Coucou ! Désolée pour le retard, j'ai pas d'excuse, j'ai totalement zappé jeudi dernier de poster le chapitre TT. C'est promis, j'ai mis une alerte sur mon téléphone pour me le rappeler, donc maintenant si je ne poste pas le bon jour c'est parce que je suis en retard, pas parce que je suis tête en l'air ^^

Ce chapitre est un peu plus long que d'habitude, enjoy !

Et merci pour toutes vos reviews ! Bonne lecture !

Précédemment

Arya monta sur Nymeria pendant que Rickon et Osha montaient sur Broussailles, qui avait dû se coucher au sol pour que son petit maître parvienne à lui grimer sur le dos. Les habitants de la ville continuèrent de crier leurs noms longtemps après que les loups aient prit le pas de course vers la forêt.

« Dame aux Loups » applaudissaient certains. « Seigneur de Winterfell » disaient d'autres. « Stark » criait chacun.

Les Stark régnaient sur le Nord depuis huit mille ans, après tout. Il devait toujours y avoir un Stark à Winterfell.

Chapitre 10. Le Dreadfort

Sur leur passage les paysans s'écriaient « la Dame des Loups ! » et « Lady Arya ! ». Son frère, plutôt que d'avoir l'air jaloux que ce soit son nom à elle qu'on criait le plus, devait se retenir de pointer les gens du doigt et chuchotait constamment à sa sœur.

- Tu vois, il nous aiment ! Ils sont contents que tu les aies libéré des Bolton ! Regarde, regarde !

Et peut être que son frère avait raison, qu'Arya avait besoin de voir, car elle commençait à se rendre compte que sa vengeance ne serait jamais qu'une simple vengeance, car elle était Arya de Winterfell et qu'elle avait reprit les terres de sa Maison.

Un hall d'honneur avait été fait pour les accueillir. Les loups pénétrèrent aisément dans le château et Arya les envoya dans le Bois des Dieux, où ils pourraient chasser, la terre étant plus chaude et les animaux encore nombreux à cause des sources chaudes. Seuls Nymeria et Broussailles restèrent.

Puis elle se tourna vers les Lords qu'elle avait laissés en charge de Winterfell. Ils s'inclinèrent bassement. Arya aida Rickon à descendre de son loup garou et lui prit la main. Elle eut l'impression que certains n'avaient pas encore vraiment remarqué la présence du garçon.

- Mes Seigneurs, je vous présente mon frère, Lord Rickon Stark de Winterfell, tant que notre frère Bran n'a pas été retrouvé.

Il fallut plusieurs jours de plus pour que les choses reviennent à la « normale » à Winterfell.

Trois jour après son arrivée elle était dans l'ancien bureau de son père, Nymeria couchée à ses côtés. La jeune fille essayait de décider de ce qu'elle allait faire de la centaine d'hommes purement loyaux à Bolton et qu'elle n'avait pas tués au cours de l'attaque. D'autres avaient survécu et accepté de servir Rickon, mais ces cent là non, et elle devait décider d'une sentence à leur égard, mais rien ne lui venait.

Une étrange mélancolie la saisit tout à coup. Dans la court dont elle apercevait l'un des coins par sa fenêtre elle pouvait entendre Rickon s'entrainer à l'art de la guerre avec le fils d'un garde, surveillé par le nouveau Maître d'Armes de Winterfell, Ser Aaron Tallhart, un cousin éloigné du Lord de Torrhen's Square. Elle se souvenait de son père, assit sur le siège sur lequel elle s'asseyait aujourd'hui, travaillant à la gestion du Nord avec Mestre Luwyn à ses côtés. Ils étaient morts tous les deux, à présent, le premier descendu au Sud pour y être exécuté, le second assassiné par l'un des garçons qu'il avait élevé, celui-là lui même tué de sa main à elle à peine deux semaines plus tôt. Elle se souvenait, dans son enfance, d'avoir été convoquée mille fois par son père dans ce bureau pour y être longuement réprimandée pour telle ou telle bêtise sans importance à présent. Elle se souvenait aussi des fois où elle revenait de ses escapades dans le Bois des Dieux, un bouquet de fleurs sauvages à la main et les genoux égratignés, ses vêtements de garçon boueux, et où le garde devant la porte lui ouvrait avec un air indulgent. Alors son père se levait de son siège, la regardait avec son sourire amusé et acceptait son bouquet désorganisé avec grâce. Parfois il l'envoyait se laver ou prendre le repas qu'elle avait manqué aux cuisines mais d'autres fois il la laissait rester avec lui et le regarder travailler un moment. C'étaient ces fois là qu'Arya préférait, le bruit de la plume sur le parchemin et le visage terne de son père quand il travaillait la berçant doucement, lui donnant un sentiment de paix et de sécurité.

