle des hôpitaux et après plus rien.

A son réveil, il était allongé dans un lit d'hôpital, un large pansement sur ses côtes. Son regard trouble s'adapta peu à peu à la lumière du jour qui déclinait et il lui sembla que la nuit tombait. Il était désorienté, ne sachant pas combien de temps il était resté allongé inconscient dans cet hôpital.

Il ferma les yeux, se remémorant ce qui l'avait amené ici et il pensa à Kuchiki... Il espérait qu'il était en sécurité dorénavant. Il soupira, tournant sa tête sur le côté alors qu'une ombre attirait son attention sur sa gauche.

Il n'était pas seul...

Quelqu'un se trouvait à son chevet.

_Si tu dis le moindre truc j'te jure que j'te réduis en bouillie!

Ichigo cligna des yeux puis tenta de se redresser sur ses avants-bras, désireux de remettre toutes ses idées en place pour comprendre ce que ce type faisait ici.

_Qu'est-ce que tu fous là? Sors de ma chambre tout de suite!

_Eh oh molo p'tit tigre, j'suis là sur les ordres de Yamamoto! T'as pas le droit d'me dire de dégager...

Grimmjow Jaggerjack. Grimmjow Jaggerjack était à son chevet d'hôpital là tout de suite maintenant, veillant sur lui, assis sur une chaise, tout près de son lit et pianotant sur son portable pour passer le temps.

Le rouquin se demanda s'il n'avait pas une quelconque hallucination. Ce qu'il voyait était hautement improbable, voire complètement irrationnel...

_Je te le redemande : qu'est-ce que tu fais ici? C'est ma chambre! répéta le jeune homme, perdant son sang-froid.

_J'te signale que t'as été poignardé et que apparemment t'avais b'soin d'une p'tite opération. Rien d'bien méchant mais quand même... En attendant c'pas moi qu'ait voulu m'retrouver là figure-toi! C'est l'vieux qui m'a ordonné d'le faire j'ai pas eu l'choix...

Ichigo leva les yeux au ciel. S'il y avait bien quelqu'un qui ne l'aiderait pas dans sa convalescence c'était bien cet abruti de Grimmjow! C'était bien la dernière personne qu'il voulait voir... Sa tête lui faisait un mal de chien mais il se força à réfléchir pour remonter le temps; que s'était-il passé exactement, et les autres allaient-ils bien?

_Est-ce que Kuchiki va bien? demanda-t-il en déposant à nouveau sa tête sur l'oreiller plat et sans forme.

_Il va..., répondit l'autre en regardant sa montre sans aucune discrétion. Il est pas mort, si c'est c'que t'veux savoir! Et même si ça m'troue l'cul d'dire ça : paraît qu'il est plutôt très reconnaissant envers toi. Il aurait appelé Yamamoto personnellement et on dit qu'il lui a d'mandé pas mal d'trucs qu'il pourrait faire en remerciements.

_Co... comment ça?

Mais Grimmjow fronça gravement les sourcils, exaspéré lui aussi par cette situation et cette discussion :

_Qu'est-ce j'en sais moi? Putain vivement qu'le vieux m'rapelle, si mes clients apprennent que j'fais c'genre d'trucs ma réputation est foutue!

Ichigo laissa échapper un petit rire moqueur que Grimmjow tenta tout de suite d'étouffer :

_Et j'te conseille d'raconter ça à personne sinon tu vivrais tes derniers instants, connard!

_Pourquoi tu es toujours aussi vindicatif, Grimmjow?

_Pour t'faire causer! répliqua l'autre avant d'éclater d'un rire franc.

Les yeux ambrés se levèrent bien hauts. Kurosaki était on ne peut plus lassé de la présence du bleuté et allait lui demander d'aller voir ailleurs s'il y était lorsque deux petits coups forts et clairs se firent entendre à la porte.

Les deux hommes dans la pièce s'observèrent un instant puis la porte s'ouvrit lentement.

_M... Muguruma-san?

Kensei pénétra dans la chambre, le pas quelque peu hésitant mais son visage toujours aussi déterminé et fermé. Ichigo prit aussitôt un teint cramoisie, se remémorant qu'il n'avait pas parlé avec le garde du corps depuis la veille et son stupide baiser, et qu'ils s'étaient quittés avant de dormir, plutôt en mauvais termes... Il se demanda si Kensei lui en voulait encore. Mais il n'eut pas l'occasion d'engager la conversation; en effet, il constata que Muguruma avait braqué directement ses yeux sur Jaggerjack qui ne se priva pas de lui rendre son regard hostile.