Elle n'avait plus jamais été en sécurité depuis qu'ils avaient quitté Winterfell, tant d'années plus tôt. Son père, les gardes et les serviteurs dont elle connaissait tous les visages… Ses pensées s'interrompirent. Les gardes et les serviteurs. Certains avaient étés tués par Theon et ses hommes, mais d'autres avaient survécu à l'attaque, elle le savait, elle l'avait apprit alors qu'elle était encore à Braavos à rapporter des informations chaque jours pour ses Maîtres. Elle ne se souvenait plus de comment elle avait obtenu cette information précise, au détour d'un bordel sans doute, mais elle savait qu'il y avait eu des survivants. Elle se leva et ouvrit sa porte, plantant son regard sur le garde posté là. Lord Cerwyn avait insisté pour qu'elle soit gardée. Il lui avait dit que cela la rapprocherait de ses hommes, elle s'était souvenue d'avoir entendu son père dire la même chose à Robb quand elle était enfant et avait accepté.

- Ma Dame ? demanda l'homme nerveusement. Elle le reconnaissait, c'était l'un des anciens hommes de son père, Terner, de dix ans son aîné à peu près et assez vif. Au moment du sac de Winterfell il se trouvait avec Robb. Après la mort de son frère il avait servi Lord Cerwyn, mais était rentré à Winterfell après avoir entendu qu'elle avait reprit sa demeure. Arya se rendit compte qu'elle l'observait depuis un moment déjà.

- Terner, savez-vous ce qui est arrivé aux survivants de Winterfell après le sac des Fernés ? demanda t-elle.

- Beaucoup sont morts à l'époque, Ma Dame, mais j'ai entendu dire que Lord Bolton gardait des survivants au château du Dreadfort.

C'était logique, Bolton n'aurait pas fait confiance à un autre seigneur pour cette tâche.

Arya avait su qu'elle devrait reprendre le Dreadfort un jour ou l'autre, mais avec son seigneur mort et le Nord rassemblé autour d'un Stark à nouveau, la forteresse n'était pas un grand danger. Elle avait pensé repartir vers le Sud puis s'occuper de ce problème à son retour, ou laisser d'autres qu'elle le faire à sa place. Cela n'avait plus rien à voir avec sa vengeance. Il y avait peut être là bas des hommes qui avaient participé au meurtre de Robb, mais ils avaient suivi les ordres de leur seigneur et elle désirait bien moins leur tête qu'elle ne désirait celle de Cersei Lannister. Ces hommes étaient du Nord, et l'Hiver approchait à grands pas. Il n'y avait pas de nécessité de faire couler leur sang.

Et cette nouvelle information, la présence de prisonniers, d'anciens de Winterfell, n'aurait pas dû changer quoi que ce soit à ses plans. Cela ne modifiait en rien sa vengeance, que ces prisonniers soient libérés aujourd'hui ou dans dix ans. Rien du tout. Cela n'avait rien à voir non plus avec le Dieu Multiface. Alors, pourquoi sentait-elle qu'elle ne pourrait se le pardonner si elle partait dans le Sud avant d'avoir libéré le Dreadfort ? Elle n'avait pas interrogé ses sentiments à l'égard de Rickon. D'une étrange façon ils allaient de pair avec sa vengeance. Elle se vengeait parce qu'elle avait aimé sa famille, et elle aimait et protégeait la famille qui lui restait parce que c'était une seconde vengeance sur ses ennemis que de pouvoir le faire et de voir sa famille prospérer.

Mais cette idée soudaine qu'elle devait sauver ces gens, ces anciennes connaissances, ces visages dont elle avait connu les moindres détails, était nouvelle pour elle. Elle se souvenait d'une époque où ces idées lui auraient paru aussi naturelles que le soleil dans le ciel et la neige sous ses pas. Mais cette époque était depuis longtemps révolue, elle n'était plus une enfant, et elle avait cru que ses émotions s'étaient étiolées en même temps que son innocence, exception faîte de sa colère. Elle découvrait à présent qu'elles pouvaient renaître de leurs cendres telles les phénix des légendes que contait la Vielle Nan autrefois. C'était un sentiment étrange et inattendu.

Elle allait retarder sa vengeance pour sauver des gens, pour les libérer, alors que le danger qui pesait sur eux n'était même particulièrement pressant. S'ils avaient survécu à quatre années de captivité, certainement ils pourraient survivre à quelques mois de plus. Et pourtant elle ne pouvait supporter l'idée de les laisser à leur sort une seconde encore. Deux mois plus tôt seulement, dans la Demeure du Noir et du Blanc elle n'aurait jamais imaginé avoir de telles idées à nouveau. Et cependant, elle en était là.

Et elle ne passa même pas plus d'une minute à faire son choix. Elle partirait pour le Dreadfort le lendemain à l'aube.

Elle arriva au Dreadfort au crépuscule du cinquième jour après son départ de Winterfell, accompagnée de cent cinquante de ses loups. Elle n'était pas idiote au point de laisser Rickon seul sans protection au milieu d'hommes. Elle ne soupçonnait personne en particulier, elle avait simplement apprit depuis longtemps à ne faire confiance à personne, jamais. Elle pouvait avoir confiance en ses loups, eux ne la trahiraient pas, mais ils étaient les seuls pour qui elle avait cet égard. Elle avait donc laissé cinquante loups avec son frère, avec pour instruction que deux d'entre eux restent jour et nuit avec l'enfant, quoi qu'il arrive. Les gardes avaient grommelé un peu, les serviteurs poussaient régulièrement des cris de frayeur, mais cela importait bien moins que la sécurité de son frère.

Au lieu de cacher sa meute elle la fit avancer sur la route autour d'elle, bien visible pour tous les yeux de la forteresse qui leur faisait face. C'était peut être une erreur, mais elle n'avait pas l'intention de massacrer plus d'hommes qu'il ne le fallait, surtout des Hommes du Nord, ses hommes, quand leur seule faute avait été de suivre un homme vil et cruel par loyauté.

Malgré son nom le Dreadfort était une construction superbe, dans le même style que Winterfell quoi que plus petit, avec de hautes tours élancées et des murs immenses. Il avait été construit par les premiers hommes quelques siècles seulement après Winterfell, au Sud des montagnes de Shepsheads Hills. Weeping Town se trouvait à l'Est du château, de sorte qu'Arya n'aurait pas à y entrer pour pénétrer dans le château lui même. Elle espérait que les hommes se rendent sans résistance. La veille, lorsqu'elle avait traversé l'une des branches de la rivière de Weeping Water sur le Pont des Soupirs, les soldats s'étaient rendus et avaient déclaré leur loyauté aux Stark.

Quand elle fut à distance suffisante pour que sa voix porte, elle prononça vers les portes closes.

- Qui parle pour ce château ?

Elle savait, bien sûr, qui était censé parler, le Castellan aux ordres de Feu Lord Bolton, un certain Sedor Bridge, qu'elle n'avait jamais rencontré. D'après Cerwyn c'était un vieil homme, ancien soldat, et à l'honneur irréprochable. Il avait servi son seigneur comme il le devait mais Cerwyn pensait qu'il se rendrait maintenant que Bolton était mort, même si ce n'était que pour épargner à ses gens une mort inutile au nom d'un seigneur tombé. Cette opinion avait été celle de tous à Winterfell ceux qui connaissaient le Castellan. Cependant la nouvelle de la mort du Lord Bolton et de son bâtard devait être arrivée depuis au moins une semaine, par bouche à oreille sinon par corbeau. Dans ces circonstances troublées les hommes les plus fervents avaient pu se rebeller contre le Castellan, le déposer, l'enfermer ou l'assassiner, auquel cas elle parlerait à des hommes ayant juré de se venger contre elle et n'aurait pas d'autre alternative que d'attaquer.

Il y eut un silence, puis un homme apparut sur les remparts. Il avait une barbe grise et le dos courbé.

- Je suis Sedor Bridge, Castellan de Lord Bolton, Ma Dame.

Arya n'était pas vêtue comme une dame, mais plutôt comme un étrange mélange entre un guerrier et un jeune noble, mais elle supposait que son identité était probablement trahie par la présence de ses loups. Elle se retint de soupirer de soulagement en entendant le nom et en reconnaissant l'homme dont Cerwyn lui avait fait la description. On ne savait jamais qui pouvait la surveiller.

- Sedor, Lord Bolton et son fils bâtard sont morts tous deux. Je suis Arya Stark de Winterfell et je suis venu libérer le Dreadfort. Le nom des Bolton ne résonnera plus jamais ici.

- Ma Dame, avec la mort de Lord Bolton et sans héritier pour son nom, fit le Castellan après un long moment de silence, ce château est vôtre.

Et les portes s'ouvrirent.

C'était la loi vassalique coutumière dans le Nord. Si un Seigneur mourait sans héritiers le château et le domaine revenaient à son seigneur lige. Arya était consciente que le Castellan ne la récitait pas pour elle mais pour toutes les autres paires d'oreilles qui écoutaient en même temps que les siennes. Le Castellan pointait du doigt qu'il n'y avait pas d'autre héritier pour qui se battre et qu'Arya elle même suivait la coutume du Nord. C'était bien joué.

Arya pénétra dans la Grande Cour protectrice et vit les chevaliers, les gardes et les soldats des Bolton s'agenouiller, leurs épées à terre. Arya supposa qu'ils avaient entendu parler d'elle.