L'atmosphère dans la pièce venait de changer radicalement et le rouquin aurait préféré rester dans le coma plutôt que d'assister à cela :

_Oh tiens donc! Le grand, le fort, le beau, le vrai Muguruma Kensei! Surpris qu'un type d'ton standing traîne dans un hôpital d'quartier...

Le plus âgé ne répondit pas, mais se contenta de le faire taire d'un regard mauvais qui aurait clos son bec à plus d'un kéké. Grimmjow étira une grimace puis reporta son attention sur son portable, ne daignant cependant pas laisser sa place tout près du lit du roux.

_Qu'est-ce que vous faites ici? demanda Ichigo, surpris. Vous...

_Je suis venu prendre de tes nouvelles.

_Ou l'prendre tout court...? intervint Grimmjow, sans lever ses yeux de son écran, d'une voix lointaine, comme une voix off faite pour les déranger et les irriter.

Muguruma ferma les yeux et inspira profondément, continuant dans sa tactique d'oublier totalement le turquoise. Ichigo semblait gêné de voir que ces deux-là ne s'appréciaient guère, mais il aurait certainement donné la lune pour que Jaggerjack déguerpisse.

_Je vais bien, assura Kurosaki avec un léger sourire. Enfin... je ne sais pas combien de temps ça fait que je suis dans cet hôpital vu que la nuit est déjà tombée...

_Cinq heures!

Kensei et Grimmjow croisèrent leurs regards à nouveau avec une antipathie encore plus présente et pesante. En effet, les deux hommes avaient répondu à la question du jeune roux au même moment, mêlant leurs voix dans un cri commun qui fit sursauter le convalescent.

_Okay..., articula-t-il ne comprenant pas vraiment la raison de cette ambiance glauque.

_Le médecin m'a confirmé que tu pourrais sortir lorsqu'il aurait fait son bilan, il va passer. Je suis venu te chercher pour te ramener chez moi et...

_Hé une p'tite minute!

Grimmjow avait sauté sur ses pieds et rangea son portable dans la poche de son jean délavé et troué qui lui donnait un air sauvage, indéniablement sexy. Il avait levé son index en l'air en signe de réclamation, et s'avança pour entrer dans la conversation bien qu'il n'y fut pas invité :

_Ichigo doit retourner à l'agence avant aut' chose. Kuchiki veut l'voir et Yamamoto a deux trois trucs à lui dire!

L'orangé déglutit péniblement à l'entente des mots du bleuté. Yamamoto voulait le voir? Mince, ça ne sentait pas bon du tout... Il voulait certainement lui reprocher ce que Kyouraku lui avait déjà reproché : son irresponsabilité.

Il était vrai que maintenant qu'il y pensait, il n'avait fait que son travail en protégeant Kuchiki de la sorte, mais il avait mis sa vie en danger et s'il avait été seul, il n'aurait pu protéger Byakuya plus longtemps à cause de sa blessure.

Il avait agit comme un imbécile...

_Ichigo a reçu un coup de couteau et a subit une opération, je doute qu'il soit en mesure de retourner travailler. Si Kuchiki et Yamamoto veulent lui parler qu'ils l'appellent ça sera tout aussi bien. En attendant, je vais m'occuper de lui et le ramener chez moi!

Grimmjow sentit ses narines palpiter.

Il n'avait pas l'habitude qu'on lui parle comme ça, et que cet homme soit Muguruma Kensei ou la Reine d'Angleterre il s'en contrefichait. Tout ce qui lui déplaisait était qu'on lui tienne tête.

_Écoute mon p'tit père, reprit-il d'une voix plus menaçante, jusqu'à preuve du contraire, Ichigo fait partie d'l'agence d'Yamamoto, autr'ment dit : il doit faire tout c'qu'on lui dit d'faire! S'il veut t'jours sa place et la garder il a intérêt à faire c'qu'on lui dit d'faire!

Les menaces de Grimmjow ne perturbèrent en rien Kensei. Au contraire, il se contenta de ricaner doucement et s'apprêtait à répondre lorsque le rouquin prit la parole :

_Ça suffit maintenant! Vous êtes quoi, des gosses? s'écria-t-il en posant sur eux, tour à tour, un regard accusateur. De toute façon, la décision appartient au médecin et pas à vous! Ça sera à lui d'en décider si je peux retourner travailler ou non. Maintenant foutez-moi la paix ou alors allez vous mettre sur la gueule une bonne fois pour toute dehors!