- Hommes des Bolton, dit Arya d'une voix haute et autoritaire. Votre Maison est tombée en ruine, vos maîtres sont morts. Les lois de la chevalerie m'autorisent à vous massacrer jusqu'au dernier pour la traitrise de votre Seigneur envers ma famille.

Les hommes se tendirent mais Arya continua.

- Et cependant, il y a déjà eu assez de mort, et il y en aura d'autres, mais peut être pas aujourd'hui. Trop de fois ces dernières années le sang de braves hommes du Nord a été versé. Je veux mettre fin à cette barbarie, à cette guerre de frère contre frère.

Le Castellan s'approcha d'elle et s'inclina.

- Ma Dame, dit-il.

- Castellan Bridge, je suis heureuse de ne pas avoir eu à verser de sang aujourd'hui, dit Arya tandis que ses loups continuaient de pénétrer à travers les portes ouvertes pour elle.

- Pas autant que moi, j'en suis sûr.

Arya hocha la tête, quoi qu'elle garda un visage de pierre. Elle était consciente d'être encore en territoire ennemi.

- J'ai eu un long voyage, dit-elle, et je suis fatiguée. Mes loups resteront dans le château pour veiller au bon déroulement des taches quotidiennes. Vous laisserez les portes principales ouvertes pour qu'ils puissent aller et venir. Ils ne toucheront personne qui ne les aura pas attaqué, vous pouvez prévenir vos gens.

- Désirez-vous prendre les appartements de Feu Lord Bolton ou préférez-vous ceux d'un invité.

Elle pouvait, théoriquement, prendre les appartements du Lord, puisqu'elle possédait ce château, à présent. Et cependant elle n'avait aucune envie de dormir dans le lit où l'homme qui avait tué son frère avait dormi.

- Les appartements des invités feront l'affaire, répondit-elle. Je veux aussi que tous les prisonniers enfermés par Lord Bolton pour leur loyauté envers ma famille soient libérés sur le champ, qu'on leur offre à boire et à manger, des vêtements propres, qu'on les soigne si besoin est et qu'ils se reposent. Je leur parlerais quand je me serais reposée moi même, demain matin. Castellan, vous déjeunerez avec moi avant cela.

Le Castellan s'inclina puis fit signe à une jeune domestique qui s'approcha en jetant des coups d'œil apeurés tantôt vers Nymeria et tantôt vers Arya.

- Conduis Dame Arya à ses appartements, ordonna le Castellan sans brusquerie. La jeune fille s'inclina vers lui puis vers Arya.

- Si M'Dame veut m'suivre, dit-elle.

Arya hocha la tête et lui emboîta le pas, Nymeria et trois autres loups sur ses talons. Elle n'était pas assez stupide pour se retrouver seule en cet endroit sans protection, quoi qu'elle fut certaine de pouvoir échapper à la plupart des attaques de quelque soldat en colère.

Les appartements auxquels la servante la mena étaient richement décorés, très probablement les meilleurs appartements du château en dehors de ceux du Seigneur lui même. Arya ordonna qu'on lui fasse apporter de l'eau chaude pour un bain et de quoi se restaurer ensuite. Elle se déshabilla en frissonnant un peu. A Winterfell les murs étaient toujours chauffés de l'intérieur et les pièces rarement assez froides pour que l'eau y gèle, même sans feu de cheminée. Ici rien de la sorte et, même avec le foyer brulant à plein feu, il faudrait du temps pour que la pièce se réchauffe. Arya ne s'était pas lavé depuis la veille de son départ de Winterfell, six jours auparavant. Pressée de repartir vers le Sud aussi vite que possible elle avait voyagé à toute allure. Les loups couraient vite et avaient une meilleure endurance que les chevaux. La taille immense de la meute permettait à certains de voyager de nuit et chasser tandis que d'autres voyageaient de jour avec Arya. Sur un bon cheval un homme pouvait parcourir 50 kilomètres par jour maximum avant d'avoir besoin de se reposer. Perchée sur Nymeria Arya était capable de parcourir presque deux fois cette distance. Entre Winterfell et le Dreadfort il y avait un peu plus de 400 kilomètres, et Arya avait donc voyagé à une vitesse d'environ 80 kilomètres par jour, sur des routes traitres et à travers des forêts enneigées. Elle était fière de son exploit et fière de ses loups.

Dans le Sud elle aurait rencontré au moins dix villes et autant de domaines, de Lords et de forteresses sur son passage, mais le Nord était beaucoup moins peuplé, beaucoup plus sauvage, et la route qu'elle avait emprunté était maigre et peu usitée, les villages petits et rares.

Arya sortit de ses pensées quand la servante revint avec son repas et des serviettes pour la sécher.

Arya la renvoya presque aussitôt, dîna et se coucha. Petit Noir monterait la garde le premier, puis Fier, puis Tyrion. Nymeria et Arya dormirent d'une seule traite, rien ne les dérangeant pendant la nuit, rêvant les mêmes rêves.

Au matin Arya se vêtit des vêtements qu'elle avait emportés dans un sac de toile qu'elle avait porté sur son dos pendant le voyage. C'étaient des vêtements d'homme, pantalons et tunique, mais elle les avait fait faire aux couleurs de Winterfell. Il y avait une cape portant le blason de sa maison, le Loup Garou gris sur le blanc enneigé, des bottes en cuir laqué, des pantalons gris et une tunique blanche ornée de fourrure grise. Ainsi vêtue elle dit à sa servante de faire prévenir le Castellan qu'elle désirait déjeuner avec lui et qu'elle était prête à le recevoir. Il arriva quelques minutes plus tard seulement, accompagné d'un somptueux petit déjeuner.

- Ma Dame, dit-il en s'inclinant.

- Castellan Bridge, bon jour à vous.

- Et à vous, Ma Dame.

Arya lui fit signe de s'asseoir et ils prirent place autour d'une petite table sur laquelle leur petit déjeuner avait été déposé.

- Comment vont les prisonnier ? demanda Arya.

- Ils ont étés libérés, soignés, nourris et se sont reposés, répondit l'homme. Certains sont sous le choc, ils ne savaient rien de votre survie, encore moins de… des récents évènements. Ils ont étés prévenus que vous désiriez les voir aujourd'hui et sont impatients de vous parler, je crois.

- Très bien. Quand nous aurons fini de déjeuner je désire les voir dans le Grand Hall. Si certains sont trop mal en point pour se déplacer qu'ils gardent le lit, je leur rendrais visite dans l'après midi.

- Ce sera fait, Ma Dame.

- Parfait. Maintenant, Castellan, je crois qu'il est temps de parler franchement. Mon frère Rickon règne à Winterfell et le Nord tout entier va se rallier sous son commandement, et sous le mien tant qu'il est trop jeune pour régner seul. Vos actions d'hier soir ont montré que vous êtes un homme sensé, un homme qui considère la valeur des vies de ses hommes. Je ne sais pas qui ou quand mais un nouveau Lord deviendra Seigneur du Dreadfort. En attendant j'ai besoin de quelqu'un pour tenir ce château. J'ai besoin d'un castellan.

Sedor Bridge la regarda avec étonnement. Leur situation était pour le moins inaccoutumée, mais il lui avait semblé évident que cette jeune Dame allait au moins le démettre de ses fonctions. Il était un vieil homme et avait observé maintes fois l'impétuosité de la jeunesse. Il avait servi avec loyauté un homme qui ne la méritait pas, un homme vil, cruel, un traitre. Pour lui il était clair qu'il ne vivrait plus longtemps, maintenant que son Seigneur était mort. Il avait été persuadé, la veille, alors même qu'il donnait l'ordre d'ouvrir les portes, qu'Arya Stark allait dévaster le château une fois posé un pied à l'intérieur. A la place la jeune fille avait demandé un repas, un bain chaud et la libération des prisonniers. Et maintenant elle disait…

- Tous les hommes à qui j'ai parlé m'ont confirmé que vous êtes un homme loyal et honorable, et qu'une fois que vous donnez votre serment vous le tenez. Ma question est celle-ci. Après que j'ai tué votre Seigneur et son bâtard, alors que vous savez que je les considère comme deux des plus vils hommes ayant jamais mis un pied dans le Nord, pouvez vous me prêter serment ? Si vous décidez que cela vous est impossible vous prendrez le noir et partirez pour le Mur.

Avant même qu'il ne la voit, Sedor avait su qu'Arya Stark était qui elle disait être. Lord Cerwyn et les autres hommes à Winterfell ne seraient pas tombés dans le panneau si cela avait été un mensonge. Et puis qui d'autre qu'un des enfants Stark pourrait être accompagné d'un Loup Garou ? Chevaucher un loup garou ?

Quand il avait posé les yeux sur elle tout semblant de doute qu'il avait pu maintenir avait disparu. A dix et quatre ans la jeune fille ressemblait à sa tante Lyanna presque trait pour trait, excepté peut être la forme de ses yeux, qu'elle tirait de sa mère. Comme tous les hommes du Nord Sedor Bridge avait été amoureux de la Dame Lyanna, la voyant passer galopant à vive allure dans les forêts entourant Winterfell et semant ses gardes un à un.