Un lourd silence tomba, Kurosaki émit un long soupir de soulagement. Il avait déjà assez mal à la tête comme ça pour en plus subir les disputes inutiles de ces deux mâles qui se disputaient pour savoir qui avait raison ou qui était le plus fort.

_Je sais comment fonctionne Yamamoto-Sotaicho, reprit Kensei en s'asseyant sur le rebord du lit du roux. Si Ichigo ne vient pas travailler demain c'est qu'il aura eu une bonne raison, point. Ichigo appellera Yamamoto tout à l'heure après qu'il soit sortit si ça peut te faire plaisir, Grimmjow.

C'était la première fois que l'orangé entendant Kensei prononcer un mot avec tant de mépris. Et c'était d'autant plus significatif qu'il s'agissait du prénom de Grimmjow...

« Si je n'avais pas l'imagination aussi fertile je jurerai que ces deux-là se battent comme deux mâles pour une femelle... » pensa-t-il en trouvant sa réflexion totalement bête et inutile.

Mais le fait était qu'il n'était pas loin de la vérité. Ni Kensei, Ni Grimmjow ne voulait laisser l'autre avoir le dernier mot, ni l'un ni l'autre ne voulait quitter en premier la chambre d'hôpital, et les deux voulaient ramener le jeune homme avec eux.

Ça devenait pire qu'une tombola ou deux participants avaient gagné le même lot et se bagarraient pour l'avoir...

_C'est ça ouais! ricana le bleuté en étirant un large sourire amusé. Moi quand Yamamoto me donne des ordres j'les suis!

_Ah oui? C'est nouveau ça peut-être? Je me souviens pourtant que tu n'étais guère obéissant, lorsque je t'ai connu à tes débuts. Quand tu es arrivé dans l'agence j'étais déjà numéro un et je me souviens de ton blabla et de tes grands projets! Mais aujourd'hui qu'en est-il? Tu n'as même pas atteint cette première place et tu...

_Ne commencez pas sur c'terrain avec moi! le coupa brutalement Jaggerjack en le pointant de l'index, sans politesse aucune.

_Oh pourquoi donc? Tu as trop honte peut-être de parler de ton passé pitoyable?

_J'vais vous crever si vous continuez! s'écria l'autre en levant son poing comme s'il allait frapper son interlocuteur.

_ARRETEZ CA! hurla Kurosaki en repoussant le drap qui le couvrait pour se lever rapidement et empêcher Grimmjow de faire son geste.

Mais comme il ne s'était pas encore levé de son lit depuis son opération, sa tête lui tourna affreusement et ses jambes se dérobèrent sous lui. Dans un choc lourd il tomba au sol :

_Bon sang, Ichigo! s'écria Muguruma en courant à sa rescousse – au même titre que Jaggerjack – pour l'aider à se relever. Tout va bien?

Mais le rouquin ne lui répondit pas, il se contenta de les fusiller tous les deux du regard et de les mettre en garde :

_Je vous préviens, si vous continuez je vous mets mon pied au cul et que sais-je encore? menaça-t-il en s'agrippant au bras de l'homme aux cheveux argentés.

Kensei et Grimmjow échangèrent un regard étonné; le ton du jeune homme laissait entendre qu'il n'était effectivement pas d'humeur et que leur remue-ménage l'exaspérait à l'infini. Ce fut donc sans un mot qu'ils le replacèrent dans son lit et que Grimmjow quitta la pièce, sans même dire au revoir, de sa façon nonchalante et hautaine qui était la sienne, et qui le démarquait du reste du genre humain.

Lorsque la porte claqua derrière lui, Muguruma poussa un soupir et observa le visage pâle du jeune Kurosaki :

_Je suis désolé, mais ce type je ne peux pas le supporter.

_Moi non plus mais... il a quand même veillé sur moi, même s'il y était obligé, fit-il remarquer.

_Je sais..., confessa-t-il en baissant les yeux.

Il se retourna un instant en direction de la porte, s'assurant sans doute que le turquoise avait bien quitté les lieux.

_Ichigo, j'aimerais que tu te méfies de lui à l'avenir, d'accord?

_Pourquoi ça? questionna l'orangé en écarquillant les yeux de stupeur.

Kensei fit claquer sa langue contre son palais, démontrant une certaine gêne. Doucement, il posa une main sur le matelas et s'y appuya, faisant basculer son corps pour se rapprocher du jeune homme allongé :

_Est-ce qu'il t'a déjà fait des avances?