Mais jusqu'à cet instant il s'était demandé inconsciemment si la jeune fille avait vraiment la force de caractère des Stark, leur justesse et leur honneur. Elle avait perdu son père quand elle avait 9 ans, qui savait les leçons qu'elle avait retenues ?

Maintenant, il savait. Oui, Arya était une Stark, et il était soudainement certain qu'un jour les enfants de tout Westeros prononceraient son nom avec le même respect que ceux de Brandon le Bâtisseur et Aegon le Conquérant.

- Ma Dame, je vous jure allégeance, et je jure que jamais je n'ai servi de Lord ou de Lady aussi noble que vous.

Arya le regarda longuement puis hocha la tête.

- Je vous remercie, Castellan Sedor. Je ne compte pas exécuter qui que ce soit dans ce château si je peux l'éviter, mais je le ferais s'il le faut, dit Arya. Des hommes de feu Lord Bolton, certains le servaient par loyauté, par devoir, par honneur, pour le profit, ou pour toutes les autres raisons pour lesquelles les hommes servent leur Seigneur. Mais pendant les quelques jours que j'ai passé à Winterfell depuis sa libération j'en ai apprit plus sur les hobby de Bolton que je n'ai jamais voulu en savoir… et sur son bâtard, aussi. Et je sais que parmi ses hommes, ici comme à Winterfell, il y en a qui l'ont rejoint purement par malice, pour pouvoir poursuivre d'innocentes jeunes femmes à travers la nuit et les chasser comme si elles étaient des porcs, pour assister à l'humiliation totale d'hommes et de femmes, à leur torture, ou même y participer. Ces hommes là vénéraient presque Bolton comme un Septon est vénéré par ses fidèles, tout du moins à Winterfell, et je peux supposer qu'il y en a du même genre ici. Ceux-là seront envoyés au Mur.

- Je crois être capable de faire une liste des hommes que vous décrivez. Il doit y en avoir à peu près une cinquantaine entre ces murs. Vos ordres seront obéis.

- Très bien. Y a t-il quelque chose d'autre que vous vouliez aborder avec moi ? Parlez sans retenue, je vous en prie, je souhaite toujours entendre l'opinion sincère de mes hommes, et entendre leurs questions, quoi que je me réserve le droit d'y répondre.

- Si je puis me permettre, avez-vous une idée de la personne que vous voulez désigner comme seigneur du Dreadfort ?

Arya se mordit la lèvre, se rappelant qu'elle n'avait que 14 ans, et que pour toute sa bravoure et sa noblesse, elle avait encore un peu de l'enfant en elle.

- Je dois vous demander de ne pas répéter ce que je vais vous dire, Lord Castellan, dit-elle formellement.

L'homme hocha la tête.

- Je le jure.

- Mon frère Bran a disparu depuis cinq ans, et aux yeux du Nord tout entier il est considéré mort, et je comprends cela. Mais je le crois en vie, et si c'est le cas il est le légitime Lord de Winterfell. Si c'est le cas, si Bran est en vie, Rickon aura besoin d'un domaine sur lequel gouverner quand le temps viendra. C'est peut-être un espoir de fou, continua Arya, mais c'est mon espoir. J'ai comprit que je l'avais alors même que je cheminais vers cet endroit et pensais à Rickon régnant sur cette forteresse. Je sais que cela semble lointain et improbable. Par conséquent si lorsque Rickon atteint sa majorité, dans cinq ans, Bran n'a pas été retrouvé ou n'est pas rentré, j'offrirais le Dreadfort à un autre. Si Bran est retrouvé le Dreadfort ira à mon frère Rickon.

- Je crois, ma Dame, que vous faîtes preuve d'un discernement rare pour quiconque, sans parler d'une personne de votre âge. Je ne sais pas si l'espoir que vous avez est fou ou non, mais je le comprends et le respecte. Le Dreadfort peut attendre quelques années son nouveau Seigneur. Cela permettra d'habituer les hommes à l'idée, ce qui n'est pas plus mal.

Arya offrit un sourire au vieil homme en remerciement de ses paroles.

A présent il était temps de parler aux anciens hommes de Winterfell, enfermés pendant elle ne savait combien de temps au nom de leur loyauté envers les Stark… envers sa famille, et envers elle. Le Castellan et elle se rendirent ensemble au Grand Hall.

Arya les reconnut immédiatement, malgré les années qui avaient passé. Il y avait Jeyne Poole, l'amie d'enfance de Sansa, et aussi Bandy et Shira, les filles de l'ancien maître des Chevaux de Winterfell. Et puis elle reconnut Quent, Jacks et Shadd, les gardes de son père qui avaient ramené ses ossements à Winterfell, et encore Calon et Tomtoo, qui n'étaient plus des enfants à présent mais des hommes faits. Et puis il y en avait d'autres, qu'elle avait moins connus, mais dont les visages semblaient comme apparus d'un passé lointain.

Elle les acceuillit debout dans le Grand Hall, pas assise comme un seigneur, mais comme une jeune fille retrouvant ses amis. Elle n'avait jamais été très proche de Jeyne Poole, quoi qu'elle ait été un grande amie de Turnip, le fils du cuisinier en chef, qui avait grandit en hauteur et rétréci en largeur depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu. Mais proches ou non à l'époque elle partageait avec ces gens un passé commun, des souvenirs identiques que rien ne pourrait effacer.

- Mes amis, dit-elle, Jeyne, Tomtoo, Turnip, Jacks, Calon, Shira, vous tous, dit-elle, énumérant les premiers noms, regardant chacun dans les yeux. Winterfell est à nouveau habité par un Stark, et à nouveau le Loup Garou gouverne le Nord. Lord Rickon Stark, protecteur du Nord, aura besoin d'hommes et de femmes loyaux à son service, et aucun ne pourra jamais être dit plus loyal que les hommes et les femmes qui se tiennent devant moi aujourd'hui.

Shadd s'avança.

- Ma Dame, mon épée a toujours servi les Stark, et mon plus cher désir est qu'elle les serve à nouveau.

- Merci, Shadd, dit-elle. Vous tous, emprisonnés par un traitre pour votre loyauté, vous aurez toujours une place au service des Stark de Winterfell. Si l'un d'entre vous ne désire pas reprendre son service, cette décision est sienne et Winterfell ne le traitera pas moins en ami. Je dois repartir à Winterfell dès demain, et ne peux prendre aucun d'entre vous avec moi car je dois effectuer un voyage rapide. Cependant le Castellan du Dreadfort vous fournira tout ce dont vous pourrez avoir besoin tant que vous resterez ici ainsi qu'une escorte jusqu'à Winterfell. Si vous êtes blessé ou affaibli par l'emprisonnement, je vous en prie, reposez vous sans ressentir de honte, comme vous vous reposeriez après avoir reçu des blessures lors d'un combat au nom de ma famille. A présent, si l'un de vous désire me parler de quoi que ce soit, faîtes le librement maintenant devant tout le monde où trouvez moi plus tard pour parler en privé.

Jeyne s'avança. Elle avait souffert de son emprisonnement, la peau pâle à l'extrême et les traits tirés et vides de chair.

- Ar… Dame Arya, qu'en est-il de Dame Sansa ?

Jeyne avait toujours été très amie avec Sansa, les deux jeunes filles constamment ensembles quasiment depuis leur naissance.

- Je ne sais pas, répondit Arya franchement, tristement. Il est possible qu'elle ait survécu et soit cachée quelque part, ou prisonnière quelque part, mais je n'en sais rien. Cela fait un mois que j'ai conquis les jumeaux, il est possible qu'un corbeau m'attende à Winterfell avec son nom pour signature, mais il est aussi possible qu'elle doute des informations qui lui sont parvenues et attende avant de me contacter. Je ne sais pas, et ne peux qu'espérer qu'elle vive. J'ai retrouvé Rickon, et cela semblait bien plus improbable.

Jeyne hocha la tête, ses yeux se perdant dans le vide.

- Dame Arya, se présenta Tomtoo, certains d'entre nous sommes capables de chevaucher à vive allure et pendant une longue durée, nous ne sommes pas si affaiblis. Etes-vous certaine de ne pas avoir besoin de gardes en plus ?

Arya sourit.

- Si je chevauchais un cheval, vous seriez les bienvenus pour m'accompagner. Mais je voyage sur le dos de Nymeria, à présent, entourée par mes loups, et nous allons beaucoup plus vite que des chevaux, et nous ne passons généralement pas par les routes. Non, mais je te remercie infiniment de ta proposition, et ne l'oublierai pas.

Nymeria avait relevé la tête en entendant son nom, mais tous ici savaient de toute façon de qui Arya parlait, et ils acceptèrent ses paroles avec grâce. Elle pouvait lire leurs visages, mêmes les plus fermés, grâce à l'entrainement qu'elle avait reçu, et elle ne savait pas que faire de ce qu'elle voyait. Comme tous les hommes qu'elle avait rencontrés ils se montraient distants envers les loups, inquiets, tendus et même un peu suspicieux. Elle le comprenait, et était franchement surprise qu'il y ait si peu de commérages à propos de magie noire parmi le peuple. Pour une raison qu'elle avait du mal à comprendre les petites gens la considéraient avec respect et même amour. Elle s'était attendu à de la peur, du rejet, de la haine, même. Ce n'était un secret pour personne qu'aux Jumeaux tous les hommes de Lord Frey étaient morts sans qu'elle ou ses loups ne les attaque, et une seule cause pouvait expliquer cela : le poison. Or, pour des hommes d'honneur, le poison était une arme vile et haie, une arme brandie par les couards et les faibles. Son père lui même avait haï l'usage du poison. Et puis il y avait ses loups, et elle savait ce que le peuple pensait des warg, des changepeaux. Alors, pourquoi ne la rejetaient ils pas ?