_Quoi?

L'expression d'Ichigo aurait pu faire éclater de rire le garde du corps si toutefois le sujet n'avait pas été aussi sérieux...

_Tu m'as très bien entendu.

_Non, jamais! Et puis quoi encore? Tout ce qu'il m'a fait, c'est me mettre la honte devant tout le monde!

_Bien, alors continue à le détester. Parce qu'il ne t'a pas encore fait d'avances, mais crois-moi, ça ne va pas tarder.

Le cœur du rouquin fit un saut périlleux dans sa poitrine à l'entente de ses mots. De quoi est-ce qu'il parlait? Grimmjow? Grimmjow lui faire des avances alors qu'il le détestait? Mais c'était n'importe quoi!

Ils se détestaient tous les deux, c'était même de notoriété publique, alors comment pourraient-ils entrer dans un quelconque jeu de séduction, surtout si Grimmjow était celui qui l'instaurait! Ichigo ne pouvait nier que l'homme avait un physique attrayant, qu'il était son type d'homme : grand, musclé, les yeux bleus, un genre un peu bad boy mais de là à se laisser séduire par cet espèce d'animal... il y avait un grand pas!

_Bonjour Kurosaki-san, est-ce que vous vous êtes déjà levé?

Le médecin fit soudain irruption dans la chambre, coupant la réflexion du jeune homme et incitant Muguruma à se lever de son lit pour laisser la place au docteur et à son infirmière.

_Euh... oui.

_Très bien, très bien. Je vais procéder à quelques petits examens de routine et si tout va bien vous pourrez sortir.


Ichigo enfilait son tee-shirt, le visage quelque peu préoccupé et les yeux dans le vague. Le médecin avait procédé à tous les examens obligatoires et son autorisation pour quitter l'hôpital avait été signée. Kensei l'attendait dans le couloir pendant que le jeune homme enfilait de nouveaux vêtements « civils » que son hôte lui avait ramené.

Mais tout de même...

« … il ne t'a pas encore fait d'avances, mais crois-moi, ça ne va pas tarder. »

Cette phrase de Muguruma le laissait perplexe, même pire que ça : elle l'avait littéralement traumatisé!

Comment pouvait-il dire une chose pareille alors que Jaggerjack était un parfait salaud avec lui, qu'il le considérait comme un moins-que-rien et que la dernière chose qu'il souhaiterait serait certainement de lui faire des avances. Et encore, rien que le fait de le voir rendait le turquoise malade, tout du moins c'était ce que ressentait le jeune homme. L'antipathie et le dégoût pouvaient se lire dans les yeux du numéro 3 de l'agence Yamamoto.

L'orangé marqua une pause un instant, tentant de visualiser dans son esprit une scène imaginaire dans laquelle Grimmjow s'intéresserait à lui – pour ne pas dire « draguer », ce mot ne pouvant certainement pas s'associer dans une même phrase avec l'autre mot « Grimmjow... Mais étrangement, il ne parvenait pas du tout à se l'imaginer!

C'était comme si Jaggerjack et le fait de vouloir être agréable à quelqu'un – et donc de lui montrer de l'intérêt – n'étaient purement et simplement impossible! Dans une autre dimension peut-être bien, mais pas dans ce monde!

Pour le rouquin, le bleuté n'était pas ce genre d'individu; il était plutôt l'éternel célibataire s'envoyant de jeunes hommes peu farouches dans les toilettes d'un bar miteux... Et sûrement pas de jeunes hommes de bonne famille comme l'était Kurosaki. Et pour finir, il était persuadé que Grimmjow était bien trop fier pour « draguer » qui que ce soit.

_Kensei vous vous gourez complètement, chuchota-t-il avant de prendre ses affaires et de sortir de la chambre.

Muguruma l'attendait religieusement près de la porte de sa chambre, les bras croisés et ses yeux balayant les alentours. Ichigo soupira en le voyant si solennel, si concerné par tout ce qui lui arrivait. Et lui, cet incroyable garde du corps, cet homme dont il avait déjà rêvé le corps contre le sien, pourquoi prenait-il sa santé tant à cœur? Si seulement ce n'était que sa santé...

Grimmjow et Kensei étaient-ils animés par les mêmes sentiments?

En tout cas pour le jeune orangé c'était complètement dingue, jamais il ne pourrait être amené à croire une chose pareille!

_C'est bon, on y va? demanda-t-il d'une voix sans ton en arrivant tout près du plus âgé.

_Quand tu veux.

_Allons-y.

Ce fut dans un silence parfait que les deux hommes sortirent de l'hôpital et rejoignirent la voiture de Muguruma. Ce fut aussi en silence qu'ils rejoignirent la suite du garde du corps.

Ichigo n'avait aucune envie de discuter, d'autant plus qu'il était toujours taraudé par des suppositions loufoques et totalement fantasmagoriques. Kensei et Grimmjow intéressés par lui...? Oh ça serait certainement un très joli tableau que d'avoir deux beaux prétendants aussi irrésistibles qu'eux, mais là Kurosaki fantasmait un peu trop!

« Va falloir calmer tes hormones, Kurosaki! » se dit-il pour se stopper ses pensées étranges. Mais le fait était qu'il ne pouvait pas! Il vivait pratiquement avec Kensei, et il savait qu'il était attiré par lui, et cela depuis plusieurs jours maintenant. Comment pourrait-il calmer ses hormones de la sorte?

Ils arrivèrent enfin dans le parking de l'hôtel et prirent le chemin de la suite de Kensei, Kurosaki tentant intérieurement de se convaincre qu'il n'avait de toute façon aucune chance avec Muguruma...

_Contacte Kuchiki si tu le souhaites, et aussi Yamamoto. Le médecin ne t'a donné aucune contre indication mais je vais le faire à sa place : il vaut mieux que tu prennes un jour de repos.

_Mais je ne veux pas!

Muguruma décrocha le téléphone de sa suite, tendant le combiné au jeune homme qui l'observait d'un regard stupéfait et quelque peu antipathique. Pourquoi Kensei voulait à tout prix s'occuper de lui comme s'il était un gosse? Le roux ne comprenait pas...

_C'est bon, je vais le faire! grogna-t-il en arrachant des mains de son vis-à-vis le combiné de l'appareil.

Mais aussitôt commença-t-il à composer le numéro de son patron que l'appréhension s'empara de lui. Après tout, pourquoi Yamamoto-sotaicho voulait-il lui parler? C'était simplement pour lui faire la morale, l'enfoncer un peu plus... Ichigo sentait que le vieil homme allait lui passer un sacré savon parce qu'il avait mis en danger toute une organisation!

_Bureau de Yamamoto Genryusai, bonjour!

Mais ce ne fut pas le sotaicho qui répondit, mais son bras droit.

_Oh bonjour Sasakibe, c'est Kurosaki Ichigo.

_Ichigo? Mais comment vas-tu, j'ai appris la terrible nouvelle? s'empressa de répliquer l'interlocuteur d'un ton préoccupé.

_Ça va, ça va... Finalement ce n'était pas si grave, je suis sortit de l'hôpital et euh... Grimmjow m'a dit que... Yamamoto-san voulait me parler?

_Ah oui, c'est vrai! Il est absent pour l'instant, mais je vais te transmettre ce qu'il souhaitait te dire. En fait il s'agit d'une demande de Kuchiki Byakuya...

Kurosaki sentit ses entrailles se tordre au nom prononcé. Il posa sa main libre sur son front et soupira, attirant l'attention de Muguruma qui l'observa, intrigué par ses réactions.

_Quelle est cette demande? questionna-t-il même s'il savait éperdument que le noble avait dû demandé à ce qu'il ne soit plus jamais garde du corps.

_Il souhaite t'engager à son service personnel. Je n'ai pas d'informations supplémentaires mais il en a fait le vœu expressément auprès de Yamamoto-sotaicho.

Le cœur du jeune homme fit un saut périlleux alors que l'information atteignait son cerveau.

_Alors, qu'est-ce qu'il a dit?

Lorsqu'il eut enfin raccroché, le rouquin se laissa tomber tel un sac sur le canapé, alertant Kensei sur son état.

_Tout va bien?

_Je... je ne sais pas.

_Comment ça tu ne sais pas? demanda Muguruma en s'asseyant à côté de lui, perplexe.

Ichigo inspira profondément. Il n'y croyait tout simplement pas; c'était trop beau pour être vrai! Kuchiki Byakuya lui offrir un poste de garde du corps comme ça, dans un claquement de doigts, alors qu'il n'avait encore fait aucune preuve auprès de personne! Comment...?

_Kuchiki veut que je travaille pour lui. Il veut m'engager.

Le visage du roux disparut entre ses mains. Son souffle était si rapide, tant la surprise était grande, qu'il avait besoin de reprendre ses esprits et de se calmer avant d'en parler plus explicitement.