Elle ne pouvait le comprendre, mais elle pouvait l'accepter, comme elle acceptait tous les faits qu'elle vérifiait elle même. D'ailleurs ce n'était pas comme si elle désirait qu'on la haïsse, elle était appréciative des bénéfices apportés par le fait de ne pas être haïe par la majorité de la population.

Elle discuta avec chacun, ce matin là, joignant des groupes de discussion ou s'exilant un moment avec un ancien ami pour se rappeler d'une époque plus paisible. Elle déjeuna avec eux, sans le Castellan cette fois car elle pensait à juste titre qu'il était improbable que les hommes libérés soient très heureux de partager le repas de leur ancien geôlier.

Elle rejoignit ensuite les appartements des invités où se reposaient ceux qui n'avaient pas eu la force de se joindre à elle ce matin là. Il y avait trois gardes qui avaient étés punis récemment pour une tentative d'évasion manquée et étaient soignés. Elle leur dit quelques mots, leur promit les meilleurs soins possibles et leur ancien poste à Winterfell s'ils le désiraient, et leur ordonna de prendre le temps de guérir avant de rentrer après qu'ils aient tous trois accepté. Et puis elle se rendit dans la chambre où se reposait la dernière des prisonnières.

Elle frappa à la porte et une voix comme sortie de son enfance lui répondit.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda la vieille femme.

- C'est moi, répondit Arya en entrant.

- Lyanna ? Ma petite, que fais-tu ici ? Tu es rentrée pour voir ton frère ?

Arya se figea. La femme était-elle folle ? Arya n'avait jamais vu sa tante Lyanna, excepté en portrait, et elle ne se souvenait plus de son visage, mais la sœur de son père avait été la plus belle femme de tout Westeros, à en croire les chansons, et elle n'était qu'Arya.

- Non, Vieille Nan, c'est moi, Arya.

- Arya ? Oh, oui, bien sûr, ma petite. Comme tu as grandit. Tu devras excuser ma vieille mémoire, mais tu ressembles tellement à ta tante, pendant un instant, j'ai crû…

Arya décida d'abandonner le sujet. Cette idée était trop étrange pour qu'elle y pense.

- Comment vas-tu, Nan ?

La vieille femme sourit sur sa chaise en bois.

- Les donjons n'ont pas aidé mes vieux yeux, ma petite, et mes os sont plus faibles que la dernière fois que je t'ai vue. Avec du repos et de bons repas chauds je devrais aller beaucoup mieux dans quelques jours.

- J'ai reprit Winterfell des mains de Bolton, Nan, dit Arya. Quand tu seras reposée, le Castellan du Dreadfort te fera conduire jusqu'à moi, qu'en dis-tu ?

- Oui, dit la vielle femme. J'ai vécu trop longtemps à Winterfell pour pouvoir vraiment vivre ailleurs.

- Et tu pourras raconter des histoires à Rickon, dit Arya. Il a huit ans, maintenant.

La femme sourit, mais c'était un sourire triste, cette fois, de ceux qu'elle utilisait quand elle parlait du Bran dont elle avait été la nourrisse et qui était mort dans son enfance, et de tous les Stark qu'elle avait vu mourir depuis.

- Et Bran ? demanda t-elle.

- Je ne sais pas, répondit Arya en baissant la tête. Face à cette femme qui l'avait élevée elle se sentait comme redevenue une enfant. S'il est au Sud du Mur il aura entendu parler de mon retour et il se fera connaître… sinon, je dois attendre qu'il revienne. Je ne saurais pas par où commencer pour le chercher.

- Ne baisse pas la tête, enfant. Ton oncle Brandon était un grand combattant, ton père un grand homme, ton grand père un Seigneur courageux, et tes ancêtres de même, mais tu as plus du loup garou en toi que je n'en ai jamais vu chez un enfant Stark. Ta tante Lyanna avait quelque chose de la louve elle aussi. Tes parents seraient fiers de toi, s'ils te voyaient aujourd'hui.

Pendant tout son voyage de retour vers Winterfell les mots de la vieille femme résonnèrent aux oreilles d'Arya, la réchauffant comme aucun feu ne l'avait fait depuis de nombreuses années, et soudainement elle n'était plus aussi confondue par le respect et l'amour que lui portaient les gens qu'elle croisait sur son passage.

J'espère que ce chapitre vous a plu ! à bientôt !

Ferz