Kensei fronça les sourcils plutôt violemment. Ses yeux balayèrent la pièce alors qu'il réfléchissait à toute vitesse et malgré le fait que cette nouvelle soit indéniablement bonne, Muguruma ne partageait pas cet état d'esprit; mais il n'en fit pas part à Ichigo.

_C'est une bonne chose, se contenta-t-il de dire en posant une main sur son épaule. Tu es un peu perdu j'ai l'impression?

Le visage contracté de l'orangé émergea à nouveau, ses yeux écarquillés et sa bouche entrouverte pour reprendre son souffle :

_Dites-moi ce que je dois faire, je vous en prie! C'est... vous ne pensez pas que c'est trop précipité? Mais c'est tellement incroyable, je... je n'y crois pas!

Kensei ne répondit pas à sa demande, au contraire, il resta muet et se contenta de se lever pour avancer jusqu'à la baie vitrée de la suite. Il se planta devant celle-ci, les bras derrière son dos et les yeux divaguant sur les toits des gratte-ciel voisins.

_Je pense qu'il vaut mieux pour toi refuser une telle proposition, Ichigo. Il te faut encore faire quelques missions pour que tu sois au parfum. Je te propose quelque chose...

Kensei se retourna subitement dans la direction du jeune homme qui le fixa avec un grand intérêt. Tout le sérieux du monde pouvait se lire sur le visage du garde du corps et l'orangé était suspendu à ses lèvres comme si, instinctivement, il sut qu'il allait lui dire une chose importante :

_Accepte la proposition que je vais te faire. Un ami à moi de longue date : Arisawa Love, protège un homme que tu dois connaître : Ukitake Jyuushiro.

_Vous voulez dire... le journaliste?

Ichigo n'était pas sans savoir que l'homme en question était plutôt du genre à déclencher des réactions vives à chacun de ses articles. Et il avait déjà essuyé deux tentatives de meurtre et un cambriolage par des lecteurs quelque peu mécontents de ses articles virulents.

_Oui. Voilà ce que je te propose : il cherche un élément de plus dans son équipe pour dans trois jours : la femme d'Ukitake rentre des États-Unis et il désire une protection très importante pour ce retour, d'autant plus qu'il vient juste de publier un bouquin incendiaire...

Ichigo écarquilla les yeux; il ne comprenait pas pourquoi il lui parlait de ça maintenant?

_Pourquoi cette proposition maintenant? Pourquoi pas plus tôt?

_Tout simplement parce que je jugeais que te laisser dans l'équipe de Kyouraku était le mieux à faire. Mais comparé à bosser pour Kuchiki faire cette expérience passe avant. Enfin c'est ce que je pense. Je ne fais que te donner des conseils...

Le roux hocha la tête, mais ne savait pas vraiment quoi en penser. Pourquoi Kensei ne voulait-il pas qu'il travaille pour Kuchiki subitement? Et pourquoi mettait-il cette protection d'Ukitake sur le tapis spécialement maintenant...?

_Est-ce que vous me cachez quelque chose par hasard?

_Je te demande pardon? demanda Muguruma en haussant les sourcils de surprise.

_On dirait que vous n'aimez pas Kuchiki ou que... que vous avez quelque chose contre lui.

_Moi? demanda Kensei, étonné. Non, rien du tout. Il s'agit juste d'un conseil d'un homme expérimenté qui pense ce qui est le mieux pour toi.

Le plus jeune hocha la tête pour lui montrer qu'il avait compris ses intentions.

Mais il ne savait pas vraiment quoi faire. Travailler pour Kuchiki lui avait semblé être un poste en or et maintenant il hésitait, car il savait que les conseils de Muguruma valaient – eux aussi – certainement de l'or. Après tout, cet homme avait tout fait pour l'aider jusqu'à présent...

_Très bien. Dites à votre ami que j'accepte. Dans trois jours je serai dans son équipe pour protéger Ukitake Jyuushiro. Mais maintenant, il va falloir que je dise non à Kuchiki. J'ai bien peur que ça ne soit pas le plus simple...

Kensei lui répondit par une grimace et le rouquin soupira de plus belle. Mais il était tout de même soulagé : les conseils de Kensei n'avait définitivement pas de prix. Et puis, en refusant l'offre de Kuchiki il restait encore un peu plus longtemps auprès de cet homme...

« Raaah! Je t'ai dit de calmer tes hormones, Kurosaki!